8mai2012

M’sieu, j’ai un mot d’excuse…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Pas de chroniques longues et richement (?!) documentées pendant un certain temps, ou un temps certain. Quelques brèves histoire de montrer que je respire encore, il n’y a guère mieux à espérer. Honnêtement, je ne touche plus terre et je n’arrive pas à me concentrer, avec un minimum de plaisir, sur les multiples thèmes que j’ai envie de traiter. Le nombre de textes débutés mais non achevés me désespère un peu. Alors, le temps de retrouver un minimum de sérénité, je préfère taper un peu en touche. J’ai un tas d’excuses valables : chantiers, jardin, plein de visiteurs venus visiter et même aider, la cantine à gérer et tout le tralala lalère. Je vous laisse donc débuter seul(e) votre promenade avec ce cher Monsieur Hollande. Bien entendu je reste plus qu’attentif à vos commentaires qui sont toujours les bienvenus ! Du coup j’essaie de vous mitonner quelque chose de pas mal pour mon retour, genre des publications un peu plus régulières !

Portez vous bien, je vous accompagne de mes pensées sauvages.

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7mai2012

H1N2 changement de virus

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Espérons que le choléra sera plus doux que la peste aviaire. N1 devient N2 ou N48,33… H0 devient H1 ou H51,67 pour les initiés.
A priori N2 devrait être complètement éradiqué ainsi que la cohorte de Baciles (béciles ?) qui virevoltaient autour de lui.
Quant à H1… Hollande, le plat pays qui fait rêver les fumeurs de joint… on verra. Les pronostics des grands anciens (Emile Pouget notamment) ne sont guère positifs… Fin mai ma pension de retraite augmente encore, c’est l’essentiel.
Voilà, vous êtes contents ? Je me suis exprimé au sujet des élections… La trêve des charcutiers reprendra au moment des Législatives.
Brève publiée pour commémorer le record de connexions hier au soir. La Feuille Charbinoise a fait presque aussi bien que le site de la RTBF à 18 h et celui du Ministère ex-guéanesque de l’intérieur. De là à ce que certains aient cru qu’Emilie du Châtelet était élue au second tour.

Post Scriptum, Before Gardening : merci à mon informaticien d’ainé qui m’a fourni le clip de base de cette brève basiquement courte.

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30avril2012

Emilie du Châtelet

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; Sciences et techniques dans les temps anciens.

Une femme savante au siècle des lumières

 Lorsque l’on parle des femmes au XVIIIème siècle, c’est plus pour s’intéresser aux prouesses des illustres courtisanes qu’aux recherches de celles qui ont tenté de sortir des sentiers battus. Siècle des lumières peut-être, mais cela ne concerne guère ces dames ; il suffit d’ailleurs de voir de quelle manière Molière raille ces femmes qui veulent paraître plus que leur rang. Pourtant, au sein de la noblesse comme des autres classes sociales, elles sont un petit nombre à vouloir faire entendre le son de leur voix et la valeur de leurs idées, n’en déplaise aux règles morales de la société qui les enferment dans une étroite prison, pas toujours dorée. Une fois n’est pas coutume, la Feuille Charbinoise s’intéresse aujourd’hui à une personne issue de la riche noblesse française !
La destinée de Gabrielle Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, plus connue sous le nom d’Emilie du Châtelet, est plutôt singulière. Si la petite histoire retient à son sujet le fait qu’elle fut la maîtresse du philosophe Voltaire pendant de longues années, on oublie trop souvent d’évoquer la place qu’elle a occupé au sein de l’élite scientifique française au siècle des lumières. Son mérite n’était pas des moindres : rappelons qu’à cette époque, les études supérieures étaient strictement réservées aux hommes. Les femmes avaient un autre rôle social à jouer ; la « connaissance » profonde des phénomènes du monde était jugée guère compatible avec la frivolité des femmes ! Emilie du Châtelet a dû conduire un sacré combat contre les mœurs de son temps et les usages de la cour de Versailles. Cette marginalité, ce non-respect des normes, les multiples facettes de cette personnalité complexe et les dimensions singulières de sa relation avec Voltaire m’ont interpellé. Brève biographie donc, d’une femme indiscutablement hors du commun.

 Rien dans son origine sociale ni dans l’éducation qu’elle a reçue ne la prédispose vraiment à la recherche scientifique. Son père, qui occupe un poste très important à la cour de Louis XIV (il est « introducteur des ambassadeurs »), choisit cependant d’en faire une jeune fille cultivée, et, fait surprenant pour l’époque, décide qu’elle recevra la même éducation que ses deux frères. Ce choix se révèle opportun car Emilie est une élève brillante. Dès l’âge de 12 ans, elle lit couramment le grec, le latin, l’allemand et l’anglais. A l’âge de quinze ans elle a déjà parcouru l’ensemble de l’œuvre disponible de Descartes et Leibniz. Emilie éprouve une véritable passion pour les études. Un cercle littéraire se réunit régulièrement dans l’hôtel privé de la famille, occasion pour elle de faire connaissance avec Fontenelle, qui lui délivre les bases d’un enseignement scientifique de qualité, ou avec Voltaire, qui apprécie leurs échanges philosophiques. En 1725, elle se marie avec un militaire, Florent Claude, marquis du Châtelet. Ce mariage conventionnel n’entravera guère l’aspiration à la liberté que ressent la jeune femme. Son mari, pour lequel elle éprouve, à défaut de passion, un respect profond et beaucoup d’admiration, est fréquemment en déplacement. Emilie du Châtelet dispose d’une grande liberté de temps et de mouvement. En 1732, elle fait la connaissance du mathématicien Moreau de Maupertuis, dont elle devient très rapidement l’élève assidue, puis la maîtresse. Cette liaison ne dure pas et Moreau est remplacé assez rapidement par l’un de ses collègues, Alexis Claude Clairaut, qui occupe à son tour les deux rôles dévolus à son prédécesseur. Suivant de près les travaux de son nouvel ami, Emilie s’intéresse aux travaux de l’Anglais Newton. Déguisée en homme, pour ne pas heurter les conventions, elle participe aux réunions du club scientifique du café Giradot, à Paris.

 Un tournant important dans sa vie se produit en 1733. Ses relations avec le philosophe Voltaire, qu’elle avait perdu de vue pendant que celui-ci était exilé à Londres, prennent une dimension nouvelle. Tous deux tombent éperdument amoureux. Voltaire n’étant pas persona grata à Versailles suite à la publication de son ouvrage critique « les Lettres Philosophiques », décide de s’installer dans le refuge que lui propose Madame du Châtelet, une possession de famille, le château de Cirey en Lorraine. Emilie va le rejoindre et les deux amants vont vivre quatre années, pratiquement hors du monde, non pas d’amour et d’eau fraîche mais d’amour et d’étude. Ils passent de longues heures, de nuit comme de jour, à débattre de questions scientifiques ou métaphysiques. Peu à peu, Emilie élabore son propre système de pensée. Voltaire est un grand admirateur de Newton et cherche à mettre ses idées à la portée de tous. Emilie du Châtelet est beaucoup plus critique à l’égard de certaines de ses théories. A partir de 1745, elle s’attelle à ce qui sera l’ouvrage majeur de sa vie scientifique : elle réalise la traduction en français de « Principia mathematica philosophiae naturalis », ouvrage majeur de Newton, rédigé dans un latin particulièrement hermétique. Elle ne se contente pas d’un simple mot à mot, mais elle refait les calculs, rédige ses commentaires, prend note de ses critiques. Cette traduction sera publiée dix années après sa mort ( en 1759) et reste aujourd’hui encore une référence. Malgré la haute qualité de ce travail, son statut de « femme savante », de « physicienne », n’est pas vraiment pris au sérieux. Alors que Voltaire n’apparait en fait que comme un simple « amateur éclairé » en matière de physique, la Marquise du Châtelet montre de réelles capacités de démonstration scientifique. Elle analyse pas à pas la démarche de Newton et n’hésite pas à remettre en cause certaines conclusions qu’elle qualifie de simples conjectures. Elle critique par exemple la théorie sur la récession des équinoxes, qui ne peut être calculée de manière aussi précise que ce qu’annonce le savant. Elle étaie son raisonnement sur les observations réalisées par d’autres astronomes.

 En 1737, l’Académie des Sciences lance un concours ayant pour thème « la nature et la propagation du feu ». Emilie décide d’y participer en profitant du fait que la soumission est anonyme. Elle rédige un manuscrit de 139 pages, dans lequel elle tente de faire une synthèse de toutes les connaissances sur le sujet. L’ouvrage est singulier, souvent philosophique, associant parfois des images poétiques avec des faits expérimentaux. Il fournit en tout cas les preuves de la solide érudition possédée par cette femme exceptionnelle. Elle ne remporte pas le concours (le prix est attribué à Euler), mais, compte-tenu de la valeur du travail réalisé, son manuscrit est finalement édité par l’Académie. Il s’agit là d’une grande première en France : c’est le premier ouvrage rédigé par une femme que l’Académie des Sciences se décide à publier.

 En 1744, les relations sentimentales d’Emilie avec Voltaire se détériorent. Voltaire s’en va butiner d’autres fleurs et met un terme à leur liaison. En janvier 1748, le philosophe s’éloigne pour rejoindre la cour du Roi de Prusse. Ce changement dans sa vie marque profondément la Marquise. Elle n’en gardera cependant point grief au philosophe et leur attachement réciproque, amical maintenant, restera solide jusqu’à la fin de sa vie. Voltaire, réputé plutôt mysogine, rédigera ce fort bel éloge à l’égard de celle qui a été son amante passionnée pendant une dizaine d’années : « Jamais une femme ne fut si savante qu’elle, et jamais personne ne mérite moins qu’on dit d’elle : c’est une femme savante. Elle ne parlait jamais de science qu’à ceux avec qui elle croyait pouvoir s’instruire, et jamais n’en parla pour se faire remarquer. » (commentaire remarquablement élogieux dans la bouche d’un auteur qui a par ailleurs déclaré « les femmes sont comme les girouettes : elles se fixent lorsqu’elles se rouillent » ). Emilie ne reste pas seule et trouve, assez rapidement, un remplaçant, plutôt falot, à son amant en fuite. Il s’agit du poète Saint Lambert pour lequel elle éprouve un grand attachement. Leur liaison sera de courte durée. Deux amants bien différents ; deux passions bien distinctes également. La quarantaine passée, Emilie se pose un peu, se consacre à la réflexion et à l’écriture. En septembre 1749 une étrange prémonition lui vient à l’esprit. Enceinte de Saint-Lambert, elle vit une grossesse difficile (il s’agit de son quatrième enfant) et elle est persuadée qu’elle ne survivra pas à l’accouchement qui s’annonce. Elle prend contact avec l’abbé Sellière, bibliothécaire au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale, pour déposer et faire enregistrer à son nom le manuscrit de son ouvrage majeur, la traduction de Newton. Sa demande est acceptée. Elle meurt quelques jours plus tard. Cette démarche prouve qu’elle est bien l’auteur du livre qui a été publié, quelques années après. D’autres collègues, peu scrupuleux, n’auraient sans doute pas manqué d’en réclamer la paternité… Physicienne et femme en même temps, un statut bien précaire ! Voltaire est très affecté par la disparition de sa « divine Emilie ». Dans une lettre adressée au Roi Frédéric II, il se fend encore d’une nouvelle déclaration élogieuse : « J’ai perdu un ami de vingt-cinq années, un grand homme qui n’avait le défaut que d’être femme, et que tout Paris regrette et honore.. » Les lectrices apprécieront !

