15décembre2014

Bric à blog panoramique de décembre

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Publicité, poil aux casse-pieds

chut-je-reve Marre de la pub qui envahit tout sur internet, sature nos boîtes aux lettres électroniques, s’immisce dans les informations, se répand sur les pages de blog (voire même bloque l’accès à ceux-ci tant que l’on n’a pas fini de subir un affichage rédhibitoire). J’ai renoncé à donner un coup d’œil rapide sur le site de Yahoo, où l’on passe allègrement d’un fait-divers à une publicité pour un produit miracle contre la calvitie, en s’arrêtant sur les derniers méfaits du virus Ebola… Le site Acrimed a fait un très bon article à ce sujet… On est littéralement submergés par la publicité, et, ce n’est pas nouveau, celle-ci nous prend vraiment pour des cons. Un coup d’œil sur un bouquin, sur Amazon ou sur Price Minister, et voilà que ces industriels de la pêche aux (et à) gogos ne vous lâchent plus. Vous êtes littéralement traqués dans la moindre démarche que vous effectuez sur le web. « Ce livre est toujours disponible sur… » – « Vous n’avez toujours pas fait l’acquisition de… » – « Auriez vous par hasard oublié de… ». C’est pire qu’agaçant, c’est carrément écœurant.
En tout cas bravo à la ville de Grenoble qui n’a pas renouvelé ses contrats de location avec les pollueurs urbains et annonce le démontage de tous les panneaux publicitaires en 2015. Il paraît, d’après les médias zofficiels que c’est un « superbe coup de com » ! Ce que moi j’espère c’est que d’autres villes suivront et qu’on arrêtera de voir ces hideux panneaux envahir des paysages qui sont déjà suffisamment enlaidis par l’urbanisme chaotique des zones commerciales.

Mégalomanie, poil aux paparazzis

palais_0 Une nouvelle qui fera plaisir à nos amis Kurdes… Le TPPT (Tout Puissant Président de la Turquie), Recep Tayyip Erdogan, a cru bon de rectifier une erreur commise par certains journalistes de la presse de son pays de cocagne : non, son palais ne comporte pas un « millier » de pièces, mais 1150 très exactement. Je suis content de savoir qu’il y a encore des élus (du peuple) qui sont relativement soucieux de transparence. Contrairement à ce que prétendent de vils esprits mesquins toujours prêts à clabauder, il ne s’agit aucunement d’un bien personnel, mais d’un bâtiment dont le peuple turc, qui en est le réel propriétaire, doit être particulièrement fier. L’humble dignitaire n’a pas précisé si les autres heureux propriétaires, notamment ceux qui dorment dans la rue, peuvent occuper quelques chambres par-ci par-là quand il fait un peu trop froid dehors. Mais on se doute bien qu’au nom des grands principes religieux dont il se targue, il ne créerait aucune difficulté à ses concitoyens dans le besoin. Ça me laisse rêveur… A raison d’une minute consacrée à chaque endroit (à condition de faire le tour au pas de charge), il faut presque une journée pour visiter ! Est-ce que quelqu’un sait, parmi mes lecteurs et lectrices cultivés, combien il y a de pièces dans le château de Versailles ? Dans son pavillon de banlieue d’une superficie de 200 000 m2, le président turc a déjà reçu deux visiteurs de marque (marque non précisée dans le communiqué) : le camarade Poutine, et le camarade François (pas le nôtre, celui qui se balade en scooter, mais le maître à penser des catholiques). Les journaux, mal informés, n’ont pas précisé s’ils avaient occupé leur temps à jouer à cache-cache ou s’ils s’étaient contentés d’un thé à la bergamote.

Sans rapport avec l’article précédent (plusieurs conditions ne sont pas remplies par le personnage), j’ai appris grâce à « Terrains de lutte » qu’il existe une « association d’entraide de la noblesse française ». C’est une information fondamentale que je ne voulais point vous celer. Moi qui rêvais d’acheter un manouar – je vous avais expliqué ça dans une chronique au passé antérieur – il ne me reste plus qu’à me procurer une particule, une généalogie avec quelques quartiers, et zou, je clos la feuille charbinoise pour m’occuper de mon hérald’hic. Comme je connais vos tendances perverses, je me fais un plaisir de vous offrir le lien vers l’article.

Au pays des droits de l’homme, poil aux mangeurs de pommes

harfang france L’armée au-dessus de tous les droits, de toutes les juridictions ? Nos gouvernants seraient-ils en train de rétablir la peine de mort, en douce, en légalisant les assassinats « ciblés » par le biais des drones comme le font à longueur d’année les Etatsuniens et les Israéliens ? Basta publie un très bon article à ce sujet dont je vous recommande la lecture. Manque de chance, nous sommes en retard sur les Ricains dans ce domaine là et nous voilà donc obligés de leur acheter du matériel (si tu croyais comme moi que c’était la crise et qu’on n’a plus de sous, eh bien tu te trompes) : d’ici 2019 ça nous coûtera 619 millions d’euro. Rassurez-vous, dans un premier temps, ces engins ne seront utilisés que pour faire du repérage, de la cartographie, des photos artistiques… Nous achetons des « Reaper » dépourvus d’armement. La grande question que fait semblant de se poser (discrètement) le Ministère de la Défense, c’est quand et comment va-t-on les armer ? C’est quand même dommage d’acheter du matériel performant comme celui-ci et de se contenter de s’en servir pour photographier les forces du mal alors que, nous aussi, on pourrait en missiliser un ou deux de temps en temps… Problème : si on tire aussi mal que nos alliés, on risque de bousiller quelques civils au passage et d’égratigner la Convention de Genève à laquelle on se réfère si souvent pour dénoncer la barbarie des « autres ». En plus, nos concitoyens ne sont pas des bellicistes acharnés et quelques bavures malvenues pourraient faire glapir les pisse-copies en mal de scandale… L’article de Basta nous explique donc que, à défaut de consulter l’opinion, nos braves technocrates se contentent d’études spécialisées discrètes des réactions potentielles de cette même population. Genre : si j’appuie là, est-ce que ça va les faire crier ? Un peu ? Beaucoup ? Miracle de la démocratie contemporaine…
En tout cas, selon une étude du groupe de défense des droits de l’homme « Reprieve » en Grande Bretagne, cela coûterait 28 vies d’innocents pour abattre un seul chef terroriste. Les drones seraient largement responsables de ce massacre. Chirurgical ? Diantre, je vais hésiter si je dois un jour retourner dans une salle d’opérations…

Pitreries à la sauce écologie, poil aux vieilles bourriques (barriques ?)

capitalisme nuit Pendant combien de temps vont-ils amuser la galerie (écologique) avec leur débat sur la pollution engendrée par les cheminées parisiennes, les barbecues de banlieue et autres atteintes gravissimes au Nouvel Ordre Ecologique Public ? J’ai bien aimé, sur Mediapart, la tribune de Jean-Jacques Birgé, qui ne peut que satisfaire le vieux rebelle à l’ordre établi que je suis devenu. La mesure phare de ce gouvernement de guignols pour lutter contre la pollution atmosphérique ce n’est point d’instaurer des règles drastiques à l’encontre des industriels pollueurs ou des pléthores d’automobilistes qui envahissent les rues de la capitale jusqu’à les saturer… Non… Rassurez-vous, c’est seulement d’interdire les feux dans les cheminées chez les particuliers. Ce serait risible si ce n’était encore une mesure à la con prise à l’instigation de décideurs européens dignes émules de Don Quichotte. Comme le rappelle Jean-Jacques Birgé, l’écologie fournit l’occasion à nos décideurs de pondre toute une série de décrets coercitifs et de rappeler la brillante affaire des ampoules à économie d’énergie ou celle de l’interdiction des préparations agricoles genre purin d’ortie. Je note aussi une très bonne remarque dans les commentaires de l’article : « tout ce qui ne tue pas le Totalitarisme Economique le renforce, et l’Ecologisme est totalement intégré dans son système de  défense immunitaire. » Je ferai simplement un distinguo entre « luttes environnementalistes » et « écologie sociale ». On peut être écologiste et convaincu que seul un changement radical des choix économiques actuels permettra la mise en place d’une société réellement attentive à son environnement. En attendant, préparez-vous à remplacer bientôt vos ampoules à économies d’énergie (de vraies merdes, soit dit en passant) contre des ampoules à Led qui sont deux fois plus chères ; renoncez à vos poêles à bûches pour acheter des poêles à granulés (Total, et oui Total est là pour vous approvisionner !) ; balancez vos fenêtres à double vitrage pour des triples ; optez pour le diésel vert et….. (crash ! censuré ! ça devenait trop grossier !). Ceux qui considèrent encore que la combustion du bois dans les cheminées est à l’origine d’un grave problème de pollution dans le ciel parisien peuvent aussi consulter l’excellente étude de « Que Choisir » à ce sujet. L’art de détourner le train des vrais problèmes sur une voie de garage.

cambiemos Plus grave que cette pantalonnade, l’hypocrisie abjecte de dirigeants comme ceux du Pérou qui organisent un sommet sur le climat, se gargarisent de grandes déclarations, et, parallèlement, considèrent les écologistes locaux comme des terroristes. Il faut lire à ce sujet l’article de Viviana Varin,  publié sur Basta et intitulé « Au Pérou, pendant que les dirigeants discutent du climat, les mouvements écologistes sont durement réprimés« . Il n’y va pas avec le dos de la cuillère, le président péruvien, Ollanta Humala : « Depuis janvier 2014, la police et l’armée ont reçu le feu vert pour mater les mobilisations par la force grâce la promulgation d’une loi spéciale. Aucun policier ni militaire ne pourra être jugé s’il blesse ou tue une personne. » En tout cas, ce genre de décision ne semble pas perturber notre ministre de l’écologie, pas plus que le fait que la réunion, dénommée COP 20, se déroule dans les casernements de l’armée : un lieu symboliquement appelé « petit Pentagone » et tristement célèbre depuis la guerre civile. Minerais exploités à tout va, gaz de schiste à l’horizon… les écologistes ont du pain sur la planche et le changement promis par le président Humala lors des dernières élections a bien lieu, mais pas dans le sens espéré par la population. Les conflits sociaux et/ou environnementaux se multiplient et le blanc-seing donné aux forces de répression laisse présager le pire.

Pendant ce temps là, du côté des nucléairocrates de chez Areva, trois milliards sont partis en fumée et les dirigeants vont bientôt en être réduits à faire la manche dans la rue. Ce n’est pas très grave : l’argent qui est gaspillé, c’est le nôtre, pov’con-tribuables à merci.

On termine de par chez les aminches, poil aux amygdales

lucia-sanchez-saornil Rien que du bon sur les blogs amis qui survivent à la navigation sur une mer agitée. Grâce aux cénobites tranquilles, j’ai enfin pu mettre un nom sur le visage de la femme jeune et belle que l’on voit en photo pour illustrer de nombreux articles sur la Révolution espagnole. Elle s’appelle Lucia Sanchez Saornil et c’est une poétesse. L’ami Erwan a su lui rendre hommage dans sa chronique avec talent et humour comme d’habitude. On peut vivre sans consulter son site. Certes… mais on manque quelque chose, ça c’est sûr ! A propos d’Espagne, il y a une affiche que j’aime beaucoup aussi mais que je n’arrive pas à retrouver sur la toile ; c’est un pied chaussé d’une espadrille en train d’écraser un nid de serpents dont la forme évoque une croix gammée. Si quelqu’un peut me fournir un lien… J’en ai trouvé une mais ce n’est pas celle à laquelle je pense…

Patrick Mignard propose une réflexion intéressante sur « la fin des grands projets » (lien sur Altermonde mais on peut aussi lire l’article sur le blog de l’auteur « Fédérer et libérer »).

Floréal propose d’écouter les propos tenus par le mathématicien Alexandre Grothendieck il y a quelques décennies de cela : conférence dans l’amphithéâtre du CERN en janvier 1972 à Genève. A l’époque, nous étions abonnés à la passionnante revue « Survivre et vivre » fondée par le même Grothendieck, tout en ignorant l’importance du personnage dans la recherche contemporaine en mathématiques. Ses réflexions du moment sur l’écologie mériteraient d’être relues par les pantins élus d’EELV… Je peux prêter quelques numéros de S&V à ces braves gens s’ils ont le temps de s’intéresser à autre chose qu’à leur carrière.

Quant à moi, je conclus en vous rappelant que c’est bientôt le solstice d’hiver, une bonne occasion de lever le verre avec les amigos de passage. Comme pourrait le dire si bien un cénobite de ma connaissance « amis des fêtes païennes et du riz créole », portez vous sans béquille !

Ne quittez pas ! C’était une fausse sortie ! J’en remets une louche !  – Ah et puis non ça serait dommage, je ne résiste pas au plaisir de vous coller une petite citation. La dame qui parle c’est une de mes écrivaines préférées aux USA, Ursula K. Le Guin. Lors de la remise d’une distinction littéraire célèbre, elle a prononcé un discours de remerciement dans lequel elle a dit notamment : « Les livres ne sont pas seulement des marchandises ; la recherche du profit est souvent en conflit avec les objectifs de l’art. Nous vivons dans une société capitaliste, son pouvoir semble illimité – comme semblait l’être le droit divin des rois. Toute puissance humaine peut être combattue et modifiée par les êtres humains. La résistance et le changement commencent souvent dans l’art. Très souvent, dans notre art, l’art des mots. »

 

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9décembre2014

La petite bibliothèque noire et rouge du camarade Père Noël

Posté par Paul dans la catégorie : l'alambic culturel; mes lectures.

