20juillet2015

Turluton dondon, turlutaine dondaine…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

C’est l’été alors on parle tourisme, voyage, traditions, nationalisme, préjugés et patin couffin…

Projet-de-loi-sur-le-renseignement_largeur_445 Préambule : le choix d’un titre bizarre a pour motivation illusoire de détourner les big brothers de la planète du contenu plutôt séditieux des propos qui vont suivre. Vu l’ambiance qu’instaure l’évolution législative de notre beau pays peuplé de gens formidables, j’ai de plus en plus l’impression d’écrire avec une caméra de vidéo surveillance dans le dos. Et ce ne sont pas les propos mielleux des socialistes d’opérette, de Valls à Cazeneuve, qui vont me rassurer. « Vous n’avez rien à craindre de nous » déclare Bruno Leroux, le président du groupe roudoudou à l’Assemblée Nationale. Nous ne voulons traquer que les terroristes pas les citoyens respectables qui votent dur ou mou, mais qui votent dans le trou. Gardez la faction roudoudou au pouvoir et vous pourrez continuer à roudoudouler à votre aise… Sachant que le fait de vouloir manifester sur la place Taksim à Istanbul le premier mai est qualifié d’acte « terroriste » par Monsieur Erdogan, j’espère que ce brave gouvernement bienveillant que nous avons l’immense chance d’avoir porté au pouvoir, ne sera pas trop vite remplacé par les clowns sinistres qui jouent à sa droite. Au cas où le président du groupe roudoudou serait sincère (why not ? mais là je me la joue un brin naïf sur les bords !) je crains que ceux qui vont lui succéder, dans un futur trop proche, le soient un peu moins. Ne jouons pas à l’autruche : toutes les mesures de surveillance qui sont prises à l’heure actuelle n’ont qu’un objectif : prévenir toute tentative de mouvement social.  Quant aux gus de la NSA, je pense qu’ils en ont pour un moment avant de décrypter le sens profond du mot Turluton… (« Do you think there is a link with « la turlute » ?)

Réflexions sur le nombril du monde et sa périphérie

Banniere_Confrerie_de_la_Fraise_-_Carpentras Rassurez-vous, la canicule aidant, je me limiterai à quelques brèves réflexions inspirées par les derniers événements.
Je pars d’un simple questionnement : je me demande pourquoi les amoureux et les amoureuses du patrimoine et des traditions ont une forte tendance à me gonfler, alors que je suis moi-même amateur d’histoire, de vieilleries et autres coutumes locales. Je suis aussi un ardent défenseur de ma langue natale, mais prêt à adopter l’Anglais comme langue internationale, pour pouvoir dialoguer avec la moitié de la planète. Pour quelles raisons les confréries du Kamembert, du Gevrey Chambertin ou de la pelote basque me hérissent-elles le poil alors que je suis un ardent défenseur de l’époisse, du côte du Roussillon, de la gare SNCF de Trifouilly les oies et – tant qu’à faire – membre de diverses associations s’intéressant au patrimoine historique ou littéraire ?

Sans doute parce que tous ces braves gens ont devant les yeux une peau de saucisson si épaisse qu’ils peuvent admirer le viaduc de Garabit mais pas l’Alhambra de Grenade ; sans doute parce que j’adore manger des noodles frits aux légumes avant de déguster une lichée de Coulommiers. Point final. J’ai des racines ; je les revendique. Mais connaître celles des autres m’amène à les respecter un peu plus et à enrichir mon propre patrimoine culturel. On peut être « né quelque part » et admirer aussi plein d’ailleurs et plein d’autres possibles. Je ne vois point là de contradiction. J’avoue qu’il y a quand même des jours où j’aimerais mieux être né sur une autre planète plutôt que d’entendre mes con-citoyens énoncer des idées qui nous conduisent droit à une réédition d’Auschwitz ou de la boucherie de 14/18. Mais bon c’est comme ça au pays des bérets-baguettes. On vote Hollande, on se fait peur avec Mélanchon, mais Pétain et son pote Laval ne sont jamais bien loin.

no borders La langue qu’on parle est un bel exemple à débattre : on peut vouloir défendre sa langue sans pour autant dénigrer celle du voisin ; s’amuser avec l’étymologie des mots et déplorer l’appauvrissement du vocabulaire courant, tout en ayant l’oreille complaisante aux belles sonorités de la langue arabe. Les visions trop étroites conduisent à la myopie puis à la cécité, avec cette réserve importante que les mal-voyants ont la chance de développer leur réseau sensoriel, alors que ceux qui ont passé leur vie à élaguer leur vision du monde, n’ont pas plus d’oreille que d’odorat. Disons le clairement, je considère les « jeunes identitaires » comme de « vieux couillons » et il ne me viendrait pas à l’idée de partager mon saucisson avec eux. Mon identité n’a pas de frontières, la leur s’étiole entre la Tour Eiffel et Notre Dame de Fourvière. Quelle indigence !

Alors…. Voyager ? Pourquoi pas ? Mais il y a tant de façons de s’ouvrir au monde ! Mon rêve serait de partir en voyage avec une valise pleine et une valise vide… Ce que j’offre ; ce que je reçois. Peupler mon univers avec celui des autres… Etre citoyen du monde et citoyen de chez moi… Etre aussi respectueux de leur culture qu’ils le seraient de la mienne… Avoir un minimum de connaissances sur les contrées que je découvre, de manière à ne pas asséner des énormités avec le sourire ravi de celui qui est convaincu que tout est mieux chez lui que chez les autres. J’aime beaucoup cette formule qu’utilise Mona Chollet dans son dernier livre « Chez soi » : « Ce que je recherche dans le voyage, c’est la façon dont il enrichira l’après, plus que le voyage en lui-même. » Reprendre son souffle et assimiler tout ce que l’on a rapporté dans la deuxième valise. Cette façon de voyager est bien éloignée du « rallye » auquel se livrent certains voyageurs, alignant comme des timbres dans leur album, des listes de métropoles, d’aéroports et de plages ensoleillées.

helpx On peut se frotter au monde d’une autre manière aussi, en hébergeant chez soi des voyageurs qui viennent d’un « ailleurs » plus ou moins lointain. A travers leurs récits, leurs usages, on découvre une part de leur culture. Pour leur faire découvrir la nôtre, nous cherchons des éclairages originaux, et mettons en avant, parfois avec un œil critique, des comportements qui nous paraissent coutumiers. Ô combien de débats avons-nous eu, et avons-nous encore, sur les subtilités du vocabulaire français : les « savoir » et les « connaître », les « écouter » et les « entendre »…  Quand je parle d’hébergement, il ne s’agit pas pour moi de fourguer une chambre gratos ou payante pour une nuit et de dire au revoir le lendemain matin. Je fais allusion à notre participation à l’association Help’x, qui nous permet des échanges pendant plusieurs semaines et une connaissance plus approfondie de nos invités. J’estime que je connais mon sujet puisque nous dépassons cette année la cinquantaine de personnes ou de couples hébergés. J’ai déjà fait plusieurs laïus à ce sujet et je ne détaillerai pas. Au mois de juillet, on fatigue vite les lecteurs.

Ce n’est pas un monde de bisounours que je vous propose là. Aucune complaisance, ni à notre égard ni à celui des autres. Je garde mon droit entier à la contradiction. S’intéresser à ce que fait l’autre ne signifie pas l’approuver, mais simplement comprendre avant de promouvoir ses propres arguments. Respecter ne signifie pas adhérer et le respect doit aussi être réciproque. On se déchausse quand on rentre dans un lieu public, sacré ou non, en Inde. Chez nous, personne ne fume dans la maison. Les comportements haineux et racistes ne sont pas les bienvenus. « Il n’y a pas d’étrangers ici, simplement des amis que vous n’avez pas encore rencontrés » (citation du poète anglais William Butler Yeats). Une maxime que je verrais bien affichée en dessus de notre porte, si on ne se méfiait pas autant des maximes !

voisins de panier Tout cela ne touche pas qu’au culturel, mais s’étend largement à la politique et à l’économie. Je rêve d’un internationalisme plein de curiosité et de sensualité plutôt que d’une mondialisation absurde et ravageuse. Je veux bien consommer local plutôt que de faire venir les articles dont j’ai besoin des antipodes. Mais je sais aussi que Barcelone, Milan, ou Francfort sont moins éloignées de chez moi ou à la même distance que Brest ou Lille. Le « près de chez moi » n’a donc rien à voir avec le tracé d’une quelconque frontière. Beaucoup de luttes en cours (no TAV, déchets nucléaires, licenciements…, pour n’en citer que quelques-unes) n’ont que faire des traits pointillés sur les cartes de géographie. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que le coq « cocorico » est meilleur que le poulet « kikiriki ». Les éleveurs savent aussi bien distribuer les antibiotiques à leurs animaux sur un versant des Alpes et sur l’autre. La question du « local » est aussi une question éthique et le concept du « zéro kilomètre » doit être tempéré par quelques considérations sociales ! J’accepte une majoration des coûts à cause de mes choix de consommation, sous réserve que l’argent supplémentaire que j’accepte de dépenser aille bien dans la poche du producteur ou du fabricant et non dans celle d’un intermédiaire peu scrupuleux. Je ne manque de rien mais je ne suis pas particulièrement fortuné non plus pour faire ces choix-là. Je préfère simplement réduire la quantité et favoriser la qualité (dans le sens le plus élargi du terme).

Quand l’échange peut échapper aux règles monétaires traditionnelles c’est encore mieux. Nous participons à un S.E.L. (Système d’Echange Local) à titre expérimental cette année. Il est trop tôt pour tirer nos premières conclusions, mais là encore les horizons s’affranchissent de certaines limites.

Un peu fourre-tout ce billet ? Il est à l’image de nos luttes actuelles. J’invite ceux qui ne voient pas le rapport entre le début et la fin de ma chronique, à faire une pause tranquille et à réfléchir à tous les sujets que j’ai effleurés ! Bonne méditation !

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1juillet2015

Bric à blog de mai ? de juin ? de juillet ! Bric à blog du temps qui s’enfuit à tire d’aile…

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

IMG_0782 Ces deux derniers mois, j’ai l’impression de passer mon temps à courir d’un bout à l’autre de la maison et de passer sans arrêt d’un projet à un autre. Je partage l’essentiel de mon temps entre le jardinage, le travail du bois et les conseils à nos « helpers ». Guère de temps pour l’écriture dans ce contexte, mais j’ai quand même lu et noté une foule de choses passionnantes sur le web, dans divers domaines cadrant avec mes préoccupations. Il est évident que la situation en Grèce, en Espagne ou au Kurdistan ne me laisse pas indifférent ! Je vais essayer de vous faire part de mes découvertes en essayant de les structurer un peu. Les jours ont beau être les plus longs de l’année, ils sont encore trop courts pour profiter pleinement de toutes les richesses qui passent à notre portée. Bien entendu, ma conception de la « richesse » n’a que peu de choses à voir avec celle des patrons de la Silicon Valley.

Leur soi-disant démocratie se porte de plus en plus mal dans le monde : aussi mal dans les pays qui en font soit disant l’axe de leur politique étrangère (« propagande » conviendrait mieux), que dans ceux dans lesquels les chefs de la croisade rêvent de l’installer. Aux Etats-Unis, mieux vaut tuer un noir qu’un blanc. Dans un cas, vous êtes victime d’un dérangement cérébral qui vous pousse à commettre certains « excès », dans l’autre vous êtes un fou sanguinaire, un terroriste et probablement un suppôt d’Allah. En Iran, le simple fait qu’un avocat serre la main de sa cliente en prison fournit un bon motif d’arrestation à la police du régime. A lire en détails sur « Global Voices ». Chez nous l’arsenal législatif répressif se met en place dans l’indifférence quasi-générale. Il ne reste plus qu’à mettre les « bonnes personnes » aux leviers de commande et tout fonctionnera… comme en 40. Nous n’aurons même pas besoin d’un Pinochet ; la blonde émule de Jeanne d’Arc suffira pour faire la sale besogne. C’est gentil à Valls et consorts d’armer le bras qui va bientôt nous frapper, tous… Et pendant ce temps-là, les patrons de l’entreprise écologique EELV cherchent un moyen de rentrer en grâce auprès de ce gouvernement de socialistes d’opérette. Lire ce très bon billet de Fabrice Nicolino au sujet des pitres d’EELV.

