21mai2022

Triste.. la vie sans fleurs

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Capucine, c’est joli pour un petit pois

Dans quelques jours les ramures de mes petits pois « capucine » vont se couvrir de charmantes gousses violettes remplies de graines charnues. Mes papilles de légumophile gourmand s’en réjouissent déjà… Mais il y a un prix à payer pour ce plaisir : les grappes de fleurs absolument magnifiques, évoquant celles des pois de senteurs ornant actuellement le potager, vont disparaître et cela me désole.

Plus les années passent et plus j’ai envie d’ouvrir la porte de notre jardin nourricier aux plantes aromatiques, médicinales et ornementales. Pour simplifier cet abus de terminologies complexes, j’aimerais avoir des fleurs et des feuillages coloriés (il ne faut pas oublier les feuillages) partout. Il y a une raison à cela aussi, c’est que le travail d’entretien du potager capte une bonne part du temps que je consacre au jardinage et que j’ai l’impression, trop souvent, que les fleurs sont les parentes pauvres de mon paysage quotidien. Quel bonheur pourtant lorsque quelques œillets chinois se nichent entre les betteraves, ou que leurs cousins, les tagètes, agrémentent les alignements de tomates ou d’aubergines. On a bien mis au premier plan ces dernières années des choux fleurs jaunes ou violets, ainsi que des cardes à feuilles rouges par exemple, mais cela ne suffit pas à mon besoin de couleurs. Dans la serre, j’ai hérité d’un magnifique pied de coquelicot ainsi que de quelques nigelles. Après floraison je récupérerai méticuleusement les graines… Ces deux plantes sont plutôt invasives lorsqu’on les laisse agir à leur guise… Concilions donc poésie et besoins alimentaires !

Aubergines chouchoutées. Tagète bien entouré.

D’autant que si ce désordre volontaire rend passionnante la visite des planches de légumes, elle a le mérite de permettre à mes cultures de s’approcher un peu plus du modus vivendi de la nature. Plus le temps passe, moins j’ai envie que mes alignées de légumes n’évoquent les mornes plaines agricoles. Il se pourrait bien d’ailleurs que j’en sois récompensé. J’espère bien que mon « massif » d’aubergines « à la française » créé dans l’un de mes bacs cette année bénéficiera à la qualité de mes solanées violettes. On dit que les tomates apprécient la présence des œillets d’Inde – celles ci protégeant leurs radicelles des nématodes trop gourmands ; j’espère que leurs cousines prénommées aubergines en tireront le même bénéfice. L’an dernier, la récolte de ce légume qui est l’un de mes préférés a été bien maigre et, lorsque j’ai arraché les plants, sous la serre, à l’automne, les racines maîtresses étaient tondues comme celles des carottes. On aurait dit que leur fin chevelu avait succombé aux ciseaux herbivores d’une coiffeuse zélée.

Merveilleuses étoiles du Cornus Kousa

Donc, lorsque c’est possible, mélangeons légumes et fleurs. C’est le nouveau credo du maître des lieux ! On ne peut guère compter sur les fleurs des pommes de terre pour faire rêver le visiteur. La ciboulette n’a malheureusement pas toujours le temps de nous faire admirer ses inflorescences, quant à l’artichaut, peu de gens connaissent la beauté de sa fleur ouverte puisqu’on la trucide, sur la plante mère, au stade du bouton non éclos. Ajoutez à cela quelques magnifiques buissons fleuris sur le pourtour. Je ne parlerai point des lilas ou des Weigelias, fort communs… Mon regard est plutôt attiré, en ce mois de mai, par les étoiles crémeuses du cornouiller de Chine, et par les flocons blancs – neige tardive – des resplendissants chionanthes. Certaines floraisons sont fort courtes, et surtout certaines associations de couleurs, cela a le mérite de nous obliger chaque jour, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, à partir en chasse des nouveautés du moment. Le hasard crée parfois des successions de couleurs et de formes assez impressionnantes, premier plan bleu pastel, second plan blanc crème sur un arrière fond tout en nuances de vert.

Flocons de neige merveilleux des Chionanthes

Cette explosion de couleurs et de vie rend le printemps si attrayant ! Il est fondamental pour moi que les fleurs, sauvages ou cultivées, s’insèrent dans tous les espaces qui nous entourent. Mon semis de bleuets a raté : seuls deux plants ont survécu et c’est tristesse lorsque l’on voit la densité avec laquelle ils peuvent pousser dans les champs de blé bio, généreusement apportés par une nature qui n’a pas eu besoin des sachets de graines un peu trop vieilles vendus par la jardinerie du coin. Cultivés sans intrants chimiques, les blés aussi peuvent offrir un spectacle de premier choix. Même si certaines zones de notre campagne commencent à évoquer les mornes plaines de la Beauce, il y a heureusement quelques îlots de résistance… Nous connaissons une ferme qui possède un conservatoire de blés anciens. Chaque année, le blé « à consommer », qui nous permettra de nous régaler avec un pain délicieux, est semé en mélange. Au mois de juin, point de défilé d’épis alignés comme pour le 14 juillet, mais un subtil mélange impromptu de tiges hautes ou courtes, d’épis charnus ou maigrelets, se dressant fièrement vers le ciel ou observant, au contraire, une pause plus modeste à l’ombre de leurs voisins. Ajoutez à cela coquelicots, bleuets et autres sauvagines, parfois considérés comme une marque d’opprobre par les cultivateurs admirateurs de champs tirés au cordeau, et vous aurez sous les yeux un tableau qui aurait inspiré les plus grands maîtres de l’impressionnisme. Alors, mes deux misérables bleuets, je les ai plantés au milieu des choux de Bruxelles. Pour l’instant, ce n’est pas l’extase kaléidoscopique, mais il ne faut point désespérer !

boule de neige, viorne, encore du blanc !

Je n’en suis pas encore là, mais je me pose des questions sur le triste alignement de mes haricots nains, en me demandant si, là aussi, un mélange subtil de variétés ne pourrait pas introduire un peu de fantaisie. Après tout, il existe bien des haricots verts, beurre ou violets ! Une telle politique risque bien sûr de provoquer l’ire des malheureux et des malheureuses qui seront de corvée de cueillette. Le principal obstacle que je vois à ce genre de délire c’est que les consignes deviennent fort difficiles à donner lorsqu’on a la chance, comme nous, de bénéficier de l’aide d’apprentis jardiniers. Pourrais-tu, s’il te plait, vérifier s’il n’y a pas de fraises mûres dans les bacs et dans les tables ? Essaie de ne pas en oublier car il y a des fraisiers dans huit endroits différents du jardin…

le coquelicot roi

Bon, je pense qu’il va falloir trouver une solution de compromis. Gardons à peu près groupés les légumes de même nature… Mais cela n’empêche pas d’essaimer quelques cosmos et autres zinnias ? Vous ne croyez pas ? Comment cela un « jardin de curé » ? Meuh non, nous n’habitons pas un presbytère ! Même si, comme le répète Gaston Leroux dans son Mystère de la chambre jaune, “Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat”.

Après avoir évoqué, il y a quelques semaines, le sujet à la fois réjouissant et stressant du rangement de ma bibliothèque, j’espère vous avoir un peu distraits de vos préoccupations du moment avec cet intermède. Dans une bibliothèque, on est amené à côtoyer des milliers d’ouvrages et il faut bien trouver quelques clés pour se repérer sur les rayonnages. Dans un potager, heureusement, le nombre de sujets à observer et à mettre en ordre est moins élevé – un retraité patient peut même supporter une certaine forme de chaos. Les poireaux, par exemple, ont un mérite : celui de ne pas s’outrager si on leur fait côtoyer les choux fleurs. Il n’est pas dit qu’un livre d’Alexandre Soljénitsyne fasse bon ménage avec les mémoires de Staline. Je ne suis même pas sûr que Pardaillan et d’Artagnan s’apprécieraient beaucoup…

Impériale digitale, au summum de sa grandeur

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31mars2022

A l’horizon, la montagne de Lure, encore enneigée

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Impressions fortes d’un voyage printanier

Sur les traces de Giono, en Provence ? Dans ma tête, un peu… Dans les faits, pas vraiment. Pour ces quelques jours passés à St Etienne les Orgues, nous avons laissé de côté Manosque, le Contadour et nombre de villages du plateau dont l’écrivain pacifiste a arpenté les chemins. J’avais pourtant dans les mains « la route Giono », guide touristique détaillé, quelques jours avant le départ, mais une fois de plus, ce sont le hasard et les humeurs journalières qui ont guidé nos pas. La météo ne nous était guère favorable en ces journées de mars, et cela m’a amené à déclarer à qui mieux mieux aux autochtones ayant accepté d’écouter mes jérémiades, que le « ciel provençal », ce bleu illuminant les champs de lavande fleurie, n’était qu’un artifice de carte postale, une tromperie créée par un afficionado des logiciels de retouche photo. Par chance, notre pays d’adoption pour une semaine était si joli qu’il n’y avait pas besoin de colorisation artificielle pour qu’il se fasse aimer.

