8août2014

« Anarchists Against The Wall »

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; portrait de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Le travail remarquable d’un petit groupe d’activistes israéliens pour la défense des droits des Palestiniens

La tempête de feu et de destruction qu’a subi la bande de Gaza semble connaître un bref répit. Elément suffisant peut-être pour faire un pas en arrière et s’interroger sur le soutien qu’apporte le peuple israélien à l’action belliciste du gouvernement de droite ultra-conservatrice qu’il a élu. Les médias occidentaux nous vantent sur tous les tons l’adhésion d’une large majorité des citoyens à l’écrasement de toute volonté de résistance à l’occupation de la part des Palestiniens. Qu’une large fraction du peuple soutienne le massacre en cours, je veux bien le croire. Ce n’est pas la première fois que la propagande d’un régime totalitaire fait mouche. Je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’analyse du journaliste franco-israélien Michel Warschawski, publiée dans le journal suisse « Le courrier » : « Pour Israël, l’ennemi c’est la négociation ». Dans son texte, l’auteur étudie avec finesse la stratégie du gouvernement Netaniahu, et les différentes réponses que propose la société civile.
Il existe en Israël un courant d’opposition minoritaire mais néanmoins très actif. Parmi toutes les organisations, connues ou méconnues, qui forcent l’admiration, car il n’est jamais facile d’aller à contre-courant dans un pays en guerre, j’ai choisi aujourd’hui de vous parler du petit groupe « Anarchists against the wall » (« Anarchistes contre le mur ») et du travail remarquable auquel se livrent ses militants depuis plus d’une dizaine d’années. Tous les Israéliens ne marchent pas au pas derrière les chars de Tsahal; tous les Juifs ne sont pas Sionistes. Evitons les amalgames rapides.

AATW image 1 Le jeudi 24 juillet 2014, une vingtaine de militants de cette organisation ont bloqué l’entrée d’une base de l’Armée de l’air, dans le Nord de Tel-Aviv. Les manifestant·e·s se sont allongé·e·s sur la route conduisant à cette base, le visage masqué de blanc taché de sang. L’objectif était de marquer, de façon non-violente, l’opposition aux bombardements meurtriers de la population civile de Gaza, et d’arriver à retarder, ne serait-ce que de quelques minutes, le décollage incessant des chasseurs-bombardiers. L’intervention de la police militaire ne s’est pas faite attendre et tous les manifestants ont été arrêtés. Certes, ce genre d’action peut paraître insignifiant, à l’échelle de la catastrophe humanitaire en cours, mais elle a le mérite de rappeler à l’opinion publique qu’il existe des voix divergentes. Plus d’une cinquantaine de refus d’incorporation ont été constatés : tous les jeunes israéliens ne souhaitent pas se souiller les mains en faisant le « sale boulot » pour le compte d’une bande de politiciens nationalistes, réactionnaires et tout aussi intégristes que leurs ennemis du Hamas. Ils n’ont d’autre choix alors que de se réfugier à l’étranger, se cacher, ou être jugés et emprisonnés. Afin d’attirer l’attention sur leur action, ils ont adressé une lettre collective au gouvernement, dénonçant les agissements honteux de l’armée israélienne dans les territoires occupés… Le nombre d’objecteurs de conscience refusant d’exercer un service armé s’élèverait à 2500 à 3000 jeunes par an, ces trois dernières années. Tant que l’opposition reste essentiellement orale ou écrite elle peut s’exprimer, au moins dans les médias plus ou moins marginaux. J’ai fait mention à plusieurs reprises de dénonciations véhémentes publiées dans les colonnes du quotidien travailliste Ha’aretz. Celui-ci fait relativement exception à la règle du « soutien sans faille à Tsahal ». On pourrait même se demander si certains de ces textes n’auraient pas été censurés en France, par nos médias zofficiels, soutiens quasi-inconditionnels de la politique du Likoud.

AATW image 2 Le mouvement AATW s’est constitué il y a une dizaine d’années, et a multiplié les actions « coups d’épingle » contre l’armée. Malgré la répression incessante, ses militant·e·s ne se sont jamais découragé·e·s, et leurs activités, toujours dérangeantes pour l’establishment, même si elles ne sont guère relayées à l’étranger, montrent qu’il y a quand même quelques grains de sable pour essayer de gripper le rouleau compresseur sioniste. Je voudrais dresser une brève rétrospective de leurs interventions les plus marquantes dans le paysage politique israélien, en précisant qu’il s’agit pratiquement toujours d’actions sur le terrain, la non-violence et la résistance passive étant les choix les plus fréquents de mode d’intervention. Quand on sait les risques que l’on court à s’opposer aux militants conservateurs, aux colons nationalistes et aux militaires de Tsahal, cette particularité mérite d’être signalée. Il est toujours plus facile de s’indigner sur le papier que face aux marionnettes casquées et armées. Les militant·e·s d’AATW sont intervenus fréquemment dans la zone du village de Bil’in. Situé en Cisjordanie, à 12 km à l’Ouest de Ramallah, ce village a été l’un des symboles de la résistance palestinienne contre la colonisation israélienne. En 2006, plus de la moitié des terres de ce village ont été confisquées et dévastées en vue de construire le mur de la honte ainsi que de nouvelles colonies. Des manifestations hebdomadaires de protestation ont été organisées sur une longue période. Les villageois, aidés par des activistes venus de tous les pays, ainsi que par des militants d’AATW, ont fini par remporter, en 2007, une victoire historique contre les occupants : la haute-cour israélienne leur a (pour une fois) donné raison et a bloqué l’extension des colonies existantes. La lutte pacifique menée par des militants déterminés a permis d’obliger l’état israélien à reculer, à démolir certaines constructions illégales et à modifier le tracé de construction du mur, de manière à ce que les terres que l’on a condescendu à bien vouloir laisser aux villageois palestiniens soient regroupées. Le Comité populaire de Bil’in et le mouvement « Anarchists Against The Wall » ont reçu, en 2008, la médaille Carl Von Ossietzky, attribuée chaque année par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, aux organisations suscitant des initiatives qui font avancer les droits fondamentaux des citoyens de cette planète. Il s’agit là sans doute du premier coup de projecteur qui a été donné sur l’action d’AATW.

AATW image 3 Cette même année 2006, en novembre, une trentaine de manifestants ont occupé des tanks et des bulldozers dans un camp militaire à la frontière de la bande de Gaza  pour protester contre le massacre de Beit Hanoun. Les activistes sont montés sur les engins qu’ils ont recouverts de banderoles dénonçant les agissements de l’armée et de photos des victimes palestiniennes. Cette action s’inscrivait dans le cadre d’un mouvement national de protestation auquel participent d’autres groupes israéliens comme Gush Shalom ou Women’s coalition for peace… Les actions à Bil’in et dans la périphérie se multiplient et ne vont pas sans heurts. Une tour de surveillance est occupée en avril 2007 ; la police intervient sans ménagement et fait un emploi massif de gaz et de balles en caoutchouc. Plus de 20 militants sont blessés parmi lesquels la prix Nobel de la paix Mairead Corrigan Maguire, d’origine irlandaise.
En 2008, d’autres actions ont lieu dans le village de Ni’ilin, pour protéger l’intégrité des terres agricoles. Le bilan de ces actions est lourd : blessures, arrestations, emprisonnements… En juillet 2008, un vigile recruté par le ministère de la défense, n’hésite pas à tirer à balles réelles sur un cortège de manifestants désarmés. En 2009, le village de Ma’asara s’ajoute à la liste des lieux où ont lieu des démonstrations hebdomadaires pour témoigner de la résistance des Palestiniens au démantèlement de leurs communautés de vie. Sur le site de l’organisation AATW, les communiqués se suivent et se ressemblent : répression, arrestations, blessures par dizaines… La presse internationale est bien discrète sur les exactions commises par les colons et leurs soutiens institutionnels : maisons rasées, terres agricoles brûlées, plantations d’oliviers arrachées… La Résistance sur le terrain se poursuit cependant avec des méthodes non-violentes bien qu’il y ait parfois des dissensions entre les militants sur l’opportunité de continuer à jouer la stratégie du pot de terre contre le pot de fer.

AATW image 4 En novembre 2009, pour commémorer la chute du mur de Berlin, les militants démantèlent quelques éléments du mur construit à Ni’ilin. C’est la première fois, depuis qu’Israël a commencé la construction de la muraille, en 2002, que les opposants réussissent à en briser quelques éléments. L’un des participants, Moheeb Khawaja, a déclaré : « Il y a vingt ans de cela personne n’aurait pu penser que le mur qui séparait en deux la ville de Berlin pouvait être renversé. Pourtant, en deux journées du mois de novembre, cela a été fait. Aujourd’hui, nous avons aussi montré que cela pouvait avoir lieu ici et maintenant. C’est notre terre, derrière ce mur, et nous ne l’abandonnerons pas. Nous gagnerons pour une raison bien simple : la justice est de notre côté ».
Difficile de citer toutes les actions de solidarité auxquelles participent les militants d’AATW, tant elles sont nombreuses. La partie actualité du site internet de l’organisation est mise à jour lorsque c’est possible : trop à faire, trop peu de militants et l’action passe en priorité sur l’information… La liste des morts s’allonge aussi du côté des militants palestiniens. Chaque année on commémore le début de la résistance commune à Bil’in ; chaque commémoration donne lieu à de nouvelles arrestations… La non-violence tient toujours malgré les provocations de l’armée israélienne, dont certaines unités se sont fait une spécialité. En mai 2012, un officier israélien membre de l’unité d’élite Metsada chargée de missions « spéciales » de prévention, reconnait que ses hommes ont jeté des pierres sur les soldats israéliens présents à Bil’in pour forcer ceux-ci à faire usage de leurs armes contre les manifestants pacifistes…

AATW image 5 Ces dernières années, le gouvernement israélien a changé de tactique à l’égard de certains mouvements d’opposants solidaires avec les Palestiniens. La violence ne suffisant plus, les procès se multiplient et les amendes aussi, visant à asphyxier toute velléité de résistance. Sur son site internet, AATW a lancé un appel à la solidarité internationale pour faire face à des dépenses toujours plus nombreuses… Les besoins sont estimés à 1500 dollars chaque mois pour pouvoir fournir une assistance juridique aux militants et sympathisants arrêtés. La solidarité telle que la conçoit AATW ne s’arrête pas aux modestes limites de son groupe et les détenus palestiniens sont aidés chaque fois que cela est possible. Je vous invite à lire en détails la page « qui sommes-nous » rédigée par l’organisation. Elle a le mérite d’exister en version française. Le groupe AATW a le mérite aussi de débattre du rôle que peuvent jouer des militants issus du camp de l’occupant en solidarité avec les « occupés » et a tenté d’adopter à ce sujet une position originale. En aucun cas, les militants opposés au mur de l’apartheid ne doivent se substituer aux Palestiniens dans ce qui est leur combat. Ils n’ont pas un rôle moteur à jouer, mais doivent se présenter comme un appui. L’objectif de leur action est clair lui aussi : il ne s’agit pas, comme pour d’autres organisations, d’un combat mené pour que les citoyens israéliens puissent vivre enfin en paix, mais d’un combat pour que justice soit rendue au peuple palestinien. Ce choix situe l’engagement des militants d’AATW à un tout autre niveau sur le terrain, même s’ils ne se font aucune illusion sur leur importance numérique et sur leur impact face au rouleau compresseur de la machine de guerre israélienne.

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addenda – à propos de la non-violence, extrait du livre « anarchy alive » d’Uri Gordon (Editions Atelier de Création Libertaire 2012)
« L’action directe en Palestine-Israël soulève deux points spécifiques concernant la violence politique. [...] Aujourd’hui, les anarchistes israéliens et internationaux n’entreprennent que des actions non-violentes et Palestine. Ce choix de la non-violence joue là un rôle tout à fait différent de celui qu’il tiendrait dans un pays du G8, par exemple. Il prend place dans un décor constitué par un conflit extrêmement violent, dans lequel la lutte armée s’avère plus la norme que l’exception. En même temps, l’ISM et d’autres organisations (tout comme les lois internationales d’ailleurs) reconnaissent la légitimité de la résistance armée tant qu’elle ne s’en prend pas à des civils. D’une façon intéressante, la « diversité des tactiques » met, dans ce cadre, les anarchistes dans une position plus confortable que celle d’un pacifisme strict. En s’engageant dans des actions non-violentes, sans pour autant dénoncer l’opposition armée, les libertaires israéliens ont, à leur manière, accepté une certaine diversité des tactiques. Certes, dans ce cas, ce sont eux qui prennent l’option non-violente. Ils contrebalancent ainsi l’accusation consistant à avancer que ladite diversité n’est qu’un euphémisme visant à défendre la violence. Il s’agit aussi d’octroyer une visibilité, de faire en sorte que le public occidental puisse identifier des aspects de la lutte des Palestiniens qui ne sont pas violents.
Le second point concerne le degré, rare, de violence étatique que subissent les anarchistes israéliens et internationaux. Celle-là est à la source d’un grand nombre de stress post-traumatiques et d’épuisement dans leurs rangs… »

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31juillet2014

Local, équitable, artisanal, durable… Bien ! Mais pour quelle clientèle ?

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Le clairon de l'utopie.

Un questionnement plus qu’une démonstration, sur des problèmes dont la solution paraît « évidente » à certains avant-gardistes mais pas au commun des mortels…

textile Bangladesh La plupart des grandes sociétés de vente par correspondance ou des grandes surfaces spécialisées, en particulier dans le secteur du textile, font fabriquer leurs produits au Bangladesh, au Pakistan, au Vietnam, ou dans d’autres « paradis » industriels où la main d’œuvre est peu coûteuse, ainsi que taillable et corvéable à merci. La qualité est souvent tirée vers le bas, les produits chimiques autorisés pour traiter les textiles pas toujours conformes aux règles de bien portance aussi bien pour ceux qui fabriquent que pour ceux qui s’en servent après. Peu importe : dans ces conditions, je peux acheter un T-shirt à 3 ou 4 euro, un pull-over pour une dizaine d’euro… et ainsi de suite. Cette politique d’abaissement des coûts de production a mis à mal l’industrie textile en France et dans une bonne partie de l’Union Européenne.