IMG_0851 Gouvernement, médias (de Droite comme de Gauche) tirent à boulet ouvert sur la politique du gouvernement grec qui refuse (ou tout au moins essaie de refuser) de se plier aux diktats du FMI, de la banque et de l’union européenne. J’ai une profonde sympathie pour les Grecs et le fait qu’ils se débattent comme des poissons pris dans une nasse aux mailles étroites ne fait que renforcer ce sentiment. Une défaite du peuple grec dans ce combat qui l’oppose aux géants de la finance et de l’hypocrisie internationale serait une catastrophe pour tous ceux qui luttent pour plus de liberté et d’égalité. Mikis Theodorakis exprime très bien les enjeux de ce qui se déroule ces dernières semaines. Je vous conseille la lecture de son appel publié dans les pages de l’Humanité : « Les banques ramèneront le fascisme en Europe ». Toutes les mesures prises par les différents gouvernements de l’UE vont d’ailleurs dans ce sens (voir paragraphe en-dessus). L’argent est sacré ; la vie humaine n’a que peu de prix…
A suivre de très près aussi la situation au Kurdistan. Les combattants des YPG (milice kurde) marquent des points contre ceux de l’Etat Islamique. Après avoir sauvé la ville de Kobané, les miliciens ont libéré une zone beaucoup plus vaste incluant notamment le poste frontière de Tal Abyad avec la Turquie, puis la ville d’Aïn Issa. En s’emparant de Tal Abyad, Ils ont ainsi coupé une voie de ravitaillement importante pour l’E.I. Les combattants kurdes se rapprochent de Rakka, ville considérée comme étant la capitale de l’E.I. en Syrie. Ceux qui criaient victoire un peu trop vite n’ont cependant pas très bien mesuré la capacité de nuisance des fous d’Allah.

IMG_0763 Je passe de plus en plus de temps sur « Seen This« . Ce site de « micro-blogging », sur lequel j’ai ouvert un compte, a grandement facilité le travail de veille de l’information auquel je me livre de façon plutôt dilettante. Je reconnais que l’échange de liens qui se pratique à travers cette plateforme m’a permis de belles découvertes ; pas seulement dans le domaine de la politique mais bien au-delà. Le quarte gagnant de mes connexions en ce moment : « Seen This », « l’En-dehors », « Altermonde » et « Utop’Lib »… Deux de ces sites sont enracinés dans la mouvance libertaire de par leur contenu ; deux autres y sont apparentés de par leur mode de fonctionnement. Enfin c’est ma façon de voir les choses. D’ailleurs… « avez-vous pensé que vous êtes peut-être anarchiste ? » C’est la question originale que pose la Fédération Anarchiste de Catalogne à travers une belle collection d’affiches que Claude Guillon reproduit sur son site « Lignes de force ». Peut-être êtes vous atteint par cette grave maladie si vous pensez que lutter pour un monde sans frontières est une bonne chose, ou si vous désirez que nul patron ne confisque les bénéfices de votre travail. En tout cas les idées libertaires ont le vent en poupe. Les éditions Lux viennent de sortir un ouvrage de Thomas Déri et Francis Dupuy-Déri intitulé « l’anarchie expliquée à mon père ». Il n’est jamais trop tard pour se blottir à l’ombre du drapeau noir ! On peut lire une présentation de cet ouvrage sur le site des « Inrocks ».

IMG_0794 Un mot d’écologie au passage. Aucune énergie « verte » ne détient la panacée à l’heure actuelle, surtout si on veut l’utiliser à la mode capitaliste : grosses unités centralisées pour produire un maximum d’énergie et gagner un maximum de pognon. L’équation écologie / capitalisme est décidément de plus en plus difficile à digérer. Le solaire, l’éolien, la méthanisation, le chauffage au bois doivent être mis en œuvre à une échelle restreinte, décentralisée et sous  contrôle citoyen. La construction d’énormes centrales de production – quelque soit l’énergie choisie – aboutit généralement à un non-sens et provoque – à bon escient – l’ire des populations riveraines. Ceci est valable tout autant au Mexique où l’on exproprie les petits propriétaires pour construire d’immenses alignements d’éoliennes, qu’en France quand on décide de remettre au goût du jour des centrales thermiques périmées en leur faisant ingérer des plaquettes de bois. Je regrette mais une centrale comme Gardanne que l’on veut faire fonctionner avec du bois énergie que l’on s’apprête à acheter aussi loin qu’au Canada n’a rien d’écologique et tout d’une aberration. Bon article au sujet de Gardanne sur « Reporterre« . Une idée intelligente, lorsqu’elle est confiée à des crétins et/ou à des profiteurs, devient une calamité. Le seul mérite de ces fausses pistes est de ne pas léguer à nos descendants des déchets radioactifs pendant des millénaires. Pour le reste, les chantres de ce genre d’énergies renouvelables ont « tout faux » – mention « zéro » au bac d’écologie.

IMG_0915 Rubrique gaspi : je reviens comme dans tous mes bric à bloc antérieurs sur le comportement aberrant de la SNCF et son management de l’argent public. La SNCF dévie sur une voie de garage son projet de web radio du rail et l’envoie probablement à la casse. Ironie du sort, pour supporter ce projet, un studio de radio tout neuf, ayant coûté un million d’euro, vient d’être achevé à la gare de Lyon. Les camarades qui bossent dans l’informatique savent déjà que la SNCF a financé ces dernières années des projets de recherche totalement hors de son réseau de compétences, histoire de jouer à la roulette russe avec l’argent de Mr Toulemonde. On finance une société pour mette au point un logiciel… puis on coupe les crédits en cours de route. Savez-vous par exemple que la SNCF a financé (partiellement) la mise au point d’un logiciel de prise de rendez-vous automatique pour les professions médicales ? Le bébé a été jeté avec l’eau du bain en cours de toilette. Et s’il n’y avait que ce genre de fantaisie. Ensuite, on coupe les arbres dans les cours de gare pour ne plus avoir à financer leur taille annuelle. L’histoire de la web radio est racontée plus en détails à cette adresse. Evitez de lire cependant si vous êtes en période de grave détresse financière.

IMG_0928 On ne peut pas terminer ce « bric à blog » sans parler d’histoire… et en matière d’histoire, j’aime bien m’intéresser aux « niches », à ces sujets dont on ne parle que pas ou peu pour diverses raisons pas toujours bien avouables. Pendant la révolution espagnole, en 1936, tous les Italiens n’étaient pas à la botte de Mussolini. Si l’armée italienne a envoyé des troupes soutenir les fascistes, d’autres combattants, volontaires, se battaient sur le front républicain. Une bonne étude est parue à ce sujet sur le site des Giménologues. Nombre de ces Italiens ont été incorporés à la colonne Ascaso. On parle aussi beaucoup des Africains du Nord qui ont été incorporés plus ou moins contre leur volonté dans les phalanges franquistes. On parle moins des Algériens qui ont combattu au côté des Républicains. Le temps de rassembler un peu de doc : je crois que cela fera un bon thème de chronique pour une « Feuille Charbinoise » qui aime explorer l’histoire en dehors des sentiers battus.

IMG_0750 On ne peut pas terminer non plus sans ouvrir quelques portes dans le monde du rêve et de la création… Je voudrais vous parler dans ce dernier paragraphe du site « Tous Land artistes ».
Une mienne connaissance, avec un groupe de petits, a fait tricoter les lônes du Rhône avec des feuilles et des brindilles, dans le couloir d’un musée bien sympathique, un jour où dame Nature refusait l’hospitalité aux lutins sans parapluie.
Avez-vous déjà vu un fleuve de brindilles dévaler un escalier ? Ignorez vous ce que sont des lônes ? Vous pouvez compléter vos connaissances en faisant une petite excursion à cette adresse. Voilà ; vous ne direz pas que je n’ai fait que vous barber avec des trucs difficiles à lire !

Illustrations : les photos ? eh bien ce sont les six derniers nouveaux habitants de la maison. Notre chatte grise a eu une portée de quatre chatons noirs il y a deux mois. Notre deuxième chatte grise a eu, quelques temps plus tard, une portée de deux chatons, un noir, une blanche. Ces joyeux vivants cherchent des parents adoptifs. Les deux mamans espèrent qu’ils seront bien traités car elles n’en auront sans doute pas d’autres par la suite ! Quand je vous disais qu’on était débordés de boulot… N’hésitez pas à vous manifester mais sachez que nous ne les envoyons pas par la poste ! Vous serez contraints et forcés de venir boire un canon à la maison.

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16juin2015

Yé bé (attitude)

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

Genre de chronique vaguement philosophique, mais faut faire avec !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  V’là la fin du printemps qu’arrive, le muguet qu’est passé, les somptueux weigélias qui ont fané,  les feux de la St Jean bientôt allumés… et bien peu de chroniques publiées ces derniers mois. Yé bé ! On se la coule douce chez les retraités en zone rurale… S’agirait-il d’un concept nouveau, le viaduc, qui permettrait de relier tous les ponts entre-eux, du 1er mai au 15 août ? L’an 015 serait-il l’an 01 ? Que nenni mes doux agneaux et mes douces agnelles (le féminin ne passe plus forcément en premier, c’est discriminatoire) ! C’est juste le potager qui veut ça : la dictature du haricot. Ce n’est pas la faute des patates : cela fait déjà un moment que j’ai butté le dernier pied (à la binette et pas à la Kalachnikov). Les premières commencent à sauter gaiement dans la poêle. C’est sans doute un peu aussi à cause des tomates ; ces belles dames demandent une attention de tous les instants : tuteurage, taille, surveillance de ce maudit mildiou que les orages à répétition du mois de juin encouragent… Quand par hasard j’arrête de torturer mon dos, c’est pour prendre le temps d’admirer le spectacle en plusieurs actes que nous offre généreusement Mère Nature au printemps. Fier de l’ouvrage accompli, je me vautre ensuite sur mon fauteuil et je me délecte de la lecture de quelques bons ouvrages culturels en diable : de la culture terrestre à la culture culturelle en quelque sorte. Et s’il n’y avait que le jardin ! L’enthousiasme printanier nous pousse aussi sur la voie des réaménagements de notre territoire domestique. Comme le lérot, mais bien avant l’automne, nous habillons notre terrier de nouvelles mousses fraîches et odorantes pour mieux hiberner.

instant the Cette agitation domestique me vole une grande partie de mon temps mais ne m’empêche point de m’intéresser aux turpitudes de l’actualité mondialo-franco-hollandaise. Je lis ce qu’en disent quelques autres blogueurs amis·amies et je trouve leur propos suffisamment explicite, leur écriture suffisamment talentueuse et leur humeur suffisamment ravageuse pour ne pas avoir besoin d’y ajouter mon grain de sel (ou seulement un petit peu !). Je prends quelques notes pour mon prochain « bric à blog », histoire de garder les pieds sur terre. J’amasse des monticules d’idées pour mes prochains billets… Je cherche surtout quelques notes d’optimisme, au couchant comme au levant, histoire de ne pas trop sombrer dans la morosité. Les étincelles ne manquent pas pour allumer des feux de joie, mais ce sont les rapports de force qui m’inquiètent : l’énergie des quelques centaines, des quelques milliers de personnes qui se battent avec conviction et courage sera-t-elle suffisante pour contrer l’inertie mortifère des masses indifférentes ou vociférantes ? Combien de défenseurs pour les sans-papiers traqués par la police ? Combien de moutons qui hurlent avec les loups pour dénoncer le « péril étranger » ? Combien de militants conscients du « péril en la demeure » instauré par les pratiques délirantes des grands groupes financiers ? Combien de consommateurs prêts à voir disparaître jusqu’à leur propre emploi, pour acheter, toujours moins cher, les pacotilles que les cargos venus d’Asie entassent dans les gondoles des centres commerciaux ? A chaque fois on a l’impression du combat entre le pot de terre et le pot de fer. Trop souvent, l’écologie ne devient qu’une marchandise de plus : les multinationales vendent de la coccinelle, du solaire ou du « sans pesticides » comme elles ont vendu auparavant du lindane, du gazoil ou des yaourts à la soude caustique. Si le « durable » rapporte plus, alors soyons « durables » chers actionnaires.

jeu_de_patience Ces propos nous éloignent de la Yé bé(attitude) que j’aimerais tant afficher. Dans une chronique précédente je dénonçais les méfaits de l’exode urbaine dans nos campagnes. D’une part quelques courageux prêts à changer radicalement de mode de vie et à impulser une dynamique nouvelle ; d’autre part quelques dizaines ou centaines de milliers de délocalisés de la banlieue, ardents consommateurs de loisirs mécaniques, vivier prolifique pour les milices rurales que les maires émules de la droite extrême rêvent d’instaurer dans leurs communes… L’actualité dans son ensemble est un peu comme cela. On arrose de milliards de dollars les zones de conflits, histoire que la mèche continue à brûler pendant des mois et des mois…  Pendant ce temps-là, quelques ONG peinent à trouver des sommes mille fois inférieures qui permettraient d’installer un accès à l’eau potable dans un village en lisière du Sahel ou une clinique offrant les services de base dans une banlieue indienne. De durable dans tout cela, il n’y a que la guerre me semble-t-il et les monceaux d’or que les trafiquants d’armes (ayant ou non pignon sur rue) entassent dans les coffres de leurs îles paradisiaques. Sans doute, ma vision est-elle un peu trop « française », ce qui explique qu’elle soit aussi pessimiste. Il semble que notre pays batte actuellement des records de repli sur soi, d’indifférence, de mépris des autres, et de cynisme politique. L’imagination sera bientôt considérée comme une forme de terrorisme !
Plongés plus profondément dans la crise, nos voisins espagnols ou grecs semblent faire preuve d’un peu plus d’énergie, d’autonomie et de réactivité, pour mettre en place de vraies solutions de remplacement : sans l’aide ni de l’état (d’aucun état, ni provincial, ni national), ni d’aucun groupe financier ni d’aucune « fondation ». Les blogueurs qui se sont délocalisés quelques temps dans ces pays-là semblent avoir quelque peu rechargé leurs batteries ! En France, à de rares exceptions près, on attend que l’état, l’église, le capital, les partis ou les syndicats apportent une solution aux problèmes dont tout le monde est conscient. On cherche des coupables illusoires mais faciles à châtier ; on laisse les vrais responsables de la misère s’engraisser dans leurs palais. Peu de gens s’aperçoivent que la solution à tous les maux est à la portée de leurs mains et qu’à force de se battre et d’entreprendre on peut sans doute entrouvrir les volets coincés devant la fenêtre.

