18novembre2014

Et si le Mélèze était l’axe du monde comme le pensent les Yakoutes ?

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

600px-Larix_decidua_Saastal Le temps est venu de vous parler d’un bel arbre, un conifère bien singulier ; le seul, commun dans nos forêts, qui perde ses aiguilles chaque hiver pour en retrouver de nouvelles, d’un vert bien tendre, quand vient la saison où le grand tétras commence sa parade d’amour. « Arbre du monde » pour les peuples autochtones de Sibérie, les Yakoutes ou les Toungouses, il occupe une place importante dans la mythologie de tous les pays où il illumine les forêts par sa splendeur dorée à l’automne. Pour beaucoup d’Alpins, il est tout simplement le « seigneur de la forêt ». Les Gaulois puis les Latins l’ont baptisé Larix ; les Dauphinois lui ont sans doute donné son patronyme le plus connu : mélèze. Il pousse dans de vastes espaces boisés que l’on nomme mélézins. Dans les guides de voyage édités par les écureuils, ces lieux paradisiaques offrant l’un des meilleurs gîtes et un couvert exceptionnel sont labellisés cinq étoiles. Je vous propose de détailler quelque peu cette présentation grandiloquente, et de vous expliquer en quoi les éloges dont on couvre ce végétal aussi majestueux que modeste sont largement mérités.

290px-SubalpineLarch_7735tl Nul explorateur, nul botaniste distingué, n’a jamais implanté cet arbre dans nos forêts tempérées de montagne, puisqu’il en est originaire… Il a une préférence marquée pour la partie élevée de l’étage subalpin où il pousse jusqu’à 2500 m. Par contre son aire de répartition géographique est probablement plus réduite qu’elle ne l’était avant les différentes phases glaciaires qui ont marqué l’évolution de la faune et de la flore de notre continent. Il ne pousse plus en Scandinavie par exemple, alors qu’il y était sans doute très répandu à une époque que vous êtes trop jeunes pour l’avoir connue. Le mélèze sait se contenter de peu : il joue un rôle de pionnier dans le reboisement des terrains ravagés ; n’appréciant guère la concurrence d’autres espèces à croissance plus rapide, au bout d’un temps, ses descendants trouvent de nouveaux espaces pour s’implanter. Le mélèze est un arbre voyageur ! Il apprécie la pleine lumière, se contente d’une certaine sobriété en matière d’eau et de nutriments. Pour subvenir à ses besoins, il développe un vaste réseau de racines qui ont le mérite de maintenir en place les terrains dans les zones d’éboulements, les versants escarpés des terrains en bordure de torrents, ou les larges coulées des vallées glaciaires. Dans ces terrains arides, ses graines germent assez facilement, la végétation se développe et la chute régulière des aiguilles permet la constitution d’un humus favorable à la croissance d’autres arbres, le pin ou l’épicéa, par exemple.

Larix_kaempferi_(Trondheim) Le mélèze est un arbre à croissance lente, mais il peut atteindre des dimensions exceptionnelles lorsque l’écosystème lui est favorable. Sa silhouette est élancée ; son fût est droit et très élevé ; il atteint facilement 30 à 35 m de hauteur, mais certains spécimens connus atteignent ou dépassent 50 m. Sa longévité est considérable elle aussi : même s’ils se font rares, on sait que certains arbres vénérables de cette espèce dépassent le demi-millénaire. Contrairement aux plantations d’épicéas, par exemple, le sous-bois du mélézin est lumineux et souvent herbeux. Pendant longtemps les bûcherons des Alpes ont favorisé sa croissance en éliminant ses plus redoutables concurrents. Lorsque le sapin pectiné ou l’épicéa dominent, le mélèze perd de sa splendeur… En pratiquant des coupes sélectives dans lesquelles ils n’abattaient que ses cousins, les forestiers ont favorisé le développement de mélézins assez étendus. Cette tendance a peu à peu perdu de son importance et l’on a redécouvert ces dernières décennies, l’intérêt que présentait le bois du Mélèze, notamment pour les usages en charpente et en menuiserie extérieure. Ce bois, fortement imprégné de résine, présente la particularité d’offrir une excellente résistance aux intempéries. Les architectes contemporains découvrent à nouveau le charme que présente le bois dans la construction. La demande de « Larix decidua » (nom botanique de l’arbre) augmente régulièrement dans les scieries.

Bardeaux longueur unique, maison Malnou Les anciens connaissaient bien les vertus mécaniques et chimiques du mélèze. Tous ces chalets anciens que l’on peut admirer dans les différentes vallées alpines où les touristes affluent, Queyras, Abondance, Beaufortain… ont été bâtis avec ce bois incroyablement résistant. Nul besoin de lasure, vernis ou huiles diverses, pour qu’il se conserve. S’il est exposé « nature » aux intempéries, il ne présente qu’un seul défaut aux yeux de nos modernes bâtisseurs, celui de noircir à la lumière… Une fois traité avec un produit naturel, genre huile de lin par exemple, cet inconvénient (aux yeux de certains) disparait. Il suffit d’être soigneux et de renouveler fréquemment les premiers traitements. Quant aux lasures « écologiques » et autres « produits miracles », vous pouvez les laisser dormir tranquillement sur les étagères des supermarchés. Votre portefeuille ne s’en portera que mieux ! Les anciens se servaient même de troncs de jeunes mélèzes évidés comme chenaux ou comme tuyaux pour canaliser l’eau des sources éloignées du domicile ou du pâturage des animaux… Barrières pour les enclos, bardeaux pour couvrir les toits, bancs et coffres de bergers, abreuvoirs, tonneaux, ponts sur les torrents… dans les Alpes, les usages de ce résineux semblaient sans limites. Même la résine, recueillie par saignée sur les troncs, a été utilisée pendant des siècles, sous l’appellation fort exotique de Térébenthine de Venise. Ses vertus étaient nombreuses en médecine ou en droguerie. Selon Pierre Lieutaghi, les peintres l’employaient comme conservateur dans la dilution de leurs couleurs. Sans ce baume miraculeux, il est possible que les toiles de Rubens, par exemple, ne nous soient parvenues que bien affadies ! Ceux qui douteraient encore de la valeur de ce bois doivent savoir que dans l’embouchure de la Neva, près de Leningrad, on a découvert des navires coulés depuis un millénaire au moins. Une partie de leur structure était fabriquée en mélèze. Certains échantillons prélevés sur les épaves sont encore si durs qu’ils offrent une solide résistance à nos outils modernes…

bois meleze Il est intéressant d’estimer la valeur d’un arbre en étudiant la place plus ou moins essentielle qu’il occupe dans les légendes et traditions populaires… Celle-ci peut varier selon les régions du monde, en fonction de la richesse du patrimoine végétal disponible localement… En beaucoup de places, le mélèze était concurrencé par d’autres confrères prestigieux déjà évoqués dans ces colonnes : le frêne, le chêne, le châtaignier, l’if… nombreux étaient les arbres qui occupaient une place de choix dans le hit-parade des croyances régionales. En consultant la documentation disponible à ce sujet, il semble qu’il y ait au moins deux régions d’Europe où la place du mélèze ait été considérablement élevée. La palme doit sans doute être attribuée aux peuplades de Sibérie Orientale, les Yakoutes ou les Toungouses. Dans leur culture, le mélèze (appelé Tuuru par l’un de ces peuples), est considéré comme une axe de communication fondamental entre le monde aérien et le monde souterrain. Son tronc sert de demeure au Créateur et à la déesse d’or. Ses branches touchent au domaine des dieux solaires, les Aly qui habitent le ciel. Ses racines plongent dans le royaume des démons Abasy, refuge de prédilection du magicien noir. Les chamans des tribus Yakoutes utilisent le tronc du mélèze comme une échelle pour voyager entre les différents mondes, celui des dieux, celui des hommes et celui des morts. Voici ce qu’en disent les auteurs du livre « Histoires d’arbres » (*) :

« Chaque fois que de grands malheurs frappent son peuple, ou lorsque le gibier diminue, le prêtre escalade l’arbre sacré pour intercéder auprès des dieux. Pour certains Yakoutes, l’âme du chaman reçoit son éducation dans un mélèze aux neuf branches, sur lequel est perché un corbeau qui est leur professeur. Plus le chaman approche de la cime, plus il possède de science. Pour d’autres, l’âme du chaman est forgée par le forgeron mythique Kidaï-Bakhsy qui loge dans les racines de l’arbre. »

Dans le même ouvrage, vous trouverez à ce sujet une très belle légende yakoute intitulée « ar Koudouk Mas, l’arbre d’or sur la montagne d’or ».

Fotothek_df_ps_0002064_Landschaften_^_Hügellandschaften_-_Gebirgslandschaften_^ Le Tyrol, en Autriche, est aussi une place où le mélèze occupe une place importante. Il arrive des aventures des plus improbables aux hommes et aux femmes qui se promènent dans les mélézins. Ainsi, près du village de Graun, habite une étrange créature ensorceleuse, la Salgfraülein, toute vêtue de blanc et terriblement séductrice. Elle est bien plus belle que ses consœurs terrestres et sa voix enivre d’amour ceux qui s’en approchent de trop. Les bergers tombent sous son charme. Elle les conduit alors dans sa grotte et leur fait admirer, non point ses attraits, mais une crèche dans laquelle trônent une multitude de petites figurines de chamois. S’il veut retrouver la liberté, le visiteur doit alors promettre de ne plus tuer de gibier et de se nourrir plutôt de fromage…
Le mélèze permet aussi, dans les mêmes contrées montagnardes, d’entrer en contact avec les disparus et de les aider à trouver le repos éternel. Lorsque l’on se promène dans une forêt de mélèzes, il faut alors prêter attention aux chants que l’on peut entendre autour de soi. Certains peuvent provenir de créatures tourmentées qui n’arrivent pas à sortir de leur errance. On peut alors accomplir une bonne œuvre en menant une quête permettant de faire disparaître la cause de leur tourment. L’arbre majestueux joue en de nombreuses autres occasions le rôle d’intercesseur entre les vivants et les morts. On le qualifie parfois « d’arbre des revenants ». Vous comprendrez pourquoi ! Le Christianisme a mis un peu d’ordre dans tous ces mythes, mais n’a pu faire disparaitre totalement les lieux qui les inspiraient. Il existe de nombreux endroits où l’on va en pèlerinage pour rendre grâce à une statue de la Vierge finement sculptée dans un tronc par un artiste local.

planche botanique Larix_decudua0 Si vous voulez admirer les superbes couleurs du mélèze, du vert tendre printanier au jaune d’or de l’automne, il ne vous reste plus qu’à vous promener dans les vallées alpines ou dans les arboretums, ou bien à en planter un près de chez vous, à condition d’avoir la place. Les teintes magnifiques que prennent les aiguilles, vous en profiterez rapidement. La croissance de l’arbre est en effet soutenue les premières années. En ce qui concerne la prestance magnifique d’un spécimen plus âgé, mieux vaut songer que vous travaillez pour les générations à venir. On ne devient pas « un arbre vénérable » (**) en quelques brèves décennies. Mais le jeu en vaut la chandelle car le mélèze n’est pas un arbre compliqué. Choisissez lui un bel emplacement, dégagé, ensoleillé, et il fera ce qu’il faut pour croître harmonieusement. Il est vrai qu’il n’apprécie pas vraiment les basses altitudes ou le climat océanique et ne deviendra pas multi centenaire sous n’importe quelle latitude. Il n’en reste pas moins qu’on devrait le planter plus souvent dans nos parcs, même en plaine. Sachez aussi qu’il existe une espèce proche du Larix decidua, le Larix leptolepis, ou mélèze du Japon, qui s’accommode mieux aux climats pluvieux. Sa croissance est plus rapide et son bois de très belle qualité également. Par contre, il n’apprécie guère les longues sécheresses estivales. Enfin, si vous souhaitez réaliser quelque bel objet en bois à placer en extérieur (nichoir, banc, gloriette ou autre ouvrage ornemental), pensez à choisir cette essence plutôt qu’un bois importé de quelques lointaines contrées… Par pitié, accordez la grâce aux quelques beaux cèdres rouges qui poussent encore dans certaines rares forêts primaires… On fait aussi bien en matière de construction avec du robinier (faux acacia), du châtaignier ou… du mélèze !