Consommateur un peu plus « branché » et exigeant, je préfère que mes sous-vêtements soient en coton bio. Je ne suis pas vraiment certain de la qualité de ce que j’achète, mais j’apaise ma conscience moyennant un petit investissement supplémentaire : le prix est grosso modo le double, parfois un peu moins. Disons que mon T-shirt bas de gamme coûte maintenant 6 euro. Je gagne le SMIG ou à peine mieux, c’est à dire environ 7,50 € net de l’heure (c’est le net qui m’intéresse, pas le brut, car c’est avec le net que je remplis mon chariot au supermarché). Cela veut dire qu’avec une heure de travail je peux me payer presque deux T-shirt bas de gamme made in « loin d’ici » ou un « coton bio » made in « pas ici en tout cas ».

Logo-GOTS Consommateur très averti, très exigeant et surtout très militant, j’ai décidé d’acheter bio, local et si possible fabriqué dans un atelier autogéré ou une coopérative pour que les salaires versés aux actifs soient d’un montant honorable… Plein d’arguments éthiques jouent en faveur de ce choix ; quelques arguments économiques aussi : durée de vie plus longue du produit mieux fini et réalisé avec des fils de qualité et une teinture stable. Au cas où j’ai la peau sensible, il est probable aussi que j’économiserai une consultation chez le dermatologue, bien que les allergies aux différents bains chimiques utilisés pour fabriquer les vêtements bon marché, soient, à ma connaissance, relativement rares. Par contre, c’est là où le bât blesse, il est fort peu probable, si je fais ce choix, que je sois payé au SMIG horaire. Autant vous le dire tout de suite, aucun des produits que j’ai pu trouver sur le Net ne répondait à ces critères quelque peu utopistes. Le plus approchant de mon cahier des charges, sans citer de marque, s’approche des 30 euro pour un T-shirt et des 60 euro pour un sweat en coton. Je ne parle pas des pulls en laine de mouton. Si je gagne le salaire que les employeurs versent avec générosité à leurs ouvriers français, ce n’est plus une mais quatre heures de travail qui sont nécessaires pour acheter un T-shirt. Il devient difficile d’imaginer quelqu’un qui touche le SMIG s’équiper dans ces conditions-là. Certes, il y en a qui privilégient leur bagnole ou leur « home-cinéma » et qui, pour ces dépenses prestigieuses, ne comptent pas. Certes on pourrait tenter le discours moralisateur genre : « si tu roulais pas dans une bagnole neuve qui te coûte un bras tous les mois, tu pourrais manger du jambon bio une fois par semaine, et acheter des pulls « made in local » qui dureraient toute ta vie, à condition qu’une armée de mites ne rentre pas dans ton armoire… » Ce genre de démarche ne peut, à mon avis, qu’être purement individuelle et je vous laisse le soin de développer vos sermons quelque part sur la montagne. Dans un premier temps, cela signifie que la production locale, artisanale, de qualité, ne survit qu’avec des consommateurs plutôt fortunés.

revendication ringarde ? Il faut alors réfléchir sérieusement à ce que l’on raconte. Il devient difficile de mettre dans le même panier au nom de la décroissance, les éléments suivants :
- se battre pour les hausses de salaire c’est ringard, c’est bassement matériel et cela contribue au pillage de notre belle planète ; il faut privilégier une vie sous le signe de la sobriété ;
- il faut par ailleurs encourager l’économie solidaire et locale, créer de l’emploi dans les zones rurales, revaloriser le travail artisanal, encourager la production écologique plus respectueuse de l’environnement… Encore faut-il que le consommateur ait les moyens de le faire.

Que veut-on réellement mettre en place ? Un artisanat de luxe, réservé au consommateur averti et fortuné, ou une production de masse destinée à Monsieur Tout-le-monde ? L’artisanat de luxe ça n’a rien de nouveau… Du temps de la monarchie, les céramistes, les soyeux, les orfèvres… vivaient déjà grâce aux subsides d’une classe sociale qui avait des goûts étriqués mais un portefeuille assez facilement ouvert. Rien de neuf à ce stade-là. Mais il y a quand même une sacrée réflexion à avoir sur le problème. On ne peut pas évacuer d’un simple trait de crayon, les baisses de coût engendrées par la production en série. L’image du valeureux tisserand installé dans sa chaumière ardéchoise et fabriquant avec amour la couverture ou le pull-over qui va être vendu sur le marché local a la vie dure. La réalité est plus crue : même si le modèle n’est pas individualisé et n’a pas fait l’objet d’une étude de dessin particulière, il faut bien compter une dizaine d’heures pour le processus complet de fabrication d’un gilet ou d’une veste. Je ne suis pas un expert, mais je ne suis pas tombé de la dernière pluie non plus. Mon valeureux façonnier souhaite être rémunéré 15 euro net de l’heure, et il a quelques malheureuses charges à payer : faites le calcul du prix de revient, seulement de la main d’œuvre ! Ajoutez à cela l’éleveur de mouton, en amont, qui souhaite tirer un prix correct de la toison de ses bêtes ; n’oubliez pas la filature, car il est difficile de faire un pull directement avec une toison ; une pincée de frais pour le transport et la commercialisation du produit ; c’est alors une dizaine de journées de travail qui sont nécessaires au Smicard pour payer la facture.

pain quotidien Vous me direz que je caricature un peu le processus ; je le concède volontiers, mais en calculant mieux, vous ne réduirez pas beaucoup le montant final. Il faut donc arrêter de se bercer avec des images et s’intéresser à des facteurs bassement matériels, tels que, par exemple, la viabilité économiques de certains projets. Pour la suite de mon exposé, je vais quitter le domaine de la production artisanale, que je connais mal, pour revenir au domaine agricole qui est actuellement porteur d’un certain nombre de rêveries aussi. Dans notre démarche de recherche d’une consommation intelligente, nous avons croisé un certain nombre de producteurs dont la démarche ne nous semblait absolument pas viable dans les conditions actuelles. Le manque de sérieux du projet vient parfois de l’angle sous lequel il est étudié. Pour éclairer ma démonstration je vais choisir un exemple simpliste, mais du coup facile à comprendre : celui du futur paysan-boulanger désireux de vendre du pain à des réseaux locaux, constitués, a priori, de consommateurs guère plus fortunés que lui. Il y a deux façons d’engager la démarche. La première c’est de se dire qu’il est raisonnable de vendre un kilo de pain bio autour de 5 euro. Partant de là, on se livre à une étude de marché : combien de pains faut-il que je fabrique pour dégager un revenu suffisant ? Combien d’heures de travail cela représente-t-il de la charrue jusqu’au fournil ? La part du travail est évidemment prépondérante, l’avantage pour le paysan-boulanger étant qu’il est son propre fournisseur, et ne doit donc pas supporter le coût d’achat de la matière première… On se rend vite compte qu’il faut envisager très vite une production conséquente pour arriver à joindre les deux bouts de la ficelle. Cette production est-elle réalisable dans des conditions horaires acceptables ? Là se situe la question. Deuxième façon : on fixe le prix du kilo de façon à obtenir un revenu correct avec une production modérée… Je repose alors la question figurant dans le titre de ce billet : qui achète ? Quels sont les clients potentiels ?

FDJ OBESE HT 1 Cette question mérite qu’on s’y attarde un peu d’ailleurs… Je n’ai pas sous la main d’étude sociologique détaillée de la clientèle qui fréquente assidument les marchés bios, les supermarchés spécialisés, les AMAP, les ventes à la ferme… Je suis donc obligé de me baser sur des observations personnelles (donc discutables). Nous fréquentons depuis des années un point de vente à la ferme type AMAP. Il me semble que la clientèle est constituée pour une large part de gens qui n’ont pas de problème majeur de revenus (des enseignants par exemple, ou des cadres moyens et supérieurs), et pour une faible part de clients ayant des revenus modestes mais ayant fait le choix de placer l’alimentation de qualité parmi les postes budgétaires prioritaires. Mais l’étude de la relocalisation de la production ne peut pas se limiter au secteur alimentaire. Le problème de la nourriture est en effet bien particulier car se glisse derrière, comme facteur d’influence, celui de la santé. De plus en plus de gens savent maintenant que l’équation Mac Do/pizza / nourriture industrielle n’est guère compatible avec l’option « santé durable ». De là à acheter des vêtements, du mobilier, des biens de consommation courante produits localement et dans des conditions de travail que l’on pourrait qualifier d’équitable, il y a un grand pas à franchir.

La solution partielle au problème passe sans doute par une réorganisation du marché : circuits courts pour la distribution des produits, définition d’un autre mode de compensation pour les échanges et surtout par une acceptation de conditions de vie relativement spartiates. Un système qui s’apparente à du troc, peut fonctionner assez facilement en milieu rural, dans de petites communautés mais devient plus difficile à mettre en place en milieu urbain, notamment parce que, sur ce terrain-là, les métiers d’utilité sociale discutable prolifèrent. Par le biais des S.E.L., une coiffeuse, une infirmière ou une électricienne peuvent échanger leurs prestations contre d’autres ou bien contre des denrées alimentaires. Moins évident pour la kyrielle d’employés de bureaux, d’agences, de banques… Dans les débats auxquels il participe ou dans les ouvrages qu’il a rédigés, Pierre Rahbi, que j’admire beaucoup, est d’ailleurs prolixe en matière d’économie rurale, mais évacue assez vite les problèmes liés aux concentrations humaines. Difficile pourtant d’ignorer que les grands centres urbains existent et que leur place, au niveau planétaire, est largement prépondérante. Rappelons, pour mémoire, que l’agglomération de Chongqing en Chine dépasse les trente millions d’habitants, et que, dans ce même pays, il y a une trentaine de villes de plus de deux millions d’habitants. « Small is beautiful » et sans doute plus facile à gérer… mais « small » c’était avant !

voisins de paniers Cette réorganisation du marché ne peut se faire que par une éducation des mentalités, et il y a un long chemin à parcourir. Je vous en parle à l’aise parce que j’estime en avoir parcouru déjà une partie, sans pour autant voir se rapprocher l’autre extrémité ! Pour l’instant je ne me vois pas survivre sans la pension mensuelle (certes de plus en plus chiche, mais elle existe encore pour quelques temps !) que me verse l’Etat pour mes bons et loyaux services. J’admire l’enthousiasme de ceux qui prétendent se passer d’argent, être auto-suffisants, régler tous leurs problèmes par le système D… J’admire l’abnégation et la grandeur spirituelle de ceux qui peu à peu se détachent de tout… Mais leur voie n’est pas la mienne. Quand j’ouvre les yeux, quand je regarde autour de moi, j’estime toujours que ce n’est pas à moi de faire le plus gros effort pour réduire mon empreinte carbone. Je ne vois pas pourquoi je me déplacerais en vélo sous la pluie quand je n’en ai pas envie, alors que mon voisin plus fortuné utiliserait sans scrupules son 4×4 flambant neuf rescapé du Paris-Dakar… Bouh l’égoïste ! Au piquet ! Il faut prendre garde à ce que les raisonnements concernant la décroissance ne s’adressent pas à une élite, mais réfléchir à des solutions qui soient progressivement adaptables à l’humanité dans son ensemble. Difficile, mais c’est comme ça…

J’espère ne pas être brûlé en effigie pour ces propos quelque peu iconoclastes dans la bouche de quelqu’un qui s’estime engagé dans une démarche de type écologique. Encore une fois, ce sont les membres de la tribu des « Yaka » qui me chauffent un peu les oreilles. Je n’ai nullement l’intention de remettre en cause une démarche que j’estime, sur le fond, d’une grande importance. Notre planète ne nourrira pas (au sens le plus large du terme) dix milliards d’ingénieurs de la Silicon Valley ou de patrons du CAC 40. Reste à savoir si l’on attend que la solution vienne d’un énième conflit mondial, d’une dictature sauce vert (de gris), de l’apparition d’un nouveau prophète, ou d’un choix collectif librement assumé. Personnellement j’ai fait mon choix…

Post Scriptum et Pre Criticum : je suis conscient du fait que ce billet, trop bref, ne fait que survoler une question dont l’étendue est aussi importante que la superficie de notre belle bleue. Je ne fais que partager quelques questions qui me turlupinent… et dont je trouve qu’on zappe un peu facilement les réponses.