 St Etienne les Orgues est une charmante bourgade au pied de la montagne de Lure. Nous y avons passé quelques jours dans un gîte confortable, accueillis par une hôtesse souriante. Heureusement que nous n’avons pas cherché l’origine des Orgues figurant dans le nom de notre chef lieu de campagne… Nous ne les aurions trouvées pas plus dans d’inexistantes falaises de basalte que dans l’église qui n’abrite de trésors autres qu’ornementaux. La solution de l’énigme m’a été offerte en fin de séjour, en feuilletant le joli petit guide « Pays de Lure – Carnet d’un voyageur attentif », rédigé par Patrick Ollivier-Elliott : l’origine du nom est sans doute à rechercher du côté des « sorgues », les sources en provençal. Elles sont nombreuses dans ce fond de vallée plutôt fertile. Dans son roman « Manosque des plateaux », Jean Giono dépeint le bourg d’une façon plutôt cauchemardesque, parlant de « village inquiet », « village de la peur »… Peu de rapport avec le ressenti que nous avons éprouvé. Selon d’autres auteurs un peu plus indulgents, il s’agit plutôt d’une bourgade cossue, dont les anciens habitants se sont enrichis grâce à la cueillette et la transformation des plantes médicinales nombreuses que l’on pouvait récolter tout au long de l’année dans la « Montagne ». Les droguistes colporteurs de ce village et des localités voisines ont fini par être connus au delà des frontières de l’hexagone. Selon Patrick Ollivier-Elliott, St Etienne était, à la fin du XVIIIème l’un des villages les plus riches de la vallée. Une soixantaine de marchands droguistes étaient les artisans de cette fortune. L’interdiction faite à ceux qui n’étaient pas « apothicaires » de préparer des mélanges et de les vendre en a ruiné plus d’un.

Nos pas nous ont conduits dans de nombreux lieux plus ou moins connus de ce territoire. Je n’en ferai pas la liste exhaustive ; juste quelques instantanés qui laisseront indubitablement des traces dans ma mémoire.

Bleu, jaune

Non pas l’Ukraine selon l’état d’esprit du moment, mais la façade de la librairie « Le Bleuet » à Banon, dont je rêvais de franchir le seuil depuis des années. C’est maintenant chose faite et à deux reprises pendant notre bref séjour. L’appellation « maison des livres » n’est pas volée puisqu’il s’agit d’un ensemble de demeures dont la structure a été quelque peu bouleversée. On passe d’une enfilade de pièces à un autre secteur en empruntant d’étroits passages. On grimpe d’un étage à un autre par un dédale d’escaliers. Il y a des livres partout, un collectif de vendeuses, vendeurs, ouverts et souriants, prêts à répondre aux questions parfois saugrenues des visiteurs. Le stock, considérable, a de quoi séduire les amateurs de livres parfois introuvables ailleurs. Je suivais régulièrement le site Internet et j’avais participé au plan de refinancement/sauvetage au temps de l’ancien propriétaire, regrettant de n’avoir eu aucune info en tant que souscripteur sur le devenir des lieux. Simple client maintenant, je ne me sens plus impliqué de la même manière, mais souhaite voir vivre longtemps cet anachronisme que représente la vie d’un tel commerce dans un bourg de quelques milliers d’habitants, célèbre jusqu’à présent pour son fromage de chèvre affiné au marc…

 

Petit blanc bien frais

Renaissance aussi, en de multiples petits lieux, des bistrots de village. Certains ne présentent guère d’attraits mais il est des lieux qui paraissent vite sympathiques. Pris d’une envie subite d’apéro (Tonton Macron ayant décidé, électoralement parlant de ne plus nous considérer comme des parias) nous sommes passés à l’acte dans le petit village de Lardiers abritant le bistrot « chez Mojo ». Nous avions repéré les lieux l’avant veille après avoir admiré les séquoias qui se dressent à l’entrée de cette jolie bourgade. Vitrine attirante, nous avons franchi le pas et nous ne l’avons pas regretté, d’autant que la patronne, nos verres approchant du degré de remplissage critique, nous a fait remarquer habilement qu’elle préparait aussi à manger, et que son plat du jour correspondrait sans doute à nos attentes. Elle était confiante et nous aussi. Du coup, on a comblé la petite demi-heure qui nous séparait du service, en allant cuver notre première libation dans la voiture, portières ouvertes, profitant du ciel trop gris et des températures bien douce. Grâce au « Bleuet » nous avons utilisé notre temps de manière éminemment culturelle. La soupe au fenouil, le plat du jour et le dessert qui a suivi, autant dire que nous n’avons pas été déçus. Bien le genre d’endroit à écouter de la musique, le soir au coin du feu. Le plus dur a été la petite randonnée de 7 km que nous avions prévue pour l’après midi… Prévue et exécutée alors que nous étions les premiers à douter sévèrement de nos capacités. Malgré les vapeurs d’alcool (vite envolées) nous n’avons pas eu de mal à suivre le balisage pour nous rendre à « Roche Ruinée » en partant de Fontienne. Sur le chemin du retour nous avons croisé une forêt de capteurs solaires et nous avons compris aussi l’inquiétude et la colère des habitants de St Etienne quant à l’implantation d’autres centrales du même type dans les paysages de Lure. Maintenant que nos Enarques ont pris en main le dossier des « énergies renouvelables », le gigantisme des projets, allant s’amplifiant, ne va pas sans nous poser problème. Je crois bien que je reviendrai sur cette question.

Champignons de pierre

 Vous allez me dire qu’après le blanc et le rouge il ne manquait plus que les champignons hallucinogènes. Vous n’avez tort qu’à moitié, car ce sont bien des champignons qui ont occupé une autre de nos après-midi. Cette curiosité géologique se trouve en dessus de Forcalquier. Vous n’aurez aucun mal à situer le lieu-dit « les Mourres », les réponses données par la gentille toile d’araignée sont multiples et plus complètes que celles que je saurais vous donner. Se promener dans une forêt géante de champignons en pierre de plusieurs mètres de haut, ça crée une sacrée impression en tout cas. D’autant que ce ne sont pas quelques malheureux spécimens isolés que vous découvrirez mais plusieurs centaines d’individus plus ou moins bedonnants, ou genre « grosse tête branlante ». Si j’habitais le coin, il y en a plusieurs que j’aurais volontiers baptisé d’un p’tit nom sympa. Joli circuit pédestre en partant du parking des Mourres. Réservé au touriste curieux, pas trop aviné et bien chaussé ! Ma compagne en parle longuement dans son blog…

Hêtres centenaires

 J’ai gardé la plus belle randonnée pour la fin. De l’abbaye de Notre Dame de Lure, il ne reste plus guère que la chapelle, nichée au fond d’une combe boisée où il fait bon s’asseoir dans l’herbe et profiter des grands hêtres et de leur ombre lumineuse. La forêt qui entoure l’abbaye est magnifique et l’on prend plaisir à y baguenauder. Nous avons parcouru avec grand plaisir une boucle de 7 km, sur un sentier bien tracé et bien balisé. Sur notre route nous avons rencontré tant d’arbres vénérables qu’il eut été difficile de les photographier tous. Nous avons plutôt choisi de tirer le portrait de quelques cousins des Ents de Tolkien, mais mon âme de menuisier amoureux du bois a frémi en observant de belles alignées de futs rectilignes. Hêtre bienheureux qui procure du plaisir de sa naissance à sa mort. L’humain ne lui est certes que peu reconnaissant, même si Pierre Lieutaghi lui consacre de bien jolies phrases dans son inventaire des arbres arbustes et arbrisseaux de nos contrées. Nous n’irons pas à la rencontre de cet homme admirable qui gîte non loin du prieuré de Salagon, autre merveille locale, dans le petit bourg de Manne. Nous ne voulons en aucun cas le déranger avec notre babil de botanistes en culottes courtes.
En feuilletant toute la doc que notre aimable propriétaire a mise à notre disposition j’apprends que Robert Morel, ce grand artiste de l’édition, habitait aussi dans le secteur. Je comprends mieux alors le lien entre ces deux hommes et je feuillette avec encore plus de respect les livres de l’un, édités par l’autre, un des coups de cœur de ma bibliothèque.