 Le 10 septembre 1749, alors qu’elle n’est âgée que de 43 ans, disparait donc l’une des premières grandes physiciennes françaises. La postérité garde au moins souvenir d’elle à deux titres : maîtresse d’un grand philosophe, première femme à avoir été publiée par l’Académie des Sciences française. Il faudrait ajouter à cela le fait que, dans la communauté scientifique, elle est considérée comme l’une des interprètes majeures de Newton, « passeur scientifique » de premier ordre. La reconnaissance de l’importance de son rôle en tant que physicienne est relativement récente. L’histoire des sciences, pourtant avide de personnages hauts en couleur, l’a laissée de côté pendant de nombreuses années. Ce sont les admirateurs de Voltaire, au XIXème, qui ont empêché que son nom ne sombre dans l’oubli. Mais c’est surtout son rôle de compagne du philosophe qui a été mis en avant par ses biographes de l’époque.
Notons au passage que de son vivant son travail scientifique a été reconnu dans un premier temps en Italie : les femmes n’étaient pas frappées du même ostracisme qu’en France ou en Angleterre et elle a été nommée membre à part entière de l’Académie des Sciences de Bologne en avril 1746. Durant toute sa vie elle aura entretenu des relations suivies avec d’autres grands noms du monde des Sciences à cette époque : Clairaut, Bernoulli, Nollet…. Ses autres écrits, notamment « les institutions physiques », donneront lieu à de nombreuses polémiques. La postérité montrera qu’elle avait bien souvent raison face à ses détracteurs. Une partie de ses travaux sont restés inachevés, notamment un essai sur l’optique. Sa démarche touchait aux fondamentaux de la Science au siècle des lumières. Elle espérait réaliser une synthèse entre les systèmes de Descartes, Leibniz et Newton. Sa disparition prématurée ne lui aura pas permis de finaliser véritablement son œuvre.

NDLR – Sources documentaires principales : fiche pédagogique rédigée par Caroline Doridot, suite à l’exposition présentée par la Bnf en 2006 ; article publié sur la revue pour l’histoire du CNRS et rédigé par Mireille Touzery en 2008 ; site internet du château de Circey (résidence de Circey) fiche documentaire (2007) rédigée par Jane M. Birkenstock.

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23avril2012

Le bric à blog d’avril est wifi, ça lui évite d’avoir à se découvrir d’un fil

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

 Rien de tel que de commencer par contempler son nombril avant de parler de celui du monde. Là au moins, on est en terrain connu. En ces périodes électoralement troubles, « la Feuille Charbinoise » reste étrangement silencieuse et se replie sous un « apolitisme » (« antipolitisme » ?) frileux. Pirates et non corsaires au service d’un quelconque monarque. Habitant dans une commune où la murène rassemble 33% des électeurs sur ses propositions haineuses, on comprendra que nous ayons commencé à creuser notre abri souterrain secret. Comme le sol est mouillé, ça prend du temps. Certes je suis de vieille souche dauphinoise labellisée mais si l’on remonte à plus d’une douzaine de générations je suis moins sûr de moi. Et puis, on fréquente des gens parfois fréquentables, parfois non… Côté nuance politique, c’est pas mieux dans le voisinage un peu moins immédiat : selon les communes du Nord-Isère, c’est égalité ou très léger écart entre le nain et l’héritière idéologique de Pétain. Ça craint. Je n’ai même pas eu le courage de porter le bulletin nul que j’avais prévu de glisser subrepticement dans l’urne. Je me console en lisant celui qu’a glissé dans l’urne notre compatriote rédacteur des « cénobittes tranquilles« . C’est bien vu. Compassion : si j’avais su que Cheminade aurait zéro voix dans l’urne dans notre petite commune verdoyante (façon de parler), j’aurais peut-être fait un geste. En tout cas, la Révolution, même tranquille, n’est pas pour demain et ça m’angoisse terriblement de vivre dans un pays où 45% des votants choisissent de confier leur avenir à l’extrême droite ou à une droite 0% qui exprime à peu près les mêmes idées. J’espère au moins que mes haricots (verts aussi) ne seront pas contaminés par cette puanteur ambiante. J’ai allumé la télé cinq minutes, le temps d’entendre jacasser sur « les Français qui souffrent et qu’il faut respecter ». Je pense qu’il faudrait organiser quelques charters de retraités en Somalie, du côté sombre de la force. S’ils ont le choix entre un bol de riz ou l’augmentation de l’impôt sur la fortune, je sais ce qu’ils choisiront ces cons. Après plus d’une trentaine d’années à vivre dans le même « environnement » je pense que j’en connais pas mal de ces « Français qui souffrent ». Ils ne sont pas fondamentalement méchants. Ils ne voient simplement pas plus loin que les trois mètres qui les séparent de leur téléviseur, et ne pensent guère plus élevé que ce que contiennent les chroniques de la presse locale. Dans « la soupe aux herbes sauvages », Emilie Carles exprimait bien ce qu’il y a lieu de penser de leur approche de la politique – aucun mépris, un simple constat : en 1944, la majorité des Français ont remplacé la photo de Pétain, sur la cheminée, par celle de De Gaulle.

 Je vais faire bref pour ce « bric à blog » car je ne suis pas motivé pour écrire. Les trois bols d’infusion « hollande » avalés avant d’aller dormir ne m’ont pas calmé. Si ça ne s’améliore pas, je crains que le canal « politique » sur votre blog préféré ne soit débranché pendant quelques temps – tout au moins le canal « actualité politique ». Dès que vous aurez choisi, entre Bayrou et Aubry pour le poste de premier ministre (je ne voudrais pas vous influencer de façon inopportune), je reviendrai parmi vous avec mes idées politico-philosophiques extra-terrestres. D’ici là on va parler sciences, voyages, bois et patin couffin. Je m’auto-prescris un traitement anti-dépressif à base d’Utoplib (sur la toile), d’Age de Faire (sur le papier), et de géographie reclusienne (multimédia). Aucun des trois n’étant un placébo, ça devrait planer à nouveau dans quelques semaines. Ajoutez à cela quelques érables japonais bien zen, et des laitues croquantes à souhait, ça devrait le faire.

La musique, ça marche aussi, ça adoucit les mœurs. Une grande lacune est comblée dans ce blog avec l’apparition d’une catégorie « musique » dans les liens. La barbarie recule d’un pas. Entre deux morceaux du groupe « Tinariwen », allez donc visiter « J’ai la mémoire qui chante » et « Nos enchanteurs« . Si vous ne voulez pas jouir égoïstement des morceaux sympas que l’on peut écouter sur ces deux sites, courez vous informer sur « qui chante ce soir ?« . Vous pourrez aller écouter des vrais chanteurs intelligents qui chantent de bonnes vieilles chansons avec des chouettes paroles et des musiques aussi diverses qu’enrichissantes, dans la salle de concert du coin. En ville, et même parfois à la campagne, ça fourmille (sauf chez nous : le programme culturel annuel est archi-comble, entre le boudin des anciens d’Algérie, et le loto des chasseurs).
addenda 25 avril : en prolongement d’un article que Pascaline avait publié sur ce blog à propos du langage des signes, encore de la musique… Un lien sur Utopies Libertaires, sur un clip, reprenant en langage des signes, « Indignez vous » de HK et les Saltimbanques. Belle chanson, belle interprétation méritant le détour.

 Histoire de vous distraire aussi, je vous signale ce lien que m’a communiqué un mien ami. C’est un fidèle du blog ; il le suit avec une persévérance que j’admire même quand mes déblatérations le fatiguent. L’article en question cause d’inventions à l’ancienne et c’est vraiment très rigolo. C’est vrai qu’il y a des objets qui nous ont vraiment changé la vie. Reste plus qu’à adapter une trancheuse à jambon sur les urnes électorales ou à inventer un écran de télévision « punching-ball ». Ça viendra je pense : les cerveaux fertiles ne manquent pas !

En tout cas, dans ma dauphinoise de région, y’avait pas que des cons ou des collaborateurs autrefois. Je dois à Utoplib et au réseau d’entreprises Repas, la découverte de cette séquence informative sur les entreprises d’un certain Boimondau pendant la dernière guerre mondiale (celle qui précède la prochaine à venir). Quelles que soient les périodes ou les régions du monde, l’autogestion est décidément une idée qui suit son chemin, à moins que ce ne soit une idée qui – tout simplement – tient la route. Quand certains auront fini de retirer la paille maghrébine dans l’œil de leur voisin pour s’occuper de la poutre patronale et raciste qu’ils ont dans le leur, peut-être cette idée fera-t-elle un bond en avant !

Aller j’arrête de grumbler. Y’a cinq minutes de soleil programmées ce matin, dix cette après-midi, faut pas que je manque ça. Les élections c’est pas bon pour le moral. Il n’y a qu’une catégorie (modeste) de la population qui sera contente aujourd’hui, ce sont les gens qui trouvent mes chroniques trop longues d’ordinaire et peu adaptées à la pause café.

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14avril2012

Croiser le chemin d’un livre…

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi; l'alambic culturel.