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22juillet2014

Gaza, ne pas laisser l’indifférence s’installer…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Gaza Irak, Ukraine, Syrie, Lybie, Centrafrique, Tchad… et j’en oublie, tant il y en a de ces zones sur la planète où l’on joue au poker avec la vie de millions d’innocents. L’actualité nous submerge d’images terribles ; les unes effaçant les autres sans qu’il n’y ait de trève. La compassion et les larmes de crocodile des assassins qui dirigent le monde remplacent toute analyse politique. Un avion s’écrase ? On s’enquiert d’abord de savoir s’il y a des Français à bord. Des bombes rasent un hôpital ? On s’interroge pour savoir si l’attaque était légitime ou non. Certains lancent des roquettes, sans discernement paraît-il, on les qualifie de terroristes ; d’autres transforment une zone grande comme un département français, en un enfer pour la population civile, on parle de « représailles légitimes ». Au mieux, on se contente de renvoyer tout le monde dos à dos. C’est si commode ! Le gouvernement d’extrême droite de Netanyahu dicte ses ordres à ses amis indéfectibles, de Washington à Paris ; un gouvernement prétendument socialiste approuve en silence le massacre des civils de Gaza, mais ne tolère pas que l’on proteste sur son territoire et ferme les yeux aux agissements provocateurs de la tristement célèbre LDJ (Ligue de Défense Juive, interdite dans plusieurs pays). Il est impossible de critiquer le comportement de l’Etat d’Israël, sans être qualifié d’antisémite par les zélés défenseurs de cet état colonialiste…

C’est la guerre nous dit-on, et l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… L’armée israélienne est désolée, sincèrement désolée de toutes ces babures. Les défenseurs de Netanyahu sont intarissables : vous évoquez les exactions commises par Tsahal mais ne dites mot sur les malheureuses victimes du terrorisme islamiste… Triste argumentaire : il suffit d’observer les statistiques pour le démonter… Belle interprétation du « œil pour œil, dent pour dent » : quel est le rapport en termes de nombre de victimes ? Cent fois côté palestinien ? Et en terme de dégâts sur les infrastructures nécessaires à une vie quotidienne acceptable ? Qu’est-ce qui justifie l’emploi de bombes meurtrières DIME (Dense Inert Metal Explosive) dont les chirurgiens n’arrivent pas à extraire les éclats ?  Quand on terrasse un champ d’oliviers pour y construire une colonie, on se comporte de façon légitime ? Jamais la question fondamentale n’est posée : qui est l’occupant ? Qui est le colonisé ? Combien de temps encore ce cirque va-t-il durer ? Combien de bombes devront être encore lâchées ? Combien d’assassinats d’enfants et de vieillards faudra-t-il laisser commettre, avant que l’Etat d’Israël soit considéré comme ce qu’il est par la communauté internationale ? Qui est vraiment responsable d’une montée de l’antisémitisme (le vrai celui-là) et du retour sur le devant de la scène de discours tout aussi nauséabonds que scandaleux ? Je crois que la réponse est à chercher du côté des criminels de Tel-Aviv… Heureusement que le discours haineux du CRIF n’est guère représentatif de la communauté juive de France et que beaucoup ne se sentent plus représentés par ces propos racistes et paranoïaques…

Je n’ai pas l’intention de me lancer dans un long argumentaire sur la situation. D’autres l’ont fait et beaucoup mieux que moi. Je ne suis pas un « expert » mais un citoyen lambda qui exprime sa colère. Je ne voudrais pas que mon silence de ces dernières semaines passe pour une approbation quelconque de l’agression israélienne à Gaza. Je vous propose quelques liens intéressants pour compléter cette réaction épidermique. Les trois textes sont publiés sur « Altermonde sans frontières », le même jour. Beau tir groupé… En tout premier lieu, un très bon article , intitulé « moi aussi j’en ai marre » qui résume plutôt bien mes positions personnelles. En second lieu, un billet percutant exprimant la position sur le conflit d’un chirurgien français, le professeur Christophe Oberlin. Rien de tel enfin que de faire parler les cartes pour avoir une vision simplement « technique » du problème. Celles-ci sont très parlantes… Je vous invite aussi à visiter régulièrement le site de l’UJFP  (Union Juive Française pour la Paix) pour éclairer votre lanterne. Rien à voir avec le discours écœurant du concert des médias officiels, aussi bien audios que visuels. Quant à l’affirmation selon laquelle l’objectif final de l’opération conduite par Tsahal est de « tuer des Arabes », en grand nombre, et le plus vite possible, ce n’est point un leader du Hamas qui l’exprime, mais le journaliste israélien Gideon Levy du quotidien Haaretz…

Tant que le gouvernement israélien bénéficiera d’une impunité diplomatique internationale, la crise perdurera, les barbaries s’ajouteront aux barbaries… Le système du « deux poids, deux mesures » n’a jamais donné de bons résultats.

Note : je préviens que, pour cet article, les commentaires inconvenants ne seront pas publiés. La propagande des faucons de tout bord bénéficie de suffisamment de points de diffusion à l’heure actuelle. La photo choisie pour illustrer ce billet provient du site « Agoravox ».

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11juillet2014

Potins d’été (première stance)

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

• Passer outre la mauvaise humeur que provoquent ces pluies incessantes, ces plongées intempestives du mercure, et l’impossibilité – agaçante – de mener à bien les projets extérieurs.
• Se dire, qu’après tout, les instants de pause dans une vie plutôt agitée ne sont peut-être pas si regrettables que cela.
• Penser très fort que c’est peut-être l’occasion de se mettre au clavier (de l’ordinateur… le piano je l’ai abandonné il y a un demi-siècle) et de rédiger une petite chronique à lire, non pas au coin du feu, mais assis derrière la fenêtre à guetter un rayon de soleil…
• Se mettre à l’ouvrage – non sans difficulté – car la brume, la grisaille, le coton hydrophile, le feutrage des paysages poussent à l’indécision et à la morosité.

Les hirondelles qui ont niché à la grange, elles, ne sont pas affectées par les rigueurs climatiques. Sur la photo, elles sont rassemblées pour leur première leçon de pilotage ; elles ne prennent pas encore la poudre d’escampette !

Une belle réussite de l'année : le HLM à courges...

Une belle réussite de l’année : le HLM à courges…

Je relis les titres des billets – nombreux – que j’ai commencés ces derniers temps et, comme il se doit, souvent laissés en plan. Quelques bons titres, quelques thèmes aguichants, des idées qui mériteraient sûrement un développement plus étoffé comme le disait mon prof de philo. Rien qui me facilite vraiment la tâche. Besoin d’innover, comme une chatouille au creux de la main, mais le cerveau ne réagit guère à ce stimulus limite agaçant. Besoin de chercher de nouveaux espaces, de nouveaux thèmes, mais paralysie de la curiosité lorsqu’il s’agit de baguenauder et de trouver de nouvelles sentes à explorer. J’ai fait part, l’autre jour, de mon désir de mettre le blog en sommeil quelques semaines. Après tout, pendant cette période dite estivale, vous êtes moins nombreux à me lire et seuls les spammeurs et les agités du code expliquent raisonnablement les quelques pics d’audience depuis un mois. Tous les ingrédients sont donc réunis sur mon plateau pour que je saisisse ce prétexte bien commode du repos estival pour m’en aller conter mes histoires aux pinsons, aux escargots et aux poissons rouges de la mare. Mais je crois que pour une fois je ne choisirai pas cette solution de facilité. Je vais continuer à commettre quelques billets d’humeur ou d’exploration, au gré des vagues et des cumulo-nimbus.

Je pourrais me contenter, par exemple, pour n’avoir à consulter aucun dictionnaire, de vous conter ce qui se passe de palpitant à la maison au fil des jours… C’est l’objectif avoué de ces potins. Si ça vous lasse ou si ça vous agace, vous pouvez toujours aller temporairement visiter une autre crèmerie : il n’y a que l’embarras du choix.

Mamaz 1 Samedi dernier, en soirée, nous avons organisé notre cinquième « spectacle à domicile ». Le clou de la soirée, c’était la prestation d’un groupe de musique baptisé « les Mamaz » : deux chouettes filles qui chantent, chahutent, grimacent et jouent de divers instruments, accompagnées (on pourrait dire « supportées » dans les deux sens du terme) par un très bon pianiste aux talents insoupçonnés de comédien. Le spectacle s’intitule « et pourtant elles chiantent » et l’on peut dire de ce titre qu’il résume fort bien les acrobaties vocales, musicales et scéniques qui se sont joyeusement succédé pendant une heure et demie. Manon Lardanchet, Mathilde Combe et Joël Clément ont un vrai talent et mériteraient d’occuper une place plus importante sur les scènes trop discrètes de cette catégorie musicale confidentielle que l’on appelle parfois « chanson à paroles ». Allez faire un tour sur le site du groupe et vous comprendrez, un peu, pourquoi les amis présents et nous-mêmes avons tant apprécié la soirée. En tout cas, ce spectacle ne démérite pas des précédents et nous sommes assez fiers de notre programmation ! Avant ce morceau de choix, la mise en bouche, très réussie, était laissée aux soins d’un jeune pianiste classique talentueux, Denis Gravina, qui a interprété quelques pièces de Grieg, Mendelssohn et Messiaen. Si je vous dis qu’après ces réjouissances culturelles nous avons terminé la soirée en nous régalant devant un copieux buffet alimenté par tous les participants, c’est juste pour vous donner envie !

ciel d'orage Nos volontaires Help’x n’ont guère de travaux à effectuer ces derniers temps : c’est un autre effet direct de la météo très aléatoire que nous avons cette année. Les cueillettes de fruits rouges ont débuté bien plus tôt que l’année dernière, quant aux légumes, après des débuts prometteurs au mois de juin, ils trainent un peu la patte pour mûrir ces derniers temps. Le principal sujet d’actualité c’est la lutte contre les limaces et surtout les rats taupiers. J’avais déjà écrit sur ce sujet il y a quelques étés et je ne vais pas réitérer. En tout cas je deviens un expert en rat taupier, ce charmant (aarrgh !) petit rongeur que l’on appelle aussi campagnol terrestre. Ce sympathique animal de compagnie s’installe dans le sous-sol de votre jardin, se garde bien de montrer le bout de son museau, et fait des ravages considérables dans les cultures. Mon expérience de bac construit en « lasagnes » selon l’un des modèles préconisés en permaculture s’est avéré être une véritable catastrophe. Le seul vrai bénéficiaire du projet c’est (ou ce sont) un (ou plusieurs) campagnol(s), ravis d’avoir niché dans le bois mort bien au frais sous les couches de paille et de compost. Du fin fond de leur domaine, ils ont mis le quartier en coupe réglée. Les dégâts sont considérables : avant que je ne capitule et laisse ce micro-jardin en no man’s land, il (ou ils) a coupé plus d’une quarantaine de plants de légumes selon un hit-parade gastronomique très précis : céleris (une folie), betteraves (un régal), salades (miam), mais aussi aubergines, choux en tout genre, courgette… N’ayant que l’embarras du choix cet animal que j’ai surnommé Attila attend patiemment que la racine (ou le bulbe) soit suffisamment charnue avant d’engloutir le plant en le tirant vers le bas… Pour certains légumes, le monstre se contente des racines, pour d’autres, comme le céleri, l’ensemble du végétal est englouti. Arvicola Terrestris, je t’aurai !

jardin en bac Je hais donc le rat taupier et je commence à avoir des doutes sur certains façons culturales préconisées en permaculture, notamment l’absence de travail superficiel du sol et le fait de se contenter d’apporter des débris végétaux et du compost en surface. L’hiver très doux que nous avons eu cette année a favorisé la pullulation des rongeurs. Quant aux prédateurs, eux, ils ne sont pas pressés d’effectuer leur travail de régulation. Conséquence positive de mes coups de colère successifs, je crois bien que les chats, absents du paysage de la maison depuis quelques années, vont faire leur retour eux aussi. Histoire de faire plaisir aux végétariens, je me demande si le jardin, cette année, ne produirait pas plus de viande que de légumes… Il ne reste plus qu’à mettre au point la recette de la terrine limaces-courgettes et nous serons presque auto-suffisants. Ces charmantes bestioles sont suffisamment gluantes pour qu’il n’y ait pas besoin d’adjoindre un gélifiant au mélange. Beuark, rassurez-vous, ce n’est là qu’une menace en l’air. Mais il n’en reste pas moins que ces bestioles aussi sont de redoutables prédateurs. En une nuit, une seule limace a réussi à ratiboiser une quinzaine de plants de salades en godet… La charmante apprentie jardinière qui venait d’effectuer le délicat travail de transplantation d’un petit godet vers un grand ne manquera pas d’apprécier quand elle va s’enquérir de la santé des nourrissons de mon service néonatal. La coupable de ce méfait s’était gentiment cachée sous un pot… J’ai cruellement mis fin à son existence. Mon seul regret c’est qu’un hérisson ne se soit pas chargé du boulot à ma place, mais il y a des années et des années que nous n’avons plus croisé ces charmantes bestioles autrement qu’en tapis à clous au bord de la route. Insecticides, poisons divers et automobilistes aveugles sont responsables du massacre de l’un des auxiliaires les plus précieux du jardinier.

femme araignee Il pleut. J’écris, un peu. Je lis beaucoup et de grandes et belles choses. Je mitonne une petite chronique « lecture estivale », mais je ne résiste pas à la tentation de la faire précéder par un apéritif conséquent. Grâce au blog « Actu du Noir », j’ai découvert qu’Anne Hillerman avait repris la série de romans policiers écrite par son père Tony. Je partage l’avis de Jean Marc Laherrère : la transition est plutôt réussie. Les bouquins de la famille Hillerman (on peut dire comme ça maintenant) racontent les aventures de deux membres de la police tribale navajo, Joe Leaphorn et Jim Chee. Les intrigues servent de prétexte à dépeindre une immense fresque de la vie des indiens Navajos et Hopis dans les réserves que leur ont concédées les autorités gouvernementales américaines. Anne Hillerman a ramené au premier plan un personnage que son père avait créé dans les derniers volumes de la série, celui de l’agent Bernadette Manuelito, et cela crée une nouvelle dynamique dans la saga. La lecture de ce nouveau volume intitulé « la fille de femme araignée » m’a bien plu. Le style est différent mais les ingrédients qui ont fait que j’appréciais la série sont toujours rassemblés. Moi qui adore les personnages récurrents (à condition qu’ils présentent un intérêt quelconque bien entendu) me voilà ravi et impatient de voir la série continuer ! Parallèlement à ce roman policier, j’ai lu un autre ouvrage passionnant qui a pour cadre les réserves navajos, mais il s’agit cette fois d’une biographie… Le livre intitulé « le scalpel et l’ours d’argent » raconte la démarche de la première femme chirurgienne navajo qui a tenté de concilier deux cultures médicales apparemment inconciliables, celle de son peuple et celle que lui avait inculquée la faculté des blancs. Elle a cherché pendant des années à faire converger deux ensembles de pratiques que tout semblait opposer : la culture médicale traditionnelle n’a que mépris pour les rituels de guérison des peuples « primitifs » ; la culture navajo n’admet pas que l’on ouvre un corps pour guérir ou enlever un organe malade. Les résultats de son travail sont suffisamment exceptionnels pour que des facultés de médecine s’y soient intéressées dans le monde entier. Je trouve cette démarche riche en opportunités pour le futur : plus le temps passe, plus l’on découvre l’importance que joue notre cerveau dans la gestion des pathologies et en particulier dans leur guérison. Aussi amusant que cela puisse paraître, je trouve que les deux ouvrages se complètent !