Marchés provençaux

 Des cuillères en bois d’olivier, des épices odorantes, de bonnes salades bios, des distributions de tracts par les copines•copains de Mélenchon et de Jadot. Que ce soit le petit marché de St Etienne, le moyen marché de Banon ou le grand marché de Forcalquier, l’ambiance provençale sur fond de ciel gris était au rendez-vous. J’étais de bonne humeur, le sac à dos rempli de bonnes provisions de table, cela m’a permis de « brancher » un peu les militant•e•s affairés à défendre leurs poulains. Du côté des Verts, ça s’est résumé à un « franchement… Jadot… beuh… Y’me rappelle un certain Brice… Dommage, vous aviez Sandrine Rousseau dans votre cabas… En tant qu’écologiste elle était quand même plus crédible… » Réponses embarrassées de braves gens qui n’étaient pas loin de partager mon point de vue, mais qui obéissaient sagement à la discipline de parti. Rebelote avec les Insoumis et leur « cheval de retour » : les idées de la France Insoumise, sympa, notamment en ce qui concerne le « passeport maudit » de Tonton « ne t’inquiète pas, nous aussi on te méprise »… Mais choisir ce vieux roublard de politicard à la Tsipras, franchement, vous croyez arriver au changement sociétal avec une simple retouche du crépi ? Il y a d’autres figures de proue chez les Insoumis me semble-t-il ? Ils m’ont tous trouvé très gentil, mais sont vite allés prospecter des clients moins irrévérencieux ! Quant à nous, nous sommes allés nous dévergonder et « faire » notre premier restau depuis huit mois ; la serveuse en était tout émue et nous aussi. Quant à nos papilles, elles ont été à la fête pendant une heure.

Seuls les Ents de la forêt de Lure m’accordent encore leur attention.

 

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11mars2022

Où vais-je ranger ce livre dans ma bibliothèque ?

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi.

où je trouve un prétexte pour vous parler de mes lectures du moment.

 Je termine un recueil de nouvelles écrites par Leïla Sebbar au sujet d’Isabelle Eberhardt. A peine ai-je lu les dernières pages de la postface rédigée par Manon Paillot que mon esprit vagabonde. Quelle place ce livre singulier doit-il occuper dans mes rayonnages ? Sans doute aux côtés des différents ouvrages que je possède déjà de la main même de cette aventurière . J’ai l’habitude de regrouper les ouvrages ayant trait à un auteur•re avec les livres rédigés par cette personne. Je trouve ce système assez rationnel, même s’il conduit à scinder parfois l’œuvre de quelqu’un qui est à la fois auteur de fictions mais aussi de biographies. Je ne possède pas d’autres livres de Leïla Sebbar, dont l’œuvre est plutôt abondante ; si je mets un terme à cette lacune il est probable que les nouvelles acquisitions figureront au voisinage des écrits d’Isabelle Eberhardt. On crée ainsi un pont entre deux auteurs, ce genre de lien constituant souvent l’originalité du classement d’une bibliothèque privée – système ayant le défaut d’être un peu hermétique aux yeux d’un visiteur adepte d’autres cheminements. Ce faisant je me suis identifié aux observations fournies par un écrivain turc, Enis Batur, dans son ouvrage « d’une bibliothèque l’autre » évoquant ce problème du classement qui constitue souvent la clé permettant de se repérer dans une collection étrangère à la sienne propre.

Ce dernier livre relève chez moi d’un autre catégorie littéraire, celle des gens qui écrivent non seulement sur les auteurs et les autrices mais aussi sur les livres eux-mêmes. A la maison, « d’une bibliothèque l’autre » a rejoint par exemple les divers écrits d’Alberto Manguel parmi lesquels « la bibliothèque, la nuit » ou « je remballe ma bibliothèque ». Sur la même étagère figure ce petit bijou qu’est « l’infini dans un roseau » d’Irène Vallejo, lu cet hiver et grandement apprécié pour la richesse et la variété avec laquelle l’autrice a abordé le thème un peu indigeste de l’histoire du livre. Comme le fait remarquer Alberto Manguel à plusieurs reprises, certains écrivains ne sont pas aussi simples à ordonner que cela. Je pense aux écrivains voyageurs, aux naturalistes et aux romanciers qui frisent ces différents domaines… De Ella Maillart à Pete Fromm en passant par Mario Rigoni Stern , Paolo Rumiz ou Paolo Cognetti, allez donc poser un quelconque repère ou inventer une cousinade plutôt improbable ! Les catégories « inventées » par les éditeurs sont parfois saugrenues et certains arrangements, conformes à la nomenclature classique, donnent lieu à des mariages plutôt discordants. Etant suisses tout deux, ayant eu l’occasion de se côtoyer, je veux bien célébrer les épousailles sur les rayonnages d’Ella Maillart et de Nicolas Bouvier… L’un ayant lu les écrits de l’autre et s’y référant parfois, nul problème à relier Mario Rigoni Stern et Paolo Cognetti… Pour ranger à leur côté les écrits d’André Bûcher et ses descriptions attachantes de la Drôme provençale, c’est un peu moins évident. Je l’ai fait quand même car cela me satisfaisait et c’est finalement le critère essentiel.

Dans ma bibliothèque le classement des ouvrages rédigés par les écrivains voyageurs et par ceux que les anglo-saxons regroupent dans la catégorie « nature writing » et que je préfère baptiser « naturalistes », a été complexe car ces deux domaines s’interpénètrent facilement. Le voyageur qui s’attarde plus sur les cactus croisés au bord du chemin que sur le mode de vie des autochtones rencontrés au fil de son parcours est-il plus écologiste qu’ethnologue ? Dans l’ œuvre du célèbrissime Edward Abbey, « désert solitaire » est plutôt contemplatif alors que son « gang de la clé à molette » s’apparente au roman d’aventure et au pamphlet d’écologie radicale… Peuvent-ils voisiner avec la « route de la soie » parcourue par Bernard Olivier ? Je peine à les imaginer ensemble.

J’apprécie beaucoup les livres de Joël Cornuault. On peut, sans difficulté les classer dans la rubrique littérature de la bibliothèque. Quoique… Nombre de ses écrits sont plus des essais que de la fiction. Biographe d’Elysée Reclus, plusieurs de ses ouvrages rejoignent – selon un principe énoncé plus haut – le rayon consacré à mon géographe anarchiste préféré. D’autres recueils touchent à des domaines divers : philosophie, éloge de la marche ou portraits de paysages, éthique… Difficile de ranger dans les écrivains naturalistes quelqu’un qui a consacré une partie de son travail d’écrivain à parler de son enfance parisienne et à décrire les arrondissements de Paris qu’il chérit avec une profonde nostalgie… De plus cet ennemi acharné du bibliothécaire méticuleux a le don de mélanger les genres dans beaucoup de recueils. Je viens d’en acquérir trois qui manquaient à ma collection auprès des éditions Plein Chant et j’ai longuement réfléchi à la question de leur voisinage dans les rayons. Il n’est en effet pas question pour moi de disséminer les livres d’un auteur (ayant de surcroit une forte personnalité) aux quatre coins de ma bibliothèque. Du coup, je lui ai conservé la place de choix qu’il occupait auprès du singulier Kenneth White dont l’œuvre oscille entre géographie, poésie, récit de voyage et réflexions sur notre vie quotidienne. Un bel appariement à mes yeux (que d’autres ne manqueront pas de contester). Non loin d’eux figurent des célébrités comme David Henri Thoreau ou John Muir.