Maitron anarchistes Les anarchistes – dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (« le Maitron des anarchistes »)

Cela fait quelques mois qu’il est sorti, mais il m’a fallu du temps pour le digérer. Encore n’ai-je lu que les propos généraux et n’ai-je utilisé qu’un certain nombres de notices. Tel est l’usage qu’en ont prévu les auteurs. Il n’est jamais venu à l’idée de personne de lire un dictionnaire du début jusqu’à la fin ! Ce qui est particulièrement intéressant c’est que l’achat du livre donne droit à un accès libre à la base de données sur la Toile qui est nettement plus conséquente… C’est que des militants libertaires qui se sont fait remarquer dans divers domaines, du syndicalisme à l’édition en passant par l’action directe ou la fondation de communautés, il y en a eu un paquet. Depuis que les historiens officiels du PCF ne sont plus les seuls à « raconter » l’histoire du mouvement ouvrier, on commence à s’en rendre vraiment compte. Le livre regroupe les notices des militants les plus célèbres (500 notices quand même dans le volume « papier »). Sur le site, on trouve des compléments et des mises à jour aux fiches imprimées et beaucoup d’autres notices (3200 répertoriées à ce jour). On trouve des informations biographiques sur des gens connus comme Ernest Cœurderoy, Daniel Cohn-Bendit ou Louise Michel. On découvre aussi une foule d’autres personnages qui n’ont laissé qu’une empreinte discrète dans l’histoire sociale, mais qui, on se doit de le dire, ont quand même apporté leur pierre à l’édifice révolutionnaire. Si l’un de vos ancêtres se nommait par exemple Edouard Ricordeau, le Maitron vous permettra d’en savoir un peu plus long sur la vie mouvementée de cet infatigable militant syndical. Ricordeau joua un rôle clé dans la grève des terrassiers du métro parisien ; son arrestation, en 1908, après une grève des carriers de Draveil particulièrement dure, provoqua une grève générale des ouvriers du bâtiment… Je trouve important que le rôle fondamental joué par tous ces militants méconnus soit, grâce au travail de l’équipe de rédaction, remis sur le devant de la scène. Certes, l’ouvrage des Editions de l’atelier est un peu cher (50 €). C’est le cas bien souvent des ouvrages spécialisés à diffusion limitée et les autres volumes de la collection ne sont pas donnés non plus. Un grand bravo à toute l’équipe de rédaction ; ils sont au moins 7, de Marianne Enckell à Anne Steiner !

mouvement anarchiste Berry Le mouvement anarchiste en France de 1917 à 1945

Un ouvrage peut-être aride, mais ô combien instructif pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’idée libertaire. La période qui court de la révolution d’Octobre à la fin de la guerre de 1939/45 est intéressante à étudier parce que relativement mal connue. Quelles ont été les conséquences des événements qui jalonnent cette période (répression stalinienne, front populaire, guerre révolutionnaire d’Espagne, montée du nazisme…) pour les anarchistes ? Quelles étaient les divisions, et par cela même les forces et les faiblesses du mouvement ? Quels sont les différents courants ayant existé et quelles organisations les ont représentés ? Quelle a été l’attitude des anarchistes pendant la seconde guerre face à l’occupation allemande, face à la Résistance ou à la collaboration ? L’analyse faite par David Berry est rigoureuse et solidement argumentée.  Ce qui est surprenant c’est que l’auteur soit étatsunien et non français… Mais cela présente l’avantage d’avoir un point de vue extérieur sur la question, indépendant des différentes organisations actuelles… Armand Vullier a réalisé, pour le compte des Editions Libertaires et des Editions Noir et Rouge, associées pour cette publication, un excellent travail de correction. Nul doute que certaines idées avancées, certaines conclusions, se prêteront à polémique tant le parcours des organisations et des militants a été complexe et parfois changeant. C’est aussi la problématique de cette époque de notre histoire qui a voulu cela. David Berry démontre que, contrairement à ce qui a été raconté par certains personnages (internes ou externes au mouvement), l’implication des anarchistes dans la Résistance a été importante et que le nombre de ceux qui se sont tenus à l’écart du conflit ou qui ont plus ou moins collaboré avec le gouvernement de Vichy constituent seulement une minorité. Il est clair que l’histoire du Maquis comporte de larges zones d’ombre dont sont parfois responsables des historiens peu scrupuleux ou fortement marqués par leur idéologie et leur soutien – sans faille – aux dictats de Moscou. En 1945, la reconstruction du mouvement libertaire, lourdement frappé par la répression et par l’échec de la révolution espagnole, a été une tâche de grande ampleur. Le travail de mémoire de David Berry s’arrête à ce moment-là. D’autres auteurs, comme Roland Biard, ont brossé un tableau assez complet des années qui ont suivi cette guerre. L’ouvrage coûte 24 € et peut-être commandé dans toutes les bonnes librairies.

histoire mondiale anarchie Histoire mondiale de l’anarchie (Gaetano Manfredonia)

Voici qu’ARTE se lance dans l’édition de livres sur l’anarchisme, en partenariat pour ce volume avec les éditions Textuel. Gaetano Manfredonia est quelqu’un de connu dans le milieu de l’édition libertaire. Il est l’auteur, entre autres, du livre « Anarchisme & Changement social » aux éditions ACL, dont j’ai trouvé la lecture très intéressante. On peut donc s’attendre, de sa part, à un travail sérieux et il faut reconnaître que le sujet abordé est d’ampleur. Le seul défaut que je trouve à cet ouvrage c’est son coût…. 45 € en l’occurrence. A ce prix-là, on tape dans la gamme du livre d’art quasiment pour collectionneur et je ne vois pas l’intérêt d’un tel choix, d’autant que l’édition n’a rien de particulièrement luxueux : ni la reliure, ni le format, ni la qualité de l’impression ne justifient un tarif aussi élevé. Il faut reconnaître que le travail de recherche iconographique effectué est remarquable. Une multitude de documents, photos, fac-simile de journaux, de tracts, viennent illustrer le propos de l’auteur. C’est sans doute un joli cadeau à demander à votre beau-père ou à votre grand-tante, surtout s’ils ont une sympathie marquée pour le FN ou l’UMP. Avec un peu de chance ils auront un infarctus en lisant votre lettre au Père-Noël ou votre liste de mariage déposée chez Amazon… Pour être sérieux, je vous parle d’un livre que j’ai eu en mains, que j’ai feuilleté, mais que je ne me suis pas encore décidé à acheter, tant il y a des usages variés possibles pour ces quarante-cinq euro. Je ne dénigre en aucun cas le travail de Gaetano Manfredonia (cela serai malvenu de ma part car je n’ai lu que peu de textes), mais je m’interroge simplement sur le choix des éditeurs. N’hésitez pas cependant à consulter cet ouvrage (un coup d’œil sur le site dédié au livre permet de se faire aussi une idée de l’iconographie). Votre opinion peut être différente de la mienne et l’on dit aussi que quand on aime, on ne compte pas ! Information importante, je trouve, il paraît que le livre sera suivi d’un film documentaire dont la diffusion est prévue par la chaîne ARTE en 2015. A suivre donc…

Emma-couv1 Emma Goldman – Une éthique de l’émancipation (Max Leroy)

Encore un bel ouvrage (l’Atelier de Création Libertaire propose des mises en page et une impression de qualité indiscutables) mais à un prix plus raisonnable ! Un chouette bouquin sur une femme remarquable… Emma Goldman fait partie des figures féminines de proue du mouvement anarchiste, avec Louise Michel, Voltairine de Clayre et quelques autres dont j’ai déjà évoqué l’histoire sur ce blog. Beaucoup de ces militantes étaient avant tout des femmes d’action qui se sont investies principalement dans la propagande, l’organisation syndicale ou la solidarité. Leur pensée, leurs convictions étaient solides, mais elles n’ont guère eu le temps de philosopher et de laisser des traces écrites de leur action. Ce n’est pas le cas pour Emma Goldman qui a rédigé un certain nombre de livres, mais une fraction réduite de ses œuvres a été traduite en français, ce qui fait qu’elle ne jouit pas de la même popularité de ce côté de l’Atlantique. Seule son autobiographie intitulée « l’épopée d’une anarchiste » a eu un certain écho, mais la version française est largement tronquée. L’ouvrage de Max Leroy est intéressant de par son contenu, mais encore plus de par sa forme. L’auteur nous raconte la vie d’Emma Goldman, nous parle de ses idées et de leur évolution, tout cela en parallèle avec les principaux événements qui surviennent dans l’histoire populaire de ces années riches en péripéties diverses. Contrairement à d’autres militants connus, Emma est issue de la classe populaire dont elle défend les intérêts avec ardeur. Elle a travaillé longtemps dans des ateliers de couture pour effectuer des labeurs pénibles, mal rétribués, enfermée dans des ateliers où aucune condition d’hygiène et de salubrité n’étaient respectée. Le parcours qu’elle a suivi depuis sa Lithuanie natale est riche en événements. Jeune adulte, aux Etats-Unis, elle a été influencée très tôt par les idées anarchistes qui rencontraient une certaine audience dans les milieux ouvriers émigrés. Suite à cet engagement, les événements se sont succédé jusqu’à ce qu’elle devienne « Emma la rouge » ennemie jurée des patrons américains et de leurs sbires. Sa vie militante l’a conduite ensuite à parcourir l’Europe, à rejoindre la lutte révolutionnaire de ses camarades de Russie, à s’engager, enfin, aux côtés des militants anarchistes espagnols lors de la guerre révolutionnaire de 1936 : une belle histoire, racontée avec talent, d’autant plus que l’auteur sait, au fil des pages, interroger le lecteur sur les questions très actuelles que nous posent l’action et les idées de Mme Goldman. Le récit, rythmé comme une œuvre musicale, s’articule autour de quatre mouvements et d’une ouverture intitulée « la brèche socialiste libertaire » qui est une réflexion d’ensemble sur le parcours de cette militante exemplaire. Quelques textes, inédits en français, ainsi qu’une biographie résumée, viennent compléter cet ouvrage passionnant.

Walden Walden (Henry D. Thoreau)

Les éditions « Le mot et le reste » publient (entre autres) une série d’ouvrages  rédigés par des auteurs passionnés de nature (« nature writing » dit-on chez nos voisins anglo-saxons !). Je vous ai déjà présenté, dans ce cadre, au moins deux volumes qui m’ont interpellé : « le pays des petites pluies », de Mary Austin et « la route bleue » de Kenneth White… L’auteur du livre « Walden », Henry David Thoreau, que je vous propose d’ajouter dans votre hotte noire et rouge, est sans doute connu par une large part des lectrices et lecteurs de « la Feuille Charbinoise ». Je vous ai présenté ce personnage hors du commun de la mouvance libertaire, considéré comme l’un des pères de la « désobéissance civile » aux Etats-Unis, dans une chronique de septembre 2009 que j’avais intitulée « L’homme des bois, la cabane et le nouveau monde ».  « Walden » raconte la période de sa vie où, ayant décidé de se mettre en partie à l’écart d’une société dont il réprouvait la morale et le fonctionnement, il a choisi de vivre au fonds des bois en optant pour un mode de vie le plus sobre possible. Au fil des pages de son journal, Thoreau parle de ses motivations pour un tel choix et décrit avec talent la nature qui l’environne. « Walden » n’est pas seulement un journal de bord, mais aussi un ouvrage de réflexion philosophique. Plusieurs années ont été nécessaires pour rédiger ce livre qui est considéré aussi comme son chef d’œuvre littéraire. Le traducteur, Brice Matthieussent a bien su rendre l’ambiance originale du livre. Parmi les idées développées, souvent assez radicales, certaines peuvent prêter à sourire mais d’autres ont conservé toute leur actualité. David Henry Thoreau est considéré comme un « maître à penser » par de nombreux Américains de la mouvance altermondialiste, partisans de la décroissance et de la simplicité volontaire. D’autres ouvrages du même auteur sont disponibles chez cet éditeur. Un extrait de Walden :

« Quand j’ai écrit les pages suivantes, ou la plupart d’entre elles, je vivais seul au milieu des bois, à un mile de mon voisin le plus proche, dans une maison que j’avais construite moi-même, sur la berge du lac Walden, à Concord, Massachusets, et je gagnais ma vie grâce au seul travail de mes mains. J’ai habité là deux ans et deux mois. A présent, je séjourne de nouveau dans la civilisation… »

Le mot de la fin. J’aurais pu ajouter d’autres ouvrages à cette sélection tant les éditeurs qui s’intéressent aux publications « noir et rouge » ont une production abondante. En disant cela je pense à la BD de Florent Calvez, chez Delcourt,  consacrée à Sacco et Vanzetti, « American Tragedy ». Je pense aussi à l’émouvante autobiographie de Marcel Diaz, parue chez ACL, « De Freinet à la lutte antifasciste – Espagne 1936-39″.  Une sélection a toujours quelque chose d’arbitraire. Mon idée était aussi de me limiter à des ouvrages ayant une portée plutôt générale. J’espère que l’un au moins des ouvrages cités vous intéressera…

pere-noel-noir-et-rouge  renne-protestataire

 

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4décembre2014

La ferme bio de Songhaï, un laboratoire pour l’Afrique

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; le monde bouge.

logo_songhai_green  Un reportage vu sur ARTE m’a donné envie de pousser la recherche un peu plus loin et de me renseigner sur le centre de recherches agricoles de Songhaï au Bénin. Voici le premier résultat de mes découvertes sur le web, résumé en quelques lignes. Plus le temps passe et plus le travail concret effectué sur le terrain pour se libérer de la dictature de la finance internationale m’intéresse. Quelques idées force guident ma démarche : développer l’autonomie économique, faire évoluer les esprits, mettre en place des techniques nouvelles. Celles-ci doivent être moins agressives à l’égard de l’environnement que celles préconisées par les diverses « révolutions vertes », et plus efficaces que les pratiques traditionnelles. Le projet Songhaï me paraît s’insérer dans ce cadre, même si certains aspects du mode de fonctionnement mériteraient, à mon avis, d’évoluer vers de nouvelles formes décisionnelles.