Les hasards des échanges par mail m’ont aussi conduit à faire un peu de généalogie et à m’intéresser au parcours de mon grand-père paternel, mort au tout début de la guerre de 1914-18. J’ai découvert la difficulté qu’il y a parfois à mettre un nom sur la photo de quelqu’un que l’on n’a pas connu, surtout lorsque tous ceux qui auraient pu le connaître sont morts aussi. Par delà toutes ces commémorations nauséabondes, ces médailles de pacotille et ces hommages pompeux rendus par des politiciens tout aussi véreux que leurs ancêtres, il y avait des créatures de chair et de sang. Maudite soit la guerre en Palestine ou en Syrie en 2014, comme en France il y a un siècle.

A la revoyure (la périodicité de ces « potins estivaux » n’est pas encore fixée).

Post Scriptum : Référence des deux ouvrages cités : « La fille de femme araignée » de Anne Hillerman, collection Rivages Thriller, éditions Payot et Rivages, traduction de Pierre Bondil – « Le scalpel et l’ours d’argent » de Lori Arviso Alvord et Elizabeth Cohen Van Pelt, Indigène éditions.

 

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2juillet2014

Une étrange Reine de Palmyre au XIXème siècle

Posté par Paul dans la catégorie : aventures et voyages au féminin; les histoires d'Oncle Paul.

Les aventures Moyen-Orientales de Lady Esther Stanhope, riche aristocrate anglaise.

Hester_Stanhope Figure singulière que celle de cette riche aristocrate anglaise, nièce du célèbre William Pitt, qui termina son existence quasiment recluse dans un monastère en ruine qu’elle avait transformé en palais, au pays des Druzes, dans les montagnes du Liban… Personnalité suffisamment haute en couleurs, pour que notre bon Monsieur de Lamartine, lors de son « voyage en Orient » fasse des pieds et des mains pour la rencontrer et laisse, pour la postérité, un portrait élogieux de cette Lady devenue prophétesse dans l’ancien royaume de Palmyre. D’autres auteurs ont, depuis, tracé son portrait plus ou moins romancé… A travers le parcours singulier de cette femme se dessinent aussi les contours d’un siècle où la volonté de voyager, d’appréhender un monde nouveau et exotique, de vivre une vie raisonnablement aventureuse, est devenue une véritable mode au sein de la bonne société fortunée, que ce soit en France, en Grande-Bretagne ou dans de nombreux autres pays d’Europe. Ce que le parcours de Lady Stanhope a de différent des autres, c’est que c’est son orgueil, la haute opinion qu’elle avait d’elle même et le mépris dans lequel elle tenait une bonne part de ses contemporains, notamment dans l’aristocratie anglaise, qui l’a poussée à s’établir en Orient. Elle voulait un monde qui ne soit qu’à elle, à son image, un royaume à son entière dévotion où elle aurait pu jouer à sa guise avec la destinée de ceux qui l’entouraient. On peut considérer qu’elle atteignit partiellement son objectif et nous allons voir par quel cheminement !

William Pitt Esther (ou Hester) Stanhope est née en 1776 dans une riche famille de l’aristocratie anglaise. Son père est (entre autres) l’inventeur d’une célèbre presse à imprimer. Elle est aussi la nièce de William Pitt, premier ministre anglais, adversaire résolu des révolutionnaires français de 1789 puis ennemi acharné des menées napoléoniennes. Au décès de son père, Lady Stanhope se réfugie auprès de son oncle, et habite désormais le légendaire « 10 Downing Street ». Elle occupe une place prépondérante auprès du premier ministre, dont elle est à la fois la secrétaire, la conseillère et la gouvernante. Pendant une dizaine d’années, son influence sur l’entourage de Lord Pitt va être considérable. Elle est extrêmement rigoureuse et ne supporte guère les courtisans qui manœuvrent dans l’entourage de son oncle. Quoique habile politicienne, et diplomate subtile, elle n’apprécie aucunement l’hypocrisie et les mœurs dissolues de ceux qui se targuent sans cesse de morale et de religion. En 1806, William Pitt décède. Il a perdu la dernière manche de son combat contre « l’empereur de pacotille » des Français. La bataille d’Austerlitz s’est terminée par une victoire pour Napoléon. Tout va mal pour les Anglais, même s’ils ont, jusqu’à ce jour, réussi à contenir les ambitions invasives du souverain français. Pour Lady Stanhope, la situation se dégrade rapidement car elle ne bénéficie plus de la protection de son oncle et beaucoup de ceux contre lesquels elle a agi rêvent de vengeance ! C’est aussi la fin d’une certaine aisance financière pour la grande dame. Elle doit se contenter d’une pension peu généreuse et quitte Londres pour retourner en province où la vie est moins dispendieuse. Cette mise à l’écart la vexe considérablement, et, ne supportant plus la monotonie de sa nouvelle existence,  elle décide de quitter son pays sans plus attendre. Un jeune médecin, le docteur Meryon, l’accompagne. Il lui sera fidèle tout au long de son périple. Il sera son confident, mais aussi son biographe, sans qu’il n’y ait entre eux de relation amoureuse.

lady hester stanhope-malta En 1810, elle embarque pour Gibraltar où elle séjourne quelques temps, puis elle se rend sur l’île de Malte où elle fait la connaissance d’un jeune compatriote, Michaël Bruce, qui devient son amant. Le couple se rend alors à Athènes, le temps de mettre en émoi la bonne société. Le périple méditerranéen continue alors avec une longue escale à Constantinople, où elle est reçue avec égards par le Sultan Mahmout II. Elle fait un séjour enchanteur en Turquie, explorant les quartiers de la capitale en chaise à porteurs, et se livrant à de longues excursions en barque sur le Bosphore.

Changement de décor et premières péripéties à la fin de l’année 1811, lorsqu’elle décide de quitter la Turquie pour se rendre au Caire, en Egypte.  Le bateau qu’elle a choisi pour effectuer ce trajet fait naufrage au large de l’Île de Rhodes. Il faut un certain temps pour que les survivants dont elle fait partie soit enfin secourus puis conduits jusqu’en Egypte. Elle s’installe au Caire. Le vice-roi d’Egypte, Mohammed-Ali est séduit par cette femme extravagante, qui a renoncé définitivement à ses atours féminins et ne porte plus qu’un costume d’homme à la mode turque. Comme elle est de grande taille, l’amplitude de ses nouveaux vêtements lui confère un charme singulier et rend sa silhouette particulièrement impressionnante. Elle se lasse du Caire comme de Constantinople et souhaite découvrir de nouveaux horizons. Elle se brouille un temps avec son amant car celui-ci souhaiterait qu’elle accepte de revenir en Grande Bretagne, conseil qu’elle refuse obstinément d’écouter.  Après un périple jusqu’aux pyramides qu’elle effectue seule en remontant le Nil en bateau, elle se réconcilie avec Bruce et se rend en Palestine. Le jeune homme a définitivement renoncé à lui proposer un retour au pays natal et préfère la suivre dans sa vie nomade. La petite troupe visite Jaffa, Jérusalem, Nazareth… Lady Esther trouve ces villes séduisantes mais particulièrement sales…

Femmes_de_sidon Elle rencontre l’Emir des Druzes qui lui propose de continuer son périple jusque dans le Sud du Liban pour visiter la ville de Sidon et découvrir la splendeur du Mont Liban (Le terme Liban désigne à cette époque une zone géographique montagneuse et non un Etat). Lady Stanhope voyage dans des conditions particulières : sa caravane progresse lentement, elle établit le contact avec les populations locales auxquelles elle témoigne de nombreuses marques de sympathie. Elle parle couramment l’Arabe, et se montre curieuse de nombreux sujets : les différences entre les pratiques religieuses l’intéressent particulièrement. En de nombreux endroits elle est accueillie à bras ouverts. Sa personnalité  est pour une part responsable de cet accueil chaleureux ; les largesses monétaires de Michaël Bruce à l’égard des diverses congrégations religieuses le sont aussi ! En juillet 1812, elle parvient en quelque sorte au terme de la première partie de sa quête et séjourne quelques temps dans le pays des Druzes où elle est reçue somptueusement. Elle aussi, pour ne pas être en reste, dépense sans compter, d’autant que son chevalier servant, le fidèle Bruce, se montre prodigue des finances paternelles. Mais c’est bientôt la fin de l’opulence… La famille du jeune homme estime que la cavalcade géographique et financière a assez duré et le père pose un ultimatum : Bruce doit choisir entre sa ruineuse maîtresse et le soutien financier qu’il reçoit pour prolonger sa vie de bohème. Le 7 Octobre 1813, les dés sont jetés… Les amants se séparent sans que l’histoire ne précise si cet instant est dramatique ou non ! Lady Stanhope reste en Syrie, à Damas où elle vient d’arriver. Mickaël Bruce retourne en Grande Bretagne conformément à la décision paternelle. Leurs chemins ne se croiseront plus.

Sidon-chateau Lady Stanhope s’installe dans les ruines d’un ancien couvent, Mar Elias, dans les montagnes de l’arrière pays de Sidon. Le lieu lui a été concédé par l’Emir Béchir qui, dans un premier temps, l’apprécie beaucoup. Son état de santé n’est plus très bon. Elle se remet très lentement d’une longue maladie, sans doute la peste, qu’elle a attrapée sous une forme atténuée au cours de son périple en Palestine et au Liban. Privée du soutien de son ami, sa situation matérielle aussi commence à poser problème. Sa fortune personnelle, dont elle a perdu une large partie lors du naufrage au large de la Grèce, est pratiquement épuisée. Ni sa famille, ni le gouvernement de son pays d’origine ne la soutiennent plus. Absente depuis des années d’un pays qui a peu de gratitude pour les services politiques qu’elle lui a rendus, elle ne s’occupe guère de la gestion de ses affaires, trop éloignées pour qu’elle s’y intéresse. Elle continue cependant à  dépenser presque sans compter : elle fait d’importants travaux pour réaménager son lieu de résidence et lui donner un caractère un peu plus somptueux ; elle entretient un personnel nombreux et ses proches abusent d’une générosité dont elle n’a plus les moyens ; elle se mêle de politique dans son pays d’adoption et n’hésite pas à subvenir aux besoins des réfugiés qui font appel à son secours. La situation est instable dans la région et les conflits sont trop nombreux pour les énumérer dans le détail. Ses biographes décrivent avec emphase les chevauchées, parfois très courageuses, auxquelles elle a participé, dans un contexte souvent hostile. Il est probable que Lady Stanhope joue un rôle dans le jeu diplomatique complexe qui oppose la France et l’Angleterre au Moyen-Orient, mais il est difficile de préciser lequel, tant les agissements de la vieille dame sont contradictoires. Son orgueil est immense et il semble qu’elle agisse avant tout en fonction de ses intérêts propres. Ses relations avec l’Emir Béchir deviennent exécrables, et les deux personnages se livrent à une partie d’échecs grandeur nature quasi incessante. Lasse de tous ces conflits (dont elle est par ailleurs souvent responsable), elle devient de plus en plus mystique et elle évolue dans un système mental dans lequel l’astrologie, la divination, l’interprétation des songes, occupent une place de plus en plus grande. Les tribus qui vivent dans son voisinage la qualifient de « prophétesse » !

Alphonse-de-Lamartine Lady Stanhope vieillit et se renferme sur elle-même. Elle devient peu à peu recluse et se laisse aller à de longues méditations. Elle s’adonne à d’interminables observations du ciel et passe parfois des journées entières sans adresser la parole à quiconque. Elle consacre du temps au jardin à l’orientale qu’elle a fait aménager dans l’enclos du monastère. Ses contacts avec le monde extérieur se font plus rares et il faut parlementer longuement avant de pouvoir séjourner dans sa demeure. Au fil du temps, les élus sont de moins en moins nombreux. Lamartine fait partie de ses hôtes d’un jour, en 1832. Lady Esther a été touchée par la lettre que lui a adressée l’écrivain. Voici en quels termes elle l’accueille dans son « palais » :

« Vous êtes venu de bien loin pour voir une ermite, me dit-elle ; soyez le bienvenu. Je reçois peu d’étrangers, un ou deux à peine par année ; mais votre lettre m’a plu, et j’ai désiré connaître une personne qui aimait, comme moi, Dieu, la nature et la solitude. Quelque chose d’ailleurs me disait que nos étoiles étaient amies et que nous nous conviendrions mutuellement. Je vois avec plaisir que mon pressentiment ne m’a pas trompée ; et que vos traits que je vois maintenant, et le seul bruit de vos pas pendant que vous traversiez le corridor, m’en ont assez appris sur vous pour que je ne me repente pas d’avoir voulu vous voir. Asseyez-vous et causons. Nous sommes déjà amis. »

la-dame-du-mont-liban  Sa rencontre avec la nouvelle reine de Palmyre, ainsi que l’ont qualifiée les bédouins, impressionne l’écrivain et il en témoignera longuement dans le récit de son voyage en Orient. Voici le portrait qu’il dresse de son hôtesse quelques temps avant sa mort :

« [...] Lady Esther tomba dans le complet isolement où je la trouvai moi-même ; mais c’est là que la trempe héroïque de son caractère montra toute l’énergie, toute la constance de résolution de cette âme. Elle ne songea pas à revenir sur ses pas ; elle ne donna pas un regret au monde et au passé ; elle ne fléchit pas sous l’abandon, sous l’infortune, sous la perspective de la vieillesse et de l’oubli des vivants ; elle demeura seule où elle est encore, sans livres, sans journaux, sans lettres d’Europe, sans amis, sans serviteurs même attachés à sa personne, entourée seulement de quelques négresses et de quelques enfants esclaves noirs, et d’un certain nombre de paysans arabes pour soigner son jardin, ses chevaux et veiller à sa sûreté personnelle. On croit généralement dans le pays, et mes rapports avec elle me fondent moi-même à croire qu’elle trouve la force surnaturelle de son âme et de sa résolution, non seulement dans son caractère, mais encore dans des idées religieuses exaltées, où l’illuminisme d’Europe se trouve confondu avec quelques croyances orientales, et surtout avec les merveilles de l’astrologie. Quoiqu’il en soit, Lady Stanhope est un grand nom en Orient et un grand étonnement en Europe. [...] »

D’après les mémoires de Lady Stanhope, publiées par Meyron, son biographe, le jugement de la prophétesse à l’égard de l’écrivain français fut beaucoup moins clément ! Elle le trouve imbu de sa personne, impoli et sans noblesse… Elle le considère comme un « versificateur » sans grand talent et ironise sur les propos qu’il lui prête…

En janvier 1838, le gouvernement anglais informe Lady Stanhope qu’il suspend le versement de sa pension : ses dettes sont trop importantes et les sommes allouées par la couronne britannique serviront à dédommager les créanciers. Ce nouvel épisode de ses relations tumultueuses avec Londres, provoque une colère sans précédent chez la vieille femme qui adresse une série de courriers incendiaires à la reine Victoria et à toutes les personnes haut placées du gouvernement avec qui elle possède encore un semblant de lien. Toutes ses lettres restent sans réponse. Elle renvoie en Angleterre son médecin personnel, le fidèle Meryon, afin qu’il intervienne en sa faveur auprès des autorités. De son côté, elle congédie une bonne part de ses serviteurs, n’ayant plus les moyens d’entretenir du personnel, et se mure au sens propre comme au figuré dans son palais, son futur tombeau. Elle meurt le 23 juin 1839. Son corps est découvert le lendemain par des visiteurs. Les serviteurs restant se sont enfuis et ont littéralement pillé la demeure… Triste fin pour une femme qui se croyait promise aux plus hautes destinées, et élevait dans ses écuries le cheval sur lequel le Créateur tout puissant, revenu parmi les humains, chevaucherait fringant, à ses côtés !