 Il ne faut pas croire que la littérature générale échappe à ce genre de problématique… Quel intérêt de ranger Henry Poulaille aux côtés de Jacques Poulin ? Le concept de littérature prolétarienne me plaisant beaucoup, il est évident que très rapidement Poulaille a rejoint Guillaumin, Guilloux et Massé, dans le même secteur de la bibliothèque. Quant à Poulin et à son amour des chats, de la ville de Québec et des écrivains torturés, il pourrait aller côté « voyages », côté « écrivains et écrivaines canadiennes »… Je lui ai finalement créé sa petite niche douillette : celle des écrivains que j’affectionne. J’ai fait ça l’année où j’ai décidé de créer mon « hit-parade » personnel… qui a vite abouti au grand n’importe quoi, certains ouvrages ne restant là qu’un temps limité si l’on voulait se contenter d’un nombre réduit de titres comme on le fait dans tout bon hit-parade. Quant à dire si je préférais « le vieux chagrin » à la « calanque de l’aviateur » d’Annabelle Combes, cela a failli me donner la migraine. Je préfère le concept de « livres à emporter sur une île déserte », choisi par Babelio, le réseau social des lecteurs et des lectrices fondus de lecture. Sauf qu’il y a une limite drastique du nombre de bouquins à emporter et qu’il me faudrait une malle en ce qui me concerne…

J’adore en tout cas avoir à résoudre ce genre de casse-tête que représente l’ordonnancement d’une étagère de livres. Pas besoin d’en posséder des milliers pour que le problème se pose. Cela constitue l’un des charmes de la lecture, cette activité chronophage. Dans le rayon Nature et Voyages, les ouvrages sont en tout cas moins poussiéreux qu’ailleurs car les déménagements sont fréquents et les mariages pas toujours durables… La situation est heureusement plus calme dans le secteur « romans policiers » dont l’organisation est relativement plus simple… Quoique… Les rapports entre Peter Tremayne et Dona Leon ne coulent pas de source. Quant à Régis Messac, son œuvre écrite sur une trop brève durée navigue entre la SF (un chef d’œuvre comme Quinzinzinzili), les essais (« à bas le latin ») et le roman policier à l’américaine (le detective novel comme il le catégorifie lui même). Même réflexion que pour Joël Cornuault : une forte personnalité dont les différents écrits ne peuvent supporter d’être écartelés entre des rayonnages trop distants !

 Je fais fi, en tout cas, de l’ordonnancement alphabétique qui simplifierait sans doute la recherche d’ouvrages, mais verrait se trouver côte à côte un renard et un ragondin qui n’ont guère d’affinités ! Après quelques années de réflexion et de classement, une toile d’araignée finit par relier l’ensemble des ouvrages que nous avons la joie de posséder. Il y a bien sûr quelques déchirures, de nombreux chaînons n’ayant pas encore été découverts… Mais j’ai bon espoir de constituer un dédale de chemins littéraires pouvant être parcourus d’une multitude de manières, fonction des choix que l’on effectue lorsque des aiguillages apparaissent. Mon amour des réseaux de trains miniatures transposé dans un tout autre domaine en quelque sorte.

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26janvier2022

Monsieur n’écrit plus pour l’instant, mais Madame si…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

De chouettes chroniques écrites par ma compagne. Notre quotidien (rural et retraité) mais pas que… Sur ce blog, des réflexions, des points de vue, des opinions (pas toujours dans l’air du temps – enfin, pas toujours du côté des voix dominantes)… Bref, quand vous en avez marre des symphonies et préférez les sonates…
Voici le lien tant attendu.

 

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1janvier2022

Oyez braves gens !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

L’autruche charbinoise sort la tête du sable et vous présente ses vœux pour une année 2022 la plus souriante possible…L’an dernier c’était Gnafron, figure célèbre de la mythologie lyonnaise. Cette année je pensais faire appel à la figure prophétique d’Omacron, célèbre mercenaire de la politique politicienne… Mais je n’avais pas envie de voir ce nom là figurer en tête de l’une des rarissimes chroniques de ce blog. Alors je me suis autocensuré ! Je dois vous prévenir tout de suite que pour essayer de trouver quelque chose d’optimiste et d’intelligent à vous dire, il a fallu une bonne dose de (au choix, ou cumulées selon les jours) séances de yoga, doses d’amphétamines, verres de Bourgogne, chichon de nos montagnes, gratins de ravioles du Vercors, lichettes de Cognac bio… Bref un an de réflexion dans un ermitage aux fins fonds de la forêt profonde.

Je n’ai aucune justification à fournir sur mon silence radio complet pendant cette année si ce n’est que je n’avais pas envie de rentrer dans les sujets de conversation à la mode et de m’en prendre plein la gueule quoi que je dise. Je crains que ma méfiance à l’encontre des diverses chapelles, églises et religions en présence n’ait fait que se renforcer et qu’elle ne soit pas proche de s’évaporer. Je suis prêt – exemple pris au hasard – à communiquer mon opinion sur le « débat » vaccinal en cours, par exemple, mais uniquement dans un lieu privé, face à un seul interlocuteur et en ayant le choix des armes. Ça vous donne une idée de mon état d’esprit. D’où le vœu d’apaisement et de sérénité pour tous que je (me) vous envoie en premier pour l’année pleine de 2 qui s’en vient. Pour le reste, je me limiterai à « pourvu que ce ne soit pas trop plus pire que 2021 » à titre collectif, et à « puisse cette année sourire à vos projets, vous ouvrir de nouveaux horizons, et vous inspirer une adresse où il fait mieux vivre en bonne compagnie que là où vous êtes si vous n’êtes pas bien », sur le plan personnel.

Ne comptez pas non plus sur un bilan exhaustif de cette année écoulée. La propagande a fait des ravages ; l’opinion est plus divisée que jamais ; les idées de racisme et de discrimination (sanitaire ?) ont largement progressé ; on a même vu des gens dits « de gauche » beugler avec enthousiasme pour que l’on généralise le fichage, la surveillance et la mise au ban d’une partie de la société n’adhérant pas au mythe ravageur du progrès salvateur. Je me réjouis cependant d’avoir vu les laboratoires pharmaceutiques gagner autant d’argent… Il faut bien que la crise actuelle profite à quelques uns quand même ! J’attends avec une impatience dépourvue de plaisir, le prochain discours de la même gauche sinistrée sur l’incontournable Front Républicain salvateur aux prochaines pitreries présidentielles.

Histoire de terminer ce triste billet sur une note positive, je me permets de vous recommander trois livres que j’ai parcourus avec grand plaisir : « Grâce à eux » de Mimmo Lucano, « Change ton monde » de Cédric Herrou, sur la question des réfugiés, et « Le droit du sol » d’Etienne Davodeau, BD richissime sur le thème des déchets nucléaires. Il y a quand même des gens qui y voient clair dans le merdier actuel. Coup de chapeau aussi à Michèle Rivasi et à Christian Vélot pour leurs positions courageuses à l’encontre du courant d’opinion dominant. Je pense que les Dieux Vivants à la tête du microcosme EELV ne manqueront pas de les sanctionner lors de l’établissement de prochaines listes électorales…

Portez vous le mieux possible et écoutez la petite voix de la subversion qui se cache dans un recoin de votre cerveau, plutôt que la logorrhée des médias « mainstreams » comme on dit chez les Franglais.

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1janvier2021

Gnafron vous présente ses meilleurs vœux pour 2021

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Méditez, agitez-vous comme il vous sied, mais attention, le bâton du gendarme se rapproche chaque jour un peu plus !

 Bien entendu, les souhaits formulés par Gnafron n’engagent aucunement personne et surtout pas le tenancier de ce blog ! On n’a de certitudes que sur l’année écoulée. En l’occurrence, 2020 a été le théâtre d’événements bien dérangeants – la pandémie sinistrement connue n’étant pas le plus inquiétant. Alors quid de 2021, le dynamisme du mouvement social nous le dira. Ainsi qu’en témoigne l’histoire populaire de notre pays et de bien d’autres, l’histoire s’écrit dans les luttes et les mobilisations, non seulement ouvrières, mais, de manière plus large, citoyennes : dans les usines, dans la rue, dans les occupations, dans les gestes quotidiens d’insoumission et de désobéissance civile. Nombre de celles-ci sont occultées par les médias dominants. Depuis un siècle la finance internationale a bien compris quels étaient les enjeux de son maintien au pouvoir : obtenir le contrôle de toutes les sources d’information importantes et déverser des flots de platitudes et de mensonges pour endormir les rêves légitimes d’espérer un monde meilleur.

Nos dirigeants savent les menaces qui pèsent sur leur avenir et au fil des mois, prenant prétexte de multiples éléments d’actualité, les mesures liberticides se sont multipliées. Les mercenaires de la haute finance font bien le travail pour lequel ils ont été promus. Ne nous y trompons pas, l’épouvantail de la droite extrême au pouvoir ne doit pas nous masquer les nombreuses passerelles qui lui sont offertes par l’équipe dirigeante en place. L’horizon est de plus en plus masqué par les casques, les matraques, les drones, les interdictions de ceci ou de cela… Mais, comme le disait Pablo Neruda : «Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps.» N’en déplaise à ceux qui ne rêvent que de murailles et de prisons.