Godfrey Nzamujo Commençons par un historique de cette réalisation remarquable. A l’origine du projet, il y a une initiative individuelle, celle d’un prêtre dominicain, Godfrey Nzamujo. Choqué par les images de famine en Afrique vues à la télévision dans les années 80, il a décidé de quitter la Californie où il avait grandi pour l’Afrique de l’Ouest. Il s’installe au Bénin, porteur d’un projet économique d’auto-suffisance alimentaire. Ses propos, jugés un peu farfelus par beaucoup d’autres dirigeants, ont attiré l’attention du gouvernement de ce pays. A l’époque, le président Mathieu Kérékou est considéré comme plutôt à gauche (de culture marxiste) sur l’échiquier politique africain. En 1985, pour lancer son projet, le prêtre se voit allouer une parcelle de terre agricole d’un hectare de superficie, à côté de Porto Novo, ainsi que quelques aides financières. La terre qu’on lui a confiée est malade : l’abus d’intrants chimiques a littéralement stérilisé le sol qui a perdu sa fertilité originelle. Le manque d’eau se fait ressentir cruellement. Avec le groupe de jeunes volontaires qui s’intéressent à son projet, Godfrey Nzamujo se met tout de suite à l’ouvrage. Le premier travail effectué est le creusement d’un puits pour pouvoir irriguer convenablement les premières cultures. Les fondateurs du projet ne manquent pas d’énergie et d’enthousiasme et les premiers résultats obtenus sont encourageants.

cultures songhai A Songhaï, on ne veut utiliser ni engrais chimiques, ni pesticides. Dès le départ les méthodes agricoles employées s’inscrivent dans le cadre des règles de l’agriculture biologique. Pour fertiliser les sols, une activité d’élevage se développe parallèlement à la mise en culture des terres. L’objectif est d’atteindre le plus rapidement possible l’autosuffisance de la communauté : autonomie en matière d’alimentation, mais aussi dans d’autres domaines… La superficie des terres cultivées s’accroit lentement mais sûrement. De nouveaux bâtiments sont construits, permettant l’accueil de volontaires plus nombreux, mais aussi de stagiaires et même de visiteurs dans le cadre d’un projet d’écotourisme. Plusieurs unités de production de méthane sont mises en place en utilisant les déjections animales. Le gaz produit permet le fonctionnement d’unités de production électrique. Tous les engrais utilisés sont produits sur place et les déchets de l’exploitation sont valorisés jusqu’à la dernière limite, grâce au compostage ou à la production de biogaz. En plus de la volaille, Songhaï élève des porcs et des poissons en bassin. L’eau provenant des bassins est utilisée elle aussi pour fertiliser et irriguer les cultures. Un atelier de mécanique est ajouté à la ferme : non seulement on répare le matériel agricole sur place, mais on le fabrique grâce à la récupération de pièces sur des machines hors d’usage. Un atelier de transformation a été construit. Les aliments sont préparés sur place de manière écologique. Le biogaz est utilisé dans les cuiseurs. Différents procédés sont employés : séchage, conserverie… Les produits transformés alimentent ensuite le restaurant ou la boutique du centre. Il est possible d’acheter jus de fruits, yaourts, confiture, céréales diverses, charcuterie, pâtisserie… à des prix rivalisant sans problème avec ceux des denrées importées. Le recyclage final des eaux usées est effectué grâce à un procédé de filtration naturelle, un bassin couvert par les jacinthes d’eau. Ces plantes ont une capacité de filtrage organique importante.

bio_transformation En 2014, la ferme de Songhaï exploite 24 hectares de terre. Le centre a été désigné « centre d’excellence pour l’agriculture » par les Nations Unies, et commence à essaimer : plusieurs fermes sont en cours d’installation dans les pays voisins. Un label de qualité a été mis au point et les produits sont transformés et commercialisés sur place dans une boutique ouverte à la clientèle locale. L’objectif d’autosuffisance a été atteint sur le plan alimentaire. Non seulement la ferme nourrit ses employés, ses stagiaires et ses visiteurs, grâce à un centre de restauration, mais elle est en mesure de revendre ses excédents à l’extérieur. Outre l’essaimage et un important objectif de formation, les projets sont nombreux pour développer le centre. La visite de Songhaï figure au programme de plusieurs agences de tourisme spécialisées dans le tourisme vert. Elle intéresse aussi les associations qui travaillent dans le domaine de l’économie solidaire. Plusieurs milliers de visiteurs défilent à Songhaï chaque année. Les stages de formation sont gratuits pour les citoyens béninois et payants pour les étudiants venus d’autres pays d’Afrique. Ces dernières années ce sont plusieurs centaines d’élèves-fermiers qui sont accueillis chaque année. La formation dure 18 mois et alterne théorie et pratique. Ce nombre donne une idée de la dimension du centre. Ces rentrées d’argent extérieur (stagiaires et touristes) aident au financement du développement. Quant aux stagiaires, ils sont incités à créer de nouvelles fermes bio dans leur communauté d’origine. Ils intègrent ensuite le réseau Songhaï, bénéficient du label de qualité, et, s’ils le souhaitent, peuvent commercialiser leur produit en utilisant les services de la structure. Mais l’objectif reste avant tout l’essaimage et non la centralisation. Trois cents fermes environ ont été créées au Bénin par les étudiants formés à Songhaï.

systeme de culture Dans les différentes sources d’information que j’ai pu consulter, peu d’informations sont données par rapport au modèle économique de fonctionnement du centre de formation. Songhaï a le statut associatif d’une ONG. Le mode de fonctionnement semble tout à fait classique. Le rapport traditionnel patron/salariés semble être la règle. J’ignore totalement dans quelle mesure les employés sont associés au processus décisionnel. Les statuts évoquent l’existence d’une assemblée générale et d’un conseil d’administration, mais ne détaillent pas qui fait partie et comment sont choisis les membres de ces deux structures. Il est question aussi, sur le site de présentation de la ferme, de l’existence d’un « Think tank », « creuset de réflexion ». De quelle manière les 150 salariés permanents participent-ils (si participation il y a) aux décisions relatives au fonctionnement interne, à l’évolution du projet ? Ces points ne sont pas éclaircis. Cet aspect du problème est important et il serait souhaitable qu’une dynamique d’autogestion semblable à celle qui est mise en place dans les coopératives de production soit initiée. L’acquisition de l’autonomie économique est une dimension du problème ; la politique de développement visant à rendre l’être humain réellement partie prenante dans le processus de changement mis en œuvre en est une autre, également essentielle à mes yeux. Dans ce domaine-là, d’autres expériences du même type ont montré leurs limites et leur caractère exclusivement réformiste. Je ne dis aucunement cela pour dénigrer ce projet remarquable, mais certains propos me paraissent un peu flous… Dans la page de présentation de Songhaï on trouve des déclarations d’intention qui prêtent à discussion par leur côté un peu élitiste : « Un principe central de l’initiative « Songhaï » est que la seule façon de lutter contre la pauvreté de manière effective est de rendre les pauvres productifs. Les initiatives socio-économiques sont donc appelées à faire émerger une masse critique de jeunes, hommes et femmes, capables d’exercer un leadership et dotés des compétences nécessaires à la création de la richesse à travers les entreprises plus humaines et durables. »

benin-60 Godfrey Nzamujo, le fondateur, reste un personnage clé au centre du projet. Sans que son statut ne soit érigé au rang de celui de gourou (le fonctionnement de Songhaï n’a rien de sectaire), il paraît évident qu’il reste le référent incontournable pour toute décision fondamentale. Même s’il a rédigé un premier ouvrage (« Quand l’Afrique relève la tête ») pour expliquer le développement de la ferme, pour le fondateur du centre, l’heure du bilan n’a pas encore sonné. Son enthousiasme est intact et il compte bien aller de l’avant ! Il considère que Songhaï « fait face au triple défi de l’Afrique d’aujourd’hui : la pauvreté, l’environnement et l’emploi des jeunes» et souhaite multiplier les expériences similaires. Il peut être fier de l’œuvre accomplie avec ses compagnons : les rendements des terres n’ont plus rien à voir avec les rendements d’origine. La culture du riz a été introduite, car la consommation de cette denrée, importée pour l’essentiel, augmente de façon exponentielle en Afrique. A l’origine, le rendement de chaque récolte s’élevait à 1 tonne par hectare. Il est aujourd’hui multiplié par 7, et ce avec trois récoltes chaque année. Le sol, nourri de façon équilibrée, est en bien meilleure santé. L’activité microbienne a été stimulée par une fertilisation intelligente. Cela démontre amplement que les rendements peuvent être élevés, la qualité des sols améliorée, sans avoir besoin de l’aide intéressée des multinationales de l’agrochimie. Songhaï fait partie des expériences qui permettent à la FAO d’estimer que l’agriculture biologique serait largement en mesure de nourrir la planète, sous réserve que l’on fasse un effort suffisant de formation dans tous les pays. Le maintien d’une agriculture familiale, rentable, assurant une rémunération convenable des personnes qu’elle emploie, est tout à fait possible. Reste encore à mettre en place la volonté politique et/ou populaire que cela se fasse !

empire _Songhai Une petite précision historique, pour conclure, concernant l’origine du nom de la ferme. « Songhaï » désigne un prestigieux empire africain fondé à Koukia au VIIème siècle et qui a duré jusqu’au XVIème siècle.  A son apogée, sa puissance et son influence en Afrique de l’Ouest étaient considérables. Sa capitale était la ville de Gao, actuellement au Mali. L’Empire s’effondra en 1591, suite à l’invasion des armées du Sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi. Il donna naissance à une douzaine de principautés de moindre importance (merci Wikipedia !).

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28novembre2014

Le dictionnaire inachevé des politiciens véreux…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Un travail de longue haleine mais permettez moi d’esquisser une introduction…

je vous ai compris  Pas une semaine ne se passe sans que la liste des politiciens-voleurs pris la main dans le sac ne s’accroisse d’un, deux ou trois noms… La roue de la fortune mal acquise tourne, tourne… et s’arrête, un jour en France, un jour en Italie, un jour au Luxembourg, un jour en Espagne. Jamais, paraît-il, on a autant lutté contre la corruption, et jamais on a vu autant de valeureux combattants mourir dans la tranchée des malversations. Une fois à gauche, une fois à droite… le justicier masqué est bien obligé de répartir ses coups pour éviter qu’on ne l’accuse de partialité. D’ailleurs à quoi bon se priver ! La tête de l’un bascule dans le panier de la guillotine, un autre pantin prend sa place. L’un met son argent à l’abri dans un paradis fiscal ; l’autre engraisse généreusement les membres de sa famille, tel Napoléon charcutant l’Europe pour offrir une saucisse à l’un de ses cousins, ou un jambon de Parme à l’une de ses frangines. L’un pioche allègrement dans la caisse, l’autre se targue de laver plus blanc que blanc jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que sa chemise blanche trempe dans le cambouis. Je ne vais pas vous fatiguer en vous énumérant la liste des scandales économico-financiers qui ont marqué les onze premiers mois de l’année 2014 ; le Père Noël, avec sa manie des listes en tout genre, s’en chargera à la fin du mois de décembre.

misere2 Soyons clair : mon objectif n’est point de considérer qu’ils sont tous pourris et qu’il est grand temps d’en mettre d’autres à leur place qui – en vertu de je ne sais trop quel miracle – seraient vierges comme la maman du petit Jésus. Ils sont effectivement tous pourris, non pas parce qu’ils appartiennent à tel ou tel parti, mais parce que le mécanisme du jeu auquel ils jouent tous est foncièrement vicié. Notre démocratie est devenue une machine à broyer l’honnêteté et rares sont ceux qui participent à la tombola et échappent à cette entreprise démoniaque. Une partie d’entre eux était déjà corrompue avant même de participer aux épreuves de sélection. D’autres arrivent en déployant avec grandiloquence l’étendard de le la pureté de leurs idées. Mais quelle que soit la grandeur des principes qui guident un individu en quête de pouvoir, de représentativité, d’honneurs, il ne peut résister qu’un temps aux avantages que lui réserve sa fonction. Tôt ou tard, il est happé par l’entonnoir des privilèges, ou bien il a la force de faire un pas de côté. C’est vrai depuis l’origine de l’humanité, depuis que la première tribu qui a délégué son pouvoir à un chef, a oublié de mettre en place les dispositifs de contrôle devant obligatoirement accompagner la mission : rotation des tâches, mandat impératif, limitation en durée de l’exercice d’une fonction…
Un petit exemple pour rester bien terre à terre…Le village décide de construire une palissade pour se protéger. Je te délègue provisoirement le droit de contrôler la plantation des pieux et le clouage des traverses. Le travail effectué, tu en rends compte à ceux qui, comme moi, t’ont confié la mission. Point final ; on passe à autre chose. En aucun cas, je ne te donne le droit de décider qui pourra pénétrer ou non dans l’enceinte ; il n’est pas question non plus que tu instaures un péage aux entrées, sans décision collective ; l’assemblée ne t’autorise aucunement à créer une milice pour surveiller les alentours ou à encaisser des pots de vin de la part de ceux qui voudraient passer les premiers.

La_Bourgeoisie_(Le_Père_Peinard) Caricature ? En aucun cas. C’est ainsi que fonctionnent la plupart des institutions qui nous gouvernent. On élit des représentants sur la base de promesses qu’ils ne tiendront pas. Une fois installés au gouvernail, ils élargissent peu à peu leur champ d’intervention et interprètent à leur manière les règles fondamentales du groupe. On se retrouve ainsi avec un type, à la tête du gouvernement, qui prône une politique dont personne ne veut, qui décide un jour de bombarder tel ou tel pays parce qu’il fait soi disant partie de l’axe du mal ou qui cède au moindre lobby industriel nos droits les plus fondamentaux. Ce n’est pas exclusivement la faute du bonhomme. C’est aussi la faute de ceux qui l’élisent en sachant dès le départ que les règles du jeu sont pipées. Le jour où je serai ministre des blogs, je ne vois aucune raison de préférer une assiette en carton à une assiette en porcelaine, un déplacement en bus plutôt qu’un jet privé… Ne votez jamais pour moi ! Une fois passé le choc émotionnel du début, je vous promets que, si vous n’y prenez pas garde, je serai aussi pourri que les autres ; peut-être pire même parce que je prendrai sans doute soin, au départ, de me cacher derrière un rideau de vœux pieux et de bonnes intentions. Regardez notre bon vieux Père François : il est pour les barrages, pour le nucléaire, pour les autoroutes, pour la vente des armes, mais écologiste en diable, pacifiste comme pas deux (il a même un pote, de l’autre côté de la flaque, qui a eu le prix Nobel pour ça), et compatissant comme une compagnie de bénédictins à l’égard des pauvres gens. Il est même profondément peiné de ne rien pouvoir faire plus pour eux. C’est la faute à son copain Patron qui ne veut pas.

almanach_peinard2 Depuis quelques milliers d’années, les plus naïfs d’entre nous considèrent qu’il suffit de changer les têtes du théâtre de Guignol pour que le spectacle soit bien meilleur. Ecoutez attentivement le discours de tous ces braves gens qui veulent nous mitonner un gentil petit gouvernement sauce frontiste : droite-gauche, tous pourris (ils n’ont pas tort) ; il suffit de mettre la bande à Marine au sommet du piédestal pour que tous les maux de la République soient guéris. Ces gens-là sont « vierges » en politique ; ils ont des idées ; pourquoi ne pas essayer ? Sachez que ce discours est suffisamment con pour être véritablement dangereux. Ces gens-là, figurez-vous, on les a déjà vus au pouvoir, un peu de partout et y’a pas si longtemps que ça dans l’histoire. On a déjà vu ce que leurs idées politiques avaient de calamiteux et d’ignoble. Il faut faire attention à ce qui se cache derrière les paillettes et la poudre aux yeux ! A l’époque, ils ne prenaient pas la peine de se dissimuler sous une peau d’agneau comme ils le font depuis quelques temps… Le bâton se cache derrière la carotte, mais ce sont toujours les mêmes qui paieront la facture… Vous le trouvez vraiment « nouveau » le discours contre les immigrés, les Juifs, les Arabes, les Chômeurs, les Homosexuels, les Artistes dégénérés…. tous responsables de la ruine de notre grande Nation ? Soit vous êtes sourds et aveugles, soit vous êtes frappés par une grave crise d’amnésie. Autant vous rassurer tout de suite, il n’y a rien de neuf dans les idées d’une Le Pen, pas plus que dans celles d’un Sarkozy, d’un Bayrou ou d’un Fabius (je suis fort tenté d’ajouter un Mélenchon à la liste, mais j’aimerais bien garder quelques lecteurs !). La pièce qu’ils nous jouent, ils l’ont déjà représentée à de multiples reprises, avec un autre nom, un autre costume ou un langage un peu moins bien étudié par leurs cabinets de communication. Arrêtons pour une fois d’être les couillons de la farce. Il est grand temps de réinventer la politique et d’en exclure tous les « professionnels » !