 Post Scriptum – Cette chronique nous éloigne quelque peu des portraits d’aventurières et d’aventuriers que j’ai l’habitude de dresser. Le non conformisme de Lady Stanhope n’a rien de révolutionnaire. Certains ont parfois comparé sa trajectoire aventureuse avec celle d’Isabelle Eberhardt, mais il y a en réalité très peu de points communs entre les deux femmes, si ce n’est leur force de caractère et leur fascination pour l’Orient. Pour le restant de leur destinée, tout les sépare : fortune, talent littéraire, ouverture d’esprit, intérêt pour l’Islam… Pourquoi vouloir à tout prix comparer ? En ce qui concerne notre étrange « Reine de Palmyre », le fait qu’elle ne corresponde pas au modèle classique des exploratrices du XIXème siècle n’enlève aucun attrait à sa destinée excentrique, bien au contraire ! L’environnement politique et diplomatique complexe dans lequel elle a tracé son propre chemin a permis à certains de ses biographes de broder quelque peu sur certains épisodes de son existence. Plusieurs livres lui sont consacrés ; je vous laisse le plaisir de la recherche si vous souhaitez aller plus loin dans cette aventure !

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27juin2014

En juin, c’est promis, le bric à blog ne déraille pas

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

revolte cheminote Toute ma sympathie aux cheminots de la SNCF pour la grève courageuse de près de deux semaines qu’ils ont menée contre vents (médiatiques) et marées (politiciennes). De réforme en réforme, le service public SNCF se délite peu à peu pour devenir une vulgaire entreprise commerciale comme les autres. Seules les grandes lignes intéressent encore l’aréopage de technocrates qui dirige la grande maison. L’usager des voies secondaires est devenu depuis quelques années un vulgaire « client » que l’on traite avec un mépris inversement proportionnel à l’importance de son portefeuille. Je vous donne régulièrement des liens vers le site « Massif Central Ferroviaire » qui ne cesse de dénoncer les malversations commises par la direction de cet ex-magnifique service public à l’égard de ceux qui persévèrent à vouloir prendre le train le plus souvent possible, pour leur travail ou pour leurs loisirs. Tout est fait pour décourager un utilisateur lambda qui aurait l’idée saugrenue de vouloir parcourir un trajet autre que Lyon-Bruxelles ou Paris-Bordeaux. Amusez-vous par exemple à joindre deux villes d’importance non négligeable comme Grenoble et Cahors, sans passer par Paris ou Montpellier, et racontez-moi votre périple. Je vous concède que c’est un peu moins long qu’il y a trois siècles en diligence, mais on est très loin également de la vitesse du son ! Enquêtez auprès de vos proches voisins de compartiment : si vous en trouvez deux qui ont payé leur place le même prix, bravo vous aurez gagné un sandwich SNCF. Encore quelques efforts, et dans les rares TER qui rouleront encore dans de bonnes conditions, les contrôleurs vendront des cartes à gratter pour compléter leurs revenus, méthode Ryan Air.
J’entends sans cesse parler de « dette » de la SNCF… Un organisme public, mis en place pour rendre service à la collectivité, n’a pas de dette : il a un coût. Il faut bien entendu que ce coût soit proportionnel au service rendu, mais on ne crée pas un service public pour faire des profits. Le bénéfice que l’on escompte tirer des lignes rentables, doit permettre de maintenir des liaisons ferroviaires même dans les zones où la rentabilité est difficile à obtenir. Il faut se méfier de ces « écarts » de langage qui ne sont pas sans signification. Tout le monde le sait, la privatisation des services publics suit son chemin, soit disant inexorable (!). Ce genre de discours participe du processus général d’intoxication des esprits. Ne soyons pas dupes ! A lire, à propos des médias et de leurs jugements à l’emporte-pièce à l’encontre des « privilégiés » du rail, la très bonne analyse d’ACRIMED (comme d’habitude).

braves gens dormez

L’ampleur de ce mouvement ainsi que son échec amènent à se poser un certain nombre de questions sur les moyens de lutte utilisés par les cheminots. Sur ce coup là, ils ont eu du mal à conserver le soutien de l’opinion publique. Les médias ont bien fait leur travail de conditionnement : aucune explication ou presque sur les motifs de la grève, multiplication des micro-trottoirs de « clients » mécontents, intox constante sur le pourcentage de grévistes… Les directions syndicales se sont contentées d’un suivisme peu enthousiaste des décisions d’A.G. ou ont purement et simplement lâché le mouvement dès le départ. Peut-être faudrait-il, rapidement, envisager de nouvelles stratégies de lutte, comme le suggère Patrick Mignard sur « Fédérer et Libérer » :  la gratuité de trajet offerte aux usagers par exemple, comme cela se fait sur les autoroutes (mais en général pas à l’initiative des péagiers). Dans les transports ferroviaires ce n’est pas aussi simple : il faudrait étudier un système pour que les contrôleurs, sur qui repose ce genre de comportement revendicatif, bénéficient d’un minimum de soutien et ne soient pas les seuls à payer les pots cassés… Mais l’utilisation de nouvelles stratégies s’avère souvent payante.

Manifestation-des-intermittents A part ça, dans les limites hexagonales de la France éternelle, les pitres se déchainent. Les chiens vont lâcher les cheminots pour s’attaquer aux intermittents. Si l’on en croit la télévision, c’est fou ce que le mendiant en bas de la rue peut-être un privilégié, un bouffeur de subventions, un assisté chronique… En fait, les seuls qui ne soient pas vraiment des assistés, ce sont les actionnaires et les patrons… Les cadeaux incessants que leur font les divers gouvernements ne sont que la juste reconnaissance de l’importance de leur mission… Très bon texte sur Altermonde à ce sujet : ça s’intitule « Moi aussi je suis subventionné« .
Concours entre l’UMP et le PS pour savoir qui implosera le plus vite. Concours entre l’UMP et le PS pour savoir qui proposera les mesures sociales les plus réactionnaires et fera le plus de cadeaux au patronat. La vie sociale de tous ces guignols, Coppé, Juppé, Montebourg, Fillon, Hortefeux, Vals… et tutti quanti…, je m’en balance. Je n’ai pas de temps à perdre et je préfère m’intéresser à l’étude des insectes de l’entomologiste Jacques-Henri Fabre. Le volume qu’il consacre au mode de vie des bousiers est absolument passionnant. Ces insectes-là roulent du caca toute la journée et ne cherchent pas à s’en dissimuler, eux au moins. Le seul parti qui ne déçoive pas ses électeurs, du moins pas pour l’instant, c’est le Front National : ses candidats font le travail de merde pour lequel ils ont été choisis par une large part de nos concitoyens : emmerder les pauvres, les Arabes, les Roms, et surenchérir d’idées obscènes pour aller encore plus loin dans leur abjection. Vous m’excuserez mais, dans ce cas aussi, j’ai plus d’admiration pour les bousiers.

assassinat par drone interpose Beaucoup d’autres infos mériteraient que l’on s’arrête un peu, notamment dans l’actualité internationale. Le bordel en Irak, en Syrie, au Liban, en Afghanistan, en Lybie, démontre l’efficacité des diverses interventions militaires de la communauté internationale pour « rétablir la démocratie ». La marmite au Moyen-Orient est au bord de l’explosion ; l’occasion est trop belle pour les boutefeux à la Netanyahu de balancer un peu plus d’huile sur le feu. Quand aux Etats-Uniens, ils sont navrés, ne comprennent pas l’ingratitude des peuples qu’ils ont « libérés », et rendent responsables du bordel actuel les dirigeants locaux corrompus qu’ils ont contribués à installer au pouvoir. Plus d’intervention militaire américaine au programme, à part des Forces spéciales, quelques agents de la CIA, et des nuées de drones pour que les engagés de l’armée de l’air américaine continuent à progresser en matière de jeux vidéo. Après avoir exporté « Disney-Land » et le « beurre de cacahuètes » sur la planète presque entière, il n’y a plus qu’à compter les points selon Obama, avec une nuance de tristesse dans la voix ! Bombardons, égorgeons, lapidons, exécutons sommairement, Dieu fera le tri (en fonction de la religion) et reconnaitra les siens. J’espère qu’à l’entrée du Paradis il y a un minimum de tri sélectif entre les fanatiques de chaque bord, sinon le big bazar va continuer au delà de son aire de jeu habituelle.

bois illegal L’écologie aussi c’est politique et la politique ça se passe ailleurs qu’au sein du gouvernement social mou. Sur le terrain par exemple, comme vient de le rappeler récemment l’ONG Greenpeace. Pour une fois ce n’est pas aux marchands de radiations ou aux pourvoyeurs de marée noire que les militants de cette organisation se sont attaqués, mais aux trafiquants de bois. Vaste programme, et le travail ne fait que commencer ! Chez les vendeurs de mobilier, le client est en général plus sensible aux nuances de vernis, à l’aspect plus ou moins « rustique » d’une finition, rarement à l’origine du bois utilisé pour fabriquer le meuble qui l’intéresse. Au cas où il interroge le vendeur, celui ci s’empresse de répondre qu’il s’agit – comme il se doit – de bois labellisé provenant de forêts exploitées « durablement » et patati et patata. Outre que les différents labels censés protéger les forêts présentent des garanties discutables et surtout peu contrôlées, une large part du bois utilisé dans le secteur de la menuiserie et de l’ébénisterie industrielle a des origines beaucoup moins nobles : encore un secteur commercial ou la fraude permet des trafics invraisemblables. L’ONG Greenpeace a mené une campagne spectaculaire, mais dont l’impact est resté limité dans les médias, pour dénoncer les multiples abus dans ce secteur. Ainsi que l’a démontré l’ONG, le commerce de bois volé, c’est à dire exploité dans des forêts qui ne devraient pas l’être, dans des conditions particulièrement catastrophiques, se porte très bien… Voici l’adresse du dossier consacré à cette affaire ; il est très instructif et je vous invite à prendre le temps de le consulter plus en détail. Les amoureux des grandes et belles forêts et des arbres majestueux risquent de souffrir ! Quant au renforcement des contrôles douaniers, on l’attend toujours… Dans le bon vieux temps, par chez nous, une facture unique permettait à plusieurs camions de franchir la frontière italienne à répétition pendant quelques semaines. De nos jours, on ne raisonne plus par camions mais par cargos entiers ; la fraude a simplement changé d’échelle !

Une petite brève pour mettre du baume au cœur des plus militaristes et des moins écologistes de mes lecteurs : selon le site d’informations « Basta », parmi les rééquilibrages budgétaires annoncés, il y a le transfert de 250 millions d’euro du budget du ministère de l’écologie vers celui de la défense. J’espère sincèrement que cette somme permettra de mettre au point des obus à l’uranium appauvri un peu plus durables, des mines anti-personnels équitables, et des bombardiers propulsés à l’énergie solaire. De toute façon, investir dans l’écologie c’est jeter du bon argent par la fenêtre ; investir dans le militaire, c’est prévoir les interventions humanitaires de demain…

Je ne voulais pas terminer la partie « politique » de ce bric à blog sans vous signaler que le site d’infos alternatives Rebellyon a fait peau neuve. La nouvelle présentation est sympa et surtout plus facile à appréhender que l’ancienne. Une visite régulière permet de moissonner les infos rhônalpines les plus intéressantes.