Notes – Cet article est publié à l’occasion du septième anniversaire du lancement de ce blog (c’est aussi le six cent soixantième !). Pour le rédiger, j’ai utilisé plusieurs sources documentaires, parmi lesquelles deux de mes bibles, une ancienne, mainte fois nommée dans ces pages, « le livre des arbres arbustes et arbrisseaux » de Pierre Lieutaghi, et une nouvelle, (*) « Histoires d’arbres – des sciences aux contes » de Philippe Domont et Edith Montelle. Si vous êtes, comme moi, un amoureux ou une amoureuse des arbres, je vous recommande vivement l’achat de ce dernier ouvrage publié aux éditions Delachaux et Niestlé.
Photo n° 1 : Maurice Perry, via commons wikimedia (photo prise dans le Valais en Suisse) – Photo n°2 : Walter Sigmund, via commons wikimedia – Photo n°3 : Daderot, via commons wikimedia – Photo n°4 : bardeaux en mélèze fabriqués par la coopérative « ambiance bois » en Limousin – photo n°6 : via commons wikipedia.
(**) Amateurs d’arbres vénérables, vous vous devez de rendre visite au blog de « Krapo arboricole », enfin sorti d’une longue période de sommeil. Vous découvrirez, à cette adresse, des photos de mélèzes vraiment remarquables.

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13novembre2014

Pas de loisirs « nature » sans passage au préalable d’un troupeau de bulldozers

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Luttes actuelles.

La triste histoire du Center Parcs des Chambarans, une autre ZAD urgente mais un peu oubliée

le reve Pour une majorité de nos concitoyens, les vacances « nature » c’est formidable, à condition qu’on n’ait pas à marcher dans la boue, à écarter les ronces, et à affronter d’horribles moustiques et de terrifiantes couleuvres. L’aventure moderne, c’est dormir dans un bungalow confortablement aménagé (les cabanes dans les arbres ou les yourtes mongoles c’est tendance aussi, mais c’est un peu cher). Après une bonne nuit de sommeil réparateur, un brunch familial dans la cafeteria climatisée… ensuite, on confie les enfants à une structure spécialisée et on peut s’adonner à quelques exercices sportifs revigorants : VTT sur piste aménagée en forêt, randonnée à dos d’âne, baignade prolongée dans une piscine chauffée ornée de quelques cactus mexicains authentiques, balade dans la canopée avec un équipement sécurité complexe et efficace… En soirée, on retrouve les enfants et l’on partage une délicieuse spécialité locale décongelée, en compagnie des nouveaux et néanmoins formidables amis que l’on s’est fait pendant la séance de sauna. Le cœur du dispositif est protégé par une immense bulle de verre ; on échappe du coup à ces maudites intempéries qui vous gâchent les vacances pour un oui ou pour un non. Tourisme de masse dans une ambiance « Robinson Crusoé seul sur son île déserte » garanti ou remboursé.

center_parcs_1 C’est plus sportif et plus familial que le Club Méditerranée et ça permet aux cadres stressés en charge de famille de se détendre un peu. C’est pas trop compliqué à organiser : on réserve son week-end, sa semaine ou sa quinzaine. On fait un peu attention au planning et on bénéficie d’une ristourne exceptionnelle, d’un tarif privilégié, d’une offre sans précédent… Bref ça permet de se donner l’illusion de respirer un peu dans un monde où même le temps que l’on passe aux toilettes est minuté. Je peux comprendre mais je ne peux approuver tant ce concept de loisir technologisé m’est indifférent. Bien sûr, on n’est prisonnier de rien et l’on peut échapper à la bulle de verre autant que l’on veut… D’un autre côté, à quoi bon payer un prix quand même élevé si l’on ne cherche pas à bénéficier des « facilités » offertes par la structure ? Et puis c’est quand même formidable car, par la fenêtre du bungalow, on bénéficie d’une vue exceptionnelle sur les quelques spécimens d’arbres préservés de la forêt originelle et l’on se rend à peine compte du fait qu’il y a un bon millier de chalets identiques dans les environs. C’est en fait une version « améliorée » de l’histoire de Robinson Crusoé : l’île n’est pas vraiment déserte ; c’est simplement un lotissement avec un plan d’occupation des sols un peu moins dense et un peu mieux étudié.

chambaran Alors me direz-vous, « si t’es pas d’accord, personne ne t’oblige à y aller« … Certes. Le problème c’est que l’on ne met pas en place une structure comme celle-ci n’importe où… Si l’on veut préserver une illusion de nature, mieux vaut choisir un lieu tant soit peu sauvage ! Et c’est là que le bât blesse… L’impact écologique d’un complexe hôtelier (parce qu’en fait c’est bien de cela qu’il s’agit) est considérable. La construction d’un des derniers projets en date vient de débuter malgré toutes les tentatives légales de le contrer qu’ont mises en œuvre les opposants. Il s’agit du Center Parc du plateau des Chambarans en Isère, et c’est, dans un premier temps, deux cent hectares de forêt massacrée par les bulldozers et les tronçonneuses. Mais non, mais non, assurent les promoteurs du centre de loisirs, la forêt on la protège et on travaille dans le plus grand respect possible de l’écosystème local… Mille deux cent chalets, une infrastructure de circulation, des bâtiments d’accueil et de restauration collective, des parkings… sans impact environnemental ? La grande majorité des élus locaux, ravis d’entendre ce discours, se fait un plaisir de le répercuter auprès de l’opinion publique afin de l’amadouer. Si ce n’était pas aussi triste pour l’environnement, ce serait presque risible ! Pour le barrage de Sivens, au moins, on n’a pas raconté aux autochtones que la forêt resterait intacte et que les chênes pousseraient les pieds dans l’eau… Mais les promoteurs de Pierre et Vacances, le groupe propriétaire de la marque « Center Parc », ne manquent pas d’air. C’est tout juste s’ils n’affirment pas que la forêt sera beaucoup plus belle après leur passage… Quelques associations environnementalistes du coin ont même été piégées par de savantes démonstrations médiatiques. Soyons raisonnables ! Un lieu sauvage, inhospitalier, dont personne ne profite, enfin civilisé et ouvert à la consommation. Tout se monnaye même les choses qui n’ont pas de prix. Il n’y a plus qu’à inventer une race d’écureuils qui accepte de se faire photographier en échange d’une noisette en chocolat achetée à la boutique du club. « C’était formidable pour les enfants ! » : ils ont même vu un film sur les sangliers et observé un hôtel à insectes sauvages…

marguerites Séquence « bon vieux temps »… Quand j’étais gamin, c’était en « maison familiale » que les parents fatigués allaient se reposer. La formule était simple : on logeait dans une grande maison dans la montagne ou en bord de mer ; les repas étaient préparés par une cuisinière ; les enfants étaient pris en charge par des moniteurs et des monitrices, ce qui laissait à leurs parents la possibilité de gérer leurs activités à leur guise. Il n’y avait ni bowling, ni sauna, ni salle de musculation, mais des balançoires, des toboggans et les sentiers du cru pour de belles balades à pied. Je me souviens surtout des immenses tartines de confiture que l’on déballait des paniers pour le goûter champêtre l’après-midi… Si ma mémoire est bonne, cette expérience familiale a bien été renouvelée deux ou trois fois, ce qui veut dire que le séjour n’était pas ruineux, mes parents n’ayant jamais été millionnaires. Certes, il n’y avait pas de dôme de verre, pas de palmiers (surtout en Savoie !), et il arrivait qu’il pleuve. A l’époque, ces projets se mettaient en place dans la foulée d’autres projets de vacances collectives : auberges de jeunesse, campings étudiants et autres structures d’accueil populaire. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts et les loisirs de masse sont devenus source de profits gigantesques, une parmi d’autre. Evoquer ce genre de souvenirs a au moins le mérite de montrer qu’il est possible d’organiser un tourisme familial sans pour autant bousiller des hectares de nature. On peut appréhender la beauté d’un lieu sans avoir besoin de le mettre sous une bulle de verre artificielle ou de faire pétarader un quad !

mncp71-center-park Les opposants à ce projet de Center Parcs se sont agités tant qu’ils pouvaient. Ils ont réussi à faire trainer en longueur le démarrage des travaux et ont aussi obligé les autorités à griller quelques feux rouges législatifs. Comme partout ailleurs et à Sivens en particulier, il était urgent de mettre les dernières personnes peu enthousiasmées par ce grand projet de civilisation devant le fait accompli. Une fois le chêne abattu, il est plus facile de bétonner la fourmilière. Cela donne l’occasion à quelques politicards hypocrites de se repentir de la faute commise par leurs prédécesseurs. « Si c’était à refaire, c’est clair que l’on ne donnerait plus les autorisations pour un projet aussi débile, mais vous comprenez, maintenant que c’est sur les rails, c’est difficile de revenir en arrière ». Et pour ne pas avoir à se poser la question du retour en arrière, mieux vaut aller en avant, le plus vite possible, en faisant fi de tous les obstacles. Il semble que les militants opposés à la destruction d’une large partie de la belle forêt des Chambarans n’aient plus guère de moyens légaux à leur disposition. Les recours intentés n’ont pas abouti, ou, lorsque ils ont donné un résultat, le préfet de l’Isère est passé outre les conclusions défavorables. Je n’ai pas la place ici de vous détailler toute l’histoire de la procédure, mais je vous donnerai, en fin d’article, les liens qui vous permettront d’approfondir. La lutte va donc sans doute franchir un pas elle aussi : quand l’adversaire ne respecte pas la légalité, il ne reste plus que la désobéissance civile et la lutte directe pour interpeller opinion publique et gouvernants. Les promoteurs de Pierre et Vacances avaient à la bouche deux mots miracle qui ont bien facilité leur propagande : « emploi » et « loisirs ». On ne peut pas « décemment » s’opposer à une structure qui doit permettre aux citadins de se détendre et qui créera des emplois dans une zone relativement sinistrée par les délocalisations industrielles. Gauche et Droite ont donc marché main dans la main au Conseil Général dans ce projet. Quand aux écologistes de salon, ils ont eu bien du mal à afficher clairement leurs positions.