almanach_peinard Aux vrais maux, cherchons les vrais remèdes, comme disait mon cousin Hector qui était rebouteux dans une tribu australe. Le mode de fonctionnement de nos sociétés nous conduit d’abord à un envasement progressif du cerveau, jusqu’à ce qu’on se reçoive un bon coup de rame sur le crâne et qu’on se réveille dans un camp de rééducation parce qu’on n’a pas fait la bonne croix au bon endroit sur le questionnaire à remplir pour le ministère du Bien Public. Comme le disait si bien l’illustre Joseph Déjacque : « à bas les chefs ! ». Que ce soit clair : nous ne voulons pas de nouveaux chefs… nous voulons un autre modèle de gouvernance. Plus de patrons, de députés, de ministres, de patrons qui s’engraissent sur notre dos et se marrent bien quand on dénonce leurs turpitudes. Nous voulons changer radicalement le mode d’organisation de cette société. Heureusement que certains se bougent un peu dans notre bas monde et cherchent d’autres procédures de fonctionnement. Un exemple ? Observez ce qui se passe avec l’argent dans les S.E.L. La monnaie circule sur des bases complètement différentes, rendant la spéculation totalement impossible. Un billet qui ne circule pas et qui ne permet pas de nouveaux échanges perd progressivement de sa valeur ! Les rapports économiques sont automatiquement différents.
Certes une assemblée de tous les citoyens ne peut pas tout décider et peut être facilement manipulée par quelques beaux parleurs… Il faut imaginer des dispositifs qui permettent d’éviter la transformation d’une délégation temporaire de pouvoir en une représentation abstraite et incontrôlable. J’accepte l’autorité de mon cordonnier en ce qui concerne la réparation de mes chaussures ; s’il souhaite devenir chef de la fanfare municipale, il faudra qu’il explicite son projet, qu’il témoigne d’un minimum de connaissance de la musique et nous verrons à ce moment-là.

la-bourse L’exemple précédent vous fait sourire ? N’est-ce pourtant pas ce qui se passe à l’heure actuelle dans les sphères du pouvoir ? Coco est ministre des affaires étrangères et s’occupe de la diplomatie… Un petit remaniement passe par là et il devient apte à s’occuper des finances publiques, des marins, ou des gros céréaliers… Bien sûr me direz-vous, la fonction n’est qu’honorifique. Le pouvoir réel se situe dans l’ombre des cabinets ; ce sont les « experts », les « techniciens », les « conseillers » qui l’exercent. Il est rare que ces postes-là changent de titulaire d’un remaniement à un autre. Les ministres, vous les avez élus ? Vous connaissez leur nom à l’avance ? Et les nuées de technocrates qui prolifèrent dans les salons, vous leur avez donné votre avis ? Vous leur avez confié une quelconque mission ? Ils appellent cela « processus démocratique » ? Foutaise ou escroquerie conviendraient mieux. Ils ont défiguré cette prétendue démocratie dont ils prétendent être la figure de proue. Plus que jamais ils me dégoûtent. Vous verrez que leur nom à tous (ou presque – il y a toujours des saints) s’ajoutera un jour ou l’autre au dictionnaire inachevé des politiciens véreux. D’ici là joyeuses fêtes, mais dites-vous bien que, pendant ce temps-là, ils font bombance sur votre future dépouille.

Au fait, le tome 1 de ce dictionnaire, il paraît quand ? Patience, je viens de commencer et je n’en suis encore qu’à la lettre A.

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24novembre2014

Les fleurs immortelles de Marianne North

Posté par Paul dans la catégorie : aventures et voyages au féminin; les histoires d'Oncle Paul.

Marianne_North Au fil des siècles passés, les milieux du naturalisme et de l’exploration sont restés largement masculins : de Darwin à Humboldt en passant par Banks, Linné ou Buffon, les femmes ont eu grand peine à se frayer une place sous les tropiques ou au-delà de l’équateur. Il y a quelques exceptions à cette règle, surtout au XIXème siècle, et nous avons déjà évoqué, dans ces colonnes, les portraits de quelques célèbres aventurières. Mais ces dames ne sont point des expertes en botanique, ou alors leurs travaux sont restés dans l’ombre des savants qu’elles accompagnaient dans leur périple. C’est le cas par exemple de Jeanne Barret, qui s’est embarquée, en catimini, avec Philibert Commerson pour faire le tour du monde. On se demande aujourd’hui si sa participation aux travaux du « maître » n’a pas été plus conséquente que ce que l’on pensait. Quelques exploratrices donc, mais peu de naturalistes. Cette situation rend la destinée de Marianne North d’autant plus singulière.  Voyageuse intrépide certes, mais ce sont ses passions conjointes pour les fleurs et pour la nature qui l’ont poussée sur les chemins. Ses tableaux ont rendu immortelles les fleurs qu’elle a croisées sur sa route. Les cercles plutôt élitistes de la botanique du XIXème siècle lui ont rendu honneur en donnant son nom à cinq plantes différentes. C’est la moindre des choses quand on pense aux centaines de portraits floraux qu’elle a réalisés. Les plus spectaculaires de ses œuvres sont exposées dans une galerie personnalisée, au Kew Garden, le jardin botanique royal de Londres. L’histoire de cette femme est plutôt originale.

Nepenthes_northiana_by_Marianne_North Comme beaucoup d’autres voyageuses et voyageurs britanniques du XIXème siècle, Marianne North est née dans une famille fortunée de la bourgeoisie ou de l’aristocratie. Son père est un riche propriétaire terrien et sa mère, Lady Jane est une aristocrate. Marianne naît en 1830 à Hastings. Jusqu’à l’âge de quarante ans, son existence ne présente guère d’épisodes bien enthousiasmants à raconter. Elle est conforme à toutes celles des jeunes filles de bonne famille de la société victorienne : seul le fait de développer ses talents artistiques est jugé convenable. Les cours de danse, de chant, de piano… occupent une bonne partie de son temps. Son père s’intéresse aux plantes exotiques et a fait construire plusieurs serres sur le domaine. Cela permet à Lady Marianne de s’initier aux travaux de jardinage et de développer ses connaissances en botanique. A partir de 1850, elle suit des cours de peinture florale avec deux grandes artistes dans ce domaine : Magdalen Von Fowinkel et Valentine Bartholomew. En 1855, sa mère décède et la famille s’installe à Londres. Marianne, renonçant à se marier, fait le vœu de consacrer les années qui viennent à s’occuper de son père. Elle l’accompagne dans ses nombreux voyages, tient sa maison et bénéficie d’un large réseau de relations sociales dans les milieux scientifiques et artistiques, en particulier dans le petit monde de la botanique. Elle est en contact régulier avec Sir William Hooker, directeur du jardin botanique royal, George Bentham, un botaniste distingué, ou Edward Lear, réputé pour ses dons d’illustrateur. En 1837, suite aux leçons qu’elle prend avec le peintre australien Dowling, elle abandonne l’aquarelle et se perfectionne dans les techniques de la peinture à l’huile. Chaque voyage qu’elle fait sur le continent est l’occasion, pour elle, de réaliser de nombreuses observations et de rapporter un grand nombre de croquis et d’esquisses. En 1869, le décès de son père, ce qui l’affecte profondément, et va entrainer un profond bouleversement dans sa vie.

foliage-and-fruit-of-sterculia-parviflora-1870.jpg!Blog Ce ne sont pas les soucis d’argent qui la préoccupent puisqu’elle est dans la situation privilégiée d’une riche héritière, mais simplement la question de savoir ce qu’elle va faire maintenant qu’elle est libérée de sa principale charge. A l’époque victorienne, une femme de bonne éducation se doit d’œuvrer pour le bien public et non de se laisser porter par l’oisiveté, mère de tous les vices ! Quel va être son avenir ? Infirmière ou religieuse… elle n’y songe guère. Le mariage ? Il est un peu tard pour faire ce choix et, surtout, l’institution lui inspire la plus grande méfiance. Selon ses propos, la femme mariée n’est rien de mieux qu’une domestique de haut rang… Elle n’ignore pas que ses compétences sont limitées, mais ce qu’elle sait faire, elle le maitrise parfaitement… Ses états d’âme ne durent guère, car elle est d’une nature plutôt énergique. Une année se passe, puis les événements se bousculent. Elle a un don pour la peinture ? Eh bien, elle va l’exploiter ! Elle s’intéresse au monde végétal et possède quelques connaissances en botanique… pourquoi ne pas chercher sa voie dans ce domaine ?
Son départ pour les Etats-Unis, en 1871, suite à l’invitation d’une amie à l’accompagner en ces terres lointaines, va marquer le début d’une liste impressionnante de voyages. Si elle n’est pas la plus téméraire des exploratrices, à son époque, elle est sans doute celle qui a parcouru la plus grande distance autour du globe. Ses biographes estiment qu’elle a sans doute bouclé l’équivalent de deux tours du monde, en mettant bout à bout tous les trajets qu’elle a effectués. Elle pose son chevalet en Amérique du Nord, au Brésil, au Japon, à Singapour, en Inde, à Ceylan, en Australie, en Afrique du Sud… Impressionnant quand on connait la lenteur des moyens de transport de l’époque… Il serait plus rapide de dresser l’inventaire des zones du globe où elle n’a jamais posé le pied ; il se limite sans doute aux extrêmes, Nord et Sud, et aux immensités russes et chinoises qu’elle n’a jamais parcourues. L’Afrique du Nord, le Moyen-Orient… elle s’y est rendue avec son père.

Marianne-North-02 De chacun de ses voyages elle rapporte des dizaines de peinture représentant la faune et la flore qu’elle a observées et – plus rarement – les paysages. Ses explorations botaniques lui permettent également de découvrir et de décrire cinq plantes nouvelles, non encore identifiées, dont la fameuse Nepenthes northiana, cueillie à Bornéo (photo n°2). Son travail de peintre occupe l’essentiel de son temps. Ses voyages durent parfois plus longtemps que ce qu’elle avait prévu et témoignent de la liberté de mouvements qu’elle s’est accordée. Fin 1872, elle s’embarque ainsi au Brésil pour un voyage de quelques mois et n’en revient qu’à la fin de l’année 1874. Elle supporte de plus en plus mal le climat de Londres, l’hiver, et les soirées mondaines lui déplaisent profondément. Elle repart donc sans tarder… En 1875, elle effectue l’un de ses plus longs périples : elle débarque à Québec, traverse l’Amérique jusqu’à la côte Pacifique, embarque à nouveau pour le Japon, Singapour, Ceylan… Rien ne semble l’arrêter dans son élan, malgré les douleurs chroniques dont elle souffre de plus en plus.

Marianne_North01 Au cours de ce voyage, elle séjourne longuement sur l’île de Java qu’elle apprécie particulièrement. Elle effectue de nombreux déplacements dans l’île, la plupart du temps à cheval, bien qu’elle charrie avec elle tout un attirail impressionnant pour ses travaux de peinture. Dans la plupart des lieux où elle séjourne, elle préfère la solitude à la compagnie des riches colons britanniques qui l’exaspèrent. Ce qu’elle veut c’est voyager, découvrir des merveilles et les fixer sur ses toiles avec le plus d’application et de fidélité possibles. A Ceylan, par exemple, elle élit domicile, non point dans le palais du gouverneur, mais dans un pavillon au cœur même du jardin botanique de l’île. De nouvelles expéditions se succèdent avec de brèves escales à Londres où elle rapporte ses travaux, entretient des contacts avec les sociétés botaniques, et organise de brillantes expositions. Après le tour du monde initié en 1875, elle repart à nouveau pour l’Inde. Dans ce pays, elle mène une existence à son gré, loin de la noble société qui éprouve un certain mépris à l’égard de son indépendance d’esprit et de son manque de respect pour les convenances. Son rang social lui permet de voyager avec de multiples lettres de recommandations auprès des gouverneurs, des ambassadeurs, des autorités coloniales dans chaque pays, mais elle préfère sa liberté aux contraintes de la vie mondaine. Elle séjourne quinze mois, se déplace sans cesse et rapporte plus de deux cent peintures de cette expédition. De retour à Londres, elle propose au directeur des jardins de Kew, Sir Joseph Hooker (le fils du précédent) de faire une donation de ses tableaux et de faire construire une galerie, à ses frais, pour les y exposer. Les travaux débutent rapidement. Elle rencontre Charles Darwin, un autre ami de feu son père, pour lequel elle a la plus grande admiration. Suivant les conseils enthousiastes du savant, elle décide de s’intéresser à la flore australienne. Aussitôt dit, aussitôt fait.

640px-Marianne_North_Gallery_821 L’inauguration de sa galerie, à Kew Gardens, la ramène à Londres en juin 1982. Elle n’y séjourne que trois mois avant de se rendre en Afrique du Sud puis aux Seychelles. Ses problèmes de santé la fatiguent de plus en plus. Son voyage au Chili, en 1884, sera sa dernière expédition lointaine. Elle se rend dans la Cordillère des Andes afin de découvrir une forêt d’Araucaria araucana qu’elle représente avec talent. La chevauchée qu’elle réalise à cette occasion marque aussi la limite de ses forces. Son retour en Angleterre, à la fin de l’année 1884, va être définitif. Elle s’installe à la campagne, à Alderley, dans la région des Cotswolds et dirige l’aménagement d’un vaste jardin privé qu’elle remplit de plantes locales et exotiques… Les primevères, les jacinthes sauvages, côtoient les kniphofias et les rhododendrons. Elle consacre aussi beaucoup de temps à la rédaction de ses mémoires et reçoit ses nombreux amis. Elle meurt le 30 août 1890. Elle n’a pas tout à fait soixante ans, mais sa vie a été bien remplie ! Ses mémoires sont publiées par sa sœur en 1892. Elles témoignent de la passion de cette femme pour les voyages et pour l’observation de la nature. Elles s’intitulent « mémoires d’une vie heureuse », ce qui résume bien son existence. La galerie Marianne North existe toujours au jardin botanique royal de Londres. Elle a même été restaurée récemment. Les murs sont couverts de tableaux : 832 toiles sont exposées. Elles ne représentent pas la totalité de l’œuvre de la peintre qui est impressionnante. Ce qui rend sa peinture particulièrement précieuse c’est qu’elle s’est toujours efforcée de représenter les plantes auxquelles elle s’intéressait dans leur milieu naturel, en faisant figurer sur ses toiles des éléments du décor : autres végétaux, faune locale ou représentations du terrain environnant. Grâce à cette démarche, à cette recherche de l’authenticité, elle a nettement marqué la différence avec d’autres artistes contemporains qui travaillaient dans leur atelier, et s’appliquaient à dresser le portrait de la plante de leur choix sur un fond neutre. Le fait qu’elle ait choisi la peinture à l’huile plutôt que l’aquarelle pour la majorité de ses tableaux a aussi permis une très bonne tenue des couleurs originales qu’elle choisissait avec le plus grand soin.

sources documentaires : revue « La Garance Voyageuse » n° 101 du printemps 2013 – « Elles ont conquis le monde – Les grandes aventurières », ouvrage d’Alexandra Lapierre et Christel Mouchard -

source des illustrations : photo n°1, n°2, n°4, n°5 : commons wikimedia – photo n°3 – Wikiart, domaine public.