parpaing plus parpaingL’union peine à se faire derrière une idée ou derrière un combat. L’individualisme prévaut : l’idée du voisin est peut-être bonne, mais voilà… le voisin connait un tel qui n’est pas fréquentable et a accepté de discuter avec lui, donc méfiance. Avant toute chose il faut clarifier le débat, se rassembler sur des bases bien définies… Tellement bien définies que ces bases se limitent parfois à des radeaux où survivent trois ou quatre idéologues en attente de scission. Cette maladie groupusculaire, cette haine du principe de fédération et d’entraide remonte à l’après 68. Elle a toujours fait le bonheur du pouvoir en place. Elle est liée en grande partie à l’égo de ceux qui rêvent d’une carrière politique avant toute chose, mais aussi à la méfiance de l’expérimentation sur le terrain. Agir ensemble puis débattre des perspectives, plutôt que débattre et se séparer en multiples embryons. On pose une rangée de parpaings pour faire un mur ; une fois les soubassements posés on discute pour voir s’il n’y a pas moyen de faire plus vite, plus efficace, plus haut… que sais-je ? On s’en remet aux conseils d’un compagnon plus habile de ses mains ou plus expérimenté en maçonnerie (ce qui n’empêche pas d’émettre ses propres idées) plutôt que de procéder à une élection au suffrage universel pour savoir qui – parmi les candidats – sera chef de chantier… J’aime voir les murs se construire et commenter d’un sonore « Yé bé », la pose du dernier parpaing. Un temps pour l’action, un temps pour la réflexion, un temps pour la Yé bé (attitude).

5d414e29 Je crois que c’est ce qui me permet de tenir encore et de garder intactes mes convictions profondément libertaires. Je suis admiratif devant le potentiel créatif qui existe en chacun de nous. Nous n’avons aucun besoin d’un chef pour nous dire ce que nous avons à faire, mais nous avons intimement besoin de compagnons tant la tache est impressionnante. De plus, je ne suis pas naïf, et je sais fort bien que pendant que l’on construit, le bulldozer du ou des pouvoirs est à l’affût quelque part et attend le moindre signe de faiblesse pour raser l’édifice et réduire nos espoirs à néant (l’actualité présente, en Grèce, montre bien à quel genre de péril on peut s’attendre…). Mais plus les projets en voie d’accomplissement sont nombreux plus il est difficile de les abattre, et plus il est difficile de les dissimuler pour éviter la contagion des idées. Le rêve (ou plutôt les milliers de rêves) deviennent réalité, tant mieux. La méthode était la bonne. Le projet n’a pas atteint son terme ? Cent fois sur l’établi… Nous n’étions pas assez nombreux, pas assez motivés, ou nous avons choisi le mauvais terrain. Devoir recommencer n’est pas forcément signe d’échec car l’on repart au combat avec de nouvelles armes. Quand la journée de labeur est finie, on s’arrête, on admire, on chante et on danse, car comme le disait si bien Emma Goldman, « si je ne peux pas danser, je ne veux pas prendre part à votre révolution. » Yé bé(attitude).

before-an-anti-austerity-demon J’ai beaucoup levé le pied du côté des manifs, des pétitions et autres actions pétaradantes. Pour moi, l’idée libertaire se situe bien au-delà d’une simple colère ou d’un drapeau à brandir. Je n’ai jamais été un militant acharné et encore moins très obéissant : trop critique pour adhérer à quelque manifeste que ce soit. Les idées nouvelles m’interpellent ; les slogans m’inquiètent. Je me bats toujours à ma façon, même si je laisse les pavés à d’autres. J’essaie de faire évoluer mon environnement proche et surtout mes rapports avec cet environnement, pour qu’il soit conforme aux règles éthiques que je me suis fixées. Mais ce n’est pas qu’une question d’éthique (ce mot-là me fait toujours un peu peur à cause de son côté rigoriste), c’est surtout une question de plaisir. il y a des valeurs auxquelles j’adhère et dans lesquelles je me sens bien ; il y en a d’autres qui me donnent des boutons, me flanquent la nausée, ou m’ennuient simplement profondément. Je me complais dans un non-conformisme guère dérangeant, je le reconnais ; je me sers de ma plume, de ma langue et de mes mains puisque ce sont des outils qui me sont familiers. Je suis plus que jamais adepte de la propagande par le fait, pourvu qu’on me laisse choisir ce que je mets derrière le « fait ». Je m’identifie volontiers à des idées que d’autres ont exprimées avant moi et avec beaucoup de talent. A l’heure ou j’écris me vient à l’esprit cette pensée d’Albert Camus : «Nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale. C’est ce que nous appelons une révolution ». Je pense aussi à ce qu’écrivait le géographe anar Elisée Reclus, à savoir qu’évolution et révolution sont deux idées bien plus proches l’une de l’autre qu’on ne le croit et qu’il est stupide de les opposer.

Je termine ce long cheminement chaotique qui m’a permis de passer des haricots de mon jardin aux mutations révolutionnaires que l’on découvre dans les pays voisins. Après le froid, la chaleur, la sécheresse, il me faut maintenant me bagarrer avec l’excès d’humidité : des pluies torrentielles ces derniers jours et quelques grêlons malvenus. Décidément, le complot mondial déploie chaque jour de nouvelles tentacules !

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5juin2015

Les voisins, c’est pas toujours la fête…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Quelques considérations acides sur la délocalisation des citadins à la campagne

fete des voisins Les pavillons et les lotissements poussent comme des champignons dans nos campagnes, accompagnés de leurs lots de ZA de ZI et autres joyeusetés. Enfer et damnation, nous bénéficions même d’un nouveau Mac Daube à un bon kilomètre de notre espace de survie…

Ce n’est pas un hasard si je choisis le terme de « délocalisation » dans mon titre. Je voulais éviter toute confusion entre les personnes dont je vais parler et les véritables « néo-ruraux » qui sont bien souvent les acteurs dynamiques du renouveau de la vie dans nos campagnes. Non… ceux que je vais quelque peu égratigner dans ce billet, ce sont ces gens qui sont égarés dans le paysage rural, ces citadins auxquels on a fait croire que la vie en plein air c’était les barbecues à tout va, les virées en quad à gogo et autres loisirs culturels à base de moteurs pétaradants. Ils sont venus vivre à la campagne parce que « c’est moins cher » et parce qu’on leur a fait miroiter la liberté des grands espaces. Tout ce qui était difficile à gérer dans un T2 à cause – notamment – du voisinage, ne pose plus aucun problème du moment que plus personne n’habite en dessus ou en dessous. Tant pis si votre terrasse n’est qu’à trois mètres cinquante de celle de votre voisin. Tant qu’on aime les sardines grillées, il n’y a pas de soucis. Ces nouveaux arrivants colonisent peu à peu l’espace agricole par le biais des lotissements que les promoteurs peu scrupuleux font éclore à droite comme à gauche (dans tous les sens du terme). « Vous ne pouvez pas refuser une proposition aussi mirobolante, M’sieu le maire. Grâce à la construction du lotissement « les fleurettes », votre « trou », non pardon votre charmante bourgade, va gagner trois cent habitants d’un coup. Faites leur risette de temps à autre, et hop ! un bon lot de voix gagné aux prochaines élections ! Ça ne coûtera presque rien à la commune bien sûr. Tout est précisé dans le dossier de 647 pages que je vous ai remis… »

vue aérienne Ce que M’sieu le maire ne sait pas c’est qu’il met le doigt dans un engrenage aussi complexe que destructeur. Les nouveaux venus, par exemple, aiment bien les animaux, mais surtout ceux qui vivent à travers les pixels de l’écran de leur téléviseur. Ils ont parfois du mal à supporter la réalité locale : un coq qui chante à 6 h du matin, le dimanche, ou une taupe qui transforme en terrain de golf leur gazon verdoyant. Gazon, barbecue, quad… un certain nombre de mots clés de la bible des nouveaux arrivants figure déjà dans ce billet. Les « anciens » occupants des lieux – souvent des agriculteurs – ne se plaignent pas trop, tant que ces investissements divers profitent à leur portefeuille. Nombre d’entre eux ont été suffisamment malins pour rentrer dans les conseils municipaux quand la question des P.O.S. (requiem in pace) ou des P.L.U. a été débattue. Ils se sont procuré force liquidités en faisant classer en terrain à bâtir quelques parcelles qui trainaient dans un coin de leur exploitation et ne leur rapportaient guère. Ces fonds inespérés ont été les bienvenus pour permettre d’agrandir les parcelles « rentables » en rachetant les terres du voisin, retraité ou bien ruiné ou bien les deux. Quelques tractations bien menées ont permis de bloquer l’installation de jeunes agriculteurs diplômés, un brin écolos sur les bords, et parfois même citadins ayant opéré une véritable reconversion par rapport à leur mode de vie antérieur.

Le seul problème pour les gros exploitants agricoles (pas les très gros : eux ont visé plus haut que les conseils municipaux) c’est que la machine à bâtir s’est un peu emballée et que dans certaines régions on s’est mis à exproprier à tout va. Leurs nouveaux adversaires n’étaient plus de simples petits promoteurs ambitieux mais de grosses entreprises de BTP dont le pavillon vole bien plus haut que les miradors qui bornent nos frontières nationales. Quand on déménage la ville à la campagne, il faut aussi de la place pour tout un équipement collectif fondamental ou non : salle des fêtes, hypermarché du bricolage, fast food, réparateur de quad, gare TGV, terrain de golf ou autre centre de loisirs. « M’sieu le Maire, imaginez la publicité dont va bénéficier votre « trou », non pardon votre charmante bourgade, si nous construisons un centre touristique avec golf, dancing et autre « pool house ». Même au chef-lieu ils n’ont pas un équipement de cette ampleur. En plus ça va soulager votre service social ! On va recruter quelques jeunes filles sans emploi pour devenir bonniches à tiers-mi-temps (*) dans le complexe hôtelier, sous le dôme. Du chômage en moins, c’est des voix en plus ! Le dôme… ah oui, je ne vous avais pas parlé du dôme climatique… Pas de problème, tout est expliqué à la page 648 du dossier, dans les premières annexes… »

fete des quads René Duschmoll est content… Dix années qu’il habite dans ce trou du cul du monde (pour reprendre les termes un peu exagérés qu’emploie son ado de fils). Il va enfin pouvoir bénéficier pleinement des avantages de sa nouvelle vie rurale. Finalement, tout n’était pas mauvais dans ce délai d’attente. Il a fini de rembourser l’un de ses emprunts et dispose enfin d’un budget loisir partiellement conforme à ses ambitions. Il s’est inscrit au « road club » des « sirènes hurlantes » et, avec ses potes motards, ils font des virées en quatre roues tous les samedis après-midi sur les chemins qui traversent les vignobles dans le département voisin, à vingt bornes de chez lui. Il consacre une semaine de vacances, celles de Pâques ou de la trinité, à sa famille. A ce moment de l’année, il ne fait pas encore assez chaud dans les campings sur la Côte, alors ils bénéficient des promotions dans le parc d’attraction régional à cent bornes de là. Comme c’est climatisé et qu’il y a une super-piscine avec des palmiers, il a l’impression de séjourner en Guadeloupe ou en Martinique selon les années. De toute manière, chez les bougnoules il y est allé une fois et il a attrapé une intoxication alimentaire grave. Pas d’hygiène dans ces contrées lointaines. Le dimanche c’est selon la saison, barbecue ou raclette avec les collègues de la boîte, puis un petit golf ou un petit bowling. Celui qu’ils viennent de construire à la place de la vieille ferme en ruine est au top. Il n’y manque aucun aménagement moderne. Il s’est inscrit à « voisins vigilants » parce qu’il y a plusieurs familles de Roms sédentarisées de l’autre côté du bled. Un soir ou deux par semaine, il doit faire des rondes nocturnes. Le maire lui-même a félicité ceux qui se sont inscrits dans cette milice… A la gendarmerie, ils rigolent un peu moins car les alertes se succèdent… « Je vous téléphone parce que Mme Michu, la veuve domiciliée au 19 de la rue des Courbettes, était accompagné d’un drôle de type, genre basané, quand elle a sorti sa poubelle… J’en profite pour vous avertir qu’il y a une voiture immatriculée en Corse stationnée dans notre rue depuis trois jours. » La seule chose qui chagrine ce bon René, c’est qu’il n’y ait pas encore de vidéo surveillance installée dans le lotissement. La mairie ferait mieux de réduire sa subvention au centre d’aide sociale pour s’occuper de sécurité !