 Après le quart d’heure « colère » la minute « détente et création ».

seenthis-01 Je me rends de plus en plus souvent sur « seenthis » un site de short-blogging (on ne pourrait pas trouver un joli mot français pour qualifier ce type d’écriture ?) dont le contenu, varié, permet de faire des découvertes sympathiques un peu dans tous les répertoires. Les collaborateurs proviennent d’horizons très divers, et les collaboratrices aussi. Un lien sur « seenthis » m’a permis de découvrir « Opengeofiction« , un logiciel pour participer à la création d’un monde imaginaire (cartographie). Vous me direz qu’on a déjà bien à faire avec notre petite planète bleue pour aller s’enquiquiner à en créer d’autres. Dans ma grande période « jeu de rôle », je me suis déjà livré à ce genre d’opération en ébauchant la création d’un vaste monde, ambiance Tolkien, que j’avais baptisé « Tregor », en hommage à la région du même nom en Bretagne que je tiens en très haute estime. Je m’aperçois que le virus du « Deus ex machina » ne m’a pas quitté, et que je participerais bien à ce genre de processus collectif si mes journées voulaient bien se rallonger de quelques heures. Mais pour l’instant je vis sous le régime de la dictature potagère et je ne peux donc point m’adonner au terraformage de territoires. Certains·taines d’entre-vous pourront peut-être, par ce biais, libérer leurs pulsions créatrices… Ce n’est pas plus idiot que de faire des réussites…

gueule de wab Le site Utop’Lib m’a permis de découvrir un groupe de musiciens sympas : gueules de wab. Ce n’est pas l’orchestre philharmonique de Berlin, mais leurs musiques et les textes de leurs chansons sont sympas. Mon côté fainéant reprenant le dessus, je ne me complique pas la vie et je vous propose une partie de leur texte de présentation : «Les Gueules de WaB sont à la fois artistes « artisans », poètes, chanteurs, oenologues pour nuits d’ivresse, partisans, défenseurs des causes perdues, et de fins analystes des sentiments humains. Ils donnent toute leur importance aux détails, croient aux rencontres et font confiance à la vie. Leur musique est faite de ça.» Bien que je ne sois pas un poivrot convaincu, le concept « d’œnologues pour nuit d’ivresse » me plait beaucoup. Ecoutez les extraits, visitez le site des musiciens. Il y a tant de belles choses à écouter sur la scène alternative !

L’été s’installe petit à petit. Je sens que mon rythme de publication va ralentir, déjà qu’il n’est pas bien nerveux… à moins que je ne décrète carrément une pause pour quelques semaines. J’hésite, car j’ai un bon paquet de chroniques « en bonne voie de »…. Alors je vais peut-être persévérer un peu. Je ferais bien aussi un peu de « toilettage » sur des chroniques anciennes pour les remettre au goût du jour. J’en ai parfois un peu marre de « l’éphéméritude » de la toile !

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18juin2014

Retour au château de Bonaguil et en d’autres lieux médiévaux que j’affectionne…

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.

entree dans Bonaguil Nous avons eu le plaisir, à la fin du mois de mai, de participer à un voyage organisé par le C.E.C.F. (Centre d’Etudes des Châteaux-forts) à la découverte des bâtisses médiévales du Lot et Garonne. Le congrès de cette sympathique association a été l’occasion de revenir dans un lieu qui a une forte valeur symbolique à mes yeux, le château de Bonaguil, non loin de Fumel et de la vallée du Lot. J’ai déjà consacré une chronique à cet édifice remarquable, construction quelque peu anachronique de la fin du Moyen-Age. J’ai plaisir à vous en parler à nouveau, car je crois que c’est ce château qui a joué le rôle de déclencheur dans ma passion pour l’étude des châteaux forts, maisons fortes et autres édifices construits entre le Xème et le XVème siècle de notre histoire. Mon intérêt déborde largement le cadre de la France de l’époque, et j’ai grand plaisir à arpenter les ruines d’autres pays d’Europe, de l’Autriche à l’Irlande en passant par l’Italie. Mon seul regret est de ne pouvoir, pour l’instant, élargir mon cercle de recherches en allant baguenauder dans quelques Etats du Moyen-Orient, dans lesquels il est difficile de se déplacer à sa guise par les temps qui courent !

Pourquoi revenir sur Bonaguil alors que j’ai déjà été relativement prolixe en détails dans ma première chronique ? Par nostalgie ? Sûrement pas ! Pour faire le point du chemin parcouru depuis janvier 2008 ? Peut-être, mais ce n’est pas la raison principale… Je ne crois pas non plus avoir plus de sympathie pour l’aristocratie de cette période de notre histoire que je n’en ai pour les tribuns actuels. Ce qui me plait dans les monuments anciens c’est leur harmonie, leur intégration dans le décor naturel (critère que l’architecture contemporaine semble ignorer totalement), et surtout l’admiration que j’éprouve à l’égard de tous ces bâtisseurs, habiles manouvriers, qui ont su tirer un si beau parti des matériaux qu’ils travaillaient ; sans doute un brin de romantisme aussi pour corser le tout ! J’ai fait quelques photos de la charpente d’un kiosque situé au cœur d’une petite bourgade (Bruch), en particulier d’un assemblage tenon-mortaise chevillé, sur lesquelles mon regard s’attarde chaque fois que je feuillette le dossier photo du voyage (voir dernière image de la chronique).

chateaux fantastiques J’aime beaucoup le terme de « passeur » appliqué à une personne qui m’a (nous a, vous a) permis de découvrir une nouveau centre d’intérêt et d’élargir le champ de ma (notre – votre) réflexion. Je crois que mon premier « passeur » pour la castellologie a été Henri-Paul Eydoux. Lorsque nous avons, ma compagne et moi, mis les pieds pour la première fois à Bonaguil, je venais d’achever la lecture des cinq tomes de ses « châteaux fantastiques ». Un second passeur, Max Pons, historien, nous a ouvert les portes de son « domaine réservé » ; en quelque sorte, il a achevé la fixation de ce nouveau « dada » dans mon esprit. Depuis cette époque lointaine, de l’eau a coulé sous les ponts-levis de nombreux autres édifices… Bonaguil est sans doute resté le monument le mieux conservé de toutes les ruines que j’ai collectionnées et inscrites dans mon palmarès. Je me suis aperçu ces derniers temps que j’avais un faible pour les monuments ruinés, un peu à l’écart des sentiers touristiques ou quelque peu négligés par l’histoire officielle. J’éprouve un intérêt moindre pour les châteaux dont l’occupation s’est poursuivie au fil des siècles et que les propriétaires actuels, parfois modestes descendants d’illustres familles, livrent à la vue des « roturiers » par le biais de visites tout aussi guidées que guindées. Dans ces chefs d’œuvres répertoriés au guide Michelin, il faut parfois chercher longtemps pour trouver quelques traces de la construction originelle. Le guide patenté préfère insister sur le lit à baldaquin dans lequel s’est prélassée Madame de Monpensier, plutôt que sur la petite fenêtre en ogive, admirablement construite, en pierres de taille savamment agencées, qui se blottit sous la toiture de l’une des tours…

touche pas a mon siege Non, moi ce qui me plait c’est plutôt le jeu de devinettes : quel pouvait bien être l’usage de cette salle ? ou pour quelle raison ont-ils placé une chapelle à cet endroit… Lors de ses derniers congrès, le CECF s’est consacré amplement à la datation des bâtiments par l’étude des encadrements de portes ou de fenêtres. C’est très technique, un peu rébarbatif, mais cela éclaire grandement la lanterne de l’historien amateur que je suis. Ce n’est pas la formation intensive que j’ai suivie pendant ces journées, ou la lecture de quelques brochures spécialisées, qui feront de moi un « expert » en la matière. Je l’ai dit d’ailleurs à plusieurs reprises dans ces colonnes, « l’expertise » ne m’intéresse guère. Ce que je voudrais c’est, avant de me réincarner sous une autre forme et sur une autre planète, bref avant de changer de continuum spatio-temporel, posséder quelques connaissances plus ou moins rudimentaires sur le monde présent ou passé qui m’entoure… Un désir plus exigeant qu’il n’y paraît : connaître une trentaine de constellations, d’oiseaux sauvages, de plantes médicinales, d’arbres pittoresques… ajouter à cela la capacité de différencier quelques roches, le plaisir de visiter quelques contrées pittoresques, le désir de lire et d’entasser dans des bibliothèques toujours trop petites des ouvrages savants ou non, mais toujours passionnants… En attendant que j’aie atteint mon objectif, éclairez ma lanterne sur un point : pour quelle raison le mouton figurant sur l’image en tête de paragraphe tient-il un os entre les dents et a-t-il l’air méchant ? Cette sculpture croquignolesque se trouve sur les stalles de la pittoresque église du XIème siècle de Moirax. Les sculpteurs de cette époque (*) connaissaient-ils les géniales BD de F’Murr ?

Bonaguil tour Retour à Bonaguil donc. Depuis notre dernier passage, des choses ont changé… Cela ne concerne pas l’édifice en lui-même qui a conservé la fière allure qu’il avait déjà il y a cinq siècles. Les divers travaux d’entretien ont su se faire discrets. C’est principalement la pression touristique qui a augmenté sur le site. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux et je ne doute pas que lors de certaines journées estivales cette présence devienne carrément envahissante. Elle est loin l’époque où les premiers passionnés du lieu, Fernande Coste ou Max Pons, attendaient patiemment qu’un groupe de plus de deux ou trois personnes se constitue pour arpenter le labyrinthe des fossés, des galeries et des couloirs. Les séries télévisées ont mis « le moyen-âge » à la mode, et la visite d’un château « pour de vrai » est devenue un élément incontournable du parcours touristique. Contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les aménagements nécessaires pour canaliser « la horde » ne pèsent pas trop lourd à Bonaguil, et les marchands de souvenirs « made in ailleurs » ne se bousculent pas au portillon. La forteresse conserve l’un de ses aspects anachroniques du Moyen-Âge : elle ne se trouve dans le voisinage d’aucun axe routier important, et il faut faire un « détour » pour venir la voir (cinq cents années plutôt c’était un détour pour venir l’assiéger !). Certes un effort de communication important a été fait par les différentes officines touristiques locales, mais les promoteurs ont un peu de mal à vendre le produit car il n’y a ni parc d’attraction, ni zoo avec des dinosaures dans le voisinage ; pas de démonstration de tir à la bombarde, ni de banquet faussement médiéval organisé à la cime du donjon un jour d’orage… Rien que de la pierre, coco, et ça c’est parfois difficile à vendre. Certes mon rêve aurait été qu’il n’y ait pas de route goudronnée pour accéder au lieu saint et qu’une marche à pied de deux heures ait été nécessaire, comme pour certains châteaux des Vosges alsaciennes. Mais je me mets à la place des autochtones et je ne leur dénie pas le droit à certains aménagements. Bref, la situation se dégrade, mais pour l’heure Bonaguil n’est ni le Mont Saint-Michel, ni le palais du Louvres ! Notre visite a été guidée par un historien connaissant bien l’endroit, Yannick Zaballos, et nous avons eu grand plaisir à suivre son cheminement dans le labyrinthe des fossés et couloirs tout en écoutant son exposé solidement documenté.

Bonaguil defense Bonaguil est un château passionnant pour les historiens, même s’il n’a été le lieu d’aucun événement d’importance dans l’histoire de France. Il a été construit à la fin du Moyen-Âge, à une époque où les conflits entre puissances locales s’apaisent et où le pouvoir royal centralisateur s’affirme. Construit dans un lieu saugrenu, il ne présente aucun intérêt stratégique et n’a donc jamais été assiégé ou conquis. La construction a subi les outrages du temps ainsi que quelques modifications destinées à améliorer le confort intérieur ou à réduire les coûts d’entretien, par ses occupants ultérieurs, mais aucune restructuration vraiment importante. En fait ce château se présente comme un véritable catalogue du savoir-faire des architectes et des maçons en matière de stratégie défensive au XIVème et XVème siècle. Autre élément important, il démontre avec force ce qui était l’un des rôles prépondérant joué par ces édifices féodaux, à savoir l’affirmation du pouvoir et de la supériorité de celui qui le possédait. Face à la puissance qui se dégage du donjon, tour maîtresse de l’ouvrage, les manants sont prévenus : c’est bien en ce lieu que réside celui qui dirige leur destinée… De l’exercice du pouvoir à la folie des grandeurs il n’y a qu’un pas à franchir, et je ne doute pas que certains de nos politiciens modernes, de droite comme de gauche, auraient un grand plaisir à le faire !

moulin Barbaste Lors de notre bref séjour dans le Lot et Garonne, nous avons découvert d’autres merveilles comme le fort peu connu château de Perricard, le moulin fortifié de Barbaste ou l’église romane de Frespech. Grâce aux récits de notre guide, aux photos souvenirs que nous avons rapportées, ces lieux resteront sans doute gravés dans ma mémoire tant que celle-ci fonctionne encore un peu ! Problème majeur de tout voyage organisé, il y a des endroits dans lesquels nous aurions aimé trainer un peu plus longtemps et d’autres où nous aurions préféré abréger la visite. Mais nous connaissions les enjeux avant le départ, et ce voyage est avant-tout une invitation à revenir ! Il est difficile, lorsque l’on présente un monument, de trouver un équilibre entre les détails techniques, et la partie narrative, sur le mode conteur, qui permet de créer une ambiance. Ce parcours castellologique m’a permis d’enrichir mon catalogue de connaissances architecturales et c’est important. Il est plaisant de savoir un peu « lire les pierres » et dépister les erreurs les plus grossières dans la datation des bâtiments. Mon souci d’érudition se limite à ce stade, un peu comme vis à vis de la botanique. Les relations entre les plantes et l’homme, à travers leur culture, leurs usages, l’image qu’elles ont laissée dans notre inconscient, m’intéresse plus que le fait de mémoriser un inventaire de genres, de familles ou d’espèces. Mais quand on parle de plantes, il est utile d’être capable de les nommer précisément. Pas d’ethnobotanique sans rudiments de botanique ; c’est un peu la même chose pour la castellologie : quelques rudiments architecturaux sont nécessaires pour pouvoir placer intelligemment le château dans son contexte historique et social.

belle voute Une chose est en effet certaine, c’est que l’archéologie médiévale a beaucoup progressé ces dernières décennies et l’image que l’on se fait des édifices civils ou religieux de cette période aussi. Mais certains clichés ont la vie dure, comme celui des enduits qu’il faut impérativement faire disparaître pour retrouver le charme de la pierre nue bien jointoyée, « comme au Moyen-Âge ». Cette « pierre apparente » tant appréciée de certains amateurs était pourtant signe de dénuement, et dans les habitats les plus fortunés, on prenait soin d’enduire les murs avec des chaux, souvent colorées, qui rendaient les intérieurs (et parfois les extérieurs) plus plaisants à habiter. Un excès en appelant un autre, certains experts rénovateurs sont devenus des partisans acharnés du crépi épais qui serait – à leurs yeux – plus conforme. Il semble que la juste réponse se situe au milieu entre ces deux extrêmes (notre bon François Bayrou serait ravi) : le crépi utilisé au moyen-âge était léger, respirant, et laissait entrapercevoir la structure de pierre. L’usage de couleurs pastels ou d’un blanc bien franc, participait à l’éclairage des pièces de vie. En témoignent, les marches taillées sous certaines fenêtres, comme dans le donjon-porte de Bruch, dont la fonction principale était de renvoyer la lumière solaire vers le plafond vouté et blanchi, et participait à un éclairage d’ambiance particulièrement agréable…

Sur ces considérations hautement techniques, je vous abandonne à vos occupations. Mais je n’en ai pas fini avec les châteaux. Un de ces quatre, il faudra que je vous parle d’une autre belle bâtisse, dans ma région cette fois… Il s’agit du château des Allymes, dans le Bugey. Contrairement à Bonaguil, ce bâtiment, assez imposant lui aussi, a joué un rôle non négligeable dans l’autre guerre de cent ans que nous avons connue en Dauphiné, celle qui a opposé notre province au voisin savoyard. Mais, comme le disait si souvent « Oncle Paul » en conclusion de ses récits épiques, ceci est une autre histoire !