019WDZ000003226U00000000[SVC2]

Duarah Nath – Kumaon (état d’Uttarakhand) India. 23d August 1878

 

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18novembre2014

Et si le Mélèze était l’axe du monde comme le pensent les Yakoutes ?

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

600px-Larix_decidua_Saastal Le temps est venu de vous parler d’un bel arbre, un conifère bien singulier ; le seul, commun dans nos forêts, qui perde ses aiguilles chaque hiver pour en retrouver de nouvelles, d’un vert bien tendre, quand vient la saison où le grand tétras commence sa parade d’amour. « Arbre du monde » pour les peuples autochtones de Sibérie, les Yakoutes ou les Toungouses, il occupe une place importante dans la mythologie de tous les pays où il illumine les forêts par sa splendeur dorée à l’automne. Pour beaucoup d’Alpins, il est tout simplement le « seigneur de la forêt ». Les Gaulois puis les Latins l’ont baptisé Larix ; les Dauphinois lui ont sans doute donné son patronyme le plus connu : mélèze. Il pousse dans de vastes espaces boisés que l’on nomme mélézins. Dans les guides de voyage édités par les écureuils, ces lieux paradisiaques offrant l’un des meilleurs gîtes et un couvert exceptionnel sont labellisés cinq étoiles. Je vous propose de détailler quelque peu cette présentation grandiloquente, et de vous expliquer en quoi les éloges dont on couvre ce végétal aussi majestueux que modeste sont largement mérités.

290px-SubalpineLarch_7735tl Nul explorateur, nul botaniste distingué, n’a jamais implanté cet arbre dans nos forêts tempérées de montagne, puisqu’il en est originaire… Il a une préférence marquée pour la partie élevée de l’étage subalpin où il pousse jusqu’à 2500 m. Par contre son aire de répartition géographique est probablement plus réduite qu’elle ne l’était avant les différentes phases glaciaires qui ont marqué l’évolution de la faune et de la flore de notre continent. Il ne pousse plus en Scandinavie par exemple, alors qu’il y était sans doute très répandu à une époque que vous êtes trop jeunes pour l’avoir connue. Le mélèze sait se contenter de peu : il joue un rôle de pionnier dans le reboisement des terrains ravagés ; n’appréciant guère la concurrence d’autres espèces à croissance plus rapide, au bout d’un temps, ses descendants trouvent de nouveaux espaces pour s’implanter. Le mélèze est un arbre voyageur ! Il apprécie la pleine lumière, se contente d’une certaine sobriété en matière d’eau et de nutriments. Pour subvenir à ses besoins, il développe un vaste réseau de racines qui ont le mérite de maintenir en place les terrains dans les zones d’éboulements, les versants escarpés des terrains en bordure de torrents, ou les larges coulées des vallées glaciaires. Dans ces terrains arides, ses graines germent assez facilement, la végétation se développe et la chute régulière des aiguilles permet la constitution d’un humus favorable à la croissance d’autres arbres, le pin ou l’épicéa, par exemple.

Larix_kaempferi_(Trondheim) Le mélèze est un arbre à croissance lente, mais il peut atteindre des dimensions exceptionnelles lorsque l’écosystème lui est favorable. Sa silhouette est élancée ; son fût est droit et très élevé ; il atteint facilement 30 à 35 m de hauteur, mais certains spécimens connus atteignent ou dépassent 50 m. Sa longévité est considérable elle aussi : même s’ils se font rares, on sait que certains arbres vénérables de cette espèce dépassent le demi-millénaire. Contrairement aux plantations d’épicéas, par exemple, le sous-bois du mélézin est lumineux et souvent herbeux. Pendant longtemps les bûcherons des Alpes ont favorisé sa croissance en éliminant ses plus redoutables concurrents. Lorsque le sapin pectiné ou l’épicéa dominent, le mélèze perd de sa splendeur… En pratiquant des coupes sélectives dans lesquelles ils n’abattaient que ses cousins, les forestiers ont favorisé le développement de mélézins assez étendus. Cette tendance a peu à peu perdu de son importance et l’on a redécouvert ces dernières décennies, l’intérêt que présentait le bois du Mélèze, notamment pour les usages en charpente et en menuiserie extérieure. Ce bois, fortement imprégné de résine, présente la particularité d’offrir une excellente résistance aux intempéries. Les architectes contemporains découvrent à nouveau le charme que présente le bois dans la construction. La demande de « Larix decidua » (nom botanique de l’arbre) augmente régulièrement dans les scieries.

Bardeaux longueur unique, maison Malnou Les anciens connaissaient bien les vertus mécaniques et chimiques du mélèze. Tous ces chalets anciens que l’on peut admirer dans les différentes vallées alpines où les touristes affluent, Queyras, Abondance, Beaufortain… ont été bâtis avec ce bois incroyablement résistant. Nul besoin de lasure, vernis ou huiles diverses, pour qu’il se conserve. S’il est exposé « nature » aux intempéries, il ne présente qu’un seul défaut aux yeux de nos modernes bâtisseurs, celui de noircir à la lumière… Une fois traité avec un produit naturel, genre huile de lin par exemple, cet inconvénient (aux yeux de certains) disparait. Il suffit d’être soigneux et de renouveler fréquemment les premiers traitements. Quant aux lasures « écologiques » et autres « produits miracles », vous pouvez les laisser dormir tranquillement sur les étagères des supermarchés. Votre portefeuille ne s’en portera que mieux ! Les anciens se servaient même de troncs de jeunes mélèzes évidés comme chenaux ou comme tuyaux pour canaliser l’eau des sources éloignées du domicile ou du pâturage des animaux… Barrières pour les enclos, bardeaux pour couvrir les toits, bancs et coffres de bergers, abreuvoirs, tonneaux, ponts sur les torrents… dans les Alpes, les usages de ce résineux semblaient sans limites. Même la résine, recueillie par saignée sur les troncs, a été utilisée pendant des siècles, sous l’appellation fort exotique de Térébenthine de Venise. Ses vertus étaient nombreuses en médecine ou en droguerie. Selon Pierre Lieutaghi, les peintres l’employaient comme conservateur dans la dilution de leurs couleurs. Sans ce baume miraculeux, il est possible que les toiles de Rubens, par exemple, ne nous soient parvenues que bien affadies ! Ceux qui douteraient encore de la valeur de ce bois doivent savoir que dans l’embouchure de la Neva, près de Leningrad, on a découvert des navires coulés depuis un millénaire au moins. Une partie de leur structure était fabriquée en mélèze. Certains échantillons prélevés sur les épaves sont encore si durs qu’ils offrent une solide résistance à nos outils modernes…

bois meleze Il est intéressant d’estimer la valeur d’un arbre en étudiant la place plus ou moins essentielle qu’il occupe dans les légendes et traditions populaires… Celle-ci peut varier selon les régions du monde, en fonction de la richesse du patrimoine végétal disponible localement… En beaucoup de places, le mélèze était concurrencé par d’autres confrères prestigieux déjà évoqués dans ces colonnes : le frêne, le chêne, le châtaignier, l’if… nombreux étaient les arbres qui occupaient une place de choix dans le hit-parade des croyances régionales. En consultant la documentation disponible à ce sujet, il semble qu’il y ait au moins deux régions d’Europe où la place du mélèze ait été considérablement élevée. La palme doit sans doute être attribuée aux peuplades de Sibérie Orientale, les Yakoutes ou les Toungouses. Dans leur culture, le mélèze (appelé Tuuru par l’un de ces peuples), est considéré comme une axe de communication fondamental entre le monde aérien et le monde souterrain. Son tronc sert de demeure au Créateur et à la déesse d’or. Ses branches touchent au domaine des dieux solaires, les Aly qui habitent le ciel. Ses racines plongent dans le royaume des démons Abasy, refuge de prédilection du magicien noir. Les chamans des tribus Yakoutes utilisent le tronc du mélèze comme une échelle pour voyager entre les différents mondes, celui des dieux, celui des hommes et celui des morts. Voici ce qu’en disent les auteurs du livre « Histoires d’arbres » (*) :

« Chaque fois que de grands malheurs frappent son peuple, ou lorsque le gibier diminue, le prêtre escalade l’arbre sacré pour intercéder auprès des dieux. Pour certains Yakoutes, l’âme du chaman reçoit son éducation dans un mélèze aux neuf branches, sur lequel est perché un corbeau qui est leur professeur. Plus le chaman approche de la cime, plus il possède de science. Pour d’autres, l’âme du chaman est forgée par le forgeron mythique Kidaï-Bakhsy qui loge dans les racines de l’arbre. »

Dans le même ouvrage, vous trouverez à ce sujet une très belle légende yakoute intitulée « ar Koudouk Mas, l’arbre d’or sur la montagne d’or ».

Fotothek_Hugellandschaften Le Tyrol, en Autriche, est aussi une place où le mélèze occupe une place importante. Il arrive des aventures des plus improbables aux hommes et aux femmes qui se promènent dans les mélézins. Ainsi, près du village de Graun, habite une étrange créature ensorceleuse, la Salgfraülein, toute vêtue de blanc et terriblement séductrice. Elle est bien plus belle que ses consœurs terrestres et sa voix enivre d’amour ceux qui s’en approchent de trop. Les bergers tombent sous son charme. Elle les conduit alors dans sa grotte et leur fait admirer, non point ses attraits, mais une crèche dans laquelle trônent une multitude de petites figurines de chamois. S’il veut retrouver la liberté, le visiteur doit alors promettre de ne plus tuer de gibier et de se nourrir plutôt de fromage…
Le mélèze permet aussi, dans les mêmes contrées montagnardes, d’entrer en contact avec les disparus et de les aider à trouver le repos éternel. Lorsque l’on se promène dans une forêt de mélèzes, il faut alors prêter attention aux chants que l’on peut entendre autour de soi. Certains peuvent provenir de créatures tourmentées qui n’arrivent pas à sortir de leur errance. On peut alors accomplir une bonne œuvre en menant une quête permettant de faire disparaître la cause de leur tourment. L’arbre majestueux joue en de nombreuses autres occasions le rôle d’intercesseur entre les vivants et les morts. On le qualifie parfois « d’arbre des revenants ». Vous comprendrez pourquoi ! Le Christianisme a mis un peu d’ordre dans tous ces mythes, mais n’a pu faire disparaitre totalement les lieux qui les inspiraient. Il existe de nombreux endroits où l’on va en pèlerinage pour rendre grâce à une statue de la Vierge finement sculptée dans un tronc par un artiste local.

planche botanique Larix_decudua0 Si vous voulez admirer les superbes couleurs du mélèze, du vert tendre printanier au jaune d’or de l’automne, il ne vous reste plus qu’à vous promener dans les vallées alpines ou dans les arboretums, ou bien à en planter un près de chez vous, à condition d’avoir la place. Les teintes magnifiques que prennent les aiguilles, vous en profiterez rapidement. La croissance de l’arbre est en effet soutenue les premières années. En ce qui concerne la prestance magnifique d’un spécimen plus âgé, mieux vaut songer que vous travaillez pour les générations à venir. On ne devient pas « un arbre vénérable » (**) en quelques brèves décennies. Mais le jeu en vaut la chandelle car le mélèze n’est pas un arbre compliqué. Choisissez lui un bel emplacement, dégagé, ensoleillé, et il fera ce qu’il faut pour croître harmonieusement. Il est vrai qu’il n’apprécie pas vraiment les basses altitudes ou le climat océanique et ne deviendra pas multi centenaire sous n’importe quelle latitude. Il n’en reste pas moins qu’on devrait le planter plus souvent dans nos parcs, même en plaine. Sachez aussi qu’il existe une espèce proche du Larix decidua, le Larix leptolepis, ou mélèze du Japon, qui s’accommode mieux aux climats pluvieux. Sa croissance est plus rapide et son bois de très belle qualité également. Par contre, il n’apprécie guère les longues sécheresses estivales. Enfin, si vous souhaitez réaliser quelque bel objet en bois à placer en extérieur (nichoir, banc, gloriette ou autre ouvrage ornemental), pensez à choisir cette essence plutôt qu’un bois importé de quelques lointaines contrées… Par pitié, accordez la grâce aux quelques beaux cèdres rouges qui poussent encore dans certaines rares forêts primaires… On fait aussi bien en matière de construction avec du robinier (faux acacia), du châtaignier ou… du mélèze !

Notes – Cet article est publié à l’occasion du septième anniversaire du lancement de ce blog (c’est aussi le six cent soixantième !). Pour le rédiger, j’ai utilisé plusieurs sources documentaires, parmi lesquelles deux de mes bibles, une ancienne, mainte fois nommée dans ces pages, « le livre des arbres arbustes et arbrisseaux » de Pierre Lieutaghi, et une nouvelle, (*) « Histoires d’arbres – des sciences aux contes » de Philippe Domont et Edith Montelle. Si vous êtes, comme moi, un amoureux ou une amoureuse des arbres, je vous recommande vivement l’achat de ce dernier ouvrage publié aux éditions Delachaux et Niestlé.
Photo n° 1 : Maurice Perry, via commons wikimedia (photo prise dans le Valais en Suisse) – Photo n°2 : Walter Sigmund, via commons wikimedia – Photo n°3 : Daderot, via commons wikimedia – Photo n°4 : bardeaux en mélèze fabriqués par la coopérative « ambiance bois » en Limousin – photo n°6 : via commons wikipedia.
(**) Amateurs d’arbres vénérables, vous vous devez de rendre visite au blog de « Krapo arboricole », enfin sorti d’une longue période de sommeil. Vous découvrirez, à cette adresse, des photos de mélèzes vraiment remarquables.

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13novembre2014

Pas de loisirs « nature » sans passage au préalable d’un troupeau de bulldozers

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Luttes actuelles.