Chronique dédiée à toutes celles et tous ceux qui m’ont donné le goût de lire, encore et encore…

 Je regarde les livres sagement rangés sur une étagère au hasard de notre bibliothèque et ça me laisse songeur. Il y a là de grands classiques (du militantisme entre autre) mais aussi des visiteurs plus ou moins farfelus. Certains de ces ouvrages sont encore des petits nouveaux et viennent juste de débarquer dans le coin ; d’autres sont là depuis plusieurs décennies (eh oui, mon gars, ça ne te rajeunit pas !). Comment sont-ils arrivés là ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Parcourir les rayonnages d’une bibliothèque c’est un peu comme feuilleter un album de voyages. Beaucoup de livres ont leur propre histoire, ou tout au moins des souvenirs qui s’attachent à la manière dont on se les est appropriés. Impossible de tout mémoriser, cette chronique se réfère plutôt à des découvertes récentes ou à d’anciennes trouvailles qui m’ont quelque peu marqué… Ma mémoire a perdu la fiche d’état-civil de certains de ces visiteurs.
Lire, voyager… Partir à la rencontre des livres c’est un peu comme cheminer en montagne… On a une petite idée de l’itinéraire, un but à atteindre, mais il se trouve que le petit sentier, là, sur la droite présente une particularité qui donne envie de faire quelques pas et, du coup, on joue à l’explorateur. Parfois on découvre effectivement un nouveau parcours, parfois il s’agit tout simplement d’une boucle, d’une dérivation plus ou moins longue, puis on revient au chemin que l’on a balisé depuis quelques temps déjà. C’est un peu ça l’histoire de ma rencontre avec certains titres ou certains auteurs. Des raisons futiles que l’on élève au cas de force majeur, des motifs sérieux que l’on tourne en dérision… Qu’est-ce qui peut bien amener le lecteur impénitent – mais parfois un peu blasé – à choisir un nouveau livre ? Inventaire désordonné à la charbinoise et sûrement bien incomplet…

  Le titre
La musique des mots dans un titre. Raison futile ? Je ne crois pas. Sûrement pas une raison exclusive mais une forte incitation tout au moins. Je sais que ça a joué, dans le temps, pour « le serpent du rêve » de Vonda Mc Intyre, un superbe récit fantastique, ou plus récemment pour « le pays des petites pluies » de Mary Austen. Quand j’ai lu la chronique de Jean Marc Laherrère sur « au lieu dit Noir-Etang » de Thomas Cook, nul doute que mon œil a été attiré par le titre. La réussite a été au rendez-vous pour ces choix-là, mais il s’agit d’une opération garantie sans garantie ! Parfois le contenu n’est pas à la hauteur de l’emballage cadeau… Méfiance indispensable ! Mais comment ne pas être attiré par un « Guide de Nulle part et d’Ailleurs », histoire d’aller voir dans les mondes imaginaires comment ça se passe, ou intrigué par « La grosse femme d’à côté est enceinte » de Michel Tremblay. Ce dernier titre m’intrigue suffisamment pour que j’aie envie de jeter un œil à son contenu, bien que je ne sois pas tellement « roman ». Dans le même panier virtuel je pourrais placer aussi « Le cantique de l’apocalypse joyeuse » d’Arto Paasilinna, que m’a recommandé un bon copain. C’est clair, le titre c’est un clin d’œil, parfois déterminant, mais bien souvent ça ne suffit pas ! Du côté des traductions, le résultat est parfois surprenant tant diverge la version française de la version originale, souvent en mal, parfois en bien. Pour le roman policier de Thomas Cook « au lieu dit Noir Etang », le titre français est beaucoup plus accrocheur que l’original anglais. Je reconnais que cette « petite musique » littéraire est bien personnelle et que le charme de certains assemblages de mots peut toucher certains et en laisser d’autres indifférents. Si je mets cette motivation là en premier dans la liste, c’est parce que c’est l’une de mes découvertes les plus récentes. « Pourquoi as-tu acheté ce bouquin ? » – « Parce que j’aimais son titre ». Ça peut prêter à sourire…

  La présentation : couverture, mise en page, typographie
Le « visuel » du livre est une raison complémentaire à mes yeux pour investir, mais non un facteur déterminant. Il est des collections que j’aime acheter, d’autres pas. Je feuillette toujours avec plaisir un ouvrage de chez « Actes Sud » car c’est l’une des rares grosses maison d’édition qui fasse encore un peu attention à la qualité du papier et à la typographie. Beaucoup d’éditeurs se mettent à fonctionner comme des soldeurs : vendre n’importe quoi, le plus vite possible, avec , si possible, un prix attractif, et, obligatoirement, la marge bénéficiaire la plus conséquente. La numérisation du processus de fabrication a permis quelques belles découvertes, mais aussi la mise sur le marché d’ouvrages – intéressants certes – mais fort mal achevés. J’ai acheté récemment le tome 1 d’un ouvrage historique en deux parties, et j’avoue hésiter à acheter le tome 2. L’auteure a fait un travail de recherche documentaire considérable, mais n’est pas à l’aise avec la langue. L’éditeur lui, n’a pas fait son boulot. Il s’est contenté de vider le contenu d’une clé USB sur un support papier, laissant le lecteur se débrouiller avec des fautes de construction à répétition et des phrases dont on cherche désespérément la fin. L’auteure de cet ouvrage méritait mieux ; le lecteur aussi. Je reviendrai sûrement sur ce sujet un de ces quatre ; j’adore récriminer !
Certaines couvertures peuvent aussi avoir un effet « repoussoir ». La mise en page ou l’illustration choisies sont alors des facteurs qui me pousseraient à ne pas acheter un livre. Ce facteur ne joue cependant pleinement son rôle que si je n’ai pas de raison majeure de faire cet achat. L’apparence n’est donc pas un facteur déterminant dans un sens comme dans l’autre mais peut jouer, indiscutablement, si j’ai le choix entre plusieurs éditions. Ce qui est certain c’est que les beaux ouvrages (à prix raisonnable) se font rares, d’où mon intérêt relativement récent pour les éditions anciennes.

  La loi des séries et la collectionnite aigüe
Là c’est clair, j’en suis souvent victime. J’aime les séries et les personnages récurrents dans le domaine du polar comme dans d’autres. Les exemples ne manquent pas dans la bibliothèque. Je suis à la trace (et sans me lasser) les aventures historico-irlandaises de « Sœur Fidelma » (Peter Tremayne fort bien traduit par Hélène Prouteau), mais j’ai craqué sur les aventures à rallonge du colporteur de Kate Sedley. Il faut dire aussi que j’ai du mal avec les récits à la première personne… Je découvre avec plaisir les nouvelles enquêtes du commissaire Brunetti, mais je trouve que les aventures de Yom-yom et Koko ont largement assez duré. Lilian Jackson Braun a mérité sa retraite.  Il faut dire que 30 volumes, ça fait un bon paquet de péripéties à imaginer ! Seul Michel Zévaco est capable de raconter 20 fois la même histoire sans me lasser, mais n’est pas le créateur de Pardaillan qui veut ! A propos de séries, une chose que je n’aime pas c’est quand un auteur se fatigue et « flingue » purement et simplement son personnage. Je suis pour les héros immortels et j’aurais sans doute signé la pétition pour que Paco Ignacio Taïbo II ressuscite son détective hors du commun. Heureusement d’autres l’ont fait pour moi, et le corps criblé de balles qui gisait dans une flaque d’eau a retrouvé le chemin du boulot dans le roman suivant de la série. Il paraît que lorsqu’on a fait un tour au purgatoire, on peut revenir en arrière si l’on a conscience de ne pas avoir fini son enquête. Lorsqu’une série me plait, je souscris à un véritable abonnement et j’achète quasiment les yeux fermés. Dans le rayon « polars » cela explique pourquoi la collection « grands détectives » de 10/18 tient une telle place. Certains sont d’ailleurs plus des romans historiques que des policiers selon les lois du genre. Peu m’importe. Lorsque la série s’arrête pour un cas de force majeure – décès de l’auteur(e) par exemple – je suis doublement peiné.
La collectionnite joue son rôle aussi dans certains achats, mais uniquement pour des écrits de qualité. En disant cela, je pense notamment à la collection « Terre humaine » dont nous avons acheté beaucoup de volumes ; mon lourd passif de collectionneur me pousse maintenant à chercher les ouvrages qui nous manquent, sans que cette recherche ne soit guidée par un intérêt quelconque pour tel ou tel thème ou tel ou tel auteur. Je joue au même jeu avec les volumes du CLA (Club du Livre d’Anticipation) en SF, mais là j’avoue que je bloque sur certains auteurs !

  Les conseils d’un proche
Si l’un de mes  fils n’avait pas insisté, je n’aurais jamais découvert l’auteur de SF Brandon Sanderson. J’ai dévoré « Elantris » cet automne, avant d’enchainer sur « fils des brumes » cet hiver (trois tomes c’est long mais c’est bien adapté aux nuitées prolongées des mois de décembre-janvier). C’est à lui aussi que je dois la découverte de l’œuvre intégrale de Jacques Poulin, écrivain québecois. Du célèbre « volkswagen blues » au « vieux chagrin » en passant par « la tournée d’automne », je crois bien avoir tout dévoré. Quand, de surcroit, cet auteur se permet des choix de titres comme « les yeux bleus de Mistassini », je n’ai vraiment aucune raison de changer de trottoir. Inutile de vous dire que le volume annoncé pour le mois de mai (« L’homme de la Saskatchewan ») de cet auteur peu prolifique est déjà en pré-commande chez l’un de mes fournisseurs. De manière générale, comme en musique, je tiens surtout compte de ce qu’écoutent et lisent mes ami(e)s, avant de suivre leurs conseils. Cela m’évite parfois de me fourvoyer dans des directions un peu trop saugrenues (à mes yeux bien sûr !). Les multiples plaidoiries d’une blogueuse amie en faveur de l’œuvre de Proust – avocate redoutable, c’est indubitable – ne m’ont pas donné envie de croquer la madeleine. Il y a eu une époque aussi ou un bon copain lecteur insistait pour que je m’adonne aux joies de la lecture des ouvrages de Frank Herbert. Le premier tome de « Dune » m’a semblé bien indigeste ; le tome 2, acheté à la suite d’un respect inconsidéré pour les conseils qui m’étaient donnés, a totalement découragé ma persévérance. Quand le conseil va jusqu’au prêt c’est encore mieux. Sans ce geste noble d’un autre copain, je n’aurais peut-être pas découvert la BD « Ignorants » d’Etienne Davodeau. Je n’ai point causé de tort à l’auteur en empruntant l’ouvrage puisque je l’ai offert autour de moi aussitôt après en 4 ou 5 exemplaires ! En fait, maintenant, le seul qui ne possède pas cette petite merveille c’est moi !