2014_01-nov_Avenieres-chantier-defrichage_Center-Parc-Roybon3948-M-2-ba803 La lutte contre ce Center Parc s’est aussi déroulée dans l’ombre d’autres luttes d’envergure contre des projets tout aussi destructeurs : l’aéroport de Notre Dame des Landes, le barrage de Sivens, la ligne TGV Lyon-Turin… et j’en oublie ! Il faudrait aussi parler du futur Grand Stade à Lyon qui bouffe encore quelques centaines d’hectares de terres agricoles pour permettre aux aficionados du ballon rond de vivre quelques rêves chimériques. Il y a parfois un fort sentiment de découragement quand les imbéciles attaquent sur tous les fronts et bénéficient d’une passivité globale des populations peu propice à une quelconque victoire. Mais il est des causes qui méritent de se mobiliser, sinon la nature autour de nous se limitera bientôt à quelques espaces « Natura 2000″ encerclés par les lotissements, les bretelles d’autoroute, les parkings des centres de vacances et les décharges contrôlées pour déchets industriels. Pour que ces luttes aient une chance d’aboutir il faut aussi établir un lien indiscutable entre toutes, et ne pas limiter son ambition à la défense du pré carré local. Tant pis s’ils bousillent une zone humide, des terres agricoles, un magnifique paysage bocager… tant qu’ils ne touchent pas au petit bois où je vais ramasser champignons et châtaignes. Le morcellement des combats ne peut aboutir qu’à une défaite généralisée. Tous ces « grands projets inutiles et dévastateurs » que l’on impose un peu partout dans l’hexagone et ailleurs relèvent de la même politique et obéissent aux mêmes règles économiques… Leur seul moteur est le besoin de profits croissant des multinationales. Ils bénéficient à quelques promoteurs et nuisent à la population dans son ensemble. Les instigateurs du projet empochent au passage quelques copieuses subventions publiques (trente millions d’euro au moins en ce qui concerne le projet des Chambarans). Quand la majorité de l’opinion publique aura pris conscience de cela, il sera trop tard : certains paysages seront irrémédiablement perdus ; on ne parlera plus de « mitage » du paysage, car la continuité entre les zones habitées, les zones commerciales, les zones industrielles et les parcs de loisirs sera établie. Les environnementalistes réussiront certainement à sauver quelques petits coins boisés, et obtiendront, sans nul doute, la permission d’installer des passerelles pour les hérissons ou les blaireaux afin qu’ils puissent naviguer librement… pourvu que ce soit Bouygues qui les construise. Bref, la notion d’espace sauvage ne sera bientôt plus qu’un souvenir ou un rêve lointain entretenu par les documentaires bon chic bon genre de la télévision.

un pommier symbolique Sur le terrain, une nouvelle forme de lutte s’organise. A deux reprises déjà, un groupe d’opposants s’est rendu sur les lieux et a défait, bien gentiment, le travail de marquage qui avait été réalisé par les géomètres. Cela permet de gagner un temps précieux, mais ne sera certainement pas suffisant pour retarder le chantier. Une course contre la montre est organisée et elle n’est pas gagnée d’avance ! Pour suivre l’actualité des luttes et vous informer sur le fond du dossier, je vous conseille de vous reporter aux sites « Opposition à Center Parcs » ou « Pour les Chambarans sans Center Parcs« . Les illustrations accompagnant ce billet proviennent de ces deux sites.

 

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10novembre2014

Les sanglots longs du Bric à blog de novembre

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Le temps des hommages…

celine-et-julie-vont-en-bateau Vous vous souvenez, mes chers vieux et vieilles lecteurs et lectrices, du film « Celine et Julie vont en bateau » de Jacques Rivette ? Ce film m’avait profondément marqué à l’époque où j’étais encore jeune et fringant. Eh bien cela fait 40 ans qu’il est sorti en salle et LMSI (Les Mots Sont Importants) rend hommage, à sa façon, à cet événement cinématographique en publiant un texte de Julie Berto racontant dans quelles circonstances le film fut conçu, financé et tourné. C’est plaisant à lire.
Pas d’hommage ici au patron de Total. Les médias ont larmoyé de façon suffisamment indécente à ce sujet. Je pense que Sébastien Fontenelle a raison : nos medias zofficiels sont vraiment soudoyés (non pardon subventionnés) pour dégueuler la propagande libérale. Notez bien que c’est pas nouveau. Relire François Ruffin, Serge Halimi et consorts à ce sujet.

Par contre, on n’a guère parlé de l’anniversaire de la mort de Jean Marc Reiser. Du côté des vivants, des bien vivants même, laissez-moi en tout cas souhaiter un bon anniversaire à Vandana Shiva, ma conscrite !
Profitons aussi de ce chapitre des hommages pour signaler que votre bonne vieille « Feuille Charbinoise » souffle ses sept bougies dans quelques jours. 658 articles grosso modo ; ça me fatigue rien que d’y penser… L’un de mes lecteurs, avec lequel j’ai un lien de parenté proche, envisage très sérieusement de relooker la présentation du bazar… Le vert n’étant plus à la mode, il va falloir envisager un design un peu moins consensuel… En plus, dans l’Isère, il n’y a même pas de phare à l’horizon !

Le temps du carnage…

« Kobané victime du grand jeu turc« . J’ai découvert une très bonne analyse du jeu du chat et de la souris que le gouvernement turc mène en Syrie avec les Kurdes. C’est un article de Cyril Roussel sur le site Orient XXI. L’auteur démonte de façon limpide les mécanismes du jeu diplomatique aussi complexe que sordide qui se joue dans le conflit au Kurdistan syrien. Certains parlent du « double jeu » du Président Erdovan ; il n’y a pas vraiment de « double jeu » mais au contraire une stratégie bien claire qui vise à aider de manière active ou passive les combattants de Daesh à éliminer leurs adversaires kurdes. La population civile, prise en étau, a le choix entre la peste et le choléra… Je n’épilogue pas, je l’ai déjà fait dans un épitre précédent. Je ne voudrais pas que l’on pense que le rédacteur de ce « vieux » blog devient sénile.

zadpartout  »Grands projets inutiles : ils se bâtissent à coup de grenades. Voici la carte des résistances« , un bon article de Vladimir Slonska-Malvaux, à lire sur Reporterre. Ce site s’est engagé de manière très active dans le soutien aux opposants au barrage du Testet, et a été parmi les premiers à dénoncer la violence provocatrice des forces de l’ordre présentes sur place. La suite, on la connait. Dans le hit-parade de ceux qui auraient mieux fait de fermer leur gueule plutôt que de l’ouvrir, les Solférinistes, comme disent certains potes, figurent en bonne place. La « gerbe d’honneur » comme on dit sur « Rezo » pour Carcenac le Président socialiste du Conseil Général du Tarn : « Mourir pour des idées c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête. » Lui ne risque rien… ni d’avoir des idées intelligentes, ni de mourir pour les avoir respectées. Je pense qu’il voulait simplement faire mieux que le préfet de l’Isère de l’époque, souhaitant une « bonne prothèse » au manifestant anti-Malville qui s’était fait arracher la main par une grenade…

Votre compteur d’indignation n’est pas encore assez haut ? Il vous manque encore un brin de motivation pour tout envoyer balader ? Vous trouvez que j’exagère quand je dénonce la pourriture de cette société ? Eh bien, lisez donc cet article repris sur le site « Humeurs de Marissé ». Vous découvrirez les malheurs de Mamy Yvette qui organisait des lotos pour se distraire pendant les longues soirées que l’on passe en maison de retraite. On le savait déjà, mais ça n’empêche pas de le rappeler : mieux vaut s’appeler Jean-Claude Juncker qu’Yvette Bert lorsque l’on se place en situation d’indélicatesse vis à vis du fisc. Dans un cas, amende et prison, dans l’autre, promotion à l’échelle européenne. A dégueuler. La loi est la même pour tous ? Enfin… presque, tous sauf quelques uns, généralement ceux qui font la loi. Si vous voulez foutre le feu à une préfecture, mieux vaut en tout cas être encarté à la FNSEA plutôt qu’à la Confédération Paysanne…

Le temps du partage…

champ commun

chouette ambiance au « champ commun ». Bientôt une auberge ?

De plus en plus nombreuses sont les initiatives pour essayer de recréer un tissu social local. Le maintien du commerce de proximité, notamment quand celui-ci fait appel à certains principes de l’économie sociale, en fait partie. Beaucoup de projets reposent sur la levée de fonds publics par le biais d’appel à la solidarité. L’idée est relativement nouvelle (du moins son utilisation d’Internet et des sites spécialisés dans le crow funding (je pense que « levée de fonds » irait aussi bien). Il risque d’y avoir le même problème que pour la presse : le nombre de solliciteurs va croissant ; le nombre de donneurs est limité et progresse sans doute moins vite. Comme disait ma grand-mère helvète, les dunes de sable les plus hautes sont quand même constituées de grains de sable minuscules. « Utop’Lib » relève régulièrement les projets les plus intéressants, notamment sur « Ulule ». Je ne me risquerai pas à un inventaire, j’aurais trop peur de me planter en oubliant de lister certaines initiatives. Plus qu’un bric à blog, il faudrait au moins une chronique complète pour faire un état des lieux. Les gens qui ont envie de foutre en l’air le système inique qui nous étouffe peu à peu sont quand même nombreux. Ayant un faible pour les livres, je trouve sympa, entre autres, le projet de « la très petite librairie » à Clisson ou celui de « Champ commun » à Augan dans le Morbihan. Dans ce dernier cas, un lieu de rencontre existe déjà : il s’agit d’un ensemble comprenant une épicerie, un bar-café et une micro brasserie. L’objectif est ambitieux : créer une auberge qui fonctionne selon le même état d’esprit que les autres structures, à savoir, partage, convivialité, économie solidaire. Certes, ce n’est qu’une petite révolution locale, mais cela peut donner envie d’en faire une autre, plus conséquente !

plantes en reseau Vie sociale chez les humains, chez les animaux, chez les plantes aussi ! Il est bien des domaines dans lesquels nos connaissances ne sont encore qu’au stade du balbutiement. Le monde végétal, ses mécanismes de défense, de relation, d’entr’aide… en fait partie. Je vous propose de découvrir une petite partie de la face cachée de l’iceberg en lisant ce chouette article sur le site humanité et biodiversité : « Les plantes savent où elles ont mal« . Avez-vous déjà entendu parler de l’acide jasmonique ? Je vous laisse découvrir la solution à cette question. Je fais mienne en tout  cas la conclusion de l’auteur de l’article : « la vie est belle » ; encore faut-il savoir et pouvoir en profiter, ajouterai-je. Si ce domaine de la botanique et surtout de l’ethnobotanique vous intéresse, je ne saurais trop vous recommander – petit coup de pub au passage – l’excellentissime revue « La garance voyageuse »… Un grand moment de bonheur à la parution de chaque numéro, un événement qui ne se produit, malheureusement, qu’une fois par trimestre. Entretemps il faut relire les numéros anciens.

Le temps du désenfumage…

source image : choc-decroissance-vincent-cheynet

Medias dominants vendus aux lobbies et aux gouvernements. Certes… Medias dominants pratiquant l’enfumage à longueur de journée. Tout à fait… Alors quid du « désenfumage » : que lire, qui croire, où s’informer. Les pistes sont nombreuses et semblent se multiplier à l’heure actuelle. En plus des sources traditionnelles d’info alternative que j’essaie de répertorier dans la liste des liens permanents du blog (liste incomplète, j’en conviens, mais relativement éprouvée), de nouvelles pages web méritent d’être consultées. « Terrains de lutte« , site animé par un certain nombre de personnalités et d’organisations, propose chaque jour des infos et des réflexions intéressantes. On y retrouve côte à côte, des syndicalistes, des éditeurs, quelques organisations d’extrême gauche (style NPA ou Alternative Libertaire) ou des militants associatifs … On peut y lire les chroniques régulières de Jean Pierre Garnier, Alain Accardo, Gérard Noiriel… Un peu dans le même style, mais avec une orientation plus régionale, le site « Mille babords« , tribune pour les luttes en région PACA. Là aussi, les informations foisonnent, y compris un calendrier quotidien des réunions, des manifestations ou des animations, bien utile pour les militants. Ces sites ont le mérite de déborder le cadre dogmatique d’une seule organisation.