 Alors, bon vent à vous toutes et à vous tous. Portez-vous bien et protégez-vous. Même promulguées par des imbéciles cyniques, les règles sanitaires ne sont pas forcément nocives. J’espère vous écrire plus souvent, par le biais de ce blog, que je ne l’ai fait en 2020. Mais là aussi, les vœux que je formule sont aléatoires car j’ai parfois le sentiment de jouer de l’accordéon au milieu d’un embouteillage de SUV ; le découragement me guette parfois au coin du bois, mais bon… Tout cela me fait penser à la chanson « La Révolte de Pétignat » interprétée par Serge Kerval : «S’il faut vous dire comme on menait, le paysan et l’ouvrier, eh bien mettez-vous tous à boire, je vous raconterai son histoire…»

Amitiés libertaires en tout cas.

Sources : image 1 – Par Tusco — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27099553 –

 

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30novembre2020

Le colibri m’emmerde et je vous dis pourquoi…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Je suis en désaccord avec la toute mignonne théorie du colibri si chère à Pierre Rabhi et à un certain nombre de ses coreligionnaires. Je ne vais pas m’empoisonner la vie à transporter une goutte d’eau à perpète pour éteindre l’incendie massacrant la planète pendant que les gros richards et les gros couillons larguent du pétrole en grosse quantité avec des avions gros porteurs. Le Christ est soi-disant mort sur la croix pour sauver l’humanité. Pas moi. Je préfère m’entrainer à tirer avec un canon de défense anti-aérienne pour abattre le Canadair boutefeu. Simplicité volontaire parce que c’est mon choix et que je veux bien l’assumer peut-être… Si j’avais plus de pognon, ça me permettrait d’alimenter plus généreusement les caisses de ceux qui – à mes yeux – ont besoin de moyens pour diffuser leurs idées. La théorie du Colibri m’exaspère car elle tend à rendre l’ensemble de la population responsable des problèmes de la planète. En 10, selon un rapport Oxfam, 388 personnes les plus riches possédaient autant que les 3,6 milliards des habitants les plus pauvres de la planète. Avec le creusement du fossé des inégalités, en 2017, ce nombre s’est réduit à 8. Huit possèdent autant que 3,6 milliards (*)… Tous responsables de la surexploitation des ressources ? Allez donc !

Décroissance non si c’est pour permettre à une bande d’ahuris de faire des croisières dans le remake du paquebot France qui voguera au gré des flots dans quelques années, ou d’aller se balader dans le vide intersidéral pour voir si l’on peut faire jolis clichés de la terre en perdition. Il faut arrêter ces discours misérabilistes, auto-flagellants et surtout culpabilisateurs. Je ne doute pas du fait que le moine usant du chat à neuf queues se faisait plaisir en se fouettant le dos puisque ça le rapprochait du Christ. Désolé, mais je n’ai pas besoin d’extase mystique pour être bien dans mes chaussures. Si j’ai froid, je me chauffe ; si j’ai faim, je mange et je ne me répands pas en lamentation parce que j’ai écrasé un moustique qui voulait me sucer le sang. Je ne ferai pas non plus la morale à un Ethiopien qui rêve d’avoir un réfrigérateur pour conserver sa nourriture ou à un Inuit parce qu’il mange trop de viande. L’accès au logement, à la nourriture, à l’eau potable, à l’éducation et autres besoins fondamentaux sont des droits qui doivent être impérativement satisfaits… Du moins, il me semble que quelqu’un avait écrit ça, autrefois, dans une quelconque déclaration grandiloquente.

Il est grand temps que l’écologie fasse le ménage en son sein et se débarrasse des contemplateurs de nombril et des moralistes à la petite semaine qui se prennent pour des gourous d’un jour chargés de montrer le droit chemin à leurs adeptes. Je ne ferai pas de liste car je ne veux pas que l’on m’accuse d’appel au meurtre ! L’écologie est sociale ou elle n’est pas. Je dirais même plus, elle est libertaire ou elle n’est pas… Nous ne nous débarrasserons pas des problèmes environnementaux avec l’appui des goldens boys du capitalisme et nous n’aurons pas un rapport viable avec notre environnement tant que les lois économiques n’auront pas été profondément chamboulées. Ce ne sont pas les envolées lyriques d’un Mathieu Ricard ou d’un Nicolas Hulot qui vont rendre le capitalisme plus vert. Il n’y a pas de révolution « sectorielle » possible non plus ; le changement sociétal ne peut-être que global (en n’oubliant aucun des secteurs qui doivent s’agréger pour avoir un minimum d’efficacité). Le chemin vers un avenir meilleur est long, semé d’embûches, et peut-être sans issu. Cela signifie que pour tenir nous devons obtenir des satisfactions et des gains provisoires… tout comme le voyageur avait besoin de relais sur la Route de la Soie pour accomplir son périple. L’économie sociale fait partie de ces relais, mais ne nous leurrons pas : ni les coopératives, ni les éco-hameaux, ni l’agriculture écologique, ni les strapontins de députés verts, ni les réseaux d’échange… ne provoqueront de changements majeurs dans notre monde à la dérive, sauf s’ils sont suffisamment nombreux et collaborent dans de vastes réseaux d’échanges englobant les luttes sociales. Leur utilité (sauf celle des députés verts) est par contre indubitable, ne serait-ce que parce qu’ils permettent de tester la viabilité des projets dont ils sont porteurs, et maintiennent dans nos esprits une espérance indispensable à notre survie.

Bref, les trop nombreux relents idéologiques judéo-chrétiens qui sévissent au sein de l’écologie m’indisposent. Ce n’est pas mieux du côté de la politique institutionnelle fut-elle d’extrême gauche : les groupements politiques ne songent trop souvent qu’à la pureté de leur « ligne idéologique » et consacrent plus de temps à se tirer dans les jambes les uns des autres en se traitant de collabos, de fascistes ou de ramollis du cerveau, qu’à faire avancer les luttes écologiques et sociales. Leurs leaders sont essentiellement là pour défendre leur chasse gardée. Laissons volontiers les politicards gauchistes de droite ou droitistes de gauche vider leur panier de boules puantes… Il est temps de construire du neuf, plutôt que de s’intéresser à la candidature plus ou moins déclarée de vieux cloportes de la politique qui n’ont comme dessein caché que  la volonté de promouvoir leur propre carrière, quelque soit le discours derrière lequel ils maquillent leurs intentions. Le mouvement des gilets jaunes a permis d’avancer d’un pas dans la bonne direction. Il lui a manqué juste un peu de culture historique pour faire un bilan des actions accomplies et se rappeler qu’il n’y a « pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ». C’est bien de le chanter, c’est encore mieux de le traduire dans les faits !

Quant aux collapsologues, survivalistes, et autres prédicateurs de collision dans le mur… Qu’ils continuent à palabrer, mais ne leur donnons pas plus d’importance que nécessaire. Je pense que c’est là aussi une voie de garage de l’écologie. Les prophéties de malheur imminent dans les années 70 n’étaient pas entièrement fausses, mais elles étaient un peu trop dramatiques et ont pu fournir du grain à moudre aux tenants du « vous voyez bien que tout peu s’arranger, y’a encore du pétrole et des poissons dans les rivières ! » La peur est une arme dangereuse ; seul l’espoir nourrit le changement. Si j’émets de grosses réserves quant aux théories des collapsologues, je vous invite par contre à lire l’excellent ouvrage « La fin de la mégamachine » de Fabian Scheidler. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, il ne s’agit pas d’une prédiction apocalyptique de plus, mais d’un outil précieux pour comprendre la situation actuelle et élaborer des solutions. Comme dit dans la présentation : « seul celui qui connait sa propre histoire peut être capable de l’infléchir.»

C’est tout pour aujourd’hui et en plus pas d’illustration… Je suis content d’avoir vidé mon flacon de vitriol dans les toilettes. Je ne suis pas assez méchant pour le balancer à la figure d’une autre créature vivante, fut-elle même En Marche vers le chaos. Soyez donc suffisamment gentils pour ne pas me traiter d’intégriste. La preuve, si le colibri trouve un avocat je suis prêt à consacrer quelques minutes à l’écouter, mais laissez-moi le privilège de radoter… C’est plutôt mignon les colibris !

Notes : (*) Lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Vandana Shiva (« 1% Reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches).