 
La hotte du père Noël
Les cadeaux c’est super car c’est le « coup de pouce » parfois indispensable pour se jeter à l’eau (enfin, dans mon cas… si j’ai pied). Sans déballage de paquet, je n’aurais sans doute jamais lu la série de BD « le magasin général » de Loisel et Tripp que j’ai complétée depuis et que je trouve géniale ; je n’aurais sans doute jamais lu non plus le pavé « histoire de la vigne et du vin en France » de Roger Dion. Plusieurs séries que j’ai poursuivies par la suite ont débuté par un livre offert et choisi par quelqu’un, suffisamment attentif à mes goûts pour ne pas « trop » me heurter mais bousculer quand même mes habitudes un peu trop pépères à certains moments. Il y a eu bien entendu des « couacs » mais mon amnésie sélective les a fait disparaître dans le tourbillon de l’oubli.

Les conseils ou les fiches de lecture dénichés dans les medias
Medias ? Télé, radio ? Jamais à ma connaissance. Mais, bon, j’ai une tare majeure, je n’écoute même pas France Culture, du coup j’ai été viré du fichier des abonnés de Télérama. Dans mon cas ce serait plutôt presse spécialisée ou site internet. Encore faut-il que je trouve un chroniqueur auquel j’accorde une certaine confiance. Globalement les médias ne jouent donc pas un rôle essentiel pour moi, sauf dans le domaine des livres documentaires ou des essais. Il n’empêche que je jette un œil attentif et régulier sur les chroniques lecture de certains blogs, je pense notamment à « Actu du noir » de Jean-Marc Laherrère, consacré en grande partie, mais pas en totalité, au roman policier. Je lui dois plusieurs grandes et belles découvertes, notamment dans le domaine du polar US que je connais mal. A l’usage je perçois désormais à peu près nos divergences de goût, et je sais sur quels chemins le suivre et sur quelles pistes l’abandonner ! Si je mentionne  « Actu du Noir » c’est parce qu’il est rare que je suive longtemps un blog aussi spécialisé.
En ce qui concerne les essais ou les ouvrages historiques, la motivation est différente… Il est relativement fréquent que je choisisse un livre après avoir parcouru une fiche de lecture sur un site ou dans la rubrique appropriée d’une revue spécialisée. Il faut bien entendu qu’il y ait recoupement entre mes centres d’intérêt du moment et le contenu de l’ouvrage. Récemment, c’est une brève sur le site « l’en-dehors » qui m’a fait acheter « la France racontée par les archéologues », de Cyril Marcigny et Daphné Bétard ; une lecture passionnante sur l’actualité très récente de l’archéologie de sauvegarde, remettant en cause pas mal d’idées reçues sur l’histoire de France ; un bouquin abondamment illustré,  que je vous recommande au passage.
Les notices de la défunte revue « Gavroche » ont généré aussi pas mal de bons de commande !


 
En liaison avec un voyage ou toute autre raison culturelle, le blog par exemple
Un prétexte de plus pour élargir la gamme de mes lectures. La découverte d’une nouvelle contrée s’associe obligatoirement avec un minimum de connaissances sur l’histoire, la géographie ou les traditions locales. La dégustation littéraire et documentaire a lieu avant, pendant ou après le périple. Cela dépend des cas. Notre voyage en Sardaigne s’est terminé par l’achat de plusieurs ouvrages sur les Nuraghes, d’une histoire du banditisme et d’un roman social couleur locale « Le fils de Bakounine » de Sergio Atzeni édité à « la fosse aux ours ». La rencontre avec ce dernier ouvrage est liée aussi à la lecture de sa présentation sur l’un des blogs de l’Atelier de Création Libertaire consacré à Michel Bakounine ; le contenu de ce roman m’intriguait au plus haut point. Ma curiosité est satisfaite : le livre mérite un détour, d’autant que, contrairement aux autres ouvrages sardes que j’ai consultés, celui-ci est écrit dans la langue que je pratique le mieux !
De retour de Roumanie, j’ai exploré le Dracula de Bram Stoker (sans grand intérêt) mais particulièrement apprécié le « Voyage en Roumanie » d’Alain Kerjean chez Glénat : la découverte de la Transylvanie en cheminant sur les pas du géographe Elisée Reclus. Un livre d’art qui a le mérite de présenter côte à côte textes et photographies d’un grand intérêt.
Si je n’avais pas été puissamment motivé par mes recherches pour le blog, je ne sais pas du tout si j’aurais acheté « Séverine & Vallès » ou bien encore la biographie en Anglais de Grace O’Malley, femme pirate irlandaise. Les recherches que j’entreprends me passionnent parfois et m’amènent à accumuler une documentation dont la portée dépasse largement celle de ces chroniques quelque peu anecdotiques.

Un geste de folie sans doute lié au passage de la comète de Halley
Ça arrive… Parfois c’est simplement histoire de montrer que l’on avait bien raison et que décidément « un tel » ne s’améliore pas ou que l’on n’aime toujours pas ce « genre » de bouquins… Cela peut être aussi un coup de cœur totalement irrationnel ou un joyeux méli-mélo de motivations empruntées à la présente liste.

  L’état de manque
Vous savez, cette situation dans laquelle se retrouve parfois le lecteur… Une pile de nouveautés insuffisamment haute, à l’angle du bureau… Pas moyen de choisir vraiment.. Il manque juste le style de bouquin qu’on a envie de lire à ce moment donné. Celui-ci ? trop sérieux ! Celui-là ? Encore de la politique ? C’est pas le moment… J’ai juste envie de partir sur une île déserte… Alors on farfouille, on décortique les catalogues, on examine d’un œil critique les listes de recommandations fournies par un site commercial diaboliquement organisé. On relit souvent. Pour ça, ma mémoire passoire me fait faire de grandes économies. Avec quatre ou cinq ans de recul je peux relire certains romans car je ne me rappelle absolument pas la trame et encore moins la conclusion. Ou alors, et c’est fréquent, on achète, audacieusement, la dernière production d’un auteur qu’on avait mis de côté après une déception cruelle, ou on approche à petits pas, d’une signature inconnue, d’un point d’interrogation, d’un sentier qui ne paraît pas trop broussailleux. Numéro gagnant à la loterie ? Parfois… Un bel exemple avec cette « longue marche » de Bernard Ollivier parcourue cet hiver…

Postface

 Conclusion ? Pas de conclusion… Le sujet est ouvert… J’arrête là cette chronique, pourtant bien inachevée, tant j’aurais à dire sur la question. Je m’aperçois que les critères de choix que j’ai énoncés laissent de côté des pans entiers de la bibliothèque. Peut-être est-ce logique après tout, ces livres-là n’avaient pas besoin d’une raison d’achat particulière. En tout cas, ça suffit comme ça ; ce texte traîne dans mes « brouillons » depuis quelques semaines et je vais finir par le prendre en grippe, ce qui est un peu dommage à l’arrivée du printemps. Arrêter de triturer un écrit c’est peut-être un peu le désenvouter. En ce moment les brouillons inachevés sur lesquels je souhaite procéder à une révision s’accumulent. Une dernière relecture et je viens de supprimer trois lignes et d’en ajouter six. Si je continue la postface va dépasser la chronique en longueur. Au secours !
Ce qui est sûr c’est que ce texte répond à l’un de mes besoins actuels : laisser sur le bord de route pendant un certain temps les chroniques plus « politiques » ; on dit que, courant mai, on sera débarrassé de cette histoire d’élection présidentielle qui m’insupporte. Meilleurs vœux pour le premier tour ; quand la pluie s’arrêtera, j’irai planter mes pommes de terre.
Un peu long tous comptes faits ? Prenez le temps de déguster ou mettez directement au panier ! J’écris peu en ce moment alors pour me faire pardonner, je bavarde, je bavarde !
Notez, pour finir, que les illustrations de cette chronique correspondent uniquement à des ouvrages qui m’ont séduit, beaucoup, passionnément, à la folie (?) et ils ne sont malheureusement pas tous là !

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5avril2012

Potins feuillesques et charbinois — côté verdure

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

 Si c’est plutôt calme du côté du blog, ça remue sacrément dans notre environnement immédiat ; le second facteur explique d’ailleurs le premier… Le démarrage spectaculaire du printemps a pour conséquence une accélération frénétique du rythme de travail extérieur. Le nez dehors de 8 h du matin à 7 h du soir, ça ne suffit pas pour faire front à l’accumulation des tâches à exécuter. En plus, en 2012, il semble que, n’échappant pas à la loi commune, nous ayons un an de plus sur le dos (surtout sur le dos !). Ainsi que je le revendique périodiquement, il serait souhaitable que la durée des jours passe à 48 h, histoire que j’aie encore le temps de trainer devant le clavier de l’ordinateur et celui de l’accordéon, histoire que je ne m’amuse pas à recréer un stress inutile qui me fatigue parfois plus que le travail lui-même. Bref, on fait avec, un coup à gauche, un coup à droite, une pause au centre… Pour vous dire la vérité, en fait, j’aime ça, ce déferlement d’activités « nature ». La période fin mars – début mai est sûrement l’une des plus excitantes au jardin. D’abord il y a une grosse frustration à combler, après avoir passé plusieurs mois à observer (parfois de loin) une nature vivant au ralenti. Ensuite, le début de végétation offre des spectacles aussi inédits qu’émouvants. Pour finir, le jardinier ressent un peu la même impression que le peintre devant sa toile blanche ; tout semble possible, et les premières ébauches réalisées entrainent toute une série de créations en cascade. La remise à neuf de tel ou tel massif rend nécessaire un nouvel aménagement de l’espace voisin. Certains volumes sont à rehausser ; des plantes qui n’étaient pas à leur place à déménager. A chacun selon ses goûts : associer ou mixer les couleurs ; jouer sur les perspectives de façon plus ou moins rigoureuse ; corriger ce que j’appelle « les erreurs de casting » des mises en scène précédentes. Avant d’introduire une nouvelle espèce végétale dans le jardin, je fais toujours un test au préalable ; je ne veux pas de plantes trop fragiles ou nécessitant un nombre élevé d’opérations. J’aime l’apparence faussement naturelle des jardins anglais. Je n’apprécie guère les buis taillés au carré et les massifs tirés au cordeau « à la française ».