La triste histoire du Center Parcs des Chambarans, une autre ZAD urgente mais un peu oubliée

le reve Pour une majorité de nos concitoyens, les vacances « nature » c’est formidable, à condition qu’on n’ait pas à marcher dans la boue, à écarter les ronces, et à affronter d’horribles moustiques et de terrifiantes couleuvres. L’aventure moderne, c’est dormir dans un bungalow confortablement aménagé (les cabanes dans les arbres ou les yourtes mongoles c’est tendance aussi, mais c’est un peu cher). Après une bonne nuit de sommeil réparateur, un brunch familial dans la cafeteria climatisée… ensuite, on confie les enfants à une structure spécialisée et on peut s’adonner à quelques exercices sportifs revigorants : VTT sur piste aménagée en forêt, randonnée à dos d’âne, baignade prolongée dans une piscine chauffée ornée de quelques cactus mexicains authentiques, balade dans la canopée avec un équipement sécurité complexe et efficace… En soirée, on retrouve les enfants et l’on partage une délicieuse spécialité locale décongelée, en compagnie des nouveaux et néanmoins formidables amis que l’on s’est fait pendant la séance de sauna. Le cœur du dispositif est protégé par une immense bulle de verre ; on échappe du coup à ces maudites intempéries qui vous gâchent les vacances pour un oui ou pour un non. Tourisme de masse dans une ambiance « Robinson Crusoé seul sur son île déserte » garanti ou remboursé.

center_parcs_1 C’est plus sportif et plus familial que le Club Méditerranée et ça permet aux cadres stressés en charge de famille de se détendre un peu. C’est pas trop compliqué à organiser : on réserve son week-end, sa semaine ou sa quinzaine. On fait un peu attention au planning et on bénéficie d’une ristourne exceptionnelle, d’un tarif privilégié, d’une offre sans précédent… Bref ça permet de se donner l’illusion de respirer un peu dans un monde où même le temps que l’on passe aux toilettes est minuté. Je peux comprendre mais je ne peux approuver tant ce concept de loisir technologisé m’est indifférent. Bien sûr, on n’est prisonnier de rien et l’on peut échapper à la bulle de verre autant que l’on veut… D’un autre côté, à quoi bon payer un prix quand même élevé si l’on ne cherche pas à bénéficier des « facilités » offertes par la structure ? Et puis c’est quand même formidable car, par la fenêtre du bungalow, on bénéficie d’une vue exceptionnelle sur les quelques spécimens d’arbres préservés de la forêt originelle et l’on se rend à peine compte du fait qu’il y a un bon millier de chalets identiques dans les environs. C’est en fait une version « améliorée » de l’histoire de Robinson Crusoé : l’île n’est pas vraiment déserte ; c’est simplement un lotissement avec un plan d’occupation des sols un peu moins dense et un peu mieux étudié.

chambaran Alors me direz-vous, « si t’es pas d’accord, personne ne t’oblige à y aller« … Certes. Le problème c’est que l’on ne met pas en place une structure comme celle-ci n’importe où… Si l’on veut préserver une illusion de nature, mieux vaut choisir un lieu tant soit peu sauvage ! Et c’est là que le bât blesse… L’impact écologique d’un complexe hôtelier (parce qu’en fait c’est bien de cela qu’il s’agit) est considérable. La construction d’un des derniers projets en date vient de débuter malgré toutes les tentatives légales de le contrer qu’ont mises en œuvre les opposants. Il s’agit du Center Parc du plateau des Chambarans en Isère, et c’est, dans un premier temps, deux cent hectares de forêt massacrée par les bulldozers et les tronçonneuses. Mais non, mais non, assurent les promoteurs du centre de loisirs, la forêt on la protège et on travaille dans le plus grand respect possible de l’écosystème local… Mille deux cent chalets, une infrastructure de circulation, des bâtiments d’accueil et de restauration collective, des parkings… sans impact environnemental ? La grande majorité des élus locaux, ravis d’entendre ce discours, se fait un plaisir de le répercuter auprès de l’opinion publique afin de l’amadouer. Si ce n’était pas aussi triste pour l’environnement, ce serait presque risible ! Pour le barrage de Sivens, au moins, on n’a pas raconté aux autochtones que la forêt resterait intacte et que les chênes pousseraient les pieds dans l’eau… Mais les promoteurs de Pierre et Vacances, le groupe propriétaire de la marque « Center Parc », ne manquent pas d’air. C’est tout juste s’ils n’affirment pas que la forêt sera beaucoup plus belle après leur passage… Quelques associations environnementalistes du coin ont même été piégées par de savantes démonstrations médiatiques. Soyons raisonnables ! Un lieu sauvage, inhospitalier, dont personne ne profite, enfin civilisé et ouvert à la consommation. Tout se monnaye même les choses qui n’ont pas de prix. Il n’y a plus qu’à inventer une race d’écureuils qui accepte de se faire photographier en échange d’une noisette en chocolat achetée à la boutique du club. « C’était formidable pour les enfants ! » : ils ont même vu un film sur les sangliers et observé un hôtel à insectes sauvages…

marguerites Séquence « bon vieux temps »… Quand j’étais gamin, c’était en « maison familiale » que les parents fatigués allaient se reposer. La formule était simple : on logeait dans une grande maison dans la montagne ou en bord de mer ; les repas étaient préparés par une cuisinière ; les enfants étaient pris en charge par des moniteurs et des monitrices, ce qui laissait à leurs parents la possibilité de gérer leurs activités à leur guise. Il n’y avait ni bowling, ni sauna, ni salle de musculation, mais des balançoires, des toboggans et les sentiers du cru pour de belles balades à pied. Je me souviens surtout des immenses tartines de confiture que l’on déballait des paniers pour le goûter champêtre l’après-midi… Si ma mémoire est bonne, cette expérience familiale a bien été renouvelée deux ou trois fois, ce qui veut dire que le séjour n’était pas ruineux, mes parents n’ayant jamais été millionnaires. Certes, il n’y avait pas de dôme de verre, pas de palmiers (surtout en Savoie !), et il arrivait qu’il pleuve. A l’époque, ces projets se mettaient en place dans la foulée d’autres projets de vacances collectives : auberges de jeunesse, campings étudiants et autres structures d’accueil populaire. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts et les loisirs de masse sont devenus source de profits gigantesques, une parmi d’autre. Evoquer ce genre de souvenirs a au moins le mérite de montrer qu’il est possible d’organiser un tourisme familial sans pour autant bousiller des hectares de nature. On peut appréhender la beauté d’un lieu sans avoir besoin de le mettre sous une bulle de verre artificielle ou de faire pétarader un quad !

mncp71-center-park Les opposants à ce projet de Center Parcs se sont agités tant qu’ils pouvaient. Ils ont réussi à faire trainer en longueur le démarrage des travaux et ont aussi obligé les autorités à griller quelques feux rouges législatifs. Comme partout ailleurs et à Sivens en particulier, il était urgent de mettre les dernières personnes peu enthousiasmées par ce grand projet de civilisation devant le fait accompli. Une fois le chêne abattu, il est plus facile de bétonner la fourmilière. Cela donne l’occasion à quelques politicards hypocrites de se repentir de la faute commise par leurs prédécesseurs. « Si c’était à refaire, c’est clair que l’on ne donnerait plus les autorisations pour un projet aussi débile, mais vous comprenez, maintenant que c’est sur les rails, c’est difficile de revenir en arrière ». Et pour ne pas avoir à se poser la question du retour en arrière, mieux vaut aller en avant, le plus vite possible, en faisant fi de tous les obstacles. Il semble que les militants opposés à la destruction d’une large partie de la belle forêt des Chambarans n’aient plus guère de moyens légaux à leur disposition. Les recours intentés n’ont pas abouti, ou, lorsque ils ont donné un résultat, le préfet de l’Isère est passé outre les conclusions défavorables. Je n’ai pas la place ici de vous détailler toute l’histoire de la procédure, mais je vous donnerai, en fin d’article, les liens qui vous permettront d’approfondir. La lutte va donc sans doute franchir un pas elle aussi : quand l’adversaire ne respecte pas la légalité, il ne reste plus que la désobéissance civile et la lutte directe pour interpeller opinion publique et gouvernants. Les promoteurs de Pierre et Vacances avaient à la bouche deux mots miracle qui ont bien facilité leur propagande : « emploi » et « loisirs ». On ne peut pas « décemment » s’opposer à une structure qui doit permettre aux citadins de se détendre et qui créera des emplois dans une zone relativement sinistrée par les délocalisations industrielles. Gauche et Droite ont donc marché main dans la main au Conseil Général dans ce projet. Quand aux écologistes de salon, ils ont eu bien du mal à afficher clairement leurs positions.

2014_01-nov_Avenieres-chantier-defrichage_Center-Parc-Roybon3948-M-2-ba803 La lutte contre ce Center Parc s’est aussi déroulée dans l’ombre d’autres luttes d’envergure contre des projets tout aussi destructeurs : l’aéroport de Notre Dame des Landes, le barrage de Sivens, la ligne TGV Lyon-Turin… et j’en oublie ! Il faudrait aussi parler du futur Grand Stade à Lyon qui bouffe encore quelques centaines d’hectares de terres agricoles pour permettre aux aficionados du ballon rond de vivre quelques rêves chimériques. Il y a parfois un fort sentiment de découragement quand les imbéciles attaquent sur tous les fronts et bénéficient d’une passivité globale des populations peu propice à une quelconque victoire. Mais il est des causes qui méritent de se mobiliser, sinon la nature autour de nous se limitera bientôt à quelques espaces « Natura 2000″ encerclés par les lotissements, les bretelles d’autoroute, les parkings des centres de vacances et les décharges contrôlées pour déchets industriels. Pour que ces luttes aient une chance d’aboutir il faut aussi établir un lien indiscutable entre toutes, et ne pas limiter son ambition à la défense du pré carré local. Tant pis s’ils bousillent une zone humide, des terres agricoles, un magnifique paysage bocager… tant qu’ils ne touchent pas au petit bois où je vais ramasser champignons et châtaignes. Le morcellement des combats ne peut aboutir qu’à une défaite généralisée. Tous ces « grands projets inutiles et dévastateurs » que l’on impose un peu partout dans l’hexagone et ailleurs relèvent de la même politique et obéissent aux mêmes règles économiques… Leur seul moteur est le besoin de profits croissant des multinationales. Ils bénéficient à quelques promoteurs et nuisent à la population dans son ensemble. Les instigateurs du projet empochent au passage quelques copieuses subventions publiques (trente millions d’euro au moins en ce qui concerne le projet des Chambarans). Quand la majorité de l’opinion publique aura pris conscience de cela, il sera trop tard : certains paysages seront irrémédiablement perdus ; on ne parlera plus de « mitage » du paysage, car la continuité entre les zones habitées, les zones commerciales, les zones industrielles et les parcs de loisirs sera établie. Les environnementalistes réussiront certainement à sauver quelques petits coins boisés, et obtiendront, sans nul doute, la permission d’installer des passerelles pour les hérissons ou les blaireaux afin qu’ils puissent naviguer librement… pourvu que ce soit Bouygues qui les construise. Bref, la notion d’espace sauvage ne sera bientôt plus qu’un souvenir ou un rêve lointain entretenu par les documentaires bon chic bon genre de la télévision.

un pommier symbolique Sur le terrain, une nouvelle forme de lutte s’organise. A deux reprises déjà, un groupe d’opposants s’est rendu sur les lieux et a défait, bien gentiment, le travail de marquage qui avait été réalisé par les géomètres. Cela permet de gagner un temps précieux, mais ne sera certainement pas suffisant pour retarder le chantier. Une course contre la montre est organisée et elle n’est pas gagnée d’avance ! Pour suivre l’actualité des luttes et vous informer sur le fond du dossier, je vous conseille de vous reporter aux sites « Opposition à Center Parcs » ou « Pour les Chambarans sans Center Parcs« . Les illustrations accompagnant ce billet proviennent de ces deux sites.

addenda 28 novembre :
Voici le lien d’un nouveau site internet…
Merci de faire largement tourner l’information … ZAD Roybon

 

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10novembre2014

Les sanglots longs du Bric à blog de novembre

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Le temps des hommages…

celine-et-julie-vont-en-bateau Vous vous souvenez, mes chers vieux et vieilles lecteurs et lectrices, du film « Celine et Julie vont en bateau » de Jacques Rivette ? Ce film m’avait profondément marqué à l’époque où j’étais encore jeune et fringant. Eh bien cela fait 40 ans qu’il est sorti en salle et LMSI (Les Mots Sont Importants) rend hommage, à sa façon, à cet événement cinématographique en publiant un texte de Julie Berto racontant dans quelles circonstances le film fut conçu, financé et tourné. C’est plaisant à lire.
Pas d’hommage ici au patron de Total. Les médias ont larmoyé de façon suffisamment indécente à ce sujet. Je pense que Sébastien Fontenelle a raison : nos medias zofficiels sont vraiment soudoyés (non pardon subventionnés) pour dégueuler la propagande libérale. Notez bien que c’est pas nouveau. Relire François Ruffin, Serge Halimi et consorts à ce sujet.

Par contre, on n’a guère parlé de l’anniversaire de la mort de Jean Marc Reiser. Du côté des vivants, des bien vivants même, laissez-moi en tout cas souhaiter un bon anniversaire à Vandana Shiva, ma conscrite !
Profitons aussi de ce chapitre des hommages pour signaler que votre bonne vieille « Feuille Charbinoise » souffle ses sept bougies dans quelques jours. 658 articles grosso modo ; ça me fatigue rien que d’y penser… L’un de mes lecteurs, avec lequel j’ai un lien de parenté proche, envisage très sérieusement de relooker la présentation du bazar… Le vert n’étant plus à la mode, il va falloir envisager un design un peu moins consensuel… En plus, dans l’Isère, il n’y a même pas de phare à l’horizon !