Ne croyez pas que notre brave Duschmoll ne se tienne pas au courant des pratiques vertes et durables… Bien qu’il considère que l’écologie c’est un truc de tapette, il est prêt à faire un effort en faveur de la nature. Avec ses potes des « sirènes hurlantes », il fait toujours très attention à ramasser les papiers gras après le pique-nique. A la maison, il ne met plus d’engrais pour son gazon. Il se contente de pisser dessus méthodiquement, zone par zone. Il a renoncé aussi au débroussaillant qu’il mettait le long de sa clôture. Ça faisait crever les framboisiers de son voisin, et, surtout, il n’osait plus bouffer les fruits qui passaient chez lui à travers le grillage. Il cherche une solution de remplacement élégante car, s’il y a bien une chose dont il a horreur, c’est de mettre les mains dans la terre. Le jardinage, la pioche, le désherbage, c’est pas un truc pour lui. Il laisse ce « genre de loisirs » à sa Germaine mais il l’encourage à avoir des pratiques écologiques. Verser l’eau de cuisson bouillante des patates ou des nouilles sur l’herbe qui pousse entre les dalles, ça lui va tout à fait. Il ne s’en occupe jamais depuis le jours où il s’est éclaboussé les pieds. Ça a fait des tâches disgracieuses sur ses tongues et des cloques encore moins esthétiques sur ses doigts de pied. En tout cas, la campagne il aime bien car il voit les montagnes quand il s’installe sur sa terrasse pour lire « l’équipe ». Enfin, il ne les voit qu’en direction du Sud ; partout ailleurs, l’horizon est bouché par les constructions. C’était mieux avant que le voisin, un con de fonctionnaire, construise un nouveau garage pour sa troisième bagnole, celle qu’il a offerte à son fils, celui qui est chef de rayon au supermarché.

aller au boulot Cela aussi c’est un problème avec la délocalisation… Le boulot ! Sur place, il y en a peu et pas très bien payé. Pour trouver un emploi, il faut souvent revenir vers les banlieues des villes et accepter de faire de la route. Côté transports en commun, rien ou presque rien ; impossible de trouver une solution qui colle avec les horaires de boulot. Avec le covoiturage, certains bricolent des solutions convenables qui réduisent un peu la facture essence et autoroute. D’autres se tapent une, deux ou trois heures de transport. Le budget investi dans ce poste est péniblement comblé par les écarts de salaire. En fait, l’argument économique qui pèse c’est le prix du terrain à bâtir qui baisse, plus on s’éloigne des zones attractives. Le bilan écologique lui est catastrophique. Un emploi égale une voiture. Dans certains lotissements, la place occupée par le garage au sein de la résidence est supérieure à celle réservée aux habitants. A la campagne, la bagnole est toujours la reine lorsqu’il s’agit d’aménager le territoire des zones habitables. Les petites routes agréables pour les promeneurs et les cyclistes deviennent de véritables voies express où l’on se promène en famille au péril de sa vie. Il devient difficile pour les municipalités de concilier les exigences de Duschmoll lorsqu’il se rend en voiture au supermarché (un kilomètre de ligne droite à fond à fond… gravier !) avec les exigences de Duschmoll qui fait de la course à pied tous les dimanches matin pour maintenir sa ligne. Heureusement que dans la zone artisanale voisine on a aménagé un centre de musculation avec un grand parking. Cela évite aux sportifs en herbe les dommages collatéraux liés à la surconsommation d’oxygène…

Un monde bien étrange que celui-là ou – tout au moins – un monde qui m’est bien étranger ! Vieux ronchon ? Non je ne pense pas. Il arrive aussi des gens bien intéressants de la ville. Je ne fais pas de racisme primaire ! Il y a d’ailleurs des gens qui vivent comme des cons à la campagne sans avoir jamais mis les pieds en milieu urbain. Disons que je me questionne de plus en plus souvent quand j’ouvre les yeux sur mon environnement proche. L’évolution de plus en plus rapide du paysage me questionne… La zone artisanale vers chez nous est en croissance constante alors qu’une partie non négligeable des locaux se vide peu à peu à mesure des faillites. Certains maires pleurent pour avoir des sorties d’autoroutes, voire même pour héberger n’importe quelle structure polluante pourvu qu’elle génère de nouveaux emplois. Dans la majorité des communes il n’y a pas de plan de développement en vue à long terme. L’important, c’est le nouveau supermarché, le parc d’attractions, et pourquoi pas un stockage de déchets industriels longue durée ! C’est que, mon brave, avec le nucléaire, faut voir les retombées monétaires et pas que les radioactives !

 

Notes culturelles : (*) Un concept nouveau pour la survie : une douzaine d’heures de travail par semaine, seulement pendant la belle saison, rémunération garantie style munition de lance-pierre. Ce ne sont pas ces emplois qui vont sortir de la mouise les 19% de pauvres que l’on trouve dans les communes isolées. Heureusement, il paraît que la pauvreté est moins visible à la campagne qu’à la ville…
Au cas où certains verraient dans cet article une allusion au Center Parc qui doit se construire quelque part en Isère,  je les rassure… C’est un hasard. Je précise aussi que je ne veux personnellement aucun mal à aucun gérant de salle de musculation. Je préfère sortir couvert.

 

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27mai2015

Mais non, mais non, l’ancêtre n’est pas mort !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Contrairement aux apparences, le blog et son tenancier sont toujours bien en vie. L’absence de chroniques publiées est une simple expression de la crise annuelle des mois de mai et juin. Votre bien-aimé rédacteur (ouaf-ouaf) a trop de costumes à endosser et ne sait plus où donner de la tête, entre les haricots à butter (sans violence), les voyageurs de passage à nourrir et à former au B et A – BA du jardinage, les différents travaux de menuiserie en cours et la gestion de la maison. Les journées ne durant que 24 h et les capacités de travail du grand patron étant limitées (malgré toutes les aides dont il dispose), c’est la production intellectuelle qui en pâtit. Mon retour sur la Croisette et ma participation au festival des blogs rugissants ne devrait pas trop tarder, mais je préfère ne prendre aucun engagement. Et pourtant il s’en passe des choses dans ce bas monde. Mon fiston voyageur, par exemple, a publié son troisième roman, ce qui clôt une trilogie plutôt bien commencée. J’en parlerai dans le prochain bric à blog : de « mai », il va être rebaptisé « juin » selon des sources bien informées.

A bas la dictature des haricots verts, vive les patates qui poussent toutes seules ! Ni dieu ni maître ! Amitiés !

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4mai2015

La révolte des « Tards avisés » à Cahors en 1707

Posté par Paul dans la catégorie : les histoires d'Oncle Paul; Un long combat pour la liberté et les droits.

La Révolution Française en ligne d’horizon

 « Il est arrivé, depuis trois mois, plusieurs petits désordres dans ce département au sujet du contrôle des bans de mariage, extraits baptistaires et mortuaires, que j’ai apaisés sans vous en rendre compte, le tout n’étant pas considérable ; mais, depuis trois jours, il y a eu une émeute au lieu de Catus, à deux lieux de Cahors, qui pourroit avoir des suites très fâcheuses, si on n’y remédioit. Sept ou huit cents habitants des communautés voisines s’y donnèrent rendez-vous pour tuer les commis, brûler les maisons et enlever les registres. Un des commis s’enfuit : la populace enfonça les portes de la maison, la pilla et enleva les registres ; l’autre les donna volontairement aux mutins pour sauver sa vie et ses meubles. Il y a cinq ou six personnes de blessés. Pour calmer ce désordre et en arrêter les suites fâcheuses, j’ai envoyé trente grenadiers du régiment de Normandie, commandés par un officier sage, pour s’assurer des coupables et intimider cette troupe mutine. Cependant je crois qu’il est de la prudence de punir ces gens-là par la bourse suivant leurs facultés sans autre punition plus éclatante, étant bon d’assoupir ces sortes d’affaires dans le temps où nous sommes. Si cependant cela pouvoit avoir quelque suite, j’irois moi-même sur les lieux avec des dragons de Fimarcon, et je vous promets de mettre cette canaille à la raison, sans que vous en entendiez parler davantage. Ainsi, cela ne doit point vous alarmer. » (Lettre de Monsieur le Gendre de Lormoy, intendant à Montauban, au contrôleur général. 9 mars 1707. »

gravure sur bois de Georges Rocal Un rien les exaspère ces paysans au bon vieux temps de la monarchie absolue… Un jour c’est un problème de taille ou de gabelle ; à une autre occasion c’est la cherté du pain, à moins que ce ne soit la création de nouvelles taxes ou les ravages occasionnés par le passage des armées en campagne… C’est le cas en 1707 : la France est engagée dans la guerre de succession d’Espagne qui s’éternise. La campagne militaire ruine le pays. Les caisses sont vides et l’imagination des grands argentiers tourne à plein régime ! Voilà que le pouvoir décide d’instaurer un impôt sur les baptêmes, les mariages et les décès. Pourtant, à l’époque, ces sacrements sont, avant tout, affaire d’église, et l’ingérence des agents du Roi dans cette affaire est assez mal perçue. Il va falloir payer pour un service gratuit jusque là. Ceux qui vont empocher l’argent n’ont rien à voir avec la cérémonie. L’excuse pour faire admettre une telle mesure, c’est d’améliorer la tenue des registres d’état-civil et de confier leur gestion à l’administration plutôt qu’au clergé. Non seulement le nouvel impôt indigne ceux qui en sont les « victimes », mais c’est surtout la vigueur avec laquelle les receveurs des tailles tentent de le recouvrer qui exaspère. En cas de carence ou d’insuffisance de paiement, les commis procèdent à des saisies de biens mobiliers, vendus ensuite à des prix misérables. Les frais de recouvrements calculés par ces bandits excèdent parfois le montant de la dette. Les agents du fisc recourent fréquemment à la violence et causent de nombreux dommages dans les domiciles des débiteurs. Bref, la classe laborieuse, paysans, artisans, commerçants, n’apprécie guère ces pratiques.

paysans_revoltes La révolte gronde dans la campagne quercynoise. Il ne manque qu’une étincelle pour que le monde paysan s’embrase… Les événements vont aller très vite : un premier rassemblement mobilise deux ou trois cents personnes. En peu de temps, la troupe d’insurgés grossit ; ils sont maintenant trente mille et ne font qu’une bouchée de la garnison de la bonne ville de Cahors au grand étonnement de la bourgeoisie et de la noblesse locale qui n’imaginaient pas le petit peuple si remuant ! La lettre de Monsieur le Gendre publiée en avant-propos en témoigne. Le Quercy n’est pas la seule région de France où l’on s’agite. Je vous invite à relire (entre autres) la chronique que j’avais publiée sur Pierre Grellety et ses croquants, même si les événements relatés se sont déroulés quatre-vingt ans auparavant. En ce début du XVIIIème siècle, Béarn, Agenais, Périgord… il semble que tout le Sud-Ouest soit au bord de l’explosion. Pourtant, les premiers incidents ne sont guère pris au sérieux par l’état-major qui, par tradition, n’a que mépris pour la populace, ses bâtons et ses faux. Essayons de reprendre le fil rouge des événements.