Le temps du grand brassage…

podemos-soria-espagne Une lueur d’optimisme ! Selon certains sondages, en Espagne, le nouveau parti « Podemos » serait en tête des intentions de vote ; pour la première fois en Europe un parti « anti-système » mènerait le jeu électoral. C’est à lire sur Wikistrike. Il paraît que cela donne des boutons à la Droite comme à la Gauche de l’autre côté des Pyrénées. Pour l’instant, exultent les supporters de ce mouvement, la seule stratégie qui a été trouvée pour contrer ces velléités d’outrepasser les règles du jeu démocratique usuel c’est de diaboliser les projets des alternatifs. Rien de nouveau de ce côté : cela a toujours été la méthode utilisée par les tenants du pouvoir (réels ou potentiels) pour contrer toute tentative de débordement et de retour aux sources. Attention car généralement cela fonctionne très bien ! Comme je suis méchant, j’ai hésité à classer cette information dans la rubrique « enfumage » : vous connaissez mon allergie aux mécanismes électoraux actuels que j’estime totalement pipés. Je crains que nos « indignés » ne sombrent avec le même Titanic que les écologistes devenus aussi verts que parlementaristes il y a quelques décennies. On voit où en est rendu ce parti à l’heure actuelle : carriérisme, élitisme, absence de rotation des mandats, dissolution des idées dans un jeu politicien de plus en plus trouble. Mais bon, je ne veux pas jouer l’anar cliché de service et j’accorde le bénéfice du doute aux responsables de Podemos.

 

 

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3novembre2014

Deux hauts lieux de la réflexion philosophique mondiale…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive l'économie toute puissante.

cezanne1 Le comptoir du café du cOmmerce

[ Les experts qui sont réunis là chaque matin s'intéressent au gravissime problème du virus Ebola et proposent quelques solutions radicales (par chance aucun d'eux n'a encore pensé à la bombe atomique...) ]

- Tu te rends compte Marco, leur histoire de virus Ebola : déjà plus de dix mille cas recensés par les zexperts !
- C’est que des noirs, te bile pas ! C’est un truc, ce virus, ça vient de la jungle avec les singes, et puis ça se balade de branche en branche, rétorque Marco, plutôt rigolard et peu impressionné
Christian ne se laisse pas démonter. Il est informé, lui. A la télé, tous les soirs, il regarde le journal. Il est pas raciste : un soir la Une, un soir la Deux… Entre les virus et les terroristes, il y a de quoi faire !
- Sérieux, c’est pas parce que t’es pas un bamboula que tu vas pas l’attraper. Regarde les cas aux US et en Espagne par exemple…
- Eh ben, y’a qu’à fermer les frontières. Ceux qui sont là-bas, ils y restent, quant à ceux qui y vont pour les soigner, ils y restent aussi… Comme ça ils règlent ça entre eux, entre Africains… Chez nous, pas de jungle, pas de singes, pas de noirs… Ça peut pas mieux tourner.
- Là t’y vas un peu fort quand même ! C’est pas eux qui vont fabriquer les médicaments, les vaccins !
- Y’a qu’à les leur parachuter !
Christian esquive la remarque. Depuis qu’il a sa carte dans le parti de la Blonde, Marco y va un peu fort de café. Bon bougre, conciliant, il continue sur le même ton :
- De toute façon, les étrangers, noirs ou pas, c’est le boxon… Plus on est dans la merde, plus ils affluent… Il faut fermer les frontières, pour de bon ! Comme ça leur saloperie de virus elle restera là-bas, loin et ça bouchera le trou de la Sécu…
Marco laisse déblatérer son pote. Il s’en fout un peu. Lui, ça fait un moment qu’il pense que les frontières transformées en passoire ça n’a pas que du bon. En plus voilà maintenant qu’il y a un camp de Roms à côté de chez lui, il ne se sent plus tranquille… Heureusement qu’il peut encore siroter un verre ou deux au café du cOmmerce !

[ Bien entendu, c'est une fiction... Je ne vais jamais au café du cOmmerce, et puis des gens comme ça, dans nos villages où un électeur sur deux ou trois vote pour un avenir frontiste, personne n'émet des idées pareilles ! ]

Degas Les forums d’économie libérale donc nobellisée

[ Le style est beaucoup plus "class" que dans le temple du p'tit noir, du p'tit blanc et du p'tit rouge. Le contenu, lui aussi par contre, vole au ras des pâquerettes, voire même en décapite quelques unes au passage ! Les raccourcis sont saisissants alors les miens vont l'être aussi. ]

C’est la crise et on n’en sort pas aussi vite que ce qu’on avait lu dans nos boules de cristal, à Davos, il y a quelques mois. Il faut absolument aider les entreprises à devenir plus compétitives. Pour cela, il n’y a pas trente-six solutions. Il faut réduire le coût du travail, puisque l’on ne peut pas agir sur celui des matières premières. Il faut donc d’un côté : baisser les charges, réduire la masse salariale, injecter – sous forme de subventions ou de crédits d’impôt – des fonds publics dans les entreprises privées ; de l’autre réduire les dépenses de l’Etat pour ramener le déficit public à un niveau raisonnable… Conséquences : le privé baisse ou bloque les hausses des salaires des travailleurs du secteur privé, et en licencie un maximum ; l’Etat baisse ou bloque les hausses de salaire du public, et en pousse le plus grand nombre possible vers la sortie. Logique : les rentrées diminuent, les sorties doivent diminuer encore plus si l’on veut pouvoir aider tranquillement les malheureuses entreprises dans le genre de Total, en leur versant quelques petits chèques de temps à autre. Cela pose un petit problème tactique temporaire : malgré les découragements successifs à l’épargne, ces salauds de petits et de moyens consommateurs et ces profiteurs de chômeurs en congé maladie répugnent à dépenser toujours plus en consommant sans modération pour relancer la machine. Découverte mathématique capitale : un quidam qui dispose de 500 € par mois consomme moins qu’un quidam qui dispose de 1 000 € pour la même période.

Pas question de remettre en question la ligne directrice ni de laisser apparaître les failles colossales du raisonnement. Il faut donc un épais nuage de poudre aux yeux pour dissimuler tout ça… Les médias s’attaquent alors aux « vrais » problèmes. Les responsables ce sont (à tour de rôle ou simultanément) les fonctionnaires et leurs avantages « innombrables », les salariés en congés abusifs, les femmes enceintes dont la grossesse dure neuf mois, les chômeurs qui refusent obstinément de travailler, les immigrés clandestins qui sucent les finances publiques telles des tiques sur le dos d’un pur-sang, les Roms qui terrorisent les braves gens et leur coupent l’envie d’aller faire des courses… Tsétéra… C’est à ce niveau-là que se fait la jonction entre le sommet de l’Everest de la réflexion et les basses plaines du Gange. Entre les économistes libéraux et les penseurs profonds du bistrot d’à côté, il n’y a qu’un pas… vite franchi, avec l’aide des médias. Sauf que… les premiers sont diplômés comme sont médaillés les vieilles badernes de l’armée ! La gloire des autres se mesure en nombre de verres ballon alignés sur le comptoir.

Sont exclus du champ de cette réflexion niveau zéro tous les éléments qui permettraient de voir un peu plus loin que le niveau de la racine de la carotte. Mais ça c’est normal… Le jour où l’on verra les médias de masse faire œuvre éducative, la comète de Halley fera des loopings dans le ciel !
Bien évidemment, les considérations écologiques liées au problème d’une croissance sans limite de la consommation ne sont prises en compte que s’il y a moyen de vendre quelques bricoles en plus, ou d’emmerder ceux qui polluent le moins. L’écologie ne présente un intérêt quelconque que si elle s’insère dans les lois de la consommation et les mécanismes du profit. Je te vends des insecticides, puis je te vends des coccinelles pour remplacer celles que tu as bêtement massacrées. Là, d’accord, l’écologie c’est balaise. Ça peut être intéressant aussi quand cela permet de légiférer, contrôler, uniformiser un peu plus. En résumé, si le niveau des océans monte, cela signifie qu’il faut endiguer les terres les plus basses dans les zones suffisamment riches pour payer les travaux, ou organiser des collectes pour acheter des radeaux de la Méduse aux paysans du Bangladesh. Il n’y a aucune raison d’emmerder ceux qui chauffent et climatisent à tout va, ni ceux qui se déplacent en solitaire, dans des véhicules de loisirs aussi voraces en carburant que les blindés les plus lourds.

riches heures Exclues aussi du champ d’exploration, quelques considérations de bon sens… Le fait, par exemple, qu’il est totalement inutile de verser des fonds à des multinationales qui ne créent aucun emploi, pratiquent l’évasion fiscale à une échelle jamais vue jusqu’à présent et rémunèrent leurs principaux actionnaires à des taux proprement hallucinants. Plus on aide les grandes entreprises, plus elles ramassent de pognon et moins elles contribuent au développement de l’économie des pays qui les ont couvertes de cadeaux. S’il faut verser des subventions, aidons plutôt les petites entreprises ou les coopératives qui s’aventurent sur le terrain difficile de l’économie solidaire et sociale…
On pourrait aussi s’interroger sur la pertinence des budgets militaires actuels. Imaginons un temps que les crédits goulûment avalés par les armées des puissances occidentales soient investis dans l’aide au développement. Pour lutter contre la montée des intégrismes religieux, est-ce plus efficace de bombarder les populations ou de leur assurer la possibilité de travailler, de se nourrir, de se loger et de s’instruire ? Certes, tout cela demande un peu de concentration et risque de donner la migraine… Mieux vaut éviter de tourner la tête et foncer droit dans le brouillard à deux cents à l’heure. Ecouter, imiter, obéir… les trois commandements de la nouvelle bible du crétin diplômé ou non.
Intéressantes aussi (même si on peut penser que voir certains gouvernements les mettre en œuvre relève de la pure SF) les propositions figurant dans le dernier rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités. Exemple : si l’on taxait à 1,5%, au delà du premier milliard de dollars, la fortune des mille cinq cents milliardaires que compte notre douce Gaïa, les fonds récupérés permettraient de scolariser l’ensemble des enfants de la planète et d’offrir une couverture santé universelle dans les pays les plus pauvres… Imaginez, en plus de cette taxe, si l’on réduisait à la portion congrue tous ces budgets militaires sidérants !

Enfin, ne désespérons pas : les plus brillants de ces agités de l’économie estiment simplement qu’il serait bon que l’Etat régule un peu les excès les plus criants, ne serait-ce parce qu’il faut que tous les capitalistes, grands ou moyens, aient une chance de mettre la tête hors de l’eau. Les turpitudes de certaines grandes entreprises sont exagérées. Les excès trop visibles sont nuisibles, la preuve, on est obligé d’en parler dans les rapports des ONG. Il faut bien que l’Etat préserve son image de justicier social, de Zorro de série B, de garant de cette chance qui existe – dans les contes de fées libéraux – de pouvoir tous jouer un jour dans la cour des grands. Ces économistes là, on considère qu’ils sont plus malins que les autres et on les nobellise…

Je pense qu’il est grand temps de faire le ménage dans les médias qui se chargent de l’éducation des clients du café du cOmmerce, mais aussi dans les écoles qui forment et dans lesquels enseignent les prix Nobel d’économie. Un beau programme en perspective. D’autant qu’il faudra continuer après !

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barricade pendant la Commune de Paris – dessin de Jacques Tardi

 

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29octobre2014

Le jardin se prépare à piquer un somme pendant les grandes froidures

Posté par Paul dans la catégorie : Notre nature à nous.

propos à bâtons rompus sur le petit monde végétal qui nous entoure et nous protège encore un peu…

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Le chêne de Bourgogne est mort au printemps – je vous ai déjà conté cette triste histoire - et cette après-midi nous l’avons coupé… Cinq ou six bûches tristounettes sur un tas de bois ; épilogue. J’en ai aussi profité pour couper deux bouleaux à papier. Je n’aime pas les arbres défunts, même si, au cours de l’hiver, on les remarque moins au milieu de leurs congénères. Il y aura de la taille à faire aussi : des branches sur un orme, sur un sophora pleureur…Plutôt que de larmoyer sur ces disparitions, j’ai plus envie de réfléchir aux nouvelles plantations… Côté « grands arbres », il va falloir devenir réaliste. L’espace est limité (on le trouve immense lorsqu’il faut l’entretenir, et ridiculement petit lorsque l’on parle d’ajouter encore quelques géants de la forêt !) et si l’on veut garder une emplacement ou deux pour les arbres parrainés, il va falloir freiner sérieusement les nouveaux projets. Heureusement qu’il reste les arbustes ou les arbres à faible développement. Là il y a encore du pain sur la planche, surtout si je veux développer l’aspect labyrinthe et la création de clos isolés les uns des autres. Je prévois donc quelques tracés de haies intérieures. Nous nous mettrons au travail au printemps car ce n’est pas évident de mettre en place beaucoup de végétaux en novembre : le sol est souvent trop humide et l’on ne sait pas quelles difficultés présentera l’hiver pour les nouveaux arrivants.