 Nous travaillons depuis dix ans, ma compagne et moi, à aménager un vaste espace vert, avec des fleurs, des légumes et des arbres. Nous sommes à la fois des privilégiés – et ça j’en ai bien conscience – et des démunis. Privilégiés car nous avons un cadre de vie très agréable et beaucoup de place. Démunis parce que nous n’avons pas le compte en banque qui accompagne généralement ce genre de réalisation. Du coup, nos moyens limités nous obligent à avancer par petites touches. Pas vraiment de plan d’ensemble, mais un puzzle de verdure dont les pièces se mettent en place progressivement. Pas question non plus de faire appel à des entreprises ou à une quelconque aide rémunérée. Les centaines de trous de plantation ont été faits à la main ; les tonnes de compost nécessaires ont été tournées à la fourche et charriées en brouette ; les arbres ont été achetés un par un, hiver après hiver, en fonction des disponibilités financières. Point commun avec le blog, notre parc est un joyeux méli-mélo qui se construit peu à peu au fur et à mesure du temps qui passe. Nous n’avons ni l’un ni l’autre aucune formation technique dans ce domaine. L’avantage de travailler par étapes, c’est que nous acquérons peu à peu une expérience qui nous permet d’éviter les erreurs des premiers temps. Le côté « fouillis organisé » n’est pas le seul point de ressemblance entre le blog et le parc. Nous avons décidé que ces deux entités, et même une troisième – la maison – porteraient le même nom : « La Feuille »… Plusieurs raisons à cette dénomination : « feuille de papier » correspond bien aux amoureux des livres que nous sommes ; « feuille d’arbre » pour l’arboretum que nous avons commencé à constituer ; « feuille de route » pour les carnets de voyage, feuilles aussi pour le temps qui passe et la mémoire qui va-et-vient. Autre raison dans notre choix, et ce n’est pas la moindre, le lieu-dit cadastral où se situe le hameau dans lequel nous habitons se nomme également « La Feuille ». Rencontre entre la toponymie et la destinée d’un lieu.

 Privilégiés nous sommes, donc, mais nous tenons à partager ce privilège que constitue un vaste espace de vie et de verdure, avec ceux que notre projet intéresse. Nous essayons « d’ouvrir » la maison, le plus possible. Nombreux sont les ami(e)s, intéressés de près ou de loin par nos activités pléthoriques, qui nous rendent visite et nous donnent des coups de main ponctuels depuis des années. Il est impossible de dresser la liste de tous ceux qui ont aidé à mettre la truelle dans le béton ou le bois dans la raboteuse depuis que nous avons commencé l’aménagement de nos divers bâtiments, sans courir le risque d’en oublier un ou une. Je ne me livrerai donc pas à ce genre d’exercice qui présente par ailleurs le défaut de n’intéresser que les gens qui seraient cités au tableau d’honneur. Nous avons même recruté quelques généreux donateurs pour « sponsoriser » quelques uns de nos plus beaux arbres (rassurez-vous, cette chronique n’a pas pour objet un appel de fonds habilement dissimulé !)
Depuis plus de deux ans, nous avons rejoint le réseau « Couch’Surfing » et reçu un certain nombre de voyageurs, pour une nuit ou plus. L’occasion de belles rencontres, que ce soit parmi les gens que nous avons hébergés ou parmi ceux qui ont été nos hôtes en France et à l’étranger. Avec plus de trois millions d’inscrits, ce réseau d’échanges de canapé et de civilités, a littéralement explosé. De nombreux groupes locaux existent, proposant des activités de proximité et regroupant, au gré des hasards du calendrier, hébergeurs et hébergés. Nous sommes un peu en décalage par rapport à la moyenne d’âge des inscrits : on serait plutôt au stade de jouer à pépé mémé plutôt qu’aux gentils hôteliers, mais cet élément là nous plait beaucoup. Rencontrer des plus jeunes que nous continue à nous dynamiser : nous avons l’impression d’avoir constamment nos garçons à la maison et les projets des vingt ou trente ans de moins que nous, nous paraissent plus réjouissants que les sorties en car du « club diamant » local, ou les virées traditionnelles en camping-car des retraités professionnels. Il n’en reste pas moins que certains matins, avant d’aller « au turbin », je me demande quelle mouche m’a piqué de me lancer dans un bazar pareil, d’autant que, me font remarquer certains esprits rationnels, « dans quelques années ça va devenir encore plus difficile »… Notons au passage qu’on peut se poser le même genre de question pour plein d’autres projets… Un blog par exemple… quelle motivation ? Des milliers de pages accumulées pour… la gloire ? l’amour du lard ?

 Enfin bon… Ainsi souffle le vent dans la principauté charbinoise. Il fait voler des milliers de feuilles en attendant de faire tourner une éolienne. Et pour tourner, eh bien il faut que ça tourne, sacré nom d’un p’tit bonhomme ! Cette année, nous nous sommes dit qu’en plus des privilèges, ça serait bien que nous partagions aussi le travail qui accompagne la création de cet environnement épanouissant. Nouvelle expérience donc. Nous nous sommes inscrits à un autre réseau à dominante anglo-saxonne : « Help’x », diminutif de « Help exchange » ou « échange d’aide » pour ceux qui ont la flemme de traduire. Cela me plairait bien d’ailleurs si tous ces réseaux, les sites internet qui leur servent de base, et leurs multiples adhérents étaient un peu plus francophones. Mais la France, comme dans beaucoup de domaines, a été plus ou moins pionnière dans ce domaine-là, avant d’être pas mal larguée par l’approche un peu plus décontractée de nos amis d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique. Si je mentionne le fait que la France a été pionnière, c’est parce que c’est des étroites frontières de l’Hexagone – à ma connaissance – qu’a démarré le plus ancien des réseaux de partage, à la fois idées, couchage et amitié. Il s’agit du réseau « Servas », construit dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, et établi sur des bases si solides qu’elles sont toujours là, bien en place. Certains des voyageurs que nous avons reçus faisaient d’ailleurs partie des deux associations : « Couch’Surfing » et « Servas ». Un jour, peut-être, je vous ferai une description détaillée de ces divers mouvements, de leurs similitudes et de leurs divergences… Pour l’heure, nous voilà aussi adhérents de « Help’x » et nous avons reçu, au mois de mars, notre premier voyageur travailleur, en séjour à la maison.

 Le contrat de base proposé par Help’x (et par ailleurs assez souple) est assez simple : accueil (avec, à nos yeux au moins, le respect de la plénitude des sens que contient ce mot), nourriture et logement contre trois ou quatre heures d’aide à divers travaux chaque jour. Cet horaire peut être modulé à convenance : un jour de travail, un jour de repos, journées groupées… « Aide » ne veut pas dire travail accompli avec les mêmes objectifs que dans le cas d’un emploi salarié. Il s’agit avant tout d’un partage de connaissances autour d’une activité donnée, en fonction des compétences, des envies et des besoins de chacun. Tu m’aides à brasser mon compost ; je t’explique comment je fais. Tu as de plus gros biceps que les miens et un dos en meilleur état : tu m’aides à tourner du béton et à pousser la brouette. Il ne s’agit en aucun cas de recrutement « au noir » d’une femme de ménage ou d’un électricien pour remettre à neuf l’installation de la maison. Il n’en reste pas moins que la mise en commun des idées, et l’intervention de nouvelles personnalités, permet bien souvent d’avancer plus vite dans le travail. Notre premier « voyageur travailleur » est resté une dizaine de jours entre nos murs et l’expérience s’est révélée vraiment très enrichissante à différents niveaux. Quelques exemples ? Le niveau linguistique des deux parties a bien progressé. Beaucoup d’échanges se sont faits en Anglais ; du coup notre niveau est passé de rouge à rouge-orange dans l’échelle de Shakespeare ; notre visiteur a bénéficié de cours accélérés de francophonie et a pu acquérir tout un vocabulaire argotique ou régional de prime importance dans la vie courante. Ayant le privilège d’héberger un chef pâtissier soucieux de découvrir la pâtisserie française, nous nous sommes joints à ses tests de dégustation et avons réussi à gagner un bon kilo pendant son séjour. Côté jardin, eh bien, beaucoup de projets ont avancé d’un bon pas, même s’il nous a fallu parfois calmer un peu les ardeurs de notre travailleur qui voulait nous imposer des horaires hors-limite syndicale.

 Notre visiteur est reparti avec sa compagne (arrivée à la fin de son séjour) mais il a promis qu’il repasserait nous voir après une première étape d’aventure dans le Sud de la France. Je crains que l’espoir qu’il a de trouver un contrat help’x dans le domaine de la pâtisserie ne soit vite déçu mais comme notre nouvel ami est multi-compétent et très sociable, il est probable qu’il fera d’autres belles rencontres. Quant à nous, nous attendons une nouvelle recrue, étatsunienne, cette fois, pour le courant du mois de juin, à moins que d’ici là, fonction des hasards de la galaxie internaute, d’autres courageux/geuses volontaires ne viennent séjourner au bagne fleuri. Pour parfaire mon bonheur, il me faudrait aussi trouver une « aide » audacieuse qui tiendrait le blog à ma place le temps que je puisse essayer la nouvelle chaise-longue que je vais m’acheter avec le capital fourni par nos nouveaux sponsors. Ce serait sympa aussi de trouver une famille de joyeux cinglés qui vienne tenir le gouvernail de notre « feuille » hétéroclite, le temps qu’on aille explorer une partie de l’espace intersidéral. Bref, on n’est pas trop partisans du « volet fermé, chacun chez soi, chérie t’as branché le radar ? » ; on préfère échanger des idées autour d’une platée de ravioles du Dauphiné, et recruter suffisamment de bras pour pousser plusieurs brouettes à la fois. Si vous rêvez de séjours harassants mais ô combien épanouissants à la campagne, ne vous privez pas de nous contacter, on accepte même les non-inscrits aux différents clubs mentionnés plus haut.

Puisqu’il est question de feuilles de papier – aussi – sachez, même si vous vous en fichez éperdument, que j’ai enfin réussi à compléter ma collection de la Géographie Universelle d’Elisée Reclus, publiée à la fin du XIXème… Dix-neuf volumes, un peu hétéroclites certes puisque ma série comporte une douzaine de reliures différentes ! En tout cas, je suis bien heureux d’avoir fait cette acquisition (il m’a fallu une année et demi de transactions diverses chez pas mal de libraires d’occasion) et d’avoir réussi à le faire pour une dépense totale relativement raisonnable si l’on tient compte du « trésor » que cela représente pour moi…

Amour, partage et happyness for ever.

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1avril2012

L’âme humaine est insondable et la Mémène aussi…

Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.