Révoltes-paysannes Le 9 mars 1707, la révolte éclate dans le village des Arques à cinq lieues de Cahors. Les premiers insurgés s’emparent des registres des contrôleurs et brûlent leur domicile pour se venger. Ils ne sont que deux ou trois cents, mais le bruit de leur agitation se répand comme une trainée de poudre. D’autres villages suivent l’exemple des émeutiers des Arques : à Belaye, à Sérignac, on pille quelques demeures et on brûle des documents administratifs. La troupe grossit et le mouvement prend de l’ampleur. Ils se retrouvent plusieurs milliers au bourg de Mercuès. L’intendant de Montauban se rend sur place pour tenter de calmer la foule. Il interroge les meneurs (ou tout au moins les plus échauffés, car il semble que de meneurs véritables, il n’y en ait point eu…) et leur demande le motif de leur colère. La remise en question du nouvel impôt apparait comme la revendication principale. Accablés par les exigences du fisc, les insurgés expriment le fait qu’ils sont « loyaux serviteurs du Roi », qu’ils veulent bien payer la taille et la rente du Seigneur, mais qu’ils sont trop pauvres pour payer d’autres taxes.  Monsieur le Gendre écoute les vociférations de la populace puis s’éclipse discrètement et regagne ses appartements. Ce n’est pas avec la dizaine de soldats qui l’accompagnent qu’il va disperser le rassemblement, d’autant qu’il ne songe nullement à satisfaire aux revendications. Les pourparlers échouent donc et les émeutiers décident de s’emparer de la ville de Cahors pour faire entendre leur revendication. Avant, il leur faut grossir leur troupe et mobiliser les compères des paroisses avoisinantes. Ils vont déployer une grande énergie pour cela et n’ont guère de mal à faire grossir les rangs de leurs partisans. Ils n’hésitent pas à recourir à la menace pour inciter leurs compatriotes à les suivre.

infanterieUne première démonstration de force a lieu devant les murailles de Cahors. Les insurgés sont au nombre de trente mille. Ils sont bien décidés à franchir les portes. Les premiers incidents qui ont lieu leur sont plutôt favorables : ils s’emparent d’un chariot de poudre et de balles destiné à la garnison de la ville, après avoir quelque peu malmené l’escorte du convoi. Le Comte de Boissière ayant en charge la défense de la ville décide de parlementer et promet aux insurgés d’intervenir en leur faveur auprès du grand Intendant. Il leur promet aussi d’intercéder auprès du Roi pour obtenir une diminution de leurs impôts. Bien entendu, ces promesses n’engagent que leur auteur et ne reposent que sur du vent. Mais les « Tards avisés » sont bien crédules. Ils estiment que leur démonstration de force est suffisante et décident de se disperser et de retourner dans leurs foyers.  L’arrivée à marche forcée depuis  Montauban du Maréchal de Montrevel n’est certainement pas étrangère à cette décision, d’autant que deux régiments de dragons accompagnent le Maréchal : ils ont été soustraits aux renforts envoyés en Espagne. Ce sont des troupes bien entrainées… Cette fois, le pouvoir prend le problème au sérieux, d’autant que, selon les rumeurs, les troubles gagnent le Périgord et l’Agenais voisin. Le Comte de Boissière quitte Cahors pour Paris, mais les raisons de son voyage n’ont que peu de rapport avec les promesses faites aux mécréants !

repression Le calme dure jusqu’au 6 avril 1707 puis les troubles reprennent. Le 2 mai, une bande de plusieurs centaines d’hommes armés se rassemble à Sérignac. Pour disperser le rassemblement les autorités envoient une troupe de dragons logés à Floressas. Les récits sur le déroulement des événements qui surviennent divergent quelque peu selon les sources. Soit les insurgés ont évité l’affrontement et se sont dispersés à nouveau ; les dragons les ont alors pourchassés et les ont affrontés sans pitié ; soit le face à face à eu lieu et les insurgés se sont purement et simplement débandés à la première salve tirée par les dragons. Le bilan est lourd en tout cas : une centaine de paysans sont blessés ou tués. Six prisonniers sont exécutés par pendaison sur ordre du Grand Intendant : deux à Sérignac, deux à Mercuès et deux à Montauban, afin d’impressionner les populations. Les dragons s’emparèrent également d’un nommé Couailhac, originaire de Saint Pantaléon, qu’ils considéraient comme un « meneur ». L’homme fut conduit à Cahors pour y être rompu vif, mais il s’évada en chemin. En fait, contrairement à ce qui se passa lors d’autres révoltes de croquants, il semble que la répression n’ait pas été trop féroce après les événements. Les villages de la périphérie de Cahors durent cependant supporter pendant le reste de l’année 1707 la charge de la présence des troupes et ce fait, à lui seul, entraina la ruine de nombreuses familles. Fin mai, cependant, l’ordre régnait à nouveau ainsi qu’en témoigne cette lettre d’un certain Monsieur Foulhiac :

« Enfin la tranquillité est rétablie non seulement dans cette province mais encore dans le Périgord où le feu de la sédition sétoit communiqué par les frontières du Quercy. Tout ceux qui avoient pris les armes les mettent bas sur la nouvelle de la venue de M. le Maréchal et de M. l’Intendant qui furent à Villefranche de Périgord le dernier du mois de mai. Le lendemain M. le Gendre revint ici pour s’en retourner à Montauban comme il fit le jour suivant et M. le Mareschal s’en alla coucher à un lieu qu’on appelle Castelnau, auprès d’un autre qu’on appelle Campagniac où la révolte avait esté la plus générale. Il pardonna néanmoins les habitans à condition qu’ils poseraient leurs armes au château, ce que n’ayant pas voulu exécuter après que les députés le luy eurent promis, il donna ordre de mettre le feu à toutes les maisons. Alors les habitans vindrent luy crier miséricorde et rendirent aussitôt leurs armes. [...] »

Pissaro-paysannes-fagots On voit quelles méthodes furent utilisées pour calmer les esprits ! Que l’on ne se méprenne pas cependant sur le sens de cette révolte, même si le titre de ma chronique fait allusion à la Révolution Française de 1789. La monarchie, en l’occurrence le pouvoir de Louis XIV à ce moment-là, n’est nullement remise en cause. Ce n’est point l’autorité royale que l’on conteste mais les abus que commettent ceux qui la servent. Un grand nombre des émeutiers considère que le Roi ignore les tourments dans lesquels ils se débattent. L’un des objets de ces violentes manifestations n’est point d’outrager le Roi mais simplement de l’informer. « Vive le Roi, sans gabelle ! » crient bon nombre de paysans insurgés. L’heure de la guillotine n’a pas encore sonné.

Sources documentaires et illustrations : Les gravures publiées dans cette chronique n’ont qu’un rapport limité avec le texte. Les « Tards-avisés » n’ont pas eu la bonne idée de « balancer » leurs images sur Twitter et Facebook. Le mouvement n’a pas fait suffisamment de bruit pour intéresser chroniqueurs de l’époque et portraitistes ! L’absence de leader pour « personnifier » le mouvement explique aussi le peu de traces historiques. Pour écrire ce billet, je me suis servi de documents disponibles sur « gallica », le site de la BNF, ainsi que d’une étude publiée sur le site « floressas.com « . Je sais qu’il existe un bon ouvrage sur le sujet ; celui rédigé par Mme Miton Gossare et publié par les éditions L’Hydre en 1998. Je vous invite à vous y reporter pour une histoire plus détaillée.

 

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20avril2015

Bric à blog en avril : ne perdez surtout pas le fil !

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

des fils par centaines Bon, désolé, avec un bric-à-blog mensuel, certains des liens ou des informations que je donne ne collent pas forcément à l’actualité brûlante et ont parfois fait mille fois le tour de la toile, sauf dans les angles. Disons que j’informe ceux qui sont dans les recoins, les mal-branchés, les pas-trop-pressés de savoir ! Allons-y donc pour notre balade du jour. Suivez le bon fil pour ne pas vous perdre !

Femmes_laureates_du_Nobel Dans mes chroniques, je m’intéresse assez souvent aux femmes qui, dans l’histoire, auraient pu être célèbres, mais ne l’ont guère été parce que ce sont des femmes et que les historiens n’ont pas trop de temps à perdre avec les sujets futiles. Je vous ai ainsi parlé de Marianne North, Isabelle Eberhardt, Jeanne Barret ou Nellie Bly (entre autres). Je vous ai parlé des difficultés qu’avait rencontrées Emily du Châtelet pour faire reconnaître ses travaux en mathématiques. Dans cette optique, j’ai trouvé passionnant l’article publié sur le site « égalitariste » au sujet des femmes qui se sont fait gentiment voler leur prix nobel, par un conjoint, un directeur de recherche ou un collègue peu scrupuleux dont le mérite principal était d’appartenir à la gent masculine et d’être donc un peu plus « crédible ». Je vous invite à lire ce billet et mon petit doigt me dit que je vous conterai sans doute plus en détails, un de ces jours, l’histoire de l’une de ces « héroïnes oubliées ».
Intéressant à lire aussi, et non sans rapport avec le début de ce paragraphe, un article de Télérama sur les sorcières (là aussi un thème que j’ai évoqué dans ces colonnes). « Et si les sorcières renaissaient de leurs cendres » est un texte signé Weronica Zarachowicz : « Longtemps persécutée, moquée ou salie, la sorcière revient aujourd’hui sous un éclairage positif. Féministes, écologistes, anticapitalistes : tous pourraient la revendiquer. » La chasse aux sorcières qui a duré plus de trois siècles en Occident (et qui se prolonge encore sur certains continents) est l’un des phénomènes les moins étudiés de l’histoire. Pourtant, ces sorcières, pourchassées par les tenants du pouvoir, étaient souvent la seule ressource médicale des populations pauvres dans les campagnes. Leurs savoirs dépassaient fréquemment celui des médecins officiels et leurs pratiques témoignaient d’une connaissance plutôt approfondie des pathologies courantes de leur environnement.

En ce qui concerne la littérature, ce n’est guère mieux que dans le domaine scientifique. Ces treize dernières années, le programme de Terminale lettre en France comportait l’étude obligatoire de 32 auteurs, parmi lesquels… aucune femme… Visiblement elles ne savent ni lire, ni écrire, ni compter… Heureusement que certaines secouent le cocotier de temps à autre ! L’article « source » s’intitule « femmes de lettre je vous aime« . On le trouve sur le blog dessiné de Diglee.
Josephine Witt BCE Une qui a du courage en tout cas, c’est Joséphine Witt, une jeune militante écologiste allemande, qui s’est précipité sur l’un de nos « bons maîtres » de la BCE (ex cadre de la réputée banque Goldman Salch) et l’a sauvagement attaqué à coup de confettis. Je rassure les âmes sensibles : ce bon Mario Draghi est sain et sauf de corps et d’esprit. Les responsables de la sécurité de la BCE ont un cheveu blanc de plus sur le crâne car ils ont été carrément ridiculisés dans le cadre de cette opération. On trouve un bon compte-rendu de ce « fait-divers » sur le blog « Chroniques du Yéti« , et notamment le texte du tract que Joséphine Witt a distribué à cette occasion.

l'œil qui ecoute A part ça, dans notre beau pays, le drapeau des libertés individuelles peut être mis une nouvelle fois en berne, grâce à la loi sur le renseignement qui se met tranquillement en place. Merci encore une fois messieurs les « socialistes ». Les réactions sont nombreuses sur la toile mais, malheureusement, dans une sphère de réflexion trop limitée. Certains ont décidé d’agir de façon très concrète : l’hébergeur « Altern.org » a décidé de fermer ses services en France et de les rouvrir dans un pays plus respectueux de la liberté de pensée de ses citoyens. Le communiqué qu’ils ont publié sur la toile à ce propos est très clair. Elle a bon dos la lutte contre le terrorisme, mais ça, on s’y attendait un petit peu depuis la grande messe charliephile. L’objectif de la nouvelle loi est clair : veiller au maintien de l’ordre social par tous les moyens. Dans le collimateur du pouvoir ne figurent pas que les excités de la ceinture d’explosifs. La véritable cible ce sont les acteurs du mouvement social, les écologistes, les militants radicaux… Comme le faisait remarquer un militant : la liberté d’expression de tout un chacun est en jeu car, lorsque l’on se sait surveillé à tout instant, on prend soin de ne plus exprimer ce que l’on pense réellement. Vigipirate partout, liberté nulle part. A ce sujet, on peut lire deux autres textes explicatifs : « une surveillance inacceptable des français bientôt adoptée à l’assemblée » sur la « Quadrature du Net » mais aussi aussi l’excellent billet de Laurent Chemla sur son blog : « lettre à ceux qui s’en foutent« . Ils sont malheureusement nombreux « ceux qui s’en foutent » puisque, selon un sondage récent, nos compatriotes jugent utile la loi sur le renseignement, mais la « craignent »… « Fais moi mal Johnny, fais moi mal Franchoua ! » puisque c’est pour mon bien.

vote obligatoire L’une des caractéristiques de nos assemblées « nationales », c’est de n’être absolument pas représentative des couches populaires dans notre pays. Ce n’est pas nouveau, mais toujours intéressant à étudier, dans la mesure où l’on se réfère sans cesse à la démocratie parlementaire comme étant le nec plus ultra des libertés individuelles. On comprend mieux que nombre de ces Messieurs et Dames ignorent grandement la réalité de la vie quotidienne de la majorité de leurs concitoyens. Une très bonne analyse de ce phénomène est publiée sur « Terrains de lutte ». Il s’agit d’un article d’Alain Accardo intitulé « Extinction du populaire« . On peut lire ceci dans l’introduction du texte : « On pourrait s’attendre – si les mots ont un sens – à ce que, dans une démocratie « représentative » comme la France, la composition sociologique de l’Assemblée nationale élue au suffrage « universel » garde grosso modo les mêmes composantes et surtout dans les mêmes proportions que la population réelle. Sinon, il n’y a plus de représentativité, il n’y a que de la délégation. Ce qui, malheureusement, a toujours été le cas, au détriment de la représentation des classes populaires. » Bien réfléchir aux idées exprimées à un moment où certains de nos édiles voudraient rendre le vote obligatoire. Ils sont sans doute frustrés par le fait que le citoyen lambda ne se prosterne plus devant leur image, voire même, pire, n’en ait plus rien à foutre de se déplacer pour aller déposer un bulletin dans une urne avec le nom de leur idole marqué dessus. Depuis qu’une éminence verte d’Europe écologie a eu cette idée lumineuse, elle rencontre un écho favorable au sein de chacune des familles politiques ou presque. Patrick Mignard a commis un bon billet à ce sujet aussi. Je lui pique l’illustration en tête de paragraphe pour le remercier !