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Le mélange feuilles mortes – herbe fraîche est bon pour le mulch.

J’ai commencé aussi la dernière coupe de l’herbe pour l’année. Quand cela va commencer à geler, ce sera trop tard. En plus l’herbe est intéressante à ramasser pour le mulch en ce moment car elle est parsemée de feuilles mortes. Ces dernières sont utiles pour la fertilisation du potager car les arbres vont chercher la nourriture en profondeur et elles sont riches en sels minéraux qui font toujours défaut en surface. J’ai passé une nouvelle parcelle du jardin au motoculteur. Cet outil est décrié par une large frange des écolos ou par les adeptes de la politique du travail minimum du sol. C’est vrai qu’il bouleverse un peu les couches de terre superficielles et enquiquine un temps les micro-organismes. Je reconnais cette critique comme valable. Mais j’y oppose mes propres arguments : notre sol est facilement compact et les dents rotatives l’aèrent un peu. Elles complètent le travail des racines. Si l’on prend soin à la rotation des cultures, il ne se constitue pas de semelle de labour. Il est préférable de « nettoyer » un peu le jardin à l’automne, et lorsque l’on dépasse une certaine superficie de culture, l’usage de la grelinette ou de diverses houes est difficile à envisager. Certains confondent aussi les motobineuses, pouvant tourner relativement lentement, et les outils tractés derrière un gros motoculteur qui compensent leur manque de puissance par une très grande vitesse de rotation des griffes. Ce sont surtout ces derniers outils, genre rotovator miniature, qui sont utilisés en maraichage classique et donnent au sol une consistance quasi sableuse. C’est joli, mais mortel pour la faune de surface.

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moutarde récemment semée en engrais vert.

Au fur et à mesure que les dernières parcelles sont labourées, je les recouvre de mulch : herbe tondue mélangée avec des feuilles, plus paille et compost. J’enlèverai cette couche protectrice aux premiers jours du printemps pour permettre au sol de se réchauffer plus vite, mais d’ici là, mieux vaut éviter les lessivages excessifs avec les fortes chutes de pluie ou de neige. Cette solution est un compromis « spécial terres lourdes » entre le labour en grosses mottes suivi d’une exposition au gel pendant l’hiver, et la couverture intégrale qui asphyxie un peu trop notre sol particulier. Les parcelles qui ont été libérées dès les mois d’août ou de septembre sont maintenant couvertes d’engrais vert : phacélie et/ou moutarde. Cette solution est préférable au mulch ; encore faut-il que les planches de terre soient nettoyées suffisamment tôt. Pour la phacélie, j’ai semé un peu tard, et il est probable qu’elle ne se développera guère avant les premières gelées. Dommage car j’aime bien cette végétation et ces belles fleurs bleues. Quand les premiers frimas arrivent, la phacélie gèle rapidement et se dépose sur le sol en constituant un belle couverture protectrice. J’ai un faible pour ces deux engrais verts car ils ne se resèment pas trop, surtout lorsque leur semis est tardif, et qu’ils sont bien adaptés à notre biotope.

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Certaines récoltes sont un vrai plaisir pour les yeux.

On ne peut pas encore passer la tondeuse sous les pommiers car il reste un véritable tapis de pommes sur le sol. Nous avons eu une récolte abondante. Nous avons rentré ce que nous avons pu et offert les fruits tombés aux amateurs de compote. Mais les petites mains qui sont venues cueillir n’ont pas suffi à épuiser le stock. Je ne veux pas non plus en remplir la cave. Nous ne sommes pas vraiment équipés d’un fruitier en bonne et dûe forme et la conservation ne va guère au delà de mars. Cette année, à cause des pluies abondantes, la conservation des fruits et légumes sera plus difficile. Inutile de remplir des cagettes s’il faut ensuite trier des dizaines de kilos de fruits pour les mettre au compost. On fait ce que l’on peut et, cette année, on a fait un peu moins bien que les dernières années, du moins en matière de pommes. Les deux autres années on a eu quelques voyageurs hébergés pour nous aider. Cette année, on a stoppé l’accueil des helpers à la fin du mois d’août pour diverses raisons. Je vous rassure tout de suite, on dépasse la quarantaine de « migrants » accueillis en trois années, et on recommence de plus belle dans cinq mois. Ce manque de soutien extérieur a eu le mérite de nous montrer que nous avions un réel besoin d’aide et que l’on ne se transformait pas en auberge de jeunesse uniquement par altruisme !

Labour à l'ancienne, à faible profondeur, puis mulch en couverture.

Labour à l’ancienne, à faible profondeur, puis mulch en couverture.

J’ai testé quelques uns des concepts de la permaculture, même si je n’adhère pas à la conception philosophique assez mystique qui chapeaute l’ensemble des pratiques. L’idée d’éparpiller les cultures en différents endroits en mixant petits fruitiers et plants divers par exemple est sympa. En théorie, cela complique la tâche des prédateurs, surtout si l’on réalise des associations « qui vont bien ». J’ai testé aussi la culture en butte, bien que ce ne soient pas vraiment des buttes mais des bacs surélevés montés comme des buttes. J’ai utilisé bois mort, paille, compost, terreau, empilés selon la technique des lasagnes. Je ne peux rien dire sur le rendement à long terme bien entendu. A court terme, ce que je peux dire c’est que les campagnols terrestres, alias rats taupiers, ont bien profité de la situation et se sont constitué un habitat de premier choix avec nourriture à portée de mains. Ces maudits taupiers on en a de partout dans le potager et dans le parc d’ailleurs. Je prends cela avec philosophie car nous ne dépendons pas du potager pour nous nourrir, mais j’essaie d’imaginer la situation d’un paysan pour qui la terre doit être véritablement nourricière, en voyant les rongeurs prélever plus d’un tiers de sa récolte de pommes de terre… Pas de chance non plus en ce qui concerne l’abandon de la taille d’une partie de mes tomates. L’année a été mauvaise pour les solanées, certes, mais les « non-taillées » ont succombé deux fois plus vite que les autres. Je deviens de plus en plus méfiant à l’égard des adorateurs de Gaïa qui sont convaincus que notre bonne mère la terre va faire tout ce qu’il faut pour régler les problèmes. Rapaces, renards, blaireaux, hérissons, couleuvres, sont en voie de disparition massive, et le petit peuple des rongeurs a de beaux jours devant lui. Idem pour les limaces qui ont été légion cette année.

Le compost fabriqué au printemps est bon pour le service.

Le compost fabriqué au printemps est bon pour le service.

Côté légumes, le rendement a donc été moyen et la conservation n’est guère assurée. Du côté du jardin d’agrément, plusieurs nouveaux arbustes ont rejoint la collection, notamment un poivrier du Sichuan et un cédrèle, Acajou de Chine. Je ne sais pas si nous arriverons à récolter les étranges baies de poivre chinois sur le premier, mais en tout cas les jeunes feuilles sont comestibles et constituent une épice sacrément relevée ! On a déjà fait quelques essais au début de l’automne. Le cédrèle (cedrela toona) est intéressant pour ses propriétés médicinales, mais c’est surtout pour le bel aspect de son feuillage que nous l’avons choisi. Les Gojis plantés l’année précédente n’ont pas fructifié pour l’instant, mais cela ne m’a pas empêché d’en planter deux autres. Côtés arbustes nourriciers, j’ai aussi ajouté un plant de baie de mai, après avoir goûté l’un des fruits à la pépinière… A propos de fruits, ce que l’on m’avait raconté au sujet des amélanchiers lorsque je les ai plantés s’est avéré exact : les premières années nous avons eu toute la récolte pour nous… Depuis deux ans, il faut se bagarrer avec les oiseaux qui ont compris « l’intérêt de la chose » et se régalent avec les petites baies noires. Heureusement, il  en reste assez pour les confitures qui sont un véritable délice.

Quatre piquets pour délimiter l'emplacement du nouveau bac.

Quatre piquets pour délimiter l’emplacement du nouveau bac.

Je prépare un nouveau jardin en bac, avec du grillage à mailles fines au fond, mais aussi un couvercle grillagé sur le dessus, pour tenter de protéger au moins quelques plantes l’année prochaine. Les rats ont aussi leur hit-parade gastronomique ; les céleris, betteraves rouges, choux en tout genre et chicorées occupent la tête de liste. J’ai commencé aussi à mettre en place un agrandissement de la « rocaille », le jardin alpin. En fait, dans un grand espace vert, rien n’est jamais définitif… Des plantes meurent, d’autres se ressèment spontanément, certains massifs perdent de leur splendeur à cause des envahissantes ; il y a aussi des arbustes à déplacer parce qu’ils se retrouvent à l’ombre à cause d’un développement inopiné et accéléré de leurs voisins de palier. Bref, il est clair qu’un parc arboré ce n’est qu’une apparence de nature sauvage, mais ça me plait bien comme ça et les oiseaux ne boudent pas leur plaisir. Il y a plein d’espoir dans le panier pour 2015 : que les nichoirs mis en place au printemps soient occupés par exemple… A propos de nichoirs, il faut que je me dépêche d’installer les colliers de protection « stop-minous » que nous avons achetés à la LPO. La gent ailée n’apprécie pas les modifications de décor à la dernière minute ! Bon vent à tous, fin de la carte-postale de voyage postée depuis la maison.

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Les premières froidures ne perturbent pas les œillets.

Post Scriptum

J’ai rédigé cette chronique le week-end dernier et j’ai décidé de la publier bien qu’elle ne colle guère à l’actualité nationale du moment. Ces derniers jours, ma tête est un peu ailleurs. Je pense au jeune Rémy Fraisse qui est mort – pour défendre ses idées – sur le site du barrage du Testet. Je ne trouve pas les mots pour exprimer le dégoût que m’inspirent l’hypocrisie des politiciens, les magouilles des affairistes, l’absence totale de conscience de nos gouvernants de tous bords. De belles choses ont été écrites sur cet acte barbare. Je n’ai pas envie d’en rajouter.
Je préfère vous parler de mon jardin. Je ne me débine pas, j’assume…
J’ai une pensée aussi pour une autre manifestation,  inscrite maintenant dans le grand livre de l’histoire : un mort et de nombreux blessés lors des marches contre cet autre projet débile qu’était la construction de la centrale nucléaire de Malville dans notre région, en juillet 1977. Le jeune homme qui a perdu la vie à cette occasion s’appelait Vital Michalon. Cette aberration financière et industrielle n’a jamais fonctionné de façon probante. Nous trainons toujours son sarcophage dans notre sillon… Combien de victimes faudra-t-il encore avant qu’un véritable débat ait lieu avant de mettre en œuvre toutes ces réalisations incontrôlées qui ont pour effet principal de saccager une part supplémentaire de nature, et pour objectif de conforter les profits de quelques entrepreneurs peu scrupuleux ?

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21octobre2014

Ce qui se joue à Kobanê, dans le Kurdistan syrien…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Luttes actuelles.