La négociation a été tenue secrète pendant les longs mois durant lesquels elle s’est prolongée. Vous comprendrez pourquoi. L’accord étant signé, je peux maintenant lâcher le morceau : tout comme « Rue 89″, adopté il y a peu par le « Nouvel Obs », la Feuille Charbinoise vient à son tour d’être rachetée par un consortium de presse. La barre de nos exigences se situant très haut, il a fallu pas moins de trois actionnaires pour rassembler le paquet de biftons nécessaires. Le blog va conserver son titre, embaucher 18 nouveaux rédacteurs et nouvelles rédactrices, et sera remis à jour quotidiennement. Les trois investisseurs majoritaires sont « Système D », « Wakou » et « Télérama ». Le contenu de la « Feuille Charbinoise » ne va changer que de façon imperceptible pour les lecteurs et lectrices superficiels. Sont prévues au mois d’avril les publications suivantes : « l’histoire véridique de Bernadette Soubirou » ; « François Bayrou… pourquoi pas ? » ; « La Mémène est insondable » ; « Pastis, absinthe, camomille, que choisir ? » ; « Du nouveau sur la construction des pyramides par les Atlantes » ; « Les dessous du tournage de plus belle la France » ; « La réputation des clés Facom est elle méritée ? » ; « le cordonnier de Sauve était un sérial-killer » ; « courgettes et spiritualité »… etc….

Nous espérons que vous resterez fidèles, et que vous serez toujours plus nombreux à lire « la Feuille Charbinoise » l’encyclopédie désordonnée mais bien financée.

Gill Bates

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29mars2012

Ciel, un bric à blog…

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Y’en avait pas un déjà le mois dernier ? Tu crois qu’il cause encore politique ?

  Quand je scrute les résultats que me délivre mon logiciel espion – l’hadopi charbinois qui traque vos connexions – j’obtiens confirmation du fait que « la Feuille Charbinoise » est vraiment une « encyclopédie désordonnée »… Les requêtes permettant à certains internautes de débouler sur notre site sont des plus diverses et des plus surprenantes. Or ces improbables moissonneurs d’informations constituent le plus gros du bataillon des lecteurs de ce blog : environ 80 %. Je continue donc à jouer à « l’Oncle Paul » du web, plutôt qu’au messie interplanétaire ayant un message de première importance à vous transmettre. D’autant qu’en ces périodes pré-électorales, des messies il y en a une brouettée. Je continue donc dans le rayon « culture populaire » à alimenter les paniers à provision des amateurs d’arbres, de voyages et de grains de sable divers. Cela permet de belles rencontres, quand, quelques mois voire même plusieurs années après, je vois arriver des commentaires passionnants sur certaines chroniques anciennes. Les écrits bloguesques ayant tendance à se situer dans l’instantané, cela me donne parfois envie de reprendre et de remettre au goût du jour certains sujets traités dans des temps immémoriaux… A voir…
L’analyse de l’origine géographique des lectrices et des lecteurs m’a permis aussi de découvrir que, en sus du nombre important de visiteurs en provenance du Québec, de Suisse et de Belgique, la « Feuille Charbinoise » bénéficie d’une certaine audience dans les pays du Maghreb, en particulier l’Algérie. Je regrette de ne pas offrir plus de chroniques sur le monde et la culture arabes – thèmes m’intéressant pourtant beaucoup. Dans les premiers temps de ce blog, j’ai publié des chroniques sur plusieurs hommes de sciences célèbres originaires du bassin méditerranéen, depuis, beaucoup moins… Il est grand temps que je reparte me balader hors des sentiers connus de la culture franco-française… En ce moment, je découvre Hawad, poète, philosophe et calligraphe berbère… j’espère pouvoir vous faire participer à cette belle rencontre. En attendant, je continue, à ma manière, à explorer les plis et replis de l’information sur la toile.

  Piqué sur le blog de Jean Dornac, l’excellent texte de la militante israélienne pour la paix Nurit Peled. Le bref rappel historique auquel se livre cette femme remarquable est à la fois bon et mauvais pour le moral. Mon but n’étant pas de traiter du problème de la Palestine en deux temps et trois mouvements, je ne ferai pas l’inventaire de ces raisons maintenant. Je vous laisse le soin de découvrir l’article. Ce qui est certain c’est que les faucons israéliens font tout ce qu’ils peuvent pour jeter de l’huile sur les braises. Pendant que l’on observe longuement la situation en Syrie, on ne prête guère attention aux assassinats ciblés et aux bavures inévitables qui les accompagnent… en Palestine.
Rien sur « l’affaire de Toulouse » ? Rien de ma part en tout cas ; d’autres se sont chargés d’exprimer de façon parfaitement adéquate ce que je pense. Je vous propose donc de consulter  l’article paru sur « les cénobites tranquilles » il y a quelques jours.  Ce blog gagne encore une place au classement de mon hit-parade matinal. Je trouve fort à propos aussi les interrogations soulevées par Claude Guillon : la DCRI laisse opérer tranquillement un fanatique religieux qui revient de stages d’entrainement en Afghanistan et au Pakistan, et monte une opération de grande envergure pour interpeller les « suspects de Tarnac », qui ont commis le grave délit de franchir clandestinement la frontière entre USA et Canada, ainsi que celui de manifester sans demander la permission… Ces deux analyses sont à compléter par les écrits de Patrick Mignard… A lire sur Altermonde : « Des paroles et des actes« . Je me permets de reproduire la fin du texte tant je la trouve pertinente :
« La barbarie – comme le 20ème siècle nous l’a montré – n’est pas un évènement extérieur à la société, pas plus qu’une création extra-terrestre et extra-humaine mais peut se produire dans n’importe quelle société constituée par des individus comme tout un chacun. C’est une chose que l’on a aujourd’hui oubliée.
 » La France par sa générosité s’est enjuivée  » Radio Paris 1942
 » La France par sa générosité est en train de s’islamiser  » Front National 2012
Ça ne vous donne pas à réfléchir ? »

  Rien sur les élections en France ? Non, rien ! Un mois avant, j’en ai déjà marre. Alors quand la date fatidique approche ! Le débat n’est même pas intéressant tant les problèmes les plus importants sont esquivés par les candidats. Le panorama des opinions des différents partis quant au problème du nucléaire est singulièrement inquiétant. On peut consulter, à ce sujet l’enquête réalisée par le Réseau Sortir du Nucléaire. Pourtant, selon cet article intéressant paru sur l’un des blogs du monde diplomatique, l’industrie nucléaire va droit dans le mur (y compris sur le plan économique). Je vais voter pour un candidat qui ne se présente pas, ou plutôt une candidate ou une cancrelate ; pourquoi pas Louise Michel par exemple ; d’un autre côté, je ne voudrais pas qu’elle perçoive mon geste comme un manque de respect…
Le printemps étant gentiment revenu, l’intérêt cyclique que j’éprouve pour les carottes et les fleurs annuelles monopolise mon intellect. Où vais-je installer mes poireaux pour enquiquiner les mouches qui ont fait des ravages dans mes cultures poireautiques ces dernières années ? Voilà une question qui préoccupe l’autruche que je suis en train de devenir… Certains lecteurs ayant un sens du « devoir » civique particulièrement développé me diront que je vais m’en prendre plein la tronche pendant cinq ans et que ce sera bien fait pour moi. Je n’ai même plus assez d’agressivité pour répondre. Je l’ai déjà fait à de nombreuses reprises et je ne suis pas encore assez gâteux pour rabâcher. Je me vengerai sur les doryphores. Je crois avoir dit quelques mots plutôt aimables à l’attention de Mme Eva Joly dans un BàB antérieur. Je retire mes propos. Je ne lui pardonne pas ses dernières déclarations électoralistes faites à Montauban : elle se sent « solidaire » avec l’armée ? Pas moi. Voir à ce sujet le billet de Fabrice Nicolino et l’excellente citation de Louis Aragon qu’il exhume pour la circonstance. Habile transition littéraire avec le paragraphe suivant.

  Belle évocation de l’œuvre de Louis Pergaud, en particulier de ses carnets de guerre et des conditions de sa mort dans les tranchées en 1914/18. Ça se passe sur « Mo(t)saïques 2 » et c’est à lire indiscutablement. Encore un instit, fils d’instit, qui a mal tourné. Pour ajouter mon grain de sel aux infos apportées par JEA, voici le portrait qu’en dresse un autre écrivain de l’époque, Lucien Descaves : « Quand Louis Pergaud arrivait chez moi, le dimanche, j’avais l’impression que l’on ouvrait une fenêtre… L’air entrait avec lui, un air salubre et vif qui sentait la terre et les feuilles, l’herbe mouillée et les sapins. Il avait beau être vêtu comme vous et moi, il m’apparaissait en costume de chasse, et son chien Miraut l’attendait en bas.
Il apportait son pays, la Franche-Comté, à la semelle de ses gros souliers.
Il avait le parler rude, le regard franc, la poignée de main cordiale. Il détestait le mensonge, les détours et les manigances. Il appelait par leur nom les gens et les choses. Il savait haïr… mais comme il aimait ! »
C’est extrait de la préface du livre « les rustiques : nouvelles villageoises ». C’était aussi le paragraphe littéraire du bric à blog de mars ; merci JEA !

Merci à Siné Mensuel de me fournir la conclusion de ce « bref à blog ». Juste avant de boucler cette chronique, j’ai eu le plaisir d’écouter – et de vous proposer d’écouter – la future chanson culte du mois d’avril : la « France Forte« . J’attends avec impatience que Philippe Val en impose la programmation sur France Inter Ministériel. Pour le prochain bric à blog, en avril probablement, je parie que je ne parle que de jardin, de trains, de châteaux et de forêts…

Notes précédent les notes postérieures : comme avant goût de ce qui vous attend, quelques superbes clichés réalisés par la photographe attitrée de « la feuille », Madame Baluchon. Quand on pense à la beauté des spectacles que nous offre la nature… Un double clic répété vous permet d’agrandir ces images. Merci de préciser la source en cas d’utilisation sur un autre site internet…

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19mars2012

« Max Havelaar », un roman avant d’être un label

Posté par Paul dans la catégorie : les histoires d'Oncle Paul; Petites histoires du temps passé.

Le label commerce équitable « Max Havelaar » est assez célèbre, surtout depuis que les produits ainsi référencés, notamment cafés et chocolats, sont commercialisés dans le réseau des grandes surfaces. L’origine de cette dénomination est par contre moins connue, notamment en France. Il ne s’agit nullement d’un hommage rendu à une quelconque personnalité ayant œuvré directement pour la mise en place des réseaux de commerce équitable, mais d’une allusion directe à un roman éponyme, très célèbre au Pays Bas, et rédigé par un écrivain libertaire, Multatuli, au milieu du siècle dernier. Multatuli est un nom de plume, emprunté au latin : « J’ai beaucoup souffert ». L’auteur du livre s’appelle en réalité Eduard Douwes Dekker. Il a été fonctionnaire pendant dix-huit ans aux Indes néerlandaises, avant de démissionner. A la suite de cette expérience, il a rédigé, en 1860, « Max Havelaar », un roman quasi autobiographique, ayant pour toile de fond les conditions de vie épouvantables des habitants des îles de Java (futurs Indonésiens), et pour trame la vie d’un fonctionnaire rebelle de l’administration coloniale luttant pour améliorer leur sort.