non au reacteur Dans le cadre de ma série documentaire « le contribuable va payer », nous avons appris il y a peu dans les médias l’état de santé calamiteux de notre fleuron nucléaire national – j’ai nommé AREVA la boîte qui ne fait plus rêver. Comme le train des mauvaises nouvelles accroche sans arrêt de nouveaux wagons, nous découvrons maintenant un énième problème à la centrale EPR de Flamanville. Cette fois, ce sont des « anomalies » (qu’en termes fleuris ces choses-là sont dites) qui ont été découvertes sur le fond de cuve et sur le couvercle. L’autorité de Sûreté Nucléaire exige des modifications et de nouveaux essais. Si le sujet n’était pas aussi grave il y aurait presque de quoi se marrer en voyant la liste des anomalies signalées au fur et à mesure de l’avancée du chantier ! Les retards s’accumulent ; l’addition grimpe ; qui va payer ? Quand va-t-on informer réellement les citoyens de ce pays sur le coût réel du nucléaire en prenant en compte la totalité de la filière depuis la collecte de l’uranium jusqu’au démantèlement des réacteurs et à la gestion des déchets sur quelques milliers ou millions d’années ? Le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce une fois de plus l’imposture du « tout nucléaire » et met en évidence la malhonnêteté du lobby qui soutient ce choix énergétique douteux. Dans son dernier communiqué de presse, le Réseau Sortir du Nucléaire demande l’arrêt pur et simple du chantier et du gaspillage de l’argent public. Flamanville, encore une belle histoire comme Malville, notre précédent chef d’œuvre expérimental ! Dans les brèves du même site, vous apprendrez aussi qu’en 2014 il n’y a eu que 640 incidents liés à la sûreté nucléaire dans les centrales EDF. « Heureusement » que le plan surveillance de Monsieur Cazeneuve va permettre de neutraliser en amont tous ces « lanceurs d’alerte » qui pourrissent la vie des lobbies industriels ! Je suis rassuré (à la dernière minute) par une déclaration royale de l’ineffable ministre de l’écologie : il paraît que le réacteur de Flamanville n’est pas condamné puisqu’il reste de l’argent dans les poches des contribuables… Ouf !

cnt-sncf Ce mois-ci, dans le cadre de mes « ronchonnements » contre la SNCF, ce n’est pas au site « Massif central ferroviaire » que je fais référence mais à « Article 11″ qui vient de publier un excellent billet intitulé  « SNCF – on n’est pas sortis des ronces« . Thème de l’article : remplir un questionnaire de satisfaction de douze pages proposé par la SNCF (cela a le mérite d’occuper le temps pendant les retards successifs). Comme toute bonne enquête commerciale qui se respecte, le cadre du questionnaire déborde largement du contexte ferroviaire. Tout cela est bien entendu « anonyme » – ce détail est précisé dès l’introduction – mais il ne vous est pas interdit d’indiquer vos noms, âge, adresse et profession, si vous souhaitez être informé directement par l’entreprise des nouvelles « affaires » promotionnelles qu’elle a à vous proposer. Je pense qu’il serait souhaitable d’ajouter une question finale : « souhaitez vous que la SNCF reste un service public accessible à tous ou préférez-vous qu’elle devienne une entreprise commerciale comme une autre ayant comme but premier d’exploiter ses clients et son personnel comme c’est en train de se produire ? Manque de chance, il n’y a pas de page 13. Ça porte malheur.

Pete_Seeger_1986 Pour conclure non pas en fanfare mais en tout cas en musique, je vous signale l’excellent site « folk et politique » que j’ai découvert ce mois-ci. Les fans de la vraie musique populaire américaine (entre autres) y trouveront leur bonheur : nombreuses vidéos, paroles traduites des chansons, biographies, historique de l’interprétation de différents morceaux. De quoi naviguer pendant des heures et se régaler en écoutant Pete Seeger, Joni Mitchell, Woody Guthrie, Joan Baez et autres vedettes, mais aussi de nombreux compositeurs ou interprètes beaucoup moins connus du grand public en France. Un extrait du texte de présentation : « Le projet de ce site est de permettre de (re)découvrir le riche patrimoine culturel connu sous le nom de « folksong », et à un moindre degré d’autres musiques populaires des États-Unis, comme le blues, avec quelques incursions dans d’autres pays ou continents. » J’écris ces quelques lignes en écoutant « I pity the poor immigrant« , chanson de Bob Dylan interprétée magistralement par Joan Baez. Cela colle bien avec la triste réalité méditerranéenne de ces dernières semaines.

A la revoyure !

 

 

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12avril2015

Par une belle journée de printemps…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Notre nature à nous.

trois petits radis Sur quel thème pourrais-je bien écrire, pour avoir une chance d’éveiller une lueur d’intérêt dans le regard d’un lectorat qui me paraît plutôt contemplatif, à moins que ce ne soit lourdement dubitatif, voire même carrément frappé d’asthénie ces dernières semaines. Vous avez eu votre lot de digressions à la télé et dans la presse sur les pilotes suicidaires, la sénilité chez les Frontistes, l’imbroglio yéménite et le cynisme chez les cadres du parti de la rose youplaboum tralala… Je ne vais pas en remettre une couche ; je ne suis pas pervers à ce point là. Un certain nombre de camarades – je les comprends et je les admire – sont descendus dans la rue pour une promenade syndicale encadrée et balisée, afin d’exprimer leur ressentiment à l’encontre d’un gouvernement qui ne gouverne que pour les patrons. Ils l’ont dit clairement : ras le bol de l’austérité. Les médias ont parfaitement relayé leur démarche en gardant un silence assourdissant sur cet épisode social qu’ils estimaient passéiste et improductif. C’est beaucoup plus lucratif (en terme d’audimat) de s’appesantir sur les fausses querelles familiales de la droite populiste, sur les enseignants qui s’intéressent surtout à la sexualité de leurs élèves, ou sur l’efficacité des mesures antipollution parisiennes.

Je compulse les notes que je prends à tout bout de champ, les pistes de chroniques, les chemins méconnus que j’aimerais explorer. Si je m’écoutais, je vous parlerais bien compost et radis, chant du coucou et floraison des viornes… mais certains vont m’accuser de recourir à l’art du « marronnier » ; toutes les années la même rengaine : au printemps l’herbe pousse, on plante des pommes de terre et on s’extasie sur la beauté des fleurs de l’amélanchier (avec photos à l’appui). Est-ce ma faute, dans cette société où il faut sans arrêt du neuf, du pétillant, du kistrémousse, si le printemps a la curieuse idée de revenir une fois par an ? Dois-je faire remarquer qu’en plus, ce printemps on l’espère, à l’issue d’un hiver un peu longuet qui nous a apporté son lot de rhumes, de grippes et d’automobilistes pris en otage par la neige qui a la triste habitude de tomber du ciel chaque année pendant cette saison qu’on appelle « mauvaise » ? Dois-je insister sur le fait que le verdissement des arbres, la poussée fringante de l’herbe, l’imagination colorée des fleurs sont des baumes dont notre cœur endolori a besoin ? Faut l’admettre : le printemps c’est beaucoup plus ringard que la dernière montre connectée de la pomme californienne, mais ça fait du bien par où ça passe.

radis-raxe Je suis toujours sidéré par l’énergie que demandent, chaque année de douze mois, un potager, un jardin fleuri, un coin de verdure pour se mettre en ordre de marche. Arracher des pommes de terre, des dahlias, des oignons… à l’automne, pour les remettre en terre ensuite au mois d’avril. Semer ces fichues graines de fleurs dans un terrain que l’on a au préalable nettoyé, amendé, biné, bichonné… Prier notre mère la terre ou le Saint Bouddah pour que les chattes ne grattent pas les semis, que les limaces ne ravagent pas les plantules, que les rattes ne se fassent pas un régal de ces bulbes juteux avant même le lever du rideau et l’arrivée des spectateurs. Des heures, que dis-je des jours ! de travail pour une représentation qui ne durera qu’un mois ou deux, trois ou quatre pour les fleurs les plus généreuses. On devrait dresser un monument à la gloire de (au choix) la bêtise, la naïveté, l’inconscience, la persévérance… des jardiniers. Il y a des jours où je me dis que les écologistes qui pensent qu’il faut laisser la nature se démerder toute seule n’ont pas complètement tort… Sauf sur le plan nourricier : difficile de ramener les quelques milliards de terriens à l’époque bénie (?) de la cueillette nomade. Les pommes de terre, il faut bien que quelqu’un s’y colle sinon « Germaine adieu les frites et l’aligot ! »

Il faudra peut-être un jour que l’homme arrive à trouver un équilibre dans ses relations avec la nature ; un état intermédiaire entre la béatitude mystique de certains olibrius (prolongation directe du « regardez les oiseaux du ciel, le seigneur patati patata »), et le délire de ceux qui ne voient d’horizon que du côté de la multiplication des ouvrages bétonnés, de la production industrialisée des salades et des steaks et des pesticides miraculeux qui n’empoisonneront plus jamais personne. Une position raisonnée ferait l’affaire si tant est que l’homme moderne soit encore capable de raisonner sur quelque chose, sans avoir besoin de déménager en Land Rover au milieu du désert et d’adopter la position du lotus en regardant les étoiles : « mon dieu que dois-je faire ? Aller à un meeting d’EELV ou faire une cure minceur avec un gourou indien ? » Pardonnez cette dérision facile mais il y a des gens qui me gonflent en cherchant la solution de problèmes sociaux en contemplant les circonvolutions cérébrales de leur nombril. Moi, mon truc, quand j’ai fini de lire les derniers bouquins passionnants édités par l’Atelier de Création Libertaire, c’est de comparer le goût des radis ronds ou longs, blancs ou roses, et de les déguster avec une tranche de pain tartinée de beurre salé (ne jamais fumer le radis rose !) Je rêve de radis autogérés. Au fait, messieurs les biologistes, le radis noir et rouge c’est pour quand ? C’est que c’est politique le radis, mon p’tit gars, comme le reste ! comme le reste !

radis pernot J’avance à grands pas vers la sortie… Cinquième paragraphe d’un opus dont je ne vois pas encore très bien l’aboutissement, mais qui m’aura permis de vous parler encore « jardin », « nature » et « printemps », en changeant un peu la formule habituelle. Je reconnais que ça manque un peu de consistance sur le plan politique, mais même le drapeau noir, en ce moment, quand je vois certains qui le brandissent, j’ai – comme qui dirait – des doutes. Je vais me faire traiter d’élitiste – tant pis mais j’assume : il y a des jours où je me dis que l’idée libertaire est une idée trop noble pour être mise entre les mains de gens qui n’ont pas encore compris qu’ils allaient déguster du pain de ferme bio cuit au four à bois, à la place de la merde collante sous plastique qu’ils avaient l’habitude de mâchonner. Je pardonne à Yanis Varoufakis, le ministre des finances grec, de s’autoproclamer « marxiste libertaire ». J’attends simplement des preuves de ses assertions et je me demande ce qu’il fout dans ce gouvernement (enfin bon, y’a bien des copains anars, des vrais, qui se sont fait piéger pendant la révolution espagnole en 1937). Par contre quand je vois les médias accoler l’étiquette « libertaire » à côté du nom de l’un des candidats républicains aux primaires de son parti aux Etats-Unis (Rand Paul), j’avale (non pas mon dentier puisque j’en ai pas) mais mon radis rond blanc de travers, au risque de finir prématurément mes jours sans avoir admiré les jolies fleurs des cœurs de Marie qui vont s’ouvrir bientôt ! Perso, quand j’invite des copines et des copains à une tea party, c’est pas le même genre mal famé. Ils n’ont pas besoin d’enfiler leur costume du Ku-klux-klan.

radis-red-meat J’espère que ces quelques lignes vous auront au moins distraits pendant vos mornes heures de bureaux, à moins que ce ne soit pendant la pause réglementaire de trente minutes, sous l’œil du patron, pendant laquelle vous devez aller aux toilettes, lire la Feuille Charbinoise et manger votre sandwich cresson, jambon cru, au fromage de chèvre fermier. Si des projets plus folichons vous tiennent à cœur, n’attendez pas le « burn-out » qui vous guette dans cette boite de merde. Utilisez la clé des menottes qui se trouve dans votre poche de gauche ; écrivez une belle lettre d’insultes au milliardaire qui vous a versé le Smig pendant des années et des années pour vous remercier de votre aide à son enrichissement personnel ; envoyez tout balader. L’année 2015 aura ainsi une place spéciale dans vos annales personnelles. Merci d’éviter les commentaires genre « c’est facile à dire mais… » Je m’en doute, je n’ai jamais largué quoique ce soit de cette manière là. Sûr que mon psy dirait que je cherche à vivre mes fantasmes par délégation. Il faut dire qu’il cause bien mon psy… Mais je ne vais jamais le voir : je pratique la thérapie par osmose avec la métempsychose du radis blanc (*).
Pardonnez-moi cette intrusion dans votre vie privée, mais je me demande, au fond, si ce n’est pas ce que vous aviez envie que j’écrive ? Bon vent et vive la marine à voile ! (**).