Petit rappel géopolitique

CARTE KURDISTAN_0 Malgré les promesses des pays occidentaux, après la première guerre mondiale, la création d’un Etat Kurde n’a jamais abouti… sans doute parce que, à part les vingt à quarante millions de personnes concernées par cette décision, cette unité ne présentait que peu d’intérêt pour les « grands » de ce monde et que les Etats visés par un nouveau traçage des frontières y étaient particulièrement opposés. La présence de champs pétrolifères importants n’est sans doute pas étrangère à la décision de répartition d’un peuple possédant une histoire et une culture communes sur au moins quatre pays voisins. On trouve en effet une forte population kurde en Turquie, en Irak, en Iran et en Syrie. Les provinces majoritairement peuplées par les Kurdes dans ces quatre Etats sont voisines, et une unité géographique pourrait être constituée assez facilement. Deux autres communautés kurdes existent en Arménie, et, totalement à l’écart des précédentes, en Afghanistan. La situation des Kurdes n’est pas la même selon les pays où ils vivent. A des degrés différents ils ont été victimes de répression sévère et leurs velléités d’indépendance ont été durement contrées, notamment en Turquie. La décennie 1970-1980 a été particulièrement difficile pour le peuple kurde et selon une étude d’Anne Bernas publiée sur le site de RFI, cette période de l’histoire aurait pu être fatale à l’identité kurde, si une forte diaspora, dans de nombreux pays du monde, n’avait aidé à sa survie. Malmenés par le régime de Saddam Hussein, les Kurdes d’Irak ont pu bénéficier d’une certaine autonomie vis à vis du pouvoir central après la Guerre du Golfe. Le Kurdistan irakien a largement profité de cette situation pour se développer sur le plan économique et profiter des richesses de son sous-sol que convoitent maintenant les Islamistes intégristes de Daesh.

En Iran, il n’y a pas d’opposition armée comme en Turquie, mais la répression du pouvoir de Téhéran n’en est pas moins féroce. A la différence de l’Irak, les régions kurdes d’Iran sont parmi les plus sous-développées du pays. Une fatwa a été lancée en 1979 par les Mollah contre les Kurdes et depuis, tous les motifs sont bons pour éliminer les militants autonomistes les plus en vue, que ce soit dans le pays ou à l’étranger. Les droits élémentaires, civils et politiques, sont constamment violés. Le chômage, la passivité, la toxicomanie font des ravages dans la frange la plus jeune de la population. Côté turc, après un long conflit entre l’Etat et les militants du PKK, la situation semblait s’être un peu améliorée, mais les prises de position récentes d’Erdogan, ont rallumé la mèche d’un conflit qui n’est toujours pas réglé.
Le contexte syrien ressemble un peu à ce qui se passe en Irak. Depuis le début de la tentative de renversement du gouvernement despotique d’Assad par une large fraction de la population civile, les provinces kurdes bénéficient d’une certaine autonomie également.  Il semble qu’Assad ait manœuvré ainsi pour obtenir une neutralité partielle des Kurdes dans le conflit intérieur qui l’oppose à l’ASL (Armée Syrienne Libre) d’un côté et aux Islamistes intégristes regroupés au sein de Daesh de l’autre. Cette situation a permis de mettre en place d’importantes réformes sociales dans la province de la Rojava. Cet élément joue un rôle important dans le conflit en cours à Kobanê et permet de mieux comprendre le jeu des différentes puissances qui en sont partie prenante.

Une révolution en cours dans la Rojava.

manif soutien 2 Aucune raison stratégique majeure n’explique l’acharnement des intégristes contre l’enclave résistante de Kobanê. La ville et sa région proche ne possèdent aucune richesse monnayable et n’occupent pas une position militairement intéressante pour Daesh. Il semble pourtant que les Islamistes intégristes aient regroupé dans le secteur une large fraction de leur force militaire. La conquête de la ville devait, dans leur esprit, durer une semaine. Cela fait plus d’un mois et demi qu’une bataille acharnée se déroule dans les faubourgs et dans les rues mêmes de la ville. Les assaillants disposent de véhicules blindés et d’artillerie en quantité importante face à leurs adversaires sous-équipés. La frontière turque est proche et, ainsi que le montrent à longueur de temps les reportages dans les médias, l’armée turque assiste à la bataille depuis les hauteurs, sans intervenir le moins du monde. Cela c’est la version officielle. Dans les faits, il est clair que les préférences du gouvernement turc vont à Daesh. Pendant de longs mois, les insurgés de l’Etat Islamique ont bénéficié d’une généreuse porosité de la frontière. Ils ont pu ainsi faire transiter par la Turquie, sans aucun souci, des volontaires pour le Jihad, du matériel militaire et des blessés qui ont été secourus dans les établissements hospitaliers turcs. Bien que le gouvernement d’Erdogan ait officiellement rejoint la « croisade » américaine contre les Intégristes, les milices kurdes ne bénéficient pas des mêmes largesses. Les volontaires kurdes de Turquie, parmi lesquels de nombreux militants du PKK, ne peuvent rejoindre leurs camarades assiégés. Les armes, les munitions, le matériel hospitalier, indispensables aux défenseuses et défenseurs de Kobanê ne passent pas. De nombreuses émeutes ont eu lieu à ce sujet dans les villes turques où habite un fort contingent de Kurdes, pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement d’Ankara.

affiche solidarite Comment se fait-il que les Kurdes de Syrie soient aussi mobilisés pour défendre leur région ? La raison en est relativement simple : outre leur droit à l’autonomie, qui rejoint la revendication de l’ensemble des Kurdes des quatre pays, les habitants de la région de Kobanê, la Rojava, défendent également une révolution sociale à laquelle ils sont attachés. Cette révolution a débuté en juillet 2012 dans la ville même de Kobanê, qui joue, de ce fait, le rôle d’un lieu symbolique du changement. Les avancées ont en effet été considérables en matière de réforme économique, de vie démocratique, d’égalité des droits entre hommes et femmes… Tout un ensemble de valeurs qui déplaisent souverainement aux Jihadistes de Daesh. Ceux-ci sont bien décidés à remettre au pas une société qu’ils estiment largement déviante de leur système de valeurs pour une bonne part moyenâgeuses. Il a fallu que se déclenche leur offensive pour que l’on commence à examiner à la loupe les changements en cours au Kurdistan syrien. Le PYD (Parti d’Union Démocratique), homologue syrien du PKK turc, a initié et soutenu un certain nombre de réformes importantes. L’organisation de la province autonome s’est construite sur des bases fédéralistes. Des assemblées regroupant les habitants d’un même village, d’un même quartier, sans tenir compte d’un quelconque clivage religieux ou ethnique, ont été constituées, de façon à ce que les citoyens soient largement impliqués dans les décisions de gestion. Une large priorité a été accordée à des sujets tels l’égalité des droits entre hommes et femmes, le développement des services d’hygiène, de santé et d’éducation. De nombreux réfugiés, fuyant les zones de combat, ont trouvé refuge au Kurdistan. Il a fallu mettre en œuvre toute une dynamique pour contrer les préjugés de tel ou tel groupe et assurer une large participation de tous aux assemblées. Face à la menace représentée par les bandes armées de Daesh, le PYD a créé deux unités combattantes : les YPG, milice de défense du peuple et les YPJ, milices de défense spécifiquement féminines. Comme au temps de la Révolution espagnole, en juillet 1936, les femmes occupent en effet les mêmes places au combat que les hommes (En Espagne républicaine, cette situation a duré jusqu’à la prise en main par les Communistes et à la militarisation des milices). L’image de ces combattantes d’élite, « martyres de la cause », est largement mise en avant par la propagande kurde, les médias occidentaux étant « friands » de ce genre de situation.

miliciennes YPJ Le gouvernement turc refuse obstinément de fournir une assistance militaire aux milices kurdes, en raison de la proximité idéologique qui existe entre le PYD et le PKK. Le double jeu du gouvernement d’Ankara est évident : ne pas déplaire aux Américains et feindre de s’impliquer dans la « croisade » contre Daesh ; laisser les Islamistes Intégristes faire le sale boulot à la place de l’armée turque ; en résumé, un Kurde en moins c’est un problème en moins à résoudre en Turquie. Il ne faudrait pas que la société en cours de développement constitue un modèle trop attirant pour les Kurdes de Turquie, et que les idées municipalistes et fédéralistes fassent trop de chemin dans les mentalités. Selon certains camarades turcs en exil, l’idéologie même du PKK serait en train d’évoluer. Renonçant au Stalinisme à la sauce maoïste des origines, le parti s’intéresserait de plus près à des idées moins directives et moins centralistes. Un certain nombre de militants et de cadres du PKK et du PYD auraient lu, entre autres, les ouvrages du théoricien libertaire américain Murray Bookchin. Tout en restant prudent dans cette analyse, certaines pratiques auxquelles recourt le PYD en tout cas, montreraient une nette influence des idées libertaires. Même si les situations n’ont rien de comparable, un autre parallèle peut être établi avec l’Espagne républicaine de 1936, le combat semble mené à la fois pour sauver l’indépendance et la transformation sociale en cours. Cela tranche avec ce qui est la position « classique » : battons-nous d’abord, on verra pour quels objectifs ensuite. Je suis convaincu que cette confusion des objectifs, à la fois militaire et social, est l’une des raisons qui explique la résistance des Républicains espagnols et leur adhésion plutôt large aux idées anarcho-syndicalistes soutenues à l’époque par le syndicat majoritaire CNT.

En Syrie, le clivage entre l’Armée Syrienne Libre, l ‘ASL, bénéficiant d’une large sympathie auprès des gouvernements (et donc des médias) occidentaux, et les Kurdes est important. Certains dirigeants de l’ASL ont même accusé les Kurdes de jouer le jeu du pouvoir et de soutenir Assad en sous-main. La réalité est tout autre : les Kurdes ne veulent plus du régime dictatorial des Assad, mais ne veulent pas plus la constitution d’une République Arabe de Syrie, ce qui constitue l’objectif de l’ASL. Le terme « arabe » est en trop. L’alliance aurait sans doute été possible en vue de constituer une République Syrienne, de type fédéral, au sein de laquelle les particularités de chaque peuple auraient été respectées. Le fait qu’Assad n’ait pas voulu déclencher un affrontement avec les Kurdes, mais ait au contraire cherché à les caresser « dans le sens du poil » montre simplement l’habileté tactique du dirigeant de Damas. Cette absence totale de finalité commune entre les diverses composantes de l’opposition au gouvernement de Damas explique en grande partie l’échec du « printemps arabe » en Syrie.

Perspectives pour les Kurdes

manif soutien Il est encore trop tôt pour parler de l’évolution de la situation militaire sur le terrain. Après avoir été ignorés longtemps par les gouvernements occidentaux, les milices du PYD sont enfin largement prises en compte. Les interventions aériennes de la coalition dirigée par les Etats-Unis ont un effet positif sur le terrain, surtout depuis que les objectifs de ces bombardements sont fixés en coordination avec l’état-major de la Résistance. Mais il ne faut pas oublier, comme nos braves journalistes bien pensants ont tendance à e faire, que c’est  avant tout le courage des miliciennes et miliciens qui a permis, sur le terrain, de ne pas perdre la ville de Kobanê. Cette issue du conflit aurait d’ailleurs des conséquences particulièrement catastrophiques pour les civils kurdes, pris en étau entre deux armées qui ne leur veulent pas du bien ! Le rapport de forces semble s’améliorer pour les combattants kurdes ; malgré l’inertie d’Ankara, un certain nombre de livraisons d’armes et de munitions ont eu lieu. Les opérations aériennes de l’US Air Force se font en liaison avec le QG des milices, au sol, et leur efficacité en a été améliorée. Les Kurdes ne veulent surtout pas d’une intervention de l’armée turque car ils savent d’avance quelles en seraient les conséquences. Ankara pourrait occuper la zone afin de constituer une zone tampon « neutre », bloquant toute communication entre les différentes populations kurdes. La Turquie souhaite une frontière plus imperméable de façon à ce que, si la trêve nationale venait à être rompue,  les combattants éventuels du PKK ne bénéficient plus de refuge en Syrie ou en Irak comme cela a été le cas lors de la longue guerre précédente. Une seule chose intéresse la Turquie : que toute perspective d’un quelconque état kurde soit mise définitivement à l’écart.