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19novembre2020

Poivre, cabane et confinouilleries diverses

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

 Dauphinois de souche, je suis, sans doute magnaud comme on dit par ici. Plus exactement anarcho rural dauphinois apatride, ça me convient mieux. Cheu nous dans la province profonde, c’est le pays du gratin, de la pétafine et… des noix. Autrefois, dans nos humbles masures campagnardes, les anciens passaient la saison d’automne et le début de celle d’hiver à trier des noix… C’était long, plutôt rasoir mais ça aidait les conversations et ça permettait de meubler les longues soirées à l’époque bénie où l’on ne pouvait pas se gaver d’idioties à la télé. De nos jours, avec la mode de diversifier les cultures dans les jardins d’agrément, et surtout d’accorder une place de plus en plus importante aux plantes nourricières y compris exotiques, v’la que de nouveaux travaux remplissent les plannings de veillées. Nous on a trouvé un truc terrible pour s’occuper les mains, c’est le poivre du Sichuan. J’avais écrit à propos de la plantation de cet arbre dans notre parc, à une époque où je n’avais pas encore réalisé qu’un jour il deviendrait productif et qu’il faudrait cueillir les baies de cet arbre redoutable et surtout faire un tri délicat pour la consommation. Si mes aïeux avaient connu ça ils auraient maudit la mondialisation des cultures, et se seraient repliés avec joie sur leur passe-temps traditionnel. Le poivrier du Sichuan produit abondance de petites baies rouges qu’il faut attraper avec adresse en évitant les piquants qui les entourent. Il faut ensuite patienter quelques jours, le temps que les fruits sèchent et que l’enveloppe s’ouvre en libérant (partiellement) la graine. Ensuite, il ne reste plus qu’à faire l’activité la plus distrayante et la plus propice à raconter des histoires de « Toto » : éliminer les petites graines noires pour ne conserver que l’enveloppe qui les entoure. Rendement estimé à 50 g par heure de travail. Notez bien que ça vaut le coup quand même car le « poivre du Sichuan » se vend dans les deux cent euros le kilo minimum dans les épiceries de luxe ! Je pense qu’on en a bien récolté de quoi faire un kilo cette année, mais je préfère donner des graines non triées aux copains que je ne souhaite plus revoir, plutôt que de leur offrir de mignons petits sachets enrubannés de poivre prêt à l’emploi sous le sapin. Maudits Chinois ! Et si on se lançait dans l’élevage des pangolins ?

Donc on occupe une fraction de temps de ce confinement en s’empoivrant gaiement ce qui vaut toujours mieux que de s’empoigner ou de s’emplâtrer la gueule. Seule la République ayant le droit d’être en marche, on devrait sagement rester dans un rayon d’un kilomètre autour de chez nous pour faire de « l’exercice physique ». Il est bien connu que les chemins forestiers sont un axe essentiel de la propagation des virus. Voilà au moins l’une des mesures débiles de ce confinement que l’on ne respecte pas. On profite du fait que notre commune n’a pas encore installé des caméras de vidéo surveillance de partout et que les drones de Macron sont encore dans leurs cartons. Trêve de plaisanterie, on est bien conscients du fait qu’il faut prendre des mesures pour éviter que cette pandémie ne fasse les mêmes ravages que la grippe espagnole, mais on regrette que les leviers de commande soient confiés à une bande d’énergumènes robotisés incapables de reconnaître leur incurie et de faire appel à l’intelligence collective et au bon sens populaire. Du temps où je bossais encore à éduquer nos chères « têtes blondes » j’ai toujours expliqué aux parents que finir à l’ENA était l’une des pires choses qui puisse advenir à leurs rejetons et qu’ils ne s’appuient pas sur des arguments de ce genre pour demander « un passage anticipé » de leur surdoué congénital.

 Rarement on ne vit autant de mesures incohérentes mises en œuvre, au point que décrivant le « confinement à la française » certains journaux allemands en sont venus à qualifier notre bon vieux pays d’ « Absurdistan ». Bien envoyé. La politique du « un pas en avant, un pas en arrière » et du « oubliez ce que je vous ai dit hier mais croyez à ce que je vous dis aujourd’hui » ne mène pas bien loin. Je comprends que les libraires aient du mal à admettre que l’on se contamine en manipulant des livres mais que tout va bien s’il s’agit de rouleaux de PQ. Je conçois que certains professionnels aient du mal à faire le distingo entre restaurant et cantine ou entre métro et salle de sport. Quant au cycliste, il peine, le malheureux, à admettre que la chasse soit une activité de première nécessité, mais que le fait d’aller faire un tour en vélo puisse être facteur de propagation d’un virus. Le problème avec toutes ces âneries, c’est que plus la confiance populaire dans les mesures de soi-disant « intérêt collectif » baisse, plus les théories farfelues trouvent de la place pour s’épandre. Les goujons d’extrême-droite frétillent d’impatience dans ce bain sociétal saumâtre. Revenons à la bonne vieille époque où l’on accusait les Juifs d’empoisonner les puits, où l’on brûlait les sorcières et où l’on résolvait les problèmes sociaux en organisant des croisades contre les Teutons. Vive le créationnisme !

Lors du premier confinement, les « journaux de bord » en ligne ont fleuri, chacun tenant à raconter dans quelles conditions il vivait cette épreuve. Certains étaient intéressants, d’autres simplement anecdotiques, mais ils témoignaient d’une certaine réactivité de l’esprit humain face aux agressions. Il était déjà bien clair que le parcours était plus ou moins combattant suivant les origines sociales et les conditions de vie. Mais de nombreuses formes de solidarité, d’entraide et de réjouissances collectives ont vu le jour. Cette fois c’est la débandade et le refoulement d’un esprit de révolte de plus en plus muselé. J’ai découvert, ces deux dernières années (depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes en particulier), l’emploi de plus en plus fréquent du terme « sidération » dans les compte-rendus militants ou journalistiques. Pour une fois, ce terme me paraît tout à fait adapté à la description de ce qui se passe en nous et autour de nous. Sidération face à l’accumulation de mensonges, de politiques répressives, de destructions sociales, de difficultés à gérer le quotidien… On aurait pu aussi utiliser le terme hébétude, mais sidération me semble tout à fait réaliste. Il y a un stade où face aux menaces arrivant de toutes parts à la fois, notre physique et notre mental éprouvent le besoin d’un repli sur soi illusoirement protecteur. Illusoirement protecteur car ceux qui ont bien l’intention de nous mettre au pas profitent de cet état non pour nous accorder quelques répits mais en rajouter une couche en matière de répression. Une petite couche de pandémie, une petite couche de terrorisme (la méthode du chiffon rouge agité face au taureau fonctionne à merveille) et l’on en profite pour essayer de mettre en place des mesures de plus en plus liberticides, tout en dénonçant le même genre de pratiques chez les « apprentis tyrans d’ailleurs ».

Face à cela, l’ajout de nouvelles craintes aux peurs ambiantes ne peut être qu’une catastrophe et il est plus que jamais nécessaire de mettre en avant les luttes, les gestes de révolte, les solutions concrètes au quotidien. Un petit rayon de lumière derrière l’obscurité envahissante. François Ruffin explique bien ce phénomène dans l’un de ses derniers bulletins vidéo : nos gouvernants s’appuient sur deux armes redoutables : l’amnésie et la peur. Oublier ce qui s’est passé avant (et qui était porteur d’espoir comme le mouvement des Gilets Jaunes) et avoir peur pour l’avenir (peur du terrorisme, des catastrophes naturelles, des virus, des autres êtres humains dans leur ensemble)… Quand par hasard on « commémore » un événement, c’est pour l’enfermer dans le poussiéreux placard aux souvenirs après l’avoir consciencieusement édulcoré. Chacun pour soi et tous pour le nouveau guide suprême qui nous emmène au Valhalla par des chemins connus de lui seul. Remarque au passage pour rassurer une fraction de mon lectorat : parler de Ruffin, ne signifie en aucun cas que j’ai le portrait de Mélenchon au dessus de mon lit !

 Ces réflexions me sont venues à l’esprit en mettant la dernière main à une réalisation à laquelle je tenais beaucoup. Dans un coin du jardin, nous avons construit une cabane et je viens d’en terminer l’aménagement avec quelques proches. L’extérieur était terminé depuis deux ans, mais il manquait un peu d’isolation et un aménagement intérieur. C’est chose faite et cela réjouit mon âme (encore) enfantine… Peut-être ce travail me permet-il aussi de jouer au philosophe retranché dans les bois, comme D.H. Thoreau l’a fait pendant une année dans la forêt de Walden… Je n’ai pas trop le tempérament à méditer et quelques heures de séjour comblent largement mes fantasmes ! J’ai baptisé pompeusement ce lieu nouveau « cabane des écrivains », mais, pour l’instant, j’ai passé plus de temps à m’y installer pour lire que pour écrire. La petite bâtisse s’est avérée aussi idéale pour faire des pique-niques avec la famille et les copains. Grâce à l’opacité du toit, les drones darmaniens ne savent pas encore ce qu’il y a dans nos assiettes et dans nos verres. Donc me voilà en plein trip cabane : dommage que mes mémoires se limitent à deux pages de calepin. Je m’y installerai pour raconter des histoires d’arbres ; il y a longtemps que je n’en ai pas publié dans ce blog.