Le temps du carnage…

« Kobané victime du grand jeu turc« . J’ai découvert une très bonne analyse du jeu du chat et de la souris que le gouvernement turc mène en Syrie avec les Kurdes. C’est un article de Cyril Roussel sur le site Orient XXI. L’auteur démonte de façon limpide les mécanismes du jeu diplomatique aussi complexe que sordide qui se joue dans le conflit au Kurdistan syrien. Certains parlent du « double jeu » du Président Erdovan ; il n’y a pas vraiment de « double jeu » mais au contraire une stratégie bien claire qui vise à aider de manière active ou passive les combattants de Daesh à éliminer leurs adversaires kurdes. La population civile, prise en étau, a le choix entre la peste et le choléra… Je n’épilogue pas, je l’ai déjà fait dans un épitre précédent. Je ne voudrais pas que l’on pense que le rédacteur de ce « vieux » blog devient sénile.

zadpartout  »Grands projets inutiles : ils se bâtissent à coup de grenades. Voici la carte des résistances« , un bon article de Vladimir Slonska-Malvaux, à lire sur Reporterre. Ce site s’est engagé de manière très active dans le soutien aux opposants au barrage du Testet, et a été parmi les premiers à dénoncer la violence provocatrice des forces de l’ordre présentes sur place. La suite, on la connait. Dans le hit-parade de ceux qui auraient mieux fait de fermer leur gueule plutôt que de l’ouvrir, les Solférinistes, comme disent certains potes, figurent en bonne place. La « gerbe d’honneur » comme on dit sur « Rezo » pour Carcenac le Président socialiste du Conseil Général du Tarn : « Mourir pour des idées c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête. » Lui ne risque rien… ni d’avoir des idées intelligentes, ni de mourir pour les avoir respectées. Je pense qu’il voulait simplement faire mieux que le préfet de l’Isère de l’époque, souhaitant une « bonne prothèse » au manifestant anti-Malville qui s’était fait arracher la main par une grenade…

Votre compteur d’indignation n’est pas encore assez haut ? Il vous manque encore un brin de motivation pour tout envoyer balader ? Vous trouvez que j’exagère quand je dénonce la pourriture de cette société ? Eh bien, lisez donc cet article repris sur le site « Humeurs de Marissé ». Vous découvrirez les malheurs de Mamy Yvette qui organisait des lotos pour se distraire pendant les longues soirées que l’on passe en maison de retraite. On le savait déjà, mais ça n’empêche pas de le rappeler : mieux vaut s’appeler Jean-Claude Juncker qu’Yvette Bert lorsque l’on se place en situation d’indélicatesse vis à vis du fisc. Dans un cas, amende et prison, dans l’autre, promotion à l’échelle européenne. A dégueuler. La loi est la même pour tous ? Enfin… presque, tous sauf quelques uns, généralement ceux qui font la loi. Si vous voulez foutre le feu à une préfecture, mieux vaut en tout cas être encarté à la FNSEA plutôt qu’à la Confédération Paysanne…

Le temps du partage…

champ commun

chouette ambiance au « champ commun ». Bientôt une auberge ?

De plus en plus nombreuses sont les initiatives pour essayer de recréer un tissu social local. Le maintien du commerce de proximité, notamment quand celui-ci fait appel à certains principes de l’économie sociale, en fait partie. Beaucoup de projets reposent sur la levée de fonds publics par le biais d’appel à la solidarité. L’idée est relativement nouvelle (du moins son utilisation d’Internet et des sites spécialisés dans le crow funding (je pense que « levée de fonds » irait aussi bien). Il risque d’y avoir le même problème que pour la presse : le nombre de solliciteurs va croissant ; le nombre de donneurs est limité et progresse sans doute moins vite. Comme disait ma grand-mère helvète, les dunes de sable les plus hautes sont quand même constituées de grains de sable minuscules. « Utop’Lib » relève régulièrement les projets les plus intéressants, notamment sur « Ulule ». Je ne me risquerai pas à un inventaire, j’aurais trop peur de me planter en oubliant de lister certaines initiatives. Plus qu’un bric à blog, il faudrait au moins une chronique complète pour faire un état des lieux. Les gens qui ont envie de foutre en l’air le système inique qui nous étouffe peu à peu sont quand même nombreux. Ayant un faible pour les livres, je trouve sympa, entre autres, le projet de « la très petite librairie » à Clisson ou celui de « Champ commun » à Augan dans le Morbihan. Dans ce dernier cas, un lieu de rencontre existe déjà : il s’agit d’un ensemble comprenant une épicerie, un bar-café et une micro brasserie. L’objectif est ambitieux : créer une auberge qui fonctionne selon le même état d’esprit que les autres structures, à savoir, partage, convivialité, économie solidaire. Certes, ce n’est qu’une petite révolution locale, mais cela peut donner envie d’en faire une autre, plus conséquente !

plantes en reseau Vie sociale chez les humains, chez les animaux, chez les plantes aussi ! Il est bien des domaines dans lesquels nos connaissances ne sont encore qu’au stade du balbutiement. Le monde végétal, ses mécanismes de défense, de relation, d’entr’aide… en fait partie. Je vous propose de découvrir une petite partie de la face cachée de l’iceberg en lisant ce chouette article sur le site humanité et biodiversité : « Les plantes savent où elles ont mal« . Avez-vous déjà entendu parler de l’acide jasmonique ? Je vous laisse découvrir la solution à cette question. Je fais mienne en tout  cas la conclusion de l’auteur de l’article : « la vie est belle » ; encore faut-il savoir et pouvoir en profiter, ajouterai-je. Si ce domaine de la botanique et surtout de l’ethnobotanique vous intéresse, je ne saurais trop vous recommander – petit coup de pub au passage – l’excellentissime revue « La garance voyageuse »… Un grand moment de bonheur à la parution de chaque numéro, un événement qui ne se produit, malheureusement, qu’une fois par trimestre. Entretemps il faut relire les numéros anciens.

Le temps du désenfumage…

source image : choc-decroissance-vincent-cheynet

Medias dominants vendus aux lobbies et aux gouvernements. Certes… Medias dominants pratiquant l’enfumage à longueur de journée. Tout à fait… Alors quid du « désenfumage » : que lire, qui croire, où s’informer. Les pistes sont nombreuses et semblent se multiplier à l’heure actuelle. En plus des sources traditionnelles d’info alternative que j’essaie de répertorier dans la liste des liens permanents du blog (liste incomplète, j’en conviens, mais relativement éprouvée), de nouvelles pages web méritent d’être consultées. « Terrains de lutte« , site animé par un certain nombre de personnalités et d’organisations, propose chaque jour des infos et des réflexions intéressantes. On y retrouve côte à côte, des syndicalistes, des éditeurs, quelques organisations d’extrême gauche (style NPA ou Alternative Libertaire) ou des militants associatifs … On peut y lire les chroniques régulières de Jean Pierre Garnier, Alain Accardo, Gérard Noiriel… Un peu dans le même style, mais avec une orientation plus régionale, le site « Mille babords« , tribune pour les luttes en région PACA. Là aussi, les informations foisonnent, y compris un calendrier quotidien des réunions, des manifestations ou des animations, bien utile pour les militants. Ces sites ont le mérite de déborder le cadre dogmatique d’une seule organisation.

Le temps du grand brassage…

podemos-soria-espagne Une lueur d’optimisme ! Selon certains sondages, en Espagne, le nouveau parti « Podemos » serait en tête des intentions de vote ; pour la première fois en Europe un parti « anti-système » mènerait le jeu électoral. C’est à lire sur Wikistrike. Il paraît que cela donne des boutons à la Droite comme à la Gauche de l’autre côté des Pyrénées. Pour l’instant, exultent les supporters de ce mouvement, la seule stratégie qui a été trouvée pour contrer ces velléités d’outrepasser les règles du jeu démocratique usuel c’est de diaboliser les projets des alternatifs. Rien de nouveau de ce côté : cela a toujours été la méthode utilisée par les tenants du pouvoir (réels ou potentiels) pour contrer toute tentative de débordement et de retour aux sources. Attention car généralement cela fonctionne très bien ! Comme je suis méchant, j’ai hésité à classer cette information dans la rubrique « enfumage » : vous connaissez mon allergie aux mécanismes électoraux actuels que j’estime totalement pipés. Je crains que nos « indignés » ne sombrent avec le même Titanic que les écologistes devenus aussi verts que parlementaristes il y a quelques décennies. On voit où en est rendu ce parti à l’heure actuelle : carriérisme, élitisme, absence de rotation des mandats, dissolution des idées dans un jeu politicien de plus en plus trouble. Mais bon, je ne veux pas jouer l’anar cliché de service et j’accorde le bénéfice du doute aux responsables de Podemos.

 

 

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3novembre2014

Deux hauts lieux de la réflexion philosophique mondiale…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive l'économie toute puissante.

cezanne1 Le comptoir du café du cOmmerce

[ Les experts qui sont réunis là chaque matin s'intéressent au gravissime problème du virus Ebola et proposent quelques solutions radicales (par chance aucun d'eux n'a encore pensé à la bombe atomique...) ]

- Tu te rends compte Marco, leur histoire de virus Ebola : déjà plus de dix mille cas recensés par les zexperts !
- C’est que des noirs, te bile pas ! C’est un truc, ce virus, ça vient de la jungle avec les singes, et puis ça se balade de branche en branche, rétorque Marco, plutôt rigolard et peu impressionné
Christian ne se laisse pas démonter. Il est informé, lui. A la télé, tous les soirs, il regarde le journal. Il est pas raciste : un soir la Une, un soir la Deux… Entre les virus et les terroristes, il y a de quoi faire !
- Sérieux, c’est pas parce que t’es pas un bamboula que tu vas pas l’attraper. Regarde les cas aux US et en Espagne par exemple…
- Eh ben, y’a qu’à fermer les frontières. Ceux qui sont là-bas, ils y restent, quant à ceux qui y vont pour les soigner, ils y restent aussi… Comme ça ils règlent ça entre eux, entre Africains… Chez nous, pas de jungle, pas de singes, pas de noirs… Ça peut pas mieux tourner.
- Là t’y vas un peu fort quand même ! C’est pas eux qui vont fabriquer les médicaments, les vaccins !
- Y’a qu’à les leur parachuter !
Christian esquive la remarque. Depuis qu’il a sa carte dans le parti de la Blonde, Marco y va un peu fort de café. Bon bougre, conciliant, il continue sur le même ton :
- De toute façon, les étrangers, noirs ou pas, c’est le boxon… Plus on est dans la merde, plus ils affluent… Il faut fermer les frontières, pour de bon ! Comme ça leur saloperie de virus elle restera là-bas, loin et ça bouchera le trou de la Sécu…
Marco laisse déblatérer son pote. Il s’en fout un peu. Lui, ça fait un moment qu’il pense que les frontières transformées en passoire ça n’a pas que du bon. En plus voilà maintenant qu’il y a un camp de Roms à côté de chez lui, il ne se sent plus tranquille… Heureusement qu’il peut encore siroter un verre ou deux au café du cOmmerce !

[ Bien entendu, c'est une fiction... Je ne vais jamais au café du cOmmerce, et puis des gens comme ça, dans nos villages où un électeur sur deux ou trois vote pour un avenir frontiste, personne n'émet des idées pareilles ! ]

Degas Les forums d’économie libérale donc nobellisée

[ Le style est beaucoup plus "class" que dans le temple du p'tit noir, du p'tit blanc et du p'tit rouge. Le contenu, lui aussi par contre, vole au ras des pâquerettes, voire même en décapite quelques unes au passage ! Les raccourcis sont saisissants alors les miens vont l'être aussi. ]

C’est la crise et on n’en sort pas aussi vite que ce qu’on avait lu dans nos boules de cristal, à Davos, il y a quelques mois. Il faut absolument aider les entreprises à devenir plus compétitives. Pour cela, il n’y a pas trente-six solutions. Il faut réduire le coût du travail, puisque l’on ne peut pas agir sur celui des matières premières. Il faut donc d’un côté : baisser les charges, réduire la masse salariale, injecter – sous forme de subventions ou de crédits d’impôt – des fonds publics dans les entreprises privées ; de l’autre réduire les dépenses de l’Etat pour ramener le déficit public à un niveau raisonnable… Conséquences : le privé baisse ou bloque les hausses des salaires des travailleurs du secteur privé, et en licencie un maximum ; l’Etat baisse ou bloque les hausses de salaire du public, et en pousse le plus grand nombre possible vers la sortie. Logique : les rentrées diminuent, les sorties doivent diminuer encore plus si l’on veut pouvoir aider tranquillement les malheureuses entreprises dans le genre de Total, en leur versant quelques petits chèques de temps à autre. Cela pose un petit problème tactique temporaire : malgré les découragements successifs à l’épargne, ces salauds de petits et de moyens consommateurs et ces profiteurs de chômeurs en congé maladie répugnent à dépenser toujours plus en consommant sans modération pour relancer la machine. Découverte mathématique capitale : un quidam qui dispose de 500 € par mois consomme moins qu’un quidam qui dispose de 1 000 € pour la même période.

Pas question de remettre en question la ligne directrice ni de laisser apparaître les failles colossales du raisonnement. Il faut donc un épais nuage de poudre aux yeux pour dissimuler tout ça… Les médias s’attaquent alors aux « vrais » problèmes. Les responsables ce sont (à tour de rôle ou simultanément) les fonctionnaires et leurs avantages « innombrables », les salariés en congés abusifs, les femmes enceintes dont la grossesse dure neuf mois, les chômeurs qui refusent obstinément de travailler, les immigrés clandestins qui sucent les finances publiques telles des tiques sur le dos d’un pur-sang, les Roms qui terrorisent les braves gens et leur coupent l’envie d’aller faire des courses… Tsétéra… C’est à ce niveau-là que se fait la jonction entre le sommet de l’Everest de la réflexion et les basses plaines du Gange. Entre les économistes libéraux et les penseurs profonds du bistrot d’à côté, il n’y a qu’un pas… vite franchi, avec l’aide des médias. Sauf que… les premiers sont diplômés comme sont médaillés les vieilles badernes de l’armée ! La gloire des autres se mesure en nombre de verres ballon alignés sur le comptoir.

Sont exclus du champ de cette réflexion niveau zéro tous les éléments qui permettraient de voir un peu plus loin que le niveau de la racine de la carotte. Mais ça c’est normal… Le jour où l’on verra les médias de masse faire œuvre éducative, la comète de Halley fera des loopings dans le ciel !
Bien évidemment, les considérations écologiques liées au problème d’une croissance sans limite de la consommation ne sont prises en compte que s’il y a moyen de vendre quelques bricoles en plus, ou d’emmerder ceux qui polluent le moins. L’écologie ne présente un intérêt quelconque que si elle s’insère dans les lois de la consommation et les mécanismes du profit. Je te vends des insecticides, puis je te vends des coccinelles pour remplacer celles que tu as bêtement massacrées. Là, d’accord, l’écologie c’est balaise. Ça peut être intéressant aussi quand cela permet de légiférer, contrôler, uniformiser un peu plus. En résumé, si le niveau des océans monte, cela signifie qu’il faut endiguer les terres les plus basses dans les zones suffisamment riches pour payer les travaux, ou organiser des collectes pour acheter des radeaux de la Méduse aux paysans du Bangladesh. Il n’y a aucune raison d’emmerder ceux qui chauffent et climatisent à tout va, ni ceux qui se déplacent en solitaire, dans des véhicules de loisirs aussi voraces en carburant que les blindés les plus lourds.

riches heures Exclues aussi du champ d’exploration, quelques considérations de bon sens… Le fait, par exemple, qu’il est totalement inutile de verser des fonds à des multinationales qui ne créent aucun emploi, pratiquent l’évasion fiscale à une échelle jamais vue jusqu’à présent et rémunèrent leurs principaux actionnaires à des taux proprement hallucinants. Plus on aide les grandes entreprises, plus elles ramassent de pognon et moins elles contribuent au développement de l’économie des pays qui les ont couvertes de cadeaux. S’il faut verser des subventions, aidons plutôt les petites entreprises ou les coopératives qui s’aventurent sur le terrain difficile de l’économie solidaire et sociale…
On pourrait aussi s’interroger sur la pertinence des budgets militaires actuels. Imaginons un temps que les crédits goulûment avalés par les armées des puissances occidentales soient investis dans l’aide au développement. Pour lutter contre la montée des intégrismes religieux, est-ce plus efficace de bombarder les populations ou de leur assurer la possibilité de travailler, de se nourrir, de se loger et de s’instruire ? Certes, tout cela demande un peu de concentration et risque de donner la migraine… Mieux vaut éviter de tourner la tête et foncer droit dans le brouillard à deux cents à l’heure. Ecouter, imiter, obéir… les trois commandements de la nouvelle bible du crétin diplômé ou non.
Intéressantes aussi (même si on peut penser que voir certains gouvernements les mettre en œuvre relève de la pure SF) les propositions figurant dans le dernier rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités. Exemple : si l’on taxait à 1,5%, au delà du premier milliard de dollars, la fortune des mille cinq cents milliardaires que compte notre douce Gaïa, les fonds récupérés permettraient de scolariser l’ensemble des enfants de la planète et d’offrir une couverture santé universelle dans les pays les plus pauvres… Imaginez, en plus de cette taxe, si l’on réduisait à la portion congrue tous ces budgets militaires sidérants !