Si l’on souhaite que les changements sociaux mis en œuvre dans la Rojava perdurent, il est essentiel que la libération de cette province soit accomplie par les femmes et les hommes des milices kurdes. Pour obtenir ce résultat il faut bien entendu que les volontaires kurdes de Turquie, d’Iran, d’Irak ou d’ailleurs puissent les rejoindre librement, et que ces forces armées populaires soient correctement équipées. Discours bien militariste pour le pacifiste que je suis, mais, compte-tenu du contexte actuel, je ne vois guère d’autres débouchés pour sortir de la crise. Le problème principal c’est que toute victoire militaire est en général lourde de conséquences dans les régions concernées. Les milices présentent un intérêt (parmi d’autres) dans une telle situation ; issues du peuple, pour lui permettre de se défendre, elles ne doivent avoir aucun caractère de permanence et se dissoudre quand elles n’ont plus de raison d’être. Il n’existe pas d’Armée garante d’une quelconque Démocratie. Les rapports de force en Turquie, en Egypte, au Myanmar ou ailleurs illustrent bien cette vision des choses… Il ne s’agit pas de remplacer une quelconque idole par une autre et d’idéaliser une situation qui ne doit être qu’une simple phase de lutte. Pour finir je dirai aussi qu’il faut souhaiter que le PKK et le PYD poursuivent leur évolution idéologique. Si le changement est bien réel, il faudra alors prêter attention non plus aux sigles et aux dirigeants mais au travail réel du peuple sur le terrain pour se prendre en main et améliorer son quotidien.

L’engagement de tous ces hommes et femmes déborde largement le cadre d’une lutte de libération nationale et mérite d’être connu et soutenu.

Postambule :

Cet article d’actualité est inspiré notamment par un texte publié sur « Alternative Libertaire » et un autre publié sur le site « ideas and action’s blog » repris sur Libcom. La documentation a ensuite été complétée en consultant divers articles sur le site « anarchistes solidaires du Rojava » et sur « Réseau d’information Libre de la Mésopotamie », notamment le texte d’André Métayer, « La lutte du Kurdistana Rojava (Kurdistan occidental) ». Les illustrations proviennent de ces diverses références.

 

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14octobre2014

Une légende bugiste, deux châteaux en ruines…

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; vieilles pierres.

A la découverte de deux ruines médiévales du Bas-Bugey, Chatillonnet et Crapéou

Prétexte à préface avant préliminaires

Petit retour aux « vieilles pierres » façon de décourager un peu ceux qui pensent que ce blog est « trop comme ceci » ou « pas assez comme cela ». Futile ? Certainement pas puisque cela m’intéresse ! Après tout, les grincheux doivent s’habituer… On est ou on n’est pas « une encyclopédie désordonnée » ! Et puis je trouve que ça fait longtemps qu’Oncle Paul, ce personnage d’emprunt délicieusement réactionnaire, ne vous a pas charmés de ses belles histoires. De surcroit, il me faut encore un peu de temps pour boucler ma chronique sur un arbre balaise, le mélèze, ainsi qu’une petite fiche biographique sur Stig Dagerman, écrivain suédois de l’après-guerre, que je suis en train de lire en long en large et en travers (pour ceux qui suivent, Stig Dagerman, je vous en ai déjà parlé un peu dans la chronique sur Etta Federn)… Encore un personnage diablement intéressant qui a tiré sa révérence trop tôt…

Préambule à quelques déambulations

Montcarrat Crapeou Les édifices médiévaux relativement bien conservés et méthodiquement fouillés permettent de faire progresser pas à pas notre connaissance du fonctionnement de la société à cette époque. Ils ont le défaut de ne plus guère receler de mystères ! Les ruines à l’abandon ont le mérite de permettre à notre imagination de vagabonder librement et de mettre en place les histoires les plus fantastiques dans des décors reconstitués à notre guise. Le territoire de notre pays regorge de bâtiments anciens, chapelles romanes, ruines romantiques de castels abandonnés, grandes bâtisses pompeuses de la Renaissance entretenues à grands frais ; chacun peut y trouver son intérêt et son plaisir. Le mien consiste à essayer de reconstituer la longue ligne de fortifications qui se dressaient à la frontière entre Savoie et Dauphiné, notamment dans la région qui est relativement proche de chez moi. J’ai fait récemment deux belles découvertes : une maison forte assez peu connue, celle de Montcarrat, qui se dresse au-dessus du hameau de Crapéou dans la commune de Conzieu (Ain) et un château-fort démoli à la Révolution, celui de Chatillonnet.
De la maison forte dite de Montcarrat ne subsiste qu’une tour complètement ruinée ; elle se dresse au sommet d’un petit éperon rocheux qui domine le hameau de Crapéou, à Conzieu. On l’aperçoit de la route si l’on est un tant soit peu attentif au paysage.
De Chatillonnet, bâtisse imposante dominant la rivière du Gland, non loin du sympathique village de Saint Bois (Ain), il ne reste plus que quelques traces dans le paysage.

Ces deux bâtisses appartenaient à deux familles différentes selon les documents que l’on peut encore découvrir dans les archives départementales et nationales. Le lien entre elles : une légende qui trouve son origine au beau milieu du XIIIème siècle, période pour laquelle on trouve malheureusement peu d’éléments permettant de de se faire une idée de la véracité des faits sur lesquels elle repose… Je vous propose un bref voyage à cette époque, avant de faire un état des lieux servant de décor à l’histoire.

La parole à l’Oncle Paul…

vaillant chevalier « En ce temps-là, vivait dans la maison forte de Crapéou, un chevalier nommé Hugues de Montcarrat. Il avait épousé la fille du Comte de Groslée, dont le château se dressait sur les bords du Rhône, sur l’autre versant de la montagne. La châtellenie de Crapéou était de faible étendue, mais le chevalier et sa dame, aussi belle que vertueuse disait-on, menaient une vie prospère et paisible. Mais un jour, la situation changea brutalement. Son beau-père qui était aussi son suzerain lui fit savoir qu’il devait s’équiper et prendre monture pour se joindre à la croisade que la noblesse française entamait pour répondre à l’appel du bon roi Louis. A cette époque, on ne pouvait esquiver les commandements de la Sainte Eglise romaine et puisqu’il fallait partir, et bien Hugues de Montcarrat obéit. Il serra sa tendre épouse dans ses bras puis s’en alla, au pas tranquille de son cheval, rejoindre les hommes d’armes qui se regroupaient plus loin sur les bords du fleuve. Sa femme, jeune et amoureuse, conçut un grand chagrin de cette séparation, mais elle prit son mal en patience et attendit le retour de son vaillant chevalier.

Mansourah2 L’armée des croisés remporta la bataille de Mansourah, mais les pertes furent importantes. Malgré la victoire, le roi fut fait prisonnier ainsi qu’un grand nombre de nobles qui l’accompagnaient. Hugues de Montcarrat faisait partie de ces malheureux chevaliers capturés par le Sultan Al-Mu’Adham. Les jours passaient et les perspectives n’étaient guère réjouissantes. L’inactivité, l’ennui, l’éloignement de sa bien aimée le rongeaient. Finalement, pour obtenir la liberté de ses mouvements, notre héros accepta la proposition que lui faisaient ses geôliers : il abjura sa foi et se convertit à l’Islam. Sa faute ne s’arrêta pas là ! Très vite il tomba amoureux de la fille du Cheikh Abd El Nader El Morana, nommée Sanira. Grande fut la passion qui unit les deux amants ; si grande que Hugues réussit à convaincre Sanira de s’enfuir avec lui… Les modalités de leur évasion, les péripéties de leur voyage retour ne figurent point dans la légende. Ce que l’on sait, c’est qu’un beau jour ils arrivèrent en vue de la tour de Crapéou. Les années avaient passé et le chevalier avait quelque peu oublié sa douce et tendre épouse. Les retrouvailles ne furent guère chaleureuses. Si peu enthousiastes même que Hugues de Montcarrat finit par enfermer sa première épouse dans l’une des tours du château voisin de Châtillonnet. La belle n’était point trop mal lotie, puisqu’il semble, selon les notices historiques, que ce second château qui se dressait sur une colline au voisinage du ruisseau du Gland, non loin du petit village de Saint Bois, était une assez belle demeure.

chateau-de-groslee Il n’est point très évident de nos jours d’endosser le costume d’un Comte à l’époque médiévale, mais il est assez facile quand même de s’imaginer quel fut le courroux de la belle famille, lorsque la situation fut connue ! La conception du mariage n’était pas vraiment la même en pays chrétien qu’en terre musulmane. Quant à l’abjuration de sa foi, sa parentèle se demanda si le fol chevalier n’avait point été un peu trop exposé au soleil du désert. Le Comte de Groslée réunit le ban et l’arrière ban de la famille et laissa le choix à l’infidèle (au double sens du terme) de retourner en Terre Sainte pour s’amender, ou de perdre la vie dans les plus brefs délais. Il semble que Hugues de Montcarrat n’était point trop contrariant et, sans surprise, il choisit de participer à une nouvelle expédition contre les Sarrasins. De la belle Sanira on n’eut plus de nouvelles… Fut-elle expédiée « ad patres » pour simplifier la situation ; mourut-elle de chagrin quand elle sut que son héros l’abandonnait ? Ce que l’on sait c’est que l’épouse « légitime », celle que l’on nommait la « dame de Châtillonnet » resta dans sa tour et recommença à coudre, à broder et à filer la laine, comme il était séant de le faire pendant que son bonhomme rompait quelques lances de l’autre côté de la grande bleue. La légende ne précise pas si elle détricotait la nuit ce qu’elle tricotait le jour…

serafini_mort_saint_louis Le noble chevalier converti puis reconverti, rencontra un nouvel obstacle sur la route de sa croisade. Il contracta la peste, la terrible peste noire qui faisait des ravages dans les rangs des fidèles partis pour trucider les infidèles.
Selon les conteurs qui se l’approprient, la légende prend alors deux itinéraires différents. Le chevalier mourut loin là-bas au Moyen-Orient. Quand elle reçut le télégramme annonçant sa mort, sa vieille, mais toujours tendre et amoureuse épouse, se jeta dans la rivière et mourut noyée dans les flots. Depuis ce jour, son fantôme, devenu dame blanche, hante la vallée du Gland, aux jours et heures où les spectres ont l’habitude de le faire. Point de dame blanche ! clament d’autres ancêtres à la veillée. Le galopin en armure, bien qu’il soit pestiféré comme pas deux, rentra à la maison et contamina tout son entourage. Beaucoup de ses proches et de ses moins proches moururent ; sa belle épouse faisait partie du lot. Lorsqu’il succomba à son tour à la terrible maladie, le remord le prit (il était temps !) et son âme ne put trouver le repos. Depuis, c’est son fantôme à lui qui terrorise les petits et les grands aux environs des ruines de Châtillonnet. Le doute plane donc au sujet du sexe du fantôme. Cette situation se prolongera sans doute jusqu’à ce qu’un expert en fantôme puisse expertiser l’OSNI (l’Objet Spectral Non Identifié).