Il n’est interdit à personne de rêver et, de surcroit, j’ai toujours aimé le jeu de rôle même si je ne m’y consacre plus guère. Cette année, le temps et l’argent attribués aux voyages ont été investis dans des travaux d’amélioration de notre confort quotidien (confort rustique, mais confort quand même à la mesure de nos ambitions). Je suis bien conscient des conditions privilégiées dans lesquelles nous traversons cette période de remous, mais les échanges verbaux avec les salades sont assez limités et ne remplacent en aucun cas notre besoin de rencontre sociale et d’évolution en liberté. Heureusement, nous avons des amis proches, très proches même sur le plan géographique. Mais comme les enfants, ce sont toujours les choses que l’on ne peut pas avoir qui nous manquent le plus.

NDLR : Merci à « La Belette » pour l’illustration numéro 2. Mille excuses pour l’auteur du dessin n°3. Je ne sais plus qui c’est, mais j’aime bien. Merci à ma compagne et à moi pour les photos d’ici (1, 4 et 5).

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2novembre2020

Hommage posthume (et tardif !) à Ursula Kroeber Le Guin

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; l'alambic culturel; mes lectures.

Depuis longtemps, les œuvres d’Ursula K. Le Guin occupent une place de choix dans ma bibliothèque, du cycle de « Terremer » aux romans du cycle de l’Oekumen comme « les dépossédés » ou « la main gauche de la nuit ». Puis je me suis mis à guetter les publications de cette grande dame de la Science Fiction américaine que nos éditeurs bien de chez nous traduisent au compte goutte, surtout depuis quelques années. J’ai fait l’effort de suivre son blog, en Anglais (malgré les difficultés que j’éprouve avec cette langue qui n’est pas vraiment la mienne) ; j’ai guetté les écrits nouveaux qu’elle proposait à ses lecteurs anglo-saxons, jusqu’au jour où j’ai appris que cette femme extraordinaire n’était plus, et qu’elle ne nous offrirait plus de nouvelles histoires pour fertiliser notre esprit. En guise de consolation, comme cadeau pour l’un de mes anniversaires, je me suis offert la réédition en un seul volume de « Books of Earthsee », bel ouvrage qui tient compagnie aux 5 ou 6 volumes de l’édition française. Au cours de sa carrière, Ursula K. Le Guin a touché à bien des domaines d’écriture. L’un de ses principaux champs d’intervention est la Science Fiction, indubitablement, mais ses essais sur le féminisme, l’écriture, la nature, sont également passionnants. J’aime beaucoup le qualificatif « d’anthropologie humanitaire » qui a été attribué parfois à l’ensemble de son œuvre. Cette appellation correspond par exemple de façon adéquate à l’une de ses œuvres peu connue en France « La vallée de l’éternel retour ».

Ces derniers jours, histoire d’alimenter ma nostalgie, je viens de lire attentivement l’un de ses derniers livres traduits, « Danser au bord du monde ». Il ne s’agit pas d’un roman, ou d’un recueil de nouvelles, mais d’une compilation d’essais, de conférences, d’introductions d’ouvrages qu’elle a rédigés au cours de sa carrière littéraire. Ce livre m’a successivement charmé, puis déçu, avant que je n’adhère définitivement à l’intelligence de son propos, souvent très proche de ma propre façon de percevoir le monde, même si je n’ai ni la culture, ni la sagesse profonde de cette écrivaine hors du commun. Je crois que dans mon esprit, des œuvres comme celles d’Ursula Le Guin, Elisée Reclus, Pierre Clastres, Emma Goldmann, Célestin Freinet, Vandana Shiva (j’en oublie sans doute beaucoup !) sont les pierres de taille sur lesquelles s’est construit mon mode de pensée, mon éthique pour apprivoiser ce monde que j’ai parfois bien du mal à comprendre.

 Dans ce recueil, « danser au bord du monde », on trouve vraiment de beaux textes, dans lesquels sont exprimées des pensées profondes, souvent très clairement énoncées, comme j’aime les appréhender. A travers quelques phrases simples, elle ouvre parfois d’une chiquenaude des brèches dans des cloisons de papier, mais elle enfonce aussi de véritables murs en pierre de taille qui nous emprisonnent dans notre quotidien. Bien qu’elle ne soit étiquetée ni philosophe, ni sociologue, ni ethnologue (comme sa mère, la célèbre ethnologue Theodora Kroeber), mais rangée dans la catégorie des « simples auteurs » de littérature, qui plus est dans le sous-tiroir de la Science-Fiction (genre méprisé s’il en est dans ces salons littéraires où l’on essaie de régenter les modes de pensée), pour moi, Ursula Kroeber Le Guin se situe dans la cour des grands, celle des penseurs dont l’apport intellectuel fait progresser l’humanité d’un grand pas en avant.
Dans le même ouvrage, on trouve également quelques textes que j’ai trouvés de moindre intérêt (ou bien trop hermétiques parce que faisant référence à des codes que je ne possède pas). J’avais éprouvé la même sensation en lisant un autre recueil, « le langage de la nuit », à l’intérieur duquel on peut trouver aussi quelques pépites philosophiques. Si je veux dépeindre un état des lieux un tant soit peu honnête de mes relations avec l’œuvre de cette auteure, je dois dire aussi qu’il y a quelques rares titres auxquels j’ai eu un peu de mal à accrocher. Cela n’est guère surprenant lorsque l’on connait le nombre élevé d’ouvrages qu’elle a écrit, y compris dans le domaine de la littérature jeunesse (la fameuse série des « chats »).

 C’est l’importance de cette œuvre qui m’amène à placer Ursula K. Le Guin, sur une marche plus élevée que d’autres écrivaines anglo-saxonnes dont j’ai apprécié également les écrits. Je pense à des personnes comme Vonda Mac Intyre, Elisabeth Vonarburg ou Marion Zimmer Bradley. Les mauvaises langues parmi les connaisseurs des ouvrages de Mme Le Guin, diront sans doute que – parmi tous ces noms cités – mon auteure préférée est la seule à faire référence, à plusieurs reprises, à l’anarchisme, outre l’écologie et le féminisme… Je reconnais que l’identification aux idées de certains penseurs libertaires rejoint l’un de mes chevaux de bataille et n’est pas pour me déplaire. Rares sont les auteures, surtout dans le domaine de la littérature romanesque, à faire état d’une culture politique aussi solide que celle de Mme Le Guin, et à l’absence totale de pudeur à faire référence à des idées qui ne sont pas toujours en odeur de sainteté dans nos sociétés où il est convenu et apprécié de rester dans le « politiquement correct ». Je me fais le plaisir de vous signaler, au passage, que la trilogie « dons », « voix », « pouvoirs » qu’elle a rédigée, propose une réflexion tout en douceur sur le thème de la fascination des foules pour un quelconque leadership, et la manière dont l’image du héros prend une place prépondérante dans l’imaginaire populaire. Il s’agit à la fois d’une manipulation des médias au service de l’élite, mais aussi d’une aspiration du commun des mortels à trouver une idée à laquelle adhérer, un homme ou une femme providentielles à suivre aveuglément… Thèmes tout à fait d’actualité quand on voit les gesticulations des sites d’informations pour essayer de promouvoir d’hypothétiques « porte-parole » responsables (mais non choisis par ceux qu’ils sont censés représentés), après des phénomènes de société comme « Nuit debout », « Occupy Wall Street », ou la protestation au long cours du mouvement social des « Gilets Jaunes ».

 Beaucoup d’entre nous sont encore convaincus•ues que nous ne sortirons de la crise actuelle que lorsque nous aurons un leader charismatique… Un jour Guevara, un jour Tsipras, Moralès, Mélanchon, ou tout autre vedette à l’éloquence proverbiale. Peu sont conscients du fait qu’une fois ces personnalités installées dans le fauteuil du pouvoir il est fort difficile de les en déloger tant elles-mêmes sont convaincues de l’importance de leur rôle ! Ce phénomène est compréhensible lorsque l’on sait que toute notre éducation a consisté en un formatage à ce mode de pensée. Je m’éloigne de cette bonne vieille Ursula, mais pas tant que ça quand même. Il serait d’ailleurs regrettable d’assimiler cette grande dame à une vulgaire propagandiste pour une idée quelconque. Son œuvre est traversée par différents courants de pensée et ne témoigne d’unité que dans le sens de la permanence de ses interrogations. Le portrait qu’elle dresse d’une société « libertaire », à travers l’étude du mode de vie des habitants de la planète Anarres (roman « Les dépossédés ») n’est guère indulgente à l’encontre des idées de ces libertaires qu’elle affectionne pourtant au fil de ses réflexions.