Note : (*) En fait les stalles datent du XVIIème siècle d’après mes espions.

un bel assemblage

 

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15juin2014

En Orégon ? Ça tourne en rond bien entendu !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; mes lectures.

Publicité non déguisée pour une saga routière et psychologique dont le tome 2 vient de paraître et que tout bon lecteur de « La Feuille » se doit d’avoir lu…

C’est pas que j’aie l’habitude de vous pousser à acheter spécialement un livre, mais là je me sens comme une obligation morale… Elle n’est pas trop dure à assumer car j’ai de l’ouvrage en question, une opinion sincèrement, tout autant que paternellement, positive. Je vous avais annoncé en son temps la sortie du tome 1 des aventures du « Pourquoi pas », l’histoire d’un van richement orné de petits pois verts qui avait vaillamment assumé les projets de traversée Est-Ouest du Canada de son conducteur… C’était il y a une bonne année de cela et le livre s’intitulait « A Vancouver tourne à gauche ». La suite des aventures routières et sentimentales complexes du narrateur de cette belle et édifiante histoire est maintenant disponible. Le tome 2 porte le titre (bien mérité) de « En Orégon, tourne en rond ». Il vous suffit maintenant de mettre la main au portefeuille (si vous le désirez bien entendu car les lectrices et les lecteurs de ce blog bénéficient encore d’un régime de semi-liberté !) si vous voulez savoir quelles aventures peuvent survenir dans l’un des états les plus sympas des Etats-Unis, à un courageux aventurier français en quête d’amour, d’identité et de nouvelles brasseries. Comme je sais que vous n’êtes pas très soigneux, je me permets de vous donner à nouveau l’adresse du site où je vous invite à vous rendre pour sponsoriser les jeunes écrivains talentueux. Comme c’est une page web qui est très bien conçue (par quelqu’un du métier), il y a un lien « acheter » qui fonctionne.

L’écriture de ce billet promotionnel n’étant encouragée que par l’intérêt que je porte au livre et à son auteur que je connais assez bien, je vais arrêter là mon propre travail d’écriture et vous proposer tout simplement un copier-coller de la quatrième de couverture… Vous serez ainsi parfaitement informés, et vous pourrez agir en conséquence. Au cas (fort malheureux) où vous auriez raté l’annonce et l’achat du tome 1, j’ai une bonne nouvelle pour vous : il est toujours possible de vous procurer aussi cet ouvrage de mise en condition.

«Pourquoi est-ce que tu voyages ?» Après plusieurs semaines sur les routes, le narrateur n’arrive toujours pas à répondre à cette question. Si le désir de se retrouver reste sa principale motivation, il a commencé à changer. Influencé par Gabrielle et par les autres personnes qui l’ont accompagné dans sa traversée du Canada, il a compris qu’il lui faut aller jusqu’au bout de son chemin. Plutôt que de savoir qui il est, la question semble désormais de savoir qui il veut devenir. Nomade ou sédentaire, la décision n’est pas aisée à prendre. Alors il continue d’avancer au volant du Pourquoi Pas ?, un peu au hasard, construisant sa propre bohème, sur les routes de l’Oregon.

Bon vent et à bientôt pour une nouvelle chronique !

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9juin2014

L’arbre est mort et ce n’est pas si anodin que cela

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Notre nature à nous.

Notre arbre n'atteindra jamais sa taille adulte...

Notre chêne n’atteindra jamais la plénitude de sa taille adulte…

 Portrait de la victime… L’arbre c’est un chêne chevelu (ou chêne de Bourgogne) ; un très bel arbre ; nous l’avons planté à l’occasion de la naissance de notre première petite-fille en 2007, il y a donc sept années de cela. Pendant toute cette période, il s’est développé harmonieusement, gagnant quelques dizaines de centimètres chaque année. Il était trop jeune pour avoir encore ces glands un peu particuliers qui caractérisent l’espèce. Au printemps, il s’est couvert de bourgeons, puis ses feuilles se sont ouvertes nettoyant les branches de leurs compagnes de l’année précédente (ce phénomène s’appelle marcescence). Puis d’un coup, l’ensemble du feuillage s’est desséché et plus aucun bourgeon ne s’est ouvert. Un mois après ce phénomène, les branches les plus fines ont commencé à se dessécher également. Je ne me fais aucune illusion sur l’avenir, et je suis bien triste d’avoir à annoncer à ma petite-fille qu’elle va devenir la marraine d’un autre. Je lui parlerai de coup de gel, ou d’excès d’eau, et je lui proposerai un autre chêne que nous avons planté quelques années auparavant, un chêne du Liban par exemple. Mais je n’ai plus guère de doute quant à la cause réelle de cette mort subite. La véritable raison de la mort de cet arbre se trouve à mon avis dans le sous-sol argileux. Celui-ci renferme encore, presque quinze ans après l’arrêt de la culture intensive du maïs, des poches de désherbant qui empoisonnent les arbres lorsqu’ils atteignent un certain niveau de croissance.

vert-7 Au fil des années, et à un rythme bien supérieur à ce que nous croyons, notre planète accumule les stocks des pires produits chimiques et de temps à autre elle nous les renvoie dans la figure. Si je me permets d’être aussi affirmatif dans mon discours, j’ai plusieurs raisons. Tout d’abord, ce chêne n’est pas le premier arbre que nous perdons, et surtout pas le premier sujet de grande taille. Dans la rubrique nécrologique de notre arboretum, il s’ajoute à la suite d’autres arbres réputés résistants : nous avons perdu, ces dernières années, plusieurs tulipiers, un gingko, deux bouleaux, un saule, un cyprès… Ces arbres ont repris parfaitement après plantation, se sont développés puis sont morts brutalement, sans raison apparente. Pour l’heure, nous n’avons pas perdu tous les grands végétaux que nous avons plantés ; à part un cyprès, les résineux s’acclimatent parfaitement, de même que d’autres chênes… Les arbres fruitiers sont en pleine forme, et les haies se développent régulièrement. Mais nous ignorons quels périls les menacent ! Parmi les innombrables produits qu’emploient les agriculteurs conventionnels, les désherbants à maïs sont parmi les pires saloperies (excusez le vocabulaire, mais mon humeur ne me donne pas envie d’employer un langage fleuri). Or le terrain dans lequel nous avons choisi de créer un espace de détente a servi de support à la culture du maïs pendant plus de trente années, en respectant un assolement bien connu dans notre région : maïs, la première année ; maïs, la seconde année ; maïs la troisième année, puis on recommence. Pour maintenir les rendements, je me doute bien que l’ancien propriétaire n’a pas dû lésiner sur la « drogue » comme on dit par chez nous… « Que voulez-vous ma p’tite dame, si on met pas de drogue, rien ne pousse ! » comme dirait l’un de mes voisins, un grand philosophe de la bêche.

Farmer Spraying Potato Field Dans les terrains perméables, les herbicides dégagent rapidement dans les nappes phréatiques et pimentent l’eau du robinet, à la grande joie de ceux qui la boivent. Ils constituent d’ailleurs la principale source de pollution de l’eau dite potable. Quand le sous-sol est constitué d’une épaisse couche argileuse, comme c’est le cas ici, l’élimination des résidus est bien plus aléatoire. Une partie s’évacue lentement, une autre stagne et s’accumule probablement dans l’épaisse couche d’argile qui sert de filtre… Pratiquement quinze années se sont écoulées depuis nos premières plantations et je me disais que les molécules de désherbant devaient commencer à se décomposer quelque peu… J’ai fait quelques recherches à ce sujet sur internet, notamment sur les sites des fabricants de ces divers pesticides, parmi lesquels le gang Monsanto et affiliés. Amusez-vous, par exemple, à chercher une étude sérieuse et détaillée sur la rémanence de la molécule d’Atrazine, l’une des substances les plus employées pour faire crever les coquelicots, jusqu’à ce qu’elle soit interdite en 2003… Silence radio : si vous trouvez une quelconque information à ce sujet, je serai ravi que vous me la communiquiez. Les fabricants sont d’une discrétion redoutable sur ce genre de sujets ! Le seul point que l’on aborde couramment c’est que, selon les dosages employés, il est quand même possible de procéder à une rotation des cultures. Il est cependant « possible » que la première année d’assolement, la plante que l’on voudra installer dans le champ ait quelques difficultés à germer comme il faut. Ce n’est pas très grave puisque l’assolement idéal, ainsi que je vous l’ai expliqué plus haut, c’est maïs/maïs/maïs. Pourquoi se compliquer la vie ? Plus besoin de prairies puisque les vaches restent en stabulation et mangent – entre autres saloperies – de l’ensilage de… maïs !

atrazine Portrait d’un assassin en liberté... Ce n’est pas sans raison que l’Union Européenne a interdit l’emploi de l’Atrazine. Non seulement la molécule est difficile à dégrader (cette opération nécessite l’intervention de bactéries qui ne peuvent atteindre les couches du sous-sol parce qu’elles n’y trouvent pas l’air nécessaire à leur multiplication), mais sa toxicité pour les animaux à sang chaud a été démontrée à plusieurs occasions : perturbateur endocrinien, cancérogène, mutagène… La sanction n’a pas été trop sévère pour les fabricants d’herbicide qui ont été autorisés à écouler les stocks disponibles. Des produits de remplacement, tout aussi toxiques mais trois ou quatre fois plus onéreux étaient déjà disponibles pour fournir une « drogue » de substitution aux agriculteurs afin de remplir leurs incontournables pulvérisateurs. D’autres pays ont continué à l’utiliser, parallèlement au « Roundup » ; c’est le cas par exemple aux Etats-Unis où l’on en pulvérise des quantités pharamineuses (35 000 tonnes en 2003 par exemple dans ce pays – je n’ai pas de données plus récentes). Bonjour la biodiversité, bonjour le bilan pour la santé humaine ! Comment peut-on imaginer ne commettre aucun dommage sérieux dans l’environnement, comme le pensent les agences gouvernementales américaines, quand on balance des tonnages pareils de pesticides ? Seuls les profits considérables réalisés par les grands groupes de la chimie expliquent un engouement pareil. D’autant que, pendant les fameuses trente années qui constituent le prélude à notre tentative de création de parc arboré, cette denrée n’était pas chère et que l’on faisait bonne mesure pour être sûr de ne pas être enquiquinés par un quelconque développement de plantes indésirables. Au fil des années, les doses à employer ont été restreintes (quand on s’est aperçu de la présence massive de poison dans l’eau des nappes dans lesquelles on puisait), mais il était quasiment impossible de procéder à un quelconque contrôle. Quelques irresponsables laissaient même carrément flotter les bidons vides dans les bassins publics.

Ban-Atrazine-Poster-550 La colère qui gronde en moi me donne encore envie de poser cette question déjà tant et tant de fois formulée : « mais bon sang, quelle terre allons-nous léguer aux prochaines générations ? » Radionucléides, produits chimiques aussi divers que toxiques, plastique non dégradables, métaux lourds, sols épuisés… Cela fait carrément peur ! Certes me direz-vous, les molécules chimiques ont une chance de perdre plus rapidement leur toxicité que les éléments radioactifs éparpillés joyeusement dans le décor dont la périodicité atteint parfois des dizaines ou des centaines de milliers d’années. J’aurais envie de dire que tout le monde s’en fout… ou presque et qu’il est plus important de s’informer sur la future coupe du monde de ballon rond. Ce n’est pas aussi simple que cela. En fait, toutes ces questions sont d’une dimension telle qu’elles ne correspondent pas – semble-t-il – à la capacité de raisonnement de notre cerveau. J’avais déjà pondu une chronique à ce sujet, il y a longtemps et je ne vais pas remettre la question sur le tapis. Ce qui est une certitude par contre c’est que les problèmes environnementaux ne sont aucunement en adéquation avec les profits immédiats que veulent réaliser les géants du monde de la finance. Quel intérêt de protéger la biodiversité de nos forêts, objectif nécessitant des programmes de gestion qui portent sur des dizaines, voire des centaines d’années, alors qu’une coupe à blanc permet des profits aussi considérables qu’immédiats, et offre la possibilité de rendre encore plus productives des parcelles insuffisamment rentables… Célèbre citation d’un chef indien, Elan Noir : « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas. »

pesticides_combinaison Les pesticides que j’évoque dans cet article ne sont bien entendu pas les seules molécules hautement toxiques dont nous saturons notre environnement. le pire c’est qu’il existe un véritable marché noir de ces substances et que de nombreux produits, pourtant interdits par la loi, continuent à circuler à l’ombre des pulvérisateurs. Je vous conseille de lire cet article : il est édifiant. Une conséquence parmi d’autres de ces pratiques : le nombre d’espèces végétales ou animales ne peut aller qu’en diminuant de manière de plus en plus rapide. Les espèces les plus fragiles disparaissent en premier ; c’est ce que j’observe autour de moi. Pauvre planète, pauvres arbres… Ceux qui ne meurent pas par les racines souffrent de la pollution de l’air et des aléas d’un climat de plus en plus déréglé. Quel avenir pour la nature dans un pays où l’on ne respecte même plus la vie humaine et où l’on n’hésite pas à pulvériser des produits chimiques toxiques sur une vigne à deux pas de la cour de récréation d’une école ?… La seule inquiétude des responsables est alors que ce fait-divers regrettable ne porte un tort exagéré à la viticulture conventionnelle. Savez-vous que les désherbants utilisés dans les vignes sont à base d’Arsenic ou de molécules chimiques plus récentes mais tout aussi toxiques ? Le nombre de cancers explose de façon spectaculaire chez les travailleurs agricoles qui se servent de ces produits de traitement, notamment chez les arboriculteurs du midi et de la vallée du Rhône. Sujet sur lequel on reste bien discret ; il n’y a que peu de temps que l’on considère comme « maladie professionnelle » les pathologies induites par la transformation des agriculteurs en apprentis sorciers…

Sauver quelques espaces de sérénité...