  Il n’existe pas de biographie complète de cet écrivain en langue française. L’ouvrage existant en néerlandais n’a jamais été traduit. On peut même se demander si la popularité de Multatuli aurait dépassé les frontières des Pays Bas, si le titre de son roman n’avait pas été choisi comme patronyme pour une organisation de commerce équitable mondialement connu. Des extraits de « Max Havelaar » ont pourtant été traduits en français, en 1901, aux éditions Mercure de France avec une préface d’Anatole France. D’après mes recherches (dont les résultats doivent être vérifiés) il faut attendre apparemment 2003 et le travail réalisé par Guy Toebosch et Philippe Noble aux Editions Actes Sud, pour qu’une version intégrale de l’ouvrage soit proposée aux lecteurs français. Au préalable seuls des « textes choisis » ont été édités. Cela explique sans doute que dans les dictionnaires de noms propres ou les encyclopédies, nulle mention ne soit faite de cet auteur, soit sous son nom d’état-civil, soit sous son nom de plume. Il faut dire qu’à la charnière entre le dix-neuvième et le vingtième siècle,  la thématique de l’œuvre n’était pas vraiment conforme aux velléités colonialistes d’une France dont le regard portait loin au-delà des mers.

 L’existence d’Eduard Douwes Dekker ne recèle pourtant rien de bien extraordinaire ni de bien mystérieux. Il est né le 2 mars 1820 à Amsterdam. Il est originaire d’un milieu modeste. Ses parents sont de religion mennonite (fraction de l’église réformée divergeant sur des points de doctrine importants avec la religion officielle). Son père est capitaine dans la marine marchande. Eduard, troisième enfant de la famille, reste à Amsterdam jusqu’en 1838. Il interrompt ses études à la fin du lycée, pour devenir employé de bureau. A l’âge de 18 ans, il suit son père et son frère aux Indes néerlandaises. Il travaille d’abord à la cour des comptes de Batavia, puis occupe différents postes au gré de ses mutations tout en grimpant peu à peu dans la hiérarchie administrative. Pour finir, il devient vice-résident à Ambon. Il se marie avec Huberte van Wijnbergen (à l’origine du personnage de « Tine » dans son roman). En 1852, il obtient un congé et il rentre à Amsterdam. C’est dans cette ville que nait son fils Eduard (Max dans le roman). Il repart en Indonésie en 1856, plus ou moins contre son gré (des ennuis financiers semblent avoir motivé sa décision). Le gouverneur général des Indes néerlandaises, qui apprécie son humanisme, le nomme vice-résident à l’Ouest de l’île de Java, dans la région très pauvre de Lebak. Ce n’est pas un cadeau que lui fait là le gouverneur… Eduard Douwes Dekker est sous les ordres d’un certain Brest van Kempen ; cet homme est un véritable despote qui soumet les habitants de la région à un régime de surexploitation et d’injustice caractérisées. Très vite, les deux hommes vont s’opposer. Douwes Dekker dénonce les agissements du Régent local, Raden Adhipatti Karta Natta Negara, qui se livre à des pratiques intolérables à l’égard de ses compatriotes, avec la complicité du Résident européen. L’administration coloniale hollandaise couvre ses responsables locaux et notre futur écrivain est déplacé d’office. Il refuse cette sanction et préfère démissionner de son poste et rentrer en Europe.

 Les excès auxquels il a assisté s’opposent trop à ses propres règles morales pour le laisser en repos. Il décide de témoigner de son expérience en rédigeant un roman se déroulant dans le pays où il a vécu une bon nombre d’années. Il ne peut rédiger une véritable autobiographie, et choisit plutôt une fiction ; beaucoup de faits énoncés dans « Max Havelaar » sont réels, mais les noms des personnages ou des lieux sont modifiés, pour que le livre ne soit pas censuré, et que le témoignage ne se retourne pas contre son auteur. L’ouvrage est terminé en 1859, à Bruxelles, ville où Multatuli, après pas mal de déplacements, a fini par se fixer. Il rédige plusieurs autres livres, parmi lesquels « L’école des Princes », une pièce de théâtre, connait un succès certain. A partir de cette période, sa vie est réglée par les principes moraux plutôt anticonformistes qu’il a adoptés au fil des années, et elle va être assez tumultueuse. Certains de ses détracteurs (et il n’en manque pas) vont faire les « choux gras » de sa vie sentimentale agitée, et de ses déclarations les plus « scandaleuses » pour s’en prendre à lui. Il n’en reste pas moins que l’impact de « Max Havelaar » roman pionnier parmi les écrits anticolonialistes, va être considérable. Le récit s’appuyant sur un ensemble de faits bien réels est poignant, et le style de l’auteur est apprécié pour sa simplicité, à un moment où la littérature néerlandaise est marquée par un certain maniérisme et beaucoup d’emphase. Malgré de nombreuses difficultés avec les éditeurs, les libraires, les critiques… son roman « Max Havelaar » obtient dans un premier temps un succès relatif. S’il lui permet de s’adonner pleinement au métier d’écrivain qu’il souhaitait exercer depuis son départ aux Indes, la publication du livre ne lui apporte aucune aisance financière, et Multatuli va avoir une existence difficile. Sa production littéraire sera toutefois assez conséquente : l’édition de ses œuvres complètes au Pays-Bas représente un ensemble de 14 volumes.

 Bien qu’il soit sous-titré « les ventes de café de la société commerciale néerlandaise », le roman de Multatuli décrit assez peu les mécanismes de culture et de commercialisation du café. Il s’intéresse plutôt aux conditions de vie des travailleurs exploités, et apporte peu d’informations sur les mécanismes commerciaux qui règlent le trafic de ce véritable or noir : prix de revient minimaux, profits maximaux (à l’heure actuelle le principe n’a guère évolué !). Si l’on changeait les noms des principaux personnages et le titre du livre on aurait à faire à un véritable récit/témoignage autobiographique. Au fil des pages, l’auteur décrit en effet avec beaucoup de réalisme, le parcours hérissé d’obstacles que doit affronter un fonctionnaire colonial. Son souhait de mettre fin aux injustices dont sont responsables les chefs d’un véritable réseau mafieux intégrant aussi bien les administrateurs blancs que les chefs locaux se heurte à une inertie et à une mauvaise foi écœurantes. Le système d’exploitation mis en place par les Hollandais repose sur une double structure administrative : les ordres émanent de fonctionnaires blancs, mais des responsables autochtones, choisis parmi les chefs tribaux, et caractérisés en général par leur absence totale de sens moral, sont désignés pour les faire appliquer (le Résident est blanc ; le Régent est indigène). Les « petits chefs » locaux sont parfois particulièrement zélés, comme c’est le cas dans le roman, et abusent scandaleusement de leur position hiérarchique. Ceci d’autant plus que l’administration ferme les yeux plutôt que de générer des conflits avec les populations locales. Certains critiques ont comparé le personnage de Max Havelaar à une sorte de Robin des Bois, cherchant par tous les moyens à lutter contre la misère grandissante des indigènes en dénonçant les colons exploiteurs. Le récit de Multatuli a entrainé par la suite un certain nombre de réformes dans le mode de fonctionnement de l’administration coloniale néerlandaise. Son travail est donc loin d’avoir été inutile.

 Si l’on veut comprendre en quoi le profil de l’auteur a tant excité la haine de ses contradicteurs, il est tout d’abord important de se rappeler que l’on se situe au milieu du XIXème siècle, période où le libertinage est parfaitement accepté, dans les milieux bourgeois, sous réserve que l’on s’abstienne de toute publicité et que les règles morales soient, en apparence tout au moins, respectées. Ce n’est pas le chemin que suit Multatuli qui, à l’opposé, n’hésite pas à exposer, à travers ses différents écrits, sa propre vision, totalement non conformiste, de la morale et des règles qui, selon lui, doivent présider aux rapports entre les individus des deux sexes. Multatuli ne se contente pas, en effet, de critiquer sévèrement les lois qui régissent le commerce colonial, et son propos va beaucoup plus loin qu’une simple indignation morale devant l’exploitation des indigènes par les colons. C’est l’ensemble de l’hypocrisie sociale qu’il remet en cause. Cette attitude l’amène à tenir – à haute voix – des propos que la frange la plus pudibonde de ses contemporains n’accepte pas. La conduite de Multatuli va faire l’objet d’une multitude de critiques, évoluant très vite en calomnies pures et simples. Ses idées sont déformées, ridiculisées et le personnage est trainé dans la boue par les critiques littéraires.Il va falloir un certain temps avant que les milieux intellectuels hollandais prennent conscience de l’apport important à la littérature nationale, que représentent les travaux de cet auteur. De nos jours, Multatuli est un personnage important en Hollande. Non seulement le titre de son principal ouvrage a été retenu comme logo par l’une des plus grandes organisations internationales de commerce équitable, mais de nombreuses publications sont consacrées à l’homme et à ses idées. A Amsterdam, il existe un musée consacré à Multatuli.