Enfin, ne désespérons pas : les plus brillants de ces agités de l’économie estiment simplement qu’il serait bon que l’Etat régule un peu les excès les plus criants, ne serait-ce parce qu’il faut que tous les capitalistes, grands ou moyens, aient une chance de mettre la tête hors de l’eau. Les turpitudes de certaines grandes entreprises sont exagérées. Les excès trop visibles sont nuisibles, la preuve, on est obligé d’en parler dans les rapports des ONG. Il faut bien que l’Etat préserve son image de justicier social, de Zorro de série B, de garant de cette chance qui existe – dans les contes de fées libéraux – de pouvoir tous jouer un jour dans la cour des grands. Ces économistes là, on considère qu’ils sont plus malins que les autres et on les nobellise…

Je pense qu’il est grand temps de faire le ménage dans les médias qui se chargent de l’éducation des clients du café du cOmmerce, mais aussi dans les écoles qui forment et dans lesquels enseignent les prix Nobel d’économie. Un beau programme en perspective. D’autant qu’il faudra continuer après !

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barricade pendant la Commune de Paris – dessin de Jacques Tardi

 

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29octobre2014

Le jardin se prépare à piquer un somme pendant les grandes froidures

Posté par Paul dans la catégorie : Notre nature à nous.

propos à bâtons rompus sur le petit monde végétal qui nous entoure et nous protège encore un peu…

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Le chêne de Bourgogne est mort au printemps – je vous ai déjà conté cette triste histoire - et cette après-midi nous l’avons coupé… Cinq ou six bûches tristounettes sur un tas de bois ; épilogue. J’en ai aussi profité pour couper deux bouleaux à papier. Je n’aime pas les arbres défunts, même si, au cours de l’hiver, on les remarque moins au milieu de leurs congénères. Il y aura de la taille à faire aussi : des branches sur un orme, sur un sophora pleureur…Plutôt que de larmoyer sur ces disparitions, j’ai plus envie de réfléchir aux nouvelles plantations… Côté « grands arbres », il va falloir devenir réaliste. L’espace est limité (on le trouve immense lorsqu’il faut l’entretenir, et ridiculement petit lorsque l’on parle d’ajouter encore quelques géants de la forêt !) et si l’on veut garder une emplacement ou deux pour les arbres parrainés, il va falloir freiner sérieusement les nouveaux projets. Heureusement qu’il reste les arbustes ou les arbres à faible développement. Là il y a encore du pain sur la planche, surtout si je veux développer l’aspect labyrinthe et la création de clos isolés les uns des autres. Je prévois donc quelques tracés de haies intérieures. Nous nous mettrons au travail au printemps car ce n’est pas évident de mettre en place beaucoup de végétaux en novembre : le sol est souvent trop humide et l’on ne sait pas quelles difficultés présentera l’hiver pour les nouveaux arrivants.

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Le mélange feuilles mortes – herbe fraîche est bon pour le mulch.

J’ai commencé aussi la dernière coupe de l’herbe pour l’année. Quand cela va commencer à geler, ce sera trop tard. En plus l’herbe est intéressante à ramasser pour le mulch en ce moment car elle est parsemée de feuilles mortes. Ces dernières sont utiles pour la fertilisation du potager car les arbres vont chercher la nourriture en profondeur et elles sont riches en sels minéraux qui font toujours défaut en surface. J’ai passé une nouvelle parcelle du jardin au motoculteur. Cet outil est décrié par une large frange des écolos ou par les adeptes de la politique du travail minimum du sol. C’est vrai qu’il bouleverse un peu les couches de terre superficielles et enquiquine un temps les micro-organismes. Je reconnais cette critique comme valable. Mais j’y oppose mes propres arguments : notre sol est facilement compact et les dents rotatives l’aèrent un peu. Elles complètent le travail des racines. Si l’on prend soin à la rotation des cultures, il ne se constitue pas de semelle de labour. Il est préférable de « nettoyer » un peu le jardin à l’automne, et lorsque l’on dépasse une certaine superficie de culture, l’usage de la grelinette ou de diverses houes est difficile à envisager. Certains confondent aussi les motobineuses, pouvant tourner relativement lentement, et les outils tractés derrière un gros motoculteur qui compensent leur manque de puissance par une très grande vitesse de rotation des griffes. Ce sont surtout ces derniers outils, genre rotovator miniature, qui sont utilisés en maraichage classique et donnent au sol une consistance quasi sableuse. C’est joli, mais mortel pour la faune de surface.

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moutarde récemment semée en engrais vert.

Au fur et à mesure que les dernières parcelles sont labourées, je les recouvre de mulch : herbe tondue mélangée avec des feuilles, plus paille et compost. J’enlèverai cette couche protectrice aux premiers jours du printemps pour permettre au sol de se réchauffer plus vite, mais d’ici là, mieux vaut éviter les lessivages excessifs avec les fortes chutes de pluie ou de neige. Cette solution est un compromis « spécial terres lourdes » entre le labour en grosses mottes suivi d’une exposition au gel pendant l’hiver, et la couverture intégrale qui asphyxie un peu trop notre sol particulier. Les parcelles qui ont été libérées dès les mois d’août ou de septembre sont maintenant couvertes d’engrais vert : phacélie et/ou moutarde. Cette solution est préférable au mulch ; encore faut-il que les planches de terre soient nettoyées suffisamment tôt. Pour la phacélie, j’ai semé un peu tard, et il est probable qu’elle ne se développera guère avant les premières gelées. Dommage car j’aime bien cette végétation et ces belles fleurs bleues. Quand les premiers frimas arrivent, la phacélie gèle rapidement et se dépose sur le sol en constituant un belle couverture protectrice. J’ai un faible pour ces deux engrais verts car ils ne se resèment pas trop, surtout lorsque leur semis est tardif, et qu’ils sont bien adaptés à notre biotope.

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Certaines récoltes sont un vrai plaisir pour les yeux.

On ne peut pas encore passer la tondeuse sous les pommiers car il reste un véritable tapis de pommes sur le sol. Nous avons eu une récolte abondante. Nous avons rentré ce que nous avons pu et offert les fruits tombés aux amateurs de compote. Mais les petites mains qui sont venues cueillir n’ont pas suffi à épuiser le stock. Je ne veux pas non plus en remplir la cave. Nous ne sommes pas vraiment équipés d’un fruitier en bonne et dûe forme et la conservation ne va guère au delà de mars. Cette année, à cause des pluies abondantes, la conservation des fruits et légumes sera plus difficile. Inutile de remplir des cagettes s’il faut ensuite trier des dizaines de kilos de fruits pour les mettre au compost. On fait ce que l’on peut et, cette année, on a fait un peu moins bien que les dernières années, du moins en matière de pommes. Les deux autres années on a eu quelques voyageurs hébergés pour nous aider. Cette année, on a stoppé l’accueil des helpers à la fin du mois d’août pour diverses raisons. Je vous rassure tout de suite, on dépasse la quarantaine de « migrants » accueillis en trois années, et on recommence de plus belle dans cinq mois. Ce manque de soutien extérieur a eu le mérite de nous montrer que nous avions un réel besoin d’aide et que l’on ne se transformait pas en auberge de jeunesse uniquement par altruisme !

Labour à l'ancienne, à faible profondeur, puis mulch en couverture.

Labour à l’ancienne, à faible profondeur, puis mulch en couverture.

J’ai testé quelques uns des concepts de la permaculture, même si je n’adhère pas à la conception philosophique assez mystique qui chapeaute l’ensemble des pratiques. L’idée d’éparpiller les cultures en différents endroits en mixant petits fruitiers et plants divers par exemple est sympa. En théorie, cela complique la tâche des prédateurs, surtout si l’on réalise des associations « qui vont bien ». J’ai testé aussi la culture en butte, bien que ce ne soient pas vraiment des buttes mais des bacs surélevés montés comme des buttes. J’ai utilisé bois mort, paille, compost, terreau, empilés selon la technique des lasagnes. Je ne peux rien dire sur le rendement à long terme bien entendu. A court terme, ce que je peux dire c’est que les campagnols terrestres, alias rats taupiers, ont bien profité de la situation et se sont constitué un habitat de premier choix avec nourriture à portée de mains. Ces maudits taupiers on en a de partout dans le potager et dans le parc d’ailleurs. Je prends cela avec philosophie car nous ne dépendons pas du potager pour nous nourrir, mais j’essaie d’imaginer la situation d’un paysan pour qui la terre doit être véritablement nourricière, en voyant les rongeurs prélever plus d’un tiers de sa récolte de pommes de terre… Pas de chance non plus en ce qui concerne l’abandon de la taille d’une partie de mes tomates. L’année a été mauvaise pour les solanées, certes, mais les « non-taillées » ont succombé deux fois plus vite que les autres. Je deviens de plus en plus méfiant à l’égard des adorateurs de Gaïa qui sont convaincus que notre bonne mère la terre va faire tout ce qu’il faut pour régler les problèmes. Rapaces, renards, blaireaux, hérissons, couleuvres, sont en voie de disparition massive, et le petit peuple des rongeurs a de beaux jours devant lui. Idem pour les limaces qui ont été légion cette année.

Le compost fabriqué au printemps est bon pour le service.

Le compost fabriqué au printemps est bon pour le service.

Côté légumes, le rendement a donc été moyen et la conservation n’est guère assurée. Du côté du jardin d’agrément, plusieurs nouveaux arbustes ont rejoint la collection, notamment un poivrier du Sichuan et un cédrèle, Acajou de Chine. Je ne sais pas si nous arriverons à récolter les étranges baies de poivre chinois sur le premier, mais en tout cas les jeunes feuilles sont comestibles et constituent une épice sacrément relevée ! On a déjà fait quelques essais au début de l’automne. Le cédrèle (cedrela toona) est intéressant pour ses propriétés médicinales, mais c’est surtout pour le bel aspect de son feuillage que nous l’avons choisi. Les Gojis plantés l’année précédente n’ont pas fructifié pour l’instant, mais cela ne m’a pas empêché d’en planter deux autres. Côtés arbustes nourriciers, j’ai aussi ajouté un plant de baie de mai, après avoir goûté l’un des fruits à la pépinière… A propos de fruits, ce que l’on m’avait raconté au sujet des amélanchiers lorsque je les ai plantés s’est avéré exact : les premières années nous avons eu toute la récolte pour nous… Depuis deux ans, il faut se bagarrer avec les oiseaux qui ont compris « l’intérêt de la chose » et se régalent avec les petites baies noires. Heureusement, il  en reste assez pour les confitures qui sont un véritable délice.

Quatre piquets pour délimiter l'emplacement du nouveau bac.

Quatre piquets pour délimiter l’emplacement du nouveau bac.

Je prépare un nouveau jardin en bac, avec du grillage à mailles fines au fond, mais aussi un couvercle grillagé sur le dessus, pour tenter de protéger au moins quelques plantes l’année prochaine. Les rats ont aussi leur hit-parade gastronomique ; les céleris, betteraves rouges, choux en tout genre et chicorées occupent la tête de liste. J’ai commencé aussi à mettre en place un agrandissement de la « rocaille », le jardin alpin. En fait, dans un grand espace vert, rien n’est jamais définitif… Des plantes meurent, d’autres se ressèment spontanément, certains massifs perdent de leur splendeur à cause des envahissantes ; il y a aussi des arbustes à déplacer parce qu’ils se retrouvent à l’ombre à cause d’un développement inopiné et accéléré de leurs voisins de palier. Bref, il est clair qu’un parc arboré ce n’est qu’une apparence de nature sauvage, mais ça me plait bien comme ça et les oiseaux ne boudent pas leur plaisir. Il y a plein d’espoir dans le panier pour 2015 : que les nichoirs mis en place au printemps soient occupés par exemple… A propos de nichoirs, il faut que je me dépêche d’installer les colliers de protection « stop-minous » que nous avons achetés à la LPO. La gent ailée n’apprécie pas les modifications de décor à la dernière minute ! Bon vent à tous, fin de la carte-postale de voyage postée depuis la maison.

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Les premières froidures ne perturbent pas les œillets.

Post Scriptum

J’ai rédigé cette chronique le week-end dernier et j’ai décidé de la publier bien qu’elle ne colle guère à l’actualité nationale du moment. Ces derniers jours, ma tête est un peu ailleurs. Je pense au jeune Rémy Fraisse qui est mort – pour défendre ses idées – sur le site du barrage du Testet. Je ne trouve pas les mots pour exprimer le dégoût que m’inspirent l’hypocrisie des politiciens, les magouilles des affairistes, l’absence totale de conscience de nos gouvernants de tous bords. De belles choses ont été écrites sur cet acte barbare. Je n’ai pas envie d’en rajouter.
Je préfère vous parler de mon jardin. Je ne me débine pas, j’assume…
J’ai une pensée aussi pour une autre manifestation,  inscrite maintenant dans le grand livre de l’histoire : un mort et de nombreux blessés lors des marches contre cet autre projet débile qu’était la construction de la centrale nucléaire de Malville dans notre région, en juillet 1977. Le jeune homme qui a perdu la vie à cette occasion s’appelait Vital Michalon. Cette aberration financière et industrielle n’a jamais fonctionné de façon probante. Nous trainons toujours son sarcophage dans notre sillon… Combien de victimes faudra-t-il encore avant qu’un véritable débat ait lieu avant de mettre en œuvre toutes ces réalisations incontrôlées qui ont pour effet principal de saccager une part supplémentaire de nature, et pour objectif de conforter les profits de quelques entrepreneurs peu scrupuleux ?

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