Sauver quelques espaces de sérénité…

Un monde fou, complètement déréglé, voilà le cadeau que l’on voudrait que je fasse à mes petits-enfants. Et pourtant, je ne m’estime pas coupable. Je fais ce que je peux pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous enfonçons. Mais il y a des jours où j’ai des doutes quant à l’utilité d’un combat qui semble perdu d’avance. Heureusement qu’il y a des gens un peu plus optimistes et un peu plus combattifs pour m’aider à recharger mes batteries défaillantes.
Mais que faire pour un arbre qui refuse de pousser les pieds dans le poison ? La seule réponse que nous avons pour l’instant, c’est que nous n’allons pas nous arrêter là et continuer à remplacer les arbres qui disparaissent… Certaines espèces, indigènes ou non, résistent mieux que d’autres. Notre petite-fille, nous lui expliquerons que son arbre a pris froid, qu’il a eu les pieds dans l’eau trop longtemps, qu’il a pris chaud… je ne sais pas. Je n’ai pas envie que nous évoquions l’empoisonnement ou la maladie ; pour la première cause, le moment n’est pas encore venu peut-être pour qu’elle découvre la folie humaine ; pour la seconde, peut-être suis-je dans le fond encore un brin superstitieux ? Est-ce vraiment une idée intelligente, dans le contexte actuel, de vouloir trouver des parrains ou des marraines pour nos arbres ?… Des questions se posent et restent sans réponse…

illustrations de l’article : photo n°6 © Générations Futures – autres photos glanées sur le web sans mention d’origine (merci de rectifier si nécessaire).

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27mai2014

Ulugh Beg, Emir de Transoxiane, astronome et mathématicien

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; Sciences et techniques dans les temps anciens.

« Les religions se dissipent comme le brouillard, les empires se démantèlent, mais les travaux des savants demeurent pour l’éternité. »

Ulugh_Beg.astronome Dans un pays où la religion règne en maître incontestable, une telle affirmation peut vous coûter la vie. La fin tragique de l’astronome Giordano Bruno brûlé comme hérétique pour avoir oser tenir sur l’état du monde, des discours contraires au dogme catholique est bien connue. Une autre victime tombée sous les coups d’assassins commandités par les hautes autorités d’une autre religion, l’Islam, l’est beaucoup moins. il s’agit d’Ulugh Beg dont le règne sur la Transoxiane ne dura guère plus de deux années. Une poignée de tueurs envoyés par les responsables religieux locaux mit un terme à ses découvertes et à ses propos séditieux…

Un bref préliminaire géographique… Transoxiane… Il se peut que ce nom et le territoire qu’il recouvre ne vous soit guère familier. Il s’agit de l’ancienne dénomination d’une région d’Asie centrale située entre les fleuves Oxius et Syr Daria. Pour vous aider à repérer la zone sur un atlas, sachez qu’elle recouvre à peu près l’emplacement actuel de l’Ouzbékistan et le Sud-Ouest du Kazakhstan. Les deux grandes villes de cette ancienne entité géographique et politique sont Samarcande et Boukhara sur l’ancienne route de la Soie. C’est dans ce cadre aux noms chargés de senteurs exotiques que se déroule l’histoire d’Ulugh Beg de 1394 à 1449, époque à laquelle Français et Anglais s’emplâtrent joyeusement de Crécy à Castillon.

Ulugh_Beg_Madrasah  Ulugh Beg nait à Soltanieh en 1394 (la ville se trouve actuellement en Iran). Cet événement fait la joie de son grand-père, le célébrissime Tamerlan, qui veillera, avant sa mort, à répartir les rôles dans la région entre ses enfants et ses petits-enfants. L’empereur a un faible pour le jeune Ulugh Beg, le rejeton de son fils Shah Rukh, mais aussi pour la majestueuse ville de Samarcande dont il a fait sa capitale. A la mort de Tamerlan, c’est Shah Rukh qui prend les rênes du pouvoir. Il installe sa capitale à Herat (Afghanistan actuel) et nomme Ulugh Beg vice-Roi de Samarcande. Le jeune prince n’a que quinze ans lorsqu’il est propulsé à ce poste prestigieux. Il va présider aux destinées de la cité pendant une trentaine d’années avant de devenir Emir de Transoxiane à la place de son père. Pendant son gouvernement, la ville de Samarcande va prospérer, même si le Prince s’intéresse plus à ses recherches scientifiques qu’aux fastidieux travaux de gestion ou aux conflits territoriaux, fréquents à cette époque.  Certains historiens ont estimé qu’il n’était qu’un piètre dirigeant politique. Il n’en est rien, sauf si l’on mesure la valeur d’une personne détenant les rênes du pouvoir aux conquêtes guerrières et aux manœuvres diplomatiques. C’est principalement sur les plans économiques et culturels que la ville va prospérer. L’intelligence brillante du vice-Roi va attirer à la cour de nombreux scientifiques et des artistes de renom. La renommée de la grande Médersa (école religieuse) dont le Prince va initier la construction en 1417, puis encourager le développement,  déborde largement les frontières régionales. Dans cette université, on ne se contente pas d’étudier la parole du Prophète à travers les textes du Coran. Les disciplines enseignées sont nombreuses et touchent à tous les domaines : astronomie, mathématiques, physique, médecine, philosophie… C’est sans doute cette ouverture, semblable à celle de l’esprit de son fondateur, qui est à l’origine de l’ire des responsables religieux. Lorsque la découverte scientifique est contredite par les écrits saints, cela signifie que celui qui cherche s’est fourvoyé sur une voie impie et doit renoncer à ses travaux. Ulugh Beg ne l’entend pas comme cela et n’hésite pas à formuler son désaccord avec les imams, même s’il le fait avec diplomatie car il est profondément croyant. La citation choisie en tête de cette chronique illustre bien l’état d’esprit plutôt anticonformiste du jeune monarque.

Ulugh-beg_Madrassa_courtyard De nombreux savants vont répondre à l’appel d’Ulugh Ber et vont s’installer à Samarcande, pour y approfondir leurs travaux. Les historiens estiment que l’Emir a pris la tête d’une équipe de plus de soixante chercheurs. Trois personnages au moins se dégagent du lot par leur célébrité: il s’agit des astronomes Quadi-Zadeh-Roumi et Ali Qushji ainsi que du mathématicien Al-Kashi. La culture doit être ouverte à tous et la transparence est de règle, même si la Médersa est un lieu où les chercheurs doivent trouver le calme et la sérénité. L’architecture du bâtiment obéit à ce principe, selon la recommandation de son concepteur : la cour intérieure du bâtiment est visible de l’extérieur, depuis la place du Reghistan. Deux années plus tard, en 1419, l’Emir fait construire une autre Médersa, à Boukhara, selon les mêmes règles que celles qui ont présidé à l’édification de celle de Samarcande. Sur la façade de cette deuxième école, on peut lire la maxime suivante : « Eclairer son esprit par l’étude est le devoir de chaque Musulman et de chaque Musulmane ». Cette sentence mériterait d’être étudiée longuement, notamment par certains courants intégristes actuels qui dénient aux femmes le droit d’accès aux études ! Pour faciliter les travaux en astronomie, Ulugh Beg complète la construction de la Médersa de Samarcande en y joignant un observatoire équipé avec les meilleurs outils d’observation, de mesure et de calcul disponibles à l’époque. Le bâtiment mesure 35 m de hauteur et 50 m de diamètre. Comme directeur, il choisit Ali Qushji, l’un de ses élèves les plus brillants. Le projet d’Ulugh Beg est ambitieux : il veut refonder complètement les bases sur lesquelles s’appuie l’astronomie, et s’appuyer sur de nouvelles observations, effectuées avec le plus de précision possible pour établir de nouvelles tables. Il veut procéder à une vérification systématique des découvertes et des énoncés parfois très anciens sur lesquels se basent les différents traités de ses prédécesseurs.

Ulugh_Beg_2 Le Prince dirige son équipe en respectant les principes d’une véritable démarche expérimentale. Malgré son influence, sa parole ne vaut pas plus que celle de n’importe lequel de ses collaborateurs et il n’hésite pas à provoquer ceux-ci en proposant parfois des énormités pour tester leur esprit critique. Dans les prolégomènes de ses tables astronomiques il écrit le texte suivant :

«  Après cela est venu le plus humble des serviteurs de Dieu, celui qui sent le plus vivement combien il a besoin du secours divin qu’il implore, Oloug Beg, fils de schah Rokh fils de Timour Gourgân : que le Très-Haut le rende heureux et lui accorde une fin tranquille ! Dans la nécessité où il se trouve d’appliquer son esprit à des objets divers, désirant suffire aux nombreuses occupations dépendant de la mission qui lui est confiée de veiller aux intérêts des peuples et de préparer aux fils d’Adam des résultats avantageux, suivant l’exigence des individus ; désirant s’élever sur les ailes des hautes pensées, éviter la passion, maintenir l’intégrité de ses décisions, et réunir les mérites de la bonté et de la générosité, il a tourné les rênes de ses efforts les plus énergiques et la bride d’une assiduité rare vers la connaissance des vérités scientifiques et des subtilités philosophiques, de telle sorte qu’avec l’aide de Dieu secourable et clément, et suivant cette maxime « que celui qui cherche péniblement une chose la trouve », le pauvre auteur a su expliquer avec sécurité, en se servant de la plume de l’intelligence et de la réflexion, les obscurités de la science et surtout de la philosophie, qui n’est pas sujette à la poussière des vicissitudes des sectes, ni aux différences des langages selon les temps. »

tables astronomiques L’édition française de ces « Prolégomènes », publiée en 1853 par le Professeur Louis-Pierre-Eugène Sédillot, est consultable sur « Google Books« . L’ouvrage est dédié à un autre savant célèbre dont j’ai eu l’occasion de parler dans ce blog : Alexandre de Humboldt. L’auteur de cette édition, Sédillot, prend la peine, dans l’introduction de réhabiliter l’importance du travail effectué par les savants arabes au Moyen-Age. Au cours du siècle qui a précédé la publication de son ouvrage, la mode était plutôt, dans les milieux scientifiques, au dénigrement systématique.  On accuse notamment les savants arabes de plagiat… Quelques extraits du texte de Sédillot : « On n’est plus autorisé à dire que le seul mémoire des Arabes est d’avoir conservé les débris de la science grecque… » « Les astronomes arabes dépassent les savants d’Athènes et d’Alexandrie ; ils constatent le mouvement de l’apogée du soleil, l’excentricité de l’orbite de cet astre, et fixent avec une exactitude remarquable la durée de l’année. Ils nous précèdent dans la réforme du calendrier et approchent plus que nous de la vérité. Ils signalent la diminution progressive de l’obliquité de l’écliptique, les irrégularités de la plus grande latitude de la lune, estiment à sa juste valeur la précession des équinoxes, et déterminent la troisième inégalité lunaire, appelée variation. » Sédillot dénonce en terme plutôt virulents, les Académiciens français qui se sont rendus coupables d’approximation et surtout de graves injustices en parlant du travail de leurs confrères orientaux.

Ulugh-Beg_statue Je ne rentrerai pas dans le détail des travaux effectués par Ulugh Beg et son équipe. Là n’est point mon propos, la Feuille Charbinoise n’étant pas un site spécifiquement dédié aux amateurs d’astronomie ou de mathématiques. Je ne prétends pas non plus que ce brillant chercheur soit le seul à avoir opéré toutes les découvertes mentionnées dans l’énumération de Sédillot. Ce serait une affirmation erronée. Mon propos est simplement de montrer que dans la chaîne des savants qui ont fait progresser l’astronomie arabe, Ulugh Beg a joué un rôle considérable, et a permis, grâce aux moyens matériels dont il a doté la Médersa de Samarcande, un développement considérable de cette science. A la mort de son père, en 1447, il devient sultan du Royaume, mais son règne ne durera même pas trois ans et sera marqué par une longue série de batailles contre des opposants de plus en plus virulents.

Ulugh_Beg_timbre-turc Cet esprit résolument moderne a fait converger sur lui la haine de tous les conservateurs du pays. Les mauvais rapports qu’il entretenait avec l’un de ses fils ont servi de prétexte à son assassinat. Des personnalités religieuses ont financé cette opération en sous main en faisant appel à une troupe de mercenaires aux ordres de l’un de ses héritiers, Abdul-Latif. L’un des premiers gestes des commanditaires de l’exécution a été de faire raser le somptueux observatoire astronomique. Cet acte met en évidence, si cela était nécessaire, le fait que ce sont les travaux eux-mêmes du Sultan qui étaient mis en cause à travers la tuerie perpétrée. Les morts étant toujours moins dangereux que les vivants, Ulugh Beg sera très vite considéré comme un martyr, et les plus grands honneurs lui seront rendus, sans doute en premier lieu par ceux qui ont voulu sa disparition. Le savant est placé dans un sarcophage, paré de ses plus beaux atours et repose dans le Gour-Emir, mausolée des Timourides qu’il a fait construire à Samarcande, un chef d’œuvre architectural parmi d’autres. Triste fin pour un esprit brillant, qui n’a pas empêché d’autres savants du monde arabe de prendre le relai et de faire progresser à leur tour différentes disciplines scientifiques, des mathématiques à la médecine…

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