 En quoi le personnage a-t-il tant dérangé la classe politique et l’intelligentsia des Pays-Bas après son retour en Europe ? Sans doute, en premier lieu, par une vie conjugale non conforme aux bonnes mœurs… Multatuli vit dans une sorte de communauté avec deux compagnes et deux enfants. Cette union à trois est interprétée de façon très divergente selon les sources : recherche d’une harmonie nouvelle pour certains biographes, situation imposée « de fait » à son épouse légitime (Everdine Huberte – photo) qui souffrira beaucoup de cette situation selon d’autres témoignages. La manière provocante dont Multatuli raconte ses faits et gestes et dénonce la mainmise de l’Etat sur le comportement social privé des individus fait de lui l’un des grandes figures de l’anarchisme individualiste, courant de pensée qui sera revendiqué par de nombreux autres artistes à sa suite. Entre ces deux extrêmes, il semble évident que c’est surtout sa trop grande franchise que l’on reproche à l’auteur de « Max Havelaar ». Henry Poulaille dresse un portrait assez évocateur de l’écrivain néerlandais dans une préface qu’il a écrite en 1942 pour une nouvelle édition d’extraits du roman : « Iconoclaste, Multatuli n’avait aucun respect des usages sacrés, [...] il avait la haine de l’hypocrisie et le mépris de toute abdication de l’individu. Loi, religion, morale, propriété, étaient autant de masques à arracher ». Ce propos peut être complété par l’opinion exprimée par Anatole France, préfacier de la première traduction française : « Ce par quoi Multatuli a charmé M. Alexandre Cohen [ndlr : traducteur], c’est son entière franchise et sa parfaite sincérité. Multatuli est un écrivain très extraordinaire : il dit ce qu’il pense. Il s’en trouve fort peu de cette sorte en Hollande et ailleurs. En tous pays, de tout temps, le nombre des hommes qui pensent est petit ; le nombre de ceux qui osent dire ce qu’ils osent penser est moindre. Ils n’y sont nulle part encouragés. La franchise est la moins sociable des vertus. »

Terminons par quelques citations de Multatuli, exprimant quelques unes ses idées forces :
«Il n’y a pas un seul individu qui ne serait regardé pour criminel s’il se permettait ce que l’Etat se permet.»
«Qui n’est jamais tombé n’a pas une juste idée de l’effort à faire pour se tenir debout.»
«C’est stupéfiant de voir le nombre de gens qui prennent le risque d’avoir des enfants. La pisciculture a ses spécialistes. Mais le premier venu a des enfants qu’il élève.»
ou encore : «Chagrin et joie dépendent plus de ce que nous sommes que de ce qui nous arrive.»
Lisez, relisez « Max Havelaar »… Cent cinquante années ont passé, mais certains écrits ne sont pas aussi déconnectés de l’actualité que l’on pourrait le supposer. Quant aux autres écrits de Multatuli, il y a fort probablement des idées intéressantes à y piocher ! Une autre chronique serait nécessaire pour discuter de la notion même de « commerce équitable » telle qu’elle est appliquée de nos jours. Je rassemble quelques docs à ce sujet, j’approfondis et j’aborde la question un de ces quatre…

NDLRMes sources : le site Rocbo.lautre.net a consacré plusieurs études richement documentées à Multatuli – l’éphéméride anarchiste sur le web – L’Encyclopédia Universalis – le roman de Multatuli « Max Havelaar ».
Les illustrations : la photo n°4 représente la maison de Eduard Douwes Dekker à Lebak ; elle provient des archives du musée Multatuli à Amsterdam de même que plusieurs autres clichés. la photo n°2 présente un portrait du Régent et de ses serviteurs – La photo n°6 est un portrait de l’épouse de Multatuli.

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12mars2012

Randonnée dominicale le long de la Nationale 7

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Feuilles vertes.

Sortir du nucléaire ? Et comment chère madame !

 Nous aussi on a joué les « maillons » de la chaîne organisée par le Réseau Sortir du Nucléaire (en courant). Après s’être inscrits bien sagement sur le site, on a choisi Péage de Roussillon, comme point de ralliement. Lyon, on n’avait pas envie et Avignon – certes il y a le pont – mais ça faisait une trotte. Au fait pourquoi le Réseau Sortir du Nucléaire a-t-il choisi ces deux villes comme extrémités de la chaîne ? Deux bonnes raisons : la vallée du Rhône est la zone la plus nucléarisée d’Europe ; la distance Avignon-Lyon est symboliquement la même que celle de Fukushima à Tokyo. La Feuille Charbinoise a choisi Péage de Roussillon, car il semblait qu’il n’y avait pas grand monde d’inscrit à ce point de ralliement là. Ensuite, pour nous, c’est tout droit vers l’Ouest comme la route des pionniers. Tertio c’est un peu au milieu de nulle part… Les pauvres autochtones n’ont droit qu’au voisinage de la centrale de St Maurice l’Exil, un site tout aussi polluant que les autres mais finalement assez discret. On avait donc des chances de ne rencontrer que des militants lambda et d’échapper aux huiles qui se sont regroupées en des points plus « prestigieux » de la chaîne. Ça tombait bien, on n’avait pas envie de discours, de flonflons et de slogans. Juste d’un peu de convivialité pour se sentir moins isolés dans ce monde de brutes, et d’un peu d’exercice pour se réchauffer car le mistral était au rendez-vous.

 Nous nous sommes retrouvés à quelques centaines (ne me demandez pas le nombre exact, je ne suis pas doué pour les estimations ; demandez le aux pandores qui ont passé leur temps à remonter et descendre la chaîne : compter, ils n’avaient que ça à faire) sur le parking d’un hypermarché. Une petite buvette, un groupe de musicos talentueux, une zone protégée des grandes rafales de vent, un beau soleil… le pied ou presque. Il faut reconnaître que le parking d’un hyper, même lorsqu’il est tout neuf, on en a vite fait le tour. Plusieurs cars sont arrivés. Le regroupement des transports était une bonne idée car ça limitait l’encombrement en véhicules de tous genres. Comme on n’était que deux à venir de notre métropole régionale, on a renoncé à affréter un transport collectif… La chaîne s’est organisée : un départ plan plan vers le Sud pour traverser l’agglomération ; un départ un peu plus « sportif » vers le Nord, pour rejoindre les ceuss du point de rassemblement voisin. Après pas mal de piétinement et quelques calculs mathématiques approximatifs, on s’est vite aperçu qu’on ne serait pas assez nombreux pour faire la jonction, même avec l’appui logistique de cordelettes et de rubans. Une fois le long serpent déployé… et ça a été un peu laborieux, on a finalement choisi le principe de la chaîne itinérante : environ trois kilomètres pour rejoindre ceux qui venaient dans notre direction en partant d’Auberive. Des estafettes en vélo faisaient la navette d’un bout à l’autre de la joyeuse ribambelle.

 C’est passionnant une randonnée le long de la Nationale 7 dans les faubourgs d’un gros village perdu au milieu de nulle part. En tout cas, on a le temps d’apprécier longuement le paysage. Les banlieues dans les zones rurales sont devenues aussi moches que celles des grandes villes : pavillons tristement désalignés avec barbecues, haies taillées au cordeau et chiens-chiens qui aboient ; empilement de boutiques qui vendent tout et n’importe quoi à des prix incroyablement fantastiques ; friches transformées en dépôt de matériaux hétéroclites… et saleté omniprésente des bords de route. Notre chaîne, dont les maillons pavoisaient en jaune et en noir, plus quelques couleurs subtilisées à l’arc-en-ciel, avait au moins le mérite d’apporter un peu de couleur s’ajoutant au fond de ciel bleu. C’était sans doute la première distraction annuelle offerte aux habitants du coin. Les adultes étaient prudemment cachés dans leur salle à manger devant l’écran magique, mais quelques enfants jetés hors du domicile familial étaient surexcités par cet événement carnavalesque. Je doute par ailleurs que le défilé de carnaval, s’il y en a encore un, emprunte un itinéraire pareil… Quant au tour de France ?

 Nous avions pour consigne évidente de ne pas gêner, ou de gêner le moins possible, la libre circulation des véhicules, afin de permettre aux automobilistes mécaniquement émancipés de s’adonner pleinement à la joie de leur excursion dominicale sur la N7. De ce côté là il n’y a eu aucun incident à signaler : juste l’occasion pour moi, histoire de tromper l’attente, de m’amuser à faire quelques statistiques. Deux heures ou presque à stationner ou à marcher le long de la Nationale 7, on en voit passer pas mal, des engins motorisés, même si c’est une tranche horaire relativement calme. J’ai remarqué ainsi qu’une petite moitié des conducteurs ou des passagers des véhicules en question envoyaient des signaux de sympathie et de soutien. J’ai noté aussi que plus l’engin mécanique était gros, plus les conducteurs avaient les yeux rivés sur la ligne bleue de la Méditerranée ou de la colline de Fourvière, le pompon du mépris étant accroché aux énormes 4×4 vitres fumées et pare-chocs rutilants. Du côté des camping-cars c’est moins flagrant : je me demande si la discrimination ne serait pas liée à l’origine géographique… En tout cas, selon l’IFOP charbinois, les Allemands sont plus souriants que la moyenne et les retraités français plutôt ronchons (je n’ai aucune solidarité de caste avec ces gens-là ; je suis un rebelle moi monsieur…).

 Quand je vous aurai dit qu’une journaliste du Dauphiné est venue me tirer le portrait tellement elle me trouvait mignon avec mon petit drapeau (soyez gentils, laissez-moi fantasmer), vous saurez presque tout. Elle a trouvé le moyen de répondre « moi je travaille » à un de mes voisins qui avait émis un commentaire défavorable à son sujet… Effectivement, nous on ne bossait pas, on randonnait pour cueillir des champignons – ou plutôt pour les empêcher de pousser, en fait. Pour ma part, quand elle a fait référence au « Dauphiné Libéré », je lui ai demandé si c’était un journal, mais elle n’a visiblement pas compris le cynisme de ma question. Une fois la jonction opérée, nous avons plié bagages. J’étais plutôt ronchonchon jusqu’à ce que j’apprenne, par les infos, que nous étions environ soixante mille. Je me suis alors dit que si on n’était pas venus, d’une part il n’y aurait eu que 59 998 manifestants, et que d’autre part on n’aurait pas découvert, sur notre chemin de retour, le château médiéval de Montseveroux et sa porte extraordinaire. Certains se demandent peut-être pourquoi je ronchonnais – alors que d’ordinaire cette attitude m’est totalement étrangère ? (censuré par la correctrice) D’une part, la gravité du problème est telle que je m’attendais à une marée humaine (je suis un grand idéaliste). D’autre part, à titre personnel, je manifestais, en 1971, contre la construction de la centrale de Bugey et contre l’entrée dans le nucléaire. Plus de quarante années se sont écoulées et je manifeste maintenant pour qu’on se dépêche de sortir avant que les carottes ne deviennent trop radioactives. Point négatif, mes cheveux ont blanchi et j’ai l’impression de faire du surplace. Point positif, même si ma pensée évolue au fil des ans et que mon cerveau se ratatine un peu, je ne suis au moins pas une girouette. Tiens, au fait, il paraît que le Parti Socialiste, cette fameuse Gauche qui va changer nos vies, s’est fait remarquer par son absence totale sur les divers points de rassemblement. A bon entendeur salut. De Gauche ou de Droite, sachez que le Césium, le Strontium et autres joyeusetés tuent de la même manière.

Addenda – en attendant le « bric à blog », un lien avec des reportages sympas que l’on peut visiter : « Récits de Fukushima« . Faire vos courses avec un dosimètre, ça vous tente ?

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