Notes didactives : (*) Même dans le domaine du jardinage bio on nous ment : les radis blancs ont un peu de rose autour du collet.
(**) Putain, qu’est-ce que je vais bien pouvoir foutre comme illustrations à un billet pareil ? Un jour, je ferai un jeu concours du genre « proposez vos photos qui vont bien ! A votre bon cœur ! »

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7avril2015

En mars 1906 parait le numéro 1 de « Mother Earth »

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.

Je trouve intéressant de consacrer quelques lignes à cette revue, parue pour la première fois en mars 1906 aux Etats-Unis, tant son contenu pourrait être d’actualité, un bon siècle plus tard.  « Mother Earth » est souvent considérée comme l’œuvre d’Emma Goldman. Cette vision est un peu réductrice car la militante anarchiste n’est pas seule lorsqu’elle se lance dans cette aventure. A ses côtés, on trouve d’autres personnages célèbres, comme Alexandre Berkman, Max Baginski, ou Hyppolite Havel… Mais Emma Goldman est déjà une célébrité dans les milieux révolutionnaires aux Etats-Unis, ainsi que dans le mouvement féministe. « Mother Earth » va connaître rapidement le succès, relatif certes puisque son tirage ne dépassera pas quelques milliers d’exemplaires, mais son audience sera bien plus importante. Quand on connait les entraves que le gouvernement américain va mettre en place pour limiter la diffusion des revues « rouges », le fait de tenir pendant une douzaine d’années est une belle réussite. Les crises financières sont nombreuses et Emma multiplie les conférences et les meetings de solidarité pour renflouer les caisses (elle donne par exemple 120 conférences en 6 mois en 1910, devant un auditoire de plus de 40 000 personnes). La publication de « Mother Earth », journal, va cesser en 1917, celle du bulletin en 1918. Après une multiplication des saisies, le gouvernement va s’appuyer sur les lois de guerre pour interdire définitivement sa publication. Le contenu du journal n’a rien pour plaire aux « va-t-en guerre » qui veulent mobiliser le prolétariat américain et le lancer dans l’aventure sinistre du conflit européen.

baginski Le numéro 1 mérite que l’on s’y attarde. Le titre par exemple, est peu conforme aux choix habituels pour un journal anarchiste. De nos jours il sonne très « new age ». Au début du XXème siècle, il était plutôt innovant dans les milieux libertaires où l’on se réfère surtout au vocabulaire politique ou syndical pour choisir un nom de journal (« le Révolté », « le Travailleur », « la Guerre sociale », « Solidarité Ouvrière », … ). C’est l’époque où la curiosité des anarchistes les conduit à s’intéresser à des domaines de plus en plus divers : syndicalisme, communautés, naturisme, sciences, éducation… Ce choix de « Mother Earth », je le situerais volontiers dans la mouvance d’un Elysée Reclus rédigeant les 6 volumes de son œuvre majeure « L’homme et la terre ». La volonté de replacer l’idée révolutionnaire dans un domaine beaucoup plus vaste que celui de la revendication politique… Une prise de conscience de l’imbrication étroite existant entre l’homme et son environnement : social, historique, naturel. Je ne prétends pas être très objectif en établissant cette filiation car Elysée Reclus est un personnage que j’admire profondément et que je considère réellement comme étant un « visionnaire ». S’il n’était pas mort depuis un an lorsque parait le numéro 1, je pense qu’il aurait eu grand plaisir à participer régulièrement à cette revue. « Terre mère », « l’homme et la terre », deux visions d’une même problématique. Il est évidemment prématuré de parler d’écologie sociale. Le terme n’est pas encore d’actualité en 1906. Goldman et Reclus sont avant tout anarchistes et partie prenante des luttes ouvrières pour l’émancipation. Mais tous deux ont une vision élargie du champ social, une approche globale dépassant le simple champ du politique au sens strict du terme.
Les rédacteurs, sans être des professionnels, s’expriment avec aisance. L’un des proches collaborateurs d’Emma, Max Baginski, a une longue expérience du journalisme, ayant déjà publié son propre journal « Les Tocsins » et rédigé des articles pour divers autres titres, parmi lesquels « la Gazette des travailleurs de Chicago ». Un autre collaborateur, Alexandre Berkman rejoint l’équipe en 1908, à sa sortie de prison. Il a, lui aussi, une bonne pratique de l’écriture.

premier article N1  Quels sujets aborde-t-on dans ce « Mother Earth n°1″ ? Le sommaire est copieux et la pagination importante (64 pages). La revue commence, comme il se doit, par un texte introductif rédigé par Emma Goldman et Max Baginski. Deux extraits pour donner le ton :

« Il fut un temps où les hommes imaginaient que la Terre était le centre de l’univers. Les étoiles, petites et grandes, croyaient-ils, avaient été créées uniquement pour leur délectation. Leur vaine conception qu’un être suprême, las de solitude, avait confectionné un jouet géant et l’avait mis en leur possession.
Cependant, lorsque l’esprit humain fut illuminé par la lumière de la science, il commença à comprendre que la Terre n’était rien de plus qu’une étoile parmi une myriade d’autres flottant dans l’espace infini, un simple grain de poussière.
L’être humain était issu de l’utérus de la Terre Mère mais il ne savait pas, ou n’admit pas, qu’il lui devait la vie. Dans son égotisme, il a cherché sa raison d’être dans l’infini, et de ses efforts est née la triste doctrine qu’elle n’était qu’un lieu de repos temporaire pour ses pieds méprisants et qu’elle ne représentait rien pour lui, sinon la tentation de s’avilir.[...]
La TERRE MERE s’efforcera de tenter et d’attirer tous ceux qui s’opposent à l’empiètement sur la vie publique et privée. La revue plaira à ceux qui luttent pour quelque chose de plus haut, fatigués des lieux communs ; à ceux qui pensent que la stagnation est un poids mort pour la marche élastique et ferme du progrès; à ceux qui ne respirent librement que dans des espaces infinis ; à ceux qui aspirent à une aube nouvelle pour l’humanité, libérée de la peur du besoin et de la famine à côté des accumulations des riches. La Terre libre pour l’individu libre ! »

portrait Emma Goldman L’un des articles les plus étoffés est une longue intervention d’Emma sur un sujet qui lui tient à cœur : l’émancipation des femmes. Le texte s’intitule « la tragédie de l’émancipation féminine » (Les éditions Syros ont publié une traduction de ce texte en 1978). Interviennent ensuite d’autres collaborateurs plus ou moins connus des militants de l’époque : Grace Potter (« Essayez l’amour ») ou Harry Kelly (Les élections anglaises et le « Labour Party »). Baginsky donne le ton « anarchiste » du numéro en rédigeant un essai intitulé « Sans gouvernement ». La littérature figure en bonne place avec la traduction d’un poème de Gorki et une réflexion de Turgenieff à propos de Don Quichotte et Hamlet. Une douzaine d’articles au total viennent étoffer le sommaire et abordent des questions de société très diverses. Ce numéro 1 est tiré à 3000 exemplaires, mais son audience dépasse largement ce cadre restreint car le journal circule beaucoup.
Les numéros suivant sont de la même veine : la rédaction prête attention à la diversité des thèmes étudiés et à la qualité littéraire de l’expression. Le numéro 2 commence par un poème intitulé « A la génération qui frappe à la porte ». Emma Goldman parle de « l’enfant et de ses ennemis », amorce d’une réflexion sur l’éducation libertaire ; on trouve ensuite un dialogue imaginaire avec un prisonnier du pénitencier de Sing-sing, une réflexion sur la civilisation en Afrique, le texte d’une scène de théâtre traduite de l’Allemand… Tous ces textes ont pour point commun une forte connotation morale… La revue veut « éduquer » ses lecteurs, promouvoir d’autres vertus que celles que la société bourgeoise traditionnelle met en avant…
Par la suite, le comité de rédaction de « Mother Earth » va s’étoffer et de nombreux auteurs publieront des textes dans ses pages. La publication va durer une douzaine d’années, sous des formes différentes (revue puis simple bulletin). Il y aura relativement peu d’ interruptions dans la parution malgré les difficultés économiques et la répression. La revue est largement perméable à l’actualité et les débats qui animent le mouvement libertaire ont largement leur place dans les sommaires. Lors du déclenchement des hostilités en Europe, on retrouve dans la revue le débat qui traverse le mouvement syndicaliste ouvrier sur le vieux continent. Dans le volume IX, n°9, publié en novembre 1914, le point de vue dérangeant du Prince Kropotkine, hostile au traditionnel « pacifisme » de son camp et favorable à une mobilisation massive face à l’impérialisme allemand est exposé. Le militant Alexandre Berkman lui répond et fait part des graves dissensions qui l’opposent au vieux militant. Ce texte de Kropotkine, prémisse au « manifeste des seize », va provoquer un violent débat au sein du mouvement libertaire.

Mother_Earth_1912 La guerre, toujours… L’année 1917 va marquer un tournant dans l’histoire de la revue. La rédaction de « Mother Earth », dans son ensemble, est largement opposée à l’entrée en guerre des Etats-Unis, et appelle les ouvriers à désobéir à la conscription. Cette position va exacerber les relations déjà difficiles entre le journal et l’administration américaine. La loi de 1917, baptisée « Espionage Act », votée au parlement, va donner toute liberté à la justice pour s’attaquer à cette bande d’anarchistes qui appellent à la trahison. Le bureau d’Emma Goldman est perquisitionné et le département de justice US publie le communiqué triomphal suivant : « Un wagon remplit d’archives anarchistes et de matériel de propagande a été saisi, y figure également ce qui semble être le registre complet des sympathisants de l’Anarchie aux États-Unis. Des fiches parfaitement conservées ont été retrouvées. Les agents fédéraux sont persuadés qu’elles vont grandement faciliter leur travail d’identification des personnes mentionnées dans les archives de livres et de presse. Les listes d’abonnés de Mother Earth et de The Blast, qui contiennent environ 10 000 noms, ont également été saisies. »

anthologie des textes de Goldman Parmi les « célébrités » ayant collaboré à la revue, mentionnons Pierre Kropotkine, Francisco Ferrer, Voltairine de Cleyre, Rudolf Rocker, Ricardo Flores Magon, Errico Malatesta, Max Nettlau… D’autres sont publiés à titre posthume : « Mother Earth » reprend des textes plus anciens comme le pamphlet « pourquoi les anarchistes ne votent pas » du camarade Reclus. Bref dans sa revue « dédiée aux sciences sociales et à la littérature », ainsi qu’elle la décrit, Mme Goldman réussit à rassembler la fine fleur des militants anarchistes du début du XXème siècle ; une rédaction sans frontières, ouverte du Mexique à l’Italie en passant par la Russie et la France ; un beau titre de gloire. Mais c’est Emma Goldman elle-même qui va fournir une part importante de la matière publiée. Une anthologie des textes qu’elle a écrits pour la revue a été publiée aux Etats Unis sous le titre « Anarchy ».

Motherearth2 mother-earth-news-2011-04-05 Mother Earth disparait donc en 1918. Emma Goldman est emprisonnée ; elle ne sera libérée que pour être expulsée du territoire. Sur le site « racines et branches » on trouve une très bonne traduction de la plaidoirie qu’elle présente devant les juges qui vont la condamner. Elle se rend en Russie où vient d’avoir lieu la Révolution d’Octobre qui suscite de nombreux espoirs parmi ceux qui espèrent la fin du capitalisme et de l’exploitation. Les illusions sont de courte durée et les militants anarchistes vont, à nouveau, payer un lourd tribut à la répression mise en place par les « nouveaux Tsars » de la Russie bolchevique. Le journal « Mother Earth » connait une brève résurrection en 1933-34. Il est alors publié par deux militants anarchistes John G. Scott et Jo Ann Wheeler. La parution cesse au bout de 16 numéros. Leur travail s’arrête lorsqu’ils rejoignent la colonie et l’école moderne Ferrer américaine de Stelton, expérience dont je vous conterai sans doute un jour l’histoire. Un nouveau magazine intitulé « Mother Earth News » parait en 1970 à l’initiative d’un couple de militants écologistes Jane et John Shuttleworth. Leur projet s’insère dans la dynamique du mouvement de « retour à la terre » de la période hyppie aux Etats. Fabriqué artisanalement au départ, ce journal se développe rapidement et prend une dimension beaucoup plus commerciale après son rachat successif par plusieurs compagnies. Il se présente actuellement comme le magazine de la vie rurale et n’a aucun rapport avec son ancêtre. Je ne mentionne ce titre que dans le cadre de mon inventaire.