 Ursula Le Guin est également influencée par la philosophie taoïste, et marquée par un pessimisme profond à l’encontre de l’attitude de notre société face à la crise écologique. Mais elle jouit avant tout du privilège de l’écrivain qui est celui de pouvoir jouer à l’apprenti sorcier et de manipuler des idées comme on effectue des mélanges improbables dans des éprouvettes. Un exemple pour conclure ce billet : sur l’un des mondes imaginaires qu’elles dépeint dans son roman « La main gauche de la nuit », les individus n’ont pas d’identité sexuelle marquée pendant la plus grande partie du temps. Ils deviennent « mâle » ou « femelle » avec un développement temporaire des organes nécessaires à la fonction de reproduction que pendant une brève période, le « Kemmer », à intervalle régulier. Cette période particulièrement animée terminée, chacun retourne à un état androgyne, sauf en cas de grossesse par exemple. Dans ce cas, les individus restent « femme » le temps de voir grandir le bébé et d’assurer le début de leur alimentation. Privilège de l’écrivain, mais privilège intéressant car il ouvre la porte à une réflexion passionnante sur le thème de l’identité sexuelle. Dans son recueil « Danser au bord du monde » Ursula K. Le Guin se livre à une autocritique plutôt amusante de son expérience. Le mouvement féministe a progressé depuis la publication de son roman, dans les années 60, et certaines de ses idées ont été soumises à un feu roulant de critiques !

Ursula Kroeber Le Guin nous a quittés le 22 janvier 2018 à l’âge de 88 ans. Elle a sans doute rejoint Ged l’épervier sur l’une des îles de l’archipel de Terremer. Nous continuerons l’exploration d’autres univers imaginaires sans elle malheureusement. Sa perception du monde témoignait d’une réflexion particulièrement riche ainsi qu’en atteste la citation que j’ajoute à cette chronique et qui me parait bien s’appliquer à notre fuite en avant de ces dernières décennies. Elle nous manquera encore plus pour cela.

  Nous savons où est l’avenir : devant nous. N’est-ce pas ? Il s’ouvre devant nous – nous avons un grand avenir – nous y entrons d’un pas assuré à chaque début d’année universitaire ou électorale. Nous savons aussi où est le passé : derrière nous, n’est-ce pas ? Si bien que pour le voir, nous devons nous retourner ; comme cela interrompt notre continuelle progression vers l’avenir, notre continuel progrès, c’est une chose que nous n’aimons pas beaucoup faire.
Il semble que les peuples des Andes de langue quechua, aient de tout cela une perception très différente. Pour eux, le passé est ce qu’on connait déjà, il est donc devant, sous notre nez. C’est un monde de perception, plus que d’action, une intuition plus qu’une progression. Comme ils sont tout aussi logiques que nous, ils disent que l’avenir est derrière – derrière votre dos, par dessus votre épaule, car l’avenir est ce qu’on ne peut pas voir, à moins de se retourner, le temps d’un coup d’œil en quelque sorte. Parfois, vous le regrettez, parce que vous avez vu ce qui était sur le point de vous sauter dessus… Aussi, tandis que nous entrainons les peuples andains dans notre monde de progrès, de pollution, de soap operas et de satellites, eux reviennent vers l’arrière – ils regardent par dessus leur épaule pour voir où ils vont.
Il me semble que c’est une attitude intelligente et pertinente. Elle a au moins le mérite de nous rappeler que la formule « aller de l’avant » pour parler de l’avenir est une métaphore, un élément de pensée mythique interprété au pied de la lettre, voire un bluff fondé sur une crainte mâle d’être inactifs, réceptifs, ouverts, tranquilles, immobiles. Nos horloges intranquilles nous font croire que nous fabriquons le temps, que nous le maîtrisons…
(extrait de « danser au bord du monde » p 171).

Crédit photos : 1/ site biography.com – 6/ © Ursula K. Le Guin Literary Trust

Des liens passionnants :
https://fantasy.bnf.fr/fr/comprendre/ursula-k-le-guin-une-femme-au-sommet-de-la-fantasy/

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29octobre2020

En rentrant de l’école, pense bien à faire la bise à mémé !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

L’empereur de la Macronie en a décidé ainsi : le salut de la nation passe par le reconfinement allégé (sans matière grasse). Le salut de l’économie, primordial, passe par le travail et par l’école, profits obligent. Et comme, malgré tout, le profit passe avant la santé publique, nous voilà relancés dans une entreprise boiteuse, tardive et guère logique. L’oukase du chef, comme à l’armée, tient lieu de logique imparable. On ne peut rien attendre d’autre d’un gouvernement de mercenaires chargé de faire le ménage dans les services publics, de faire disparaître les épines qui pourraient encore gêner les grandes enjambées de ses copains multi milliardaires. Le capitalisme d’antan possédait une arme redoutable pour résoudre les situations sociales tendues : la guerre. Nos modernes idéologues libéraux ont complété la panoplie en ajoutant le terrorisme et les pandémies. Le peuple, absorbé par des questions de survie parfaitement légitimes, abruti par des médias de plus en plus méprisables, courbe l’échine et obéit passivement. La chausse-trappe est habilement conçue : pourquoi protester contre des mesures qui vont dans le sens du « bien public » ? Etre assimilé à un crétin congénital qui hurle au « complot mondial » ou, pire encore, « faire le jeu du terrorisme » en ayant des opinions différentes de celles de notre sauveur suprême. Honte à toi, malheureux, qui pense qu’une véritable politique de prévention passe par la pédagogie et non par la répression ; par la décision collective et responsable plutôt que par l’obéissance aveugle à un oukase promulgué par un clown omnipotent qui change d’avis comme de chemise payée par ses propres sponsors. Bravo à François Ruffin pour son intervention lucide à l’assemblée. Je pense effectivement que la population de ce pays et des pays voisins dont nous ne sommes séparés que par des frontières artificielles, mérite mieux. Quel terrible gâchis d’intelligence collective. Car je ne crois pas du tout (comme l’a proclamé l’un des sinistres animateurs de plateau télé) que la population de ce pays soit d’un niveau « CE1-CE2 ». Il suffit de visionner le film « J’veux du soleil » sur les Gilets Jaunes pour avoir une toute autre vision de la situation !

Ce sont presque les mêmes restrictions de liberté qu’en mars, sélectionnées par le même collège de Jésuites énarques, estimant qu’un restaurant est un lieu de contamination mais pas une cantine surchargée ; que les étudiants ont un comportement à risque, mais pas les lycéens ; que les écoliers n’ont jamais contaminé personne ; que les librairies sont des foyers d’infection mais pas les bureaux de tabac ; que les locaux de travail sont des lieux bénits et particulièrement sains, contrairement aux espaces naturels ; que le vélo est le pire moyen pour attraper la saloperie ambiante… Ils sont payés combien tous les mois les gens qui élaborent ce genre de circulaires ? Je parie que le seul motif qui va pousser à soulever le couvercle de la marmite ce sont les fêtes de Noël. Je prédis que, comme par miracle, la situation sanitaire va s’améliorer en décembre… Quant à la suite, eh bien on verra. Ce n’est ni la première fois, ni la dernière, que l’improvisation tient lieu d’art de gouverner. Encore que… Improviser, oui… mais ne pas oublier les règles essentiels dictées par le Marché. Comme le disait le patron d’une entreprise chinoise à ses cadres employés, « J’espère que, comme moi, le seul Dieu que vous adorez, c’est le Dieu Argent » (*)

Histoire de montrer que je ne suis pas le seul à penser du mal de la gouvernance actuelle, une petite citation piquée sur « Libération » (une fois n’est pas coutume !) :

Le choix de ce gouvernement, relayé par le Medef et qui est imposé, c’est celui d’une primauté à faire « tourner » l’économie : l’ensemble de la population doit donc travailler, consommer, aller dans les transports en commun… sans que soient réellement interrogés les impacts sur la santé des millions de travailleur·euses et de leurs familles.

Sur ce, je vous quitte, je vais me promener en vélo à dix kilomètres de chez moi. Histoire de flatter mon penchant pour l’illégalisme, je me paierai peut-être une petite virée à pied pour aller chercher un bouquin dans une librairie. Que des mensonges ! Va donc eh provoc !

Notes : (*) véridique… Il s’agit du patron de Huawei lors d’une conférence en Autriche.

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