 

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29mars2015

Stig Dagerman, étoile filante de la littérature suédoise

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Où l’on parle, un peu plus longuement, d’un écrivain suédois prématurément disparu, dont le nom est apparu dans l’article sur Marietta Federn…

« L’écrivain anarchiste peut pour l’instant s’attribuer le rôle modeste du ver de terre dans l’humus culturel… Être le politicien de l’impossible dans un monde où ceux du possible ne sont que trop nombreux, est malgré tout un rôle qui me satisfait à la fois comme être social, comme individu et comme auteur du Serpent »

portrait 1 Cette brève citation aurait pu figurer sur la tombe de Stig Dagerman, militant anarcho-syndicaliste suédois devenu écrivain reconnu, mort à l’âge de 31 ans, en 1954, à la suite d’une tentative de suicide réussie. J’en profite pour poursuivre mon tour d’horizon de quelques personnalités singulières du XXème siècle ! Il y a peu de chances que vous ayez lu un ouvrage de Dagerman. Autant il est connu en Suède qu’il est ignoré en France, même si ses écrits les plus marquants ont été réédités assez régulièrement. J’ai découvert trois de ses livres que j’ai lus pendant l’hiver : « la dictature du chagrin », « automne allemand », « printemps français » et plus récemment, « l’enfant brûlé »… Le dernier est celui que j’ai trouvé le plus difficile et auquel j’ai le moins accroché. Un autre titre attend sagement dans la pile d’attente… Il s’agit du roman « Le serpent », paru en 1945 et à l’origine de la célébrité de cet auteur dans son pays natal.

Stig Dagerman n’est pas devenu anarchiste « par hasard ». Son enfance et son adolescence expliquent pas mal de choses. Il nait le 5 octobre 1923, à Älvkarleby, en Suède, dans une famille ouvrière. Son père et sa mère ne s’entendent pas et se séparent dès la naissance de l’enfant. Le jeune Stig reste seul avec son père et surtout avec ses grands-parents qui vont assurer son éducation. Son père travaille pour les chemins de fer : il pose des rails, creuse des tunnels et mène une vie itinérante qui ne lui permet guère de s’occuper d’un enfant. Quant à sa mère, télégraphiste, le seul souvenir qu’il en conserve est le nom de famille qui lui est attribué. De cette enfance singulière il ne conserve que d’heureux souvenirs tant il chérit profondément ses grands-parents. Lorsqu’il a 11 ans, son père, sans doute pris de remords devant cet abandon, décide de s’en occuper et de l’emmener avec lui à Stockholm. Le jeune adolescent assume péniblement cette mutation : une famille nouvelle (son père, entretemps, a choisi une nouvelle compagne) et surtout un décor urbain, triste à ses yeux après les joyeuses années à la campagne. Il poursuit de brillantes études, mais considère le lycée comme une prison. Sa vie est « hors les murs » : il se passionne pour le cinéma. Pour financer ses études, Stig Dagerman travaille très jeune comme marchand de journaux dans les bateaux qui assurent le trafic dans l’archipel de Stockholm. A l’âge de 17 ans une nouvelle vient bouleverser son existence quotidienne relativement tranquille : il apprend la mort de son grand-père, assassiné par un déficient mental, suivi de celui de sa grand-mère, victime d’une hémorragie cérébrale. Deux années plus tard il est confronté au décès de son meilleur ami. Ces événements jouent sans doute un rôle déterminant dans son orientation professionnelle et sa décision de devenir journaliste. C’est aussi l’époque à laquelle il se tourne vers l’anarcho-syndicalisme et adhère au puissant syndicat anarchiste suédois : la S.A.C.  Il se lance avec passion dans le militantisme et devient rédacteur régulier du quotidien « Arbetaren » (le travailleur), publié par la S.A.C.

arbetaren-1950_imagelarge C’est dans les locaux de ce journal qu’il fait la connaissance d’Annemarie Götze, fille de réfugiés anarchistes allemands qui viennent de quitter l’Espagne après avoir fui l’Allemagne hitlérienne. Nous sommes en l’an 1940 et la Suède, pays neutre, sert de refuge à de nombreux émigrés politiques. Cette période agitée est aussi un moment privilégié de la vie de Stig Dagerman. Comme on pourrait le prévoir, il épouse Annemarie… et la cause des antifascistes… G. Ueberschlag qui a rédigé une biographie détaillée de Dagerman qualifie cette période de « Belle aventure » dans la vie de l’auteur suédois.

« Pour la première – et la seule – fois de sa vie, tout lui sourit. Il se sent appartenir à une collectivité solidaire, il aime d’amour, il construit sa destinée et il avance d’un pas sûr vers la littérature. C’est le temps où il apprend beaucoup des auteurs, de Faulkner, de Kafka, de Steinbeck, mais aussi des grands écrivains suédois que sont Vennberg, Lo-Johansson, Kjellgren ou Moberg. Car Dagerman n’a pas de l’anarchisme une vision restrictive – c’est d’ailleurs pourquoi il l’est pleinement –, mais large, ouverte, multiple. S’il lui arrive de prôner, dans ses articles d’Arbetaren, l’action directe ou la grève générale, il sait que l’anarchisme est aussi un pessimisme transcendé et que la psychologie humaine contredit les plus belles idées. »

le serpent En 1945, année de la victoire contre le Nazisme, il écrit plus de deux cent articles et de nombreux textes en vers. C’est aussi l’année où il publie « Le serpent ». Ce premier roman est accueilli chaleureusement par la critique. Il conte l’histoire d’un groupe de jeunes gens confrontés à la guerre, leurs peurs, leurs inquiétudes, et leurs tentatives pour essayer de les surmonter. Ce succès va encourager Stig Dagerman à poursuivre dans cette voie littéraire dans laquelle il se sent très à l’aise. La personnalité de l’auteur est complexe et se révèle à travers la lecture de ses écrits dont le contenu est d’un pessimisme souvent déprimant. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les deux recueils d’articles « automne allemand » et « printemps français ». Ces textes sont des compte-rendus de voyage en Allemagne et en France que l’auteur effectue en tant que correspondant pour la presse suédoise. Dans le premier volume, publié en 1947, l’auteur marche à contre-courant et exprime pitié et empathie pour les réfugiés allemands qu’il rencontre dans les ruines des villes dévastées. Non qu’il ressente une quelconque sympathie pour l’idéologie que beaucoup ont soutenue, mais parce qu’il ressent profondément la misère de ces gens qui – en premier lieu – cherchent à survivre dans des conditions terribles de privation. Le succès de sa publication incite son éditeur suédois à lui demander d’effectuer la même démarche en France, l’année suivante, mais là, chez les vainqueurs (souvent dans le malheur eux aussi) le lien affectif peine à s’établir. Dagerman qualifie les Français « d’égoïstes et suffisants ». Pendant l’hiver 1948, à Paris, où il s’est établi avec Annemarie, il connait pour la première fois l’angoisse de la page blanche et se sent incapable d’établir un lien affectif aussi fort que celui qu’il a fait ressentir à ses lecteurs dans « Automne allemand ». Il abandonne son projet en cours de route et c’est une version inachevée de « Printemps français » qui a été rééditée ces dernières années. Pourtant, à l’occasion de ce séjour, il fait de belles rencontres et se lie d’amitié avec des personnages comme Marietta Federn, pour lesquels il éprouve la plus grande estime. Comment se fait-il alors qu’il ait tant de mal à parler de notre pays ? La mentalité de certains de nos concitoyens en est certainement responsable. En Allemagne, la situation est assez claire : beaucoup d’Allemands ont soutenu la cause des Nazis et sont en quelque sorte responsables de leur malheur – ce qui n’empêche pas celui-ci d’être terrible. Côté France, le jeu est plus trouble ; comme le fait remarquer Emilie Carles dans « la soupe aux herbes sauvages », certains de nos compatriotes se sont contentés de remplacer le portrait de Pétain par celui de De Gaulle, même si d’autres ont fait preuve de courage dans leur Résistance déterminée à l’occupation.

enfant brule Stig Dagerman laisse de côté son « printemps français » pour rédiger une autre de ses œuvres majeures : « l’enfant brûlé ». Dans ce roman ressortent les idées noires et parfois contradictoires qui l’habitent. Sa vision de l’être humain, des forces obscures qui hantent son esprit, n’a rien  de vraiment confortable… « L’enfant brûlé » est une chronique familiale. L’histoire débute par le décès de la mère, laissant seuls un père et un garçon de vingt ans. Au fil du récit, la place prise par le personnage disparu augmente peu à peu. Plus la mère s’éloigne, plus elle est présente et bouleverse les relations entre le père, le fils, et les personnages qui gravitent autour d’eux… La mort marque le récit par sa présence constante. Difficile de ne pas faire le rapprochement entre cette histoire et la propre biographie de l’auteur, sa relation avec son père et sa demi sœur… J’avoue avoir eu un peu de mal avec ce dernier livre. On ne lit pas Dagerman pour se détendre ! Les sentiments qu’il exprime sont complexes et guère réjouissants. Faut-il voir aussi dans ces pages le décalage entre les idées politiques auxquelles il adhère et une réalité sociale à mille lieux de ses aspirations. Je ne sais pas, mais j’aime la manière dont Freddy Gomez (dans la revue « A contre temps » n°12) dépeint la relation de l’écrivain avec l’idée anarchiste pour laquelle il s’est tant battu :

« Chez lui, on retient, au contraire, un permanent attachement à l’anarchisme, une conviction – et pour le coup c’en était une – que seule cette école de pensée permettait, à ses yeux, la jonction du solitaire et du solidaire, de l’individuel et du collectif, d’un pessimisme existentiel et d’un optimisme historique. Tout porte à croire que Dagerman ne pouvait qu’être anarchiste et qu’il le fut pleinement, c’est-à-dire avec ses doutes et sans trop croire que ce monde pouvait être changé, mais persuadé qu’il le devait, libre, en somme, de cette superbe liberté qui ignore les convenances et les certitudes. »

portrait 2 Stig Dagerman assume difficilement le statut « d’écrivain à succès » auquel il est parvenu dans son pays. Cette gloire, assortie de multiples contraintes, lui pèse indubitablement sur la conscience. Dagerman, contrairement à d’autres, ne renie aucunement ses idées et va garder contact avec le journal de la SAC « Arbetaren », jusqu’à la fin de sa courte vie. Les derniers temps, il ne fait d’ailleurs plus que rédiger des chroniques pour le « journal du peuple ». A l’un des autres rédacteurs de ce quotidien qui le remercie d’écrire bénévolement pour le « plus pauvre des journaux », il répond « qu’il n’y a plus qu’ici qu’il puisse écrire ». Rien ne va plus en effet dans la vie professionnelle et dans la vie sentimentale de l’écrivain. A la demande d’Annemarie qui ne supporte plus guère l’isolement mental dans lequel son compagnon s’enferme de plus en plus, le couple se sépare. La source de « romans à succès » se tarit également. L’auteur n’écrit plus que des ébauches de nouvelles qu’il détruit à chaque fois. Son mariage avec la célébrité du cinéma suédois Anita Björk ne suffira pas à relancer le processus de création. Stig Dagerman est de plus en plus silencieux, même s’il évoque sans cesse de nouveaux projets lors des interviews que le couple « célèbre » donne à la presse à sensations. En mars 1952 il rédige, pour une revue de la presse féminine, un texte singulier : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Cet écrit sera perçu, a posteriori, comme une sorte de testament de l’auteur. On peut y lire ce paragraphe sinistre :

« La dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de l’existence humaine. »

litterature conscience Le 3 novembre 1954, il s’enferme dans son garage dont il a soigneusement colmaté toutes les ouvertures, met en marche le moteur de sa voiture, et meurt, intoxiqué par les gaz d’échappement. C’en est fini d’une vie qui n’aura duré que 31 années, et d’une carrière littéraire aussi brève que fulgurante : moins de dix ans. L’œuvre qu’il laisse derrière lui est marquante. Le contexte dans lequel il écrit n’est plus vraiment d’actualité, mais les idées auxquelles il se confronte, les passions qu’il évoque, les contradictions au sein desquelles il évolue, n’ont pas pris une ride soixante années plus tard. Actes Sud, Gallimard, Agone et d’autres maisons d’édition publient régulièrement ses textes. Les écrits de Stig Dagerman méritent un détour lorsque vous aurez des envies de nomadisme littéraire ! Cet auteur singulier trouve un nouveau public en France ces dernières années.. Au théâtre, plusieurs compagnies ont mis en scène quelques uns de ses textes. C’est le cas récemment, au mois de janvier, de « L’écrivain et la conscience » qui a été présenté à Marseille par le Collectif Manifeste Rien. Même les chanteurs s’intéressent à lui : les « Têtes Raides » ont mis en musique « notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Si vous supportez la pub, vous pouvez en écouter une version sur « Dailymotion ».

Notes concernant les sources d’inspiration de cet article.
Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, c’est l’étude de la biographie de Marietta Federn (chronique publiée fin 2014 sur « La Feuille ») qui m’a fait découvrir Dagerman. Ce billet s’appuie comme toujours sur différentes sources. L’une des plus importantes est l’article de Freddy Gomez dans la revue « A Contre Temps ». Je me suis appuyé aussi sur des extraits de la biographie de Dagerman écrite par G. Ueberschlag et sur diverses études publiées sur Internet, notamment un article sur libcom.org.

 

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