 Retour à la bonne vieille réalité historique et compléments architecturaux sommaires

4069-6782 Les événements historiques mentionnés dans la légende se sont bien déroulés à la période indiquée. Pour simplifier le récit, ils sont quelque peu adaptés. La bataille de Mansourah a eu lieu en juillet 1250 lors de la septième croisade. Mais en réalité, c’est lors de la bataille suivante, à Fariskur que Saint Louis a été capturé ainsi que la fine fleur de la chevalerie présente à ses côtés. Lors de la huitième croisade ce n’est pas la peste mais la dysenterie qui emporta le roi. Petit problème dans la chronologie de la légende : une vingtaine d’années séparent les deux croisades (7ème et 8ème) ; ce qui fait que la gente épouse de Hugues de Montcarrat a été bien patiente car il a fallu du temps à son mari avant qu’il ne se décide à s’amender !
Le décor de l’histoire est tout à fait réel lui aussi, mais de ces deux vieilles bâtisses servant de toile de fond à cette belle légende du Bugey, il ne reste plus que quelques pans de murs difficiles à discerner dans le paysage.

Ruines de Montcarrat La plus mal documentée dans les archives est la maison forte de Crapéou à Conzieu. Quant à une lecture des pierres, elle est difficile ; il faudrait pour cela procéder à un sérieux débroussaillage dans un premier temps. Les seuls vestiges visibles sont ceux d’une tour. La configuration des lieux laisse penser que les constructions étaient sans doute plus étendues que ce que l’on peut en voir. Je ne veux pas énumérer ici les familles propriétaires de cette maison forte. Point de Montcarrat dans la liste, n’en déplaise à nos conteurs locaux. Cela n’empêche que dans certaines sources documentaires on appelle cette tour de Crapéou, château de Montcarrat… Le premier propriétaire connu du fief est la famille de  Cordon, bien connue dans l’histoire locale et plus particulièrement Guillaume II de Cordon, dont le nom apparait dans un acte de vente de 1410. Avant cette date les propriétaires ne sont pas connus… Peut-être y-a-t-il eu un Montcarrat au préalable ? Les archives n’en conservent aucune trace… La tour passe ensuite de main en main pour aboutir dans celles des prieurs de Conzieu, le village voisin. L’église est alors propriétaire du lieu jusqu’en 1789. L’intérêt d’une telle possession est avant tout économique : la vallée du Gland est prospère et sans histoires. Comme beaucoup d’autres châteaux, Crapéou est confisqué comme bien public pendant la révolution, vendu aux enchères et transformé en carrière de pierres. Si vous passez dans le coin, après avoir jeté un coup d’œil aux ruines de la tour, ne manquez pas de visiter l’église de Conzieu : elle est superbe.

chateau-de-chatillonnet

La documentation est beaucoup plus abondante à propos du château de Châtillonnet, sur la commune de Saint-Bois. Deux raisons principales à cela : Châtillonnet est une bâtisse beaucoup plus importante ; pendant plus de trois siècles le fief reste dans les mains d’une seule famille, celle des Seyssel, à propos de laquelle on possède de nombreuses archives. La date de construction, sans doute contemporaine à celle de Crapéou, n’est pas connue, mais on sait qu’en 1474, après son mariage avec Louise Allamand, Jean de Seyssel fait de Châtillonnet sa résidence principale. il faut croire qu’il ne craint pas les fantômes ! Je vous fais grâce de la généalogie des Seyssel ; il est possible de la consulter aux archives départementales de l’Ain (numérisées pour une bonne part). La destinée de Châtillonnet est la même que celle de Crapéou : confisqué comme bien public à la Révolution, le château est abandonné et livré au pillage, car il est jugé en trop mauvais état. Quelques belles pierres ornent les maisons des manants dans les villages voisins. Au début du XIXème siècle, un artiste local le représente sur un tableau très romantique… Au début du XXIème siècle, il est encore mentionné sur le dépliant des routes touristiques de l’Ain, mais difficile à repérer !

Seul le petit ruisseau du Gland continue à couler, paisiblement, indifférent aux péripéties de l’histoire humaine. Je ne sais si ses eaux servent toujours de cachette à la dame blanche, fille du Comte de Groslée dont on ignore le prénom. Par contre il alimente toujours la belle cascade de Glandieu qui mérite un détour si vous passez dans le coin ! La légende, eh bien il est plaisant de l’entendre conter. Comme toutes les légendes elle se tisse en entremêlant vérités historiques et péripéties romantiques, pour notre plus grand plaisir.

Illustrations : la quatrième et la dernière gravure proviennent du fonds des archives départementales de l’Ain. Les photos 1 et 7 ont été prises par l’auteur de la chronique ; elles présentent l’état actuel des ruines de Montcarrat-Crapéou.

 

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6octobre2014

Allemagne, Espagne, France… le long combat pour la liberté d’Etta Federn

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

portrait On trouve des articles et des ouvrages, en allemand, en espagnol, en anglais… mais rien en langue française au sujet de Marietta ( » Etta « ) Federn, écrivaine, éducatrice, militante féministe et anarchiste, résistante. Mais notre pays a parfois la mémoire courte et l’a rangée dans le classeur des « oubliés », bien que l’un de ses fils, Hans, soit « mort pour la France » comme on dit, en combattant dans les rangs de la Résistance. On pourrait dire, pour se consoler, qu’elle a bien eu de la chance de ne pas se retrouver dans un camp d’internement en 1939, comme bon nombre de réfugiés politiques de langue allemande, juifs ou communistes ou parfois (quelle horreur !) les deux à la fois. Un certain nombre de ces internés ont été livrés directement aux Nazis, grâce aux bons soins du gouvernement de Vichy. A la libération, en 1945, la mort de son fils au champ d’honneur (comme on disait alors quand les maquisards sont passés du statut de terroriste à celui de héros), lui a permis d’obtenir la nationalité française ainsi qu’une modeste pension pour survivre. Je voudrais réparer une partie de cet oubli et vous conter l’histoire de cette militante dont on ne peut qu’admirer le courage et l’opiniâtreté.

FAUD syndicat libre allemand Etta Federn est née en 1883 à Vienne dans une famille juive bien intégrée de la bourgeoisie de la capitale autrichienne. Sa mère, Ernestine, militait, entre autres, pour le droit de vote pour les femmes. Son père était médecin. Elle avait quatre frères et une sœur : Paul fut célèbre dans le milieu de la psychanalyse ; Karl devint homme de loi ; Walter se lança dans le journalisme. Etta reçut la même éducation que ses frères et s’orienta vers la littérature et les langues étrangères. Très indépendante d’esprit, elle s’éloigna de son milieu familial et émigra à Berlin. Elle compléta ses études en rédigeant une thèse sur Faust. Elle gagnait sa vie en donnant des cours et surtout en effectuant des traductions d’ouvrages. Elle maitrisait alors le Yddish, l’Anglais, le Français, le Danois, le Russe et, bien entendu, l’Allemand. A cette époque elle fournissait un travail considérable. Ses talents littéraires reconnus, elle fut embauchée comme critique littéraire par le journal « Berliner Tageblatt ». Elle est à l’origine de traductions très diverses : Aleksandra Kollontai, Hans Christian Andersen, William Shakespeare… Au cours de ces années, elle entra en contact avec le mouvement anarchiste allemand et se lia d’amitié avec de nombreux activistes. Elle s’inscrivit et milita à part entière au syndicat F.A.U.D. (Union des Travailleurs Libres d’Allemagne, anarcho-syndicaliste). Elle rencontra aussi d’autres personnalités du mouvement anarchiste, notamment Emma Goldman, Max Nettlau, le couple Mollie Steimer et Senya Flechin. Elle devint l’amie de Rudolf Rocker et de sa compagne, Milly Witcop. Ce fut un passage particulièrement heureux dans sa vie. Etta se maria à deux reprises, une première fois à Vienne en 1916, la seconde à Berlin, mais se sépara rapidement des partenaires qu’elle avait choisis. De son premier mariage, avec Max Bruno Krimsee, thérapeute et pédagogue, elle eut un premier fils, prénommé Hans, né en 1918. De son second mariage avec Pierre Paul Kohlhaas naquit un second garçon, Michael. Ses deux enfants la suivirent dans la plupart de ses pérégrinations et partagèrent une bonne part de ses mésaventures.

portrait3 Sa situation se détériora avec la montée du Nazisme. En 1927, elle rédigea et fit publier une brochure sur le ministre libéral Walter Rathenau de la République de Weimar pour dénoncer son assassinat par l’extrême-droite. A la suite de ce travail, elle reçut de nombreuses menaces de mort et les Nazis firent pression sur les journaux pour lesquels elle travaillait pour qu’ils se séparent de cette collaboratrice « juive » et « communiste » de surcroit. La capacité d’intimidation du parti nazi était suffisante pour que de nombreuses portes se ferment et elle eut de plus en plus de difficultés à vivre de son travail. Pratiquement sans revenus, elle quitta Berlin en novembre 1932, moins d’une année avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Elle s’installa à Barcelone avec ses deux enfants, Hans et Michael. Honneur tragique : le 10 mai 1933, ses livres furent jetés sur les bûchers allumés par les Nazis et son nom figura en bonne place sur la liste des personnalités indésirables sur le territoire du futur grand Reich. Elle avait alors 49 ans. Dans un premier temps, elle bénéficia, pour s’installer, de l’aide financière des compagnons libertaires encore présents à Berlin. Lorsque sa position dans la capitale de la Catalogne fut enfin consolidée, elle put fournir à son tour une aide aux militants qui fuyaient la répression du régime nazi. Nombreux furent les émigrés politiques allemands qui s’installèrent en Espagne comme en France dans ces années-là. Une partie de sa famille avait émigré aux Etats-Unis et l’aidait aussi à vivre, avec ses enfants, en lui versant régulièrement une petite pension. Etta Federn apprit le Castillan, puis le Catalan et commença à collaborer à la presse locale. Elle rentra en contact avec le mouvement libertaire espagnol, mais ses activités militantes restèrent relativement discrètes jusqu’au déclenchement de la révolution de juillet 1936. En Espagne aussi, les anarchistes n’étaient guère en odeur de sainteté, surtout après les troubles dans les Asturies en 1934. Son appartement servait néanmoins de point de ralliement à tous les exilés allemands présents en ville. Elle faisait partie du  » 11club « , cercle de discussion libre auxquels participaient de nombreux artistes et intellectuels catalans.

escuela_cenu1 Juillet 1936 à Barcelone… Après l’échec du coup d’état fasciste dans la capitale de la Catalogne, la situation changea du tout au tout et Etta fut emportée dans la vague d’enthousiasme qui souleva les milieux populaires et les militants révolutionnaires. Elle adhéra sans tarder au mouvement « Mujeres Libres » qui regroupait les anarchistes féministes espagnoles. Elle rédigea de nombreux articles dans le bulletin de l’organisation. S’inspirant des méthodes préconisées par le pédagogue Francisco Ferrer, elle s’investit largement dans l’éducation des femmes et donna de nombreux cours à la Maison des femmes travailleuses, centre culturel créé par Mujeres Libres dans un quartier populaire de Barcelone. Ce lieu, hautement symbolique, permit l’alphabétisation de 600 à 800 femmes. En 1937, elle participa, avec d’autres militantes, à la création de quatre écoles libertaires dans la petite ville de Blanes. Elle en devint directrice et adhéra à la Fédération locale de la CNT (Confédération Nationale du Travail, syndicat de tendance anarchiste). Ces écoles se chargeaient de l’éducation des enfants mais aussi de la formation de nouveaux professeurs pour les écoles laïques qu’il fallait créer un peu partout ; une pépinière en quelque sorte ! Il faut dire que le défi était de taille : 52% d’analphabètes dans la population, 60% d’enfants non scolarisés. L’œuvre réalisée par le CENU (Conseil de l’Ecole Nouvelle Unifiée) est admirable. Un premier bilan fut dressé en juillet 1937. Malgré l’effort de guerre, près de 5000 professeurs avaient été nommés dans les écoles, et près de 80 000 enfants avaient été inscrits, plus du double que l’année précédente. La qualité de l’enseignement délivré avait beaucoup progressé aussi. Là aussi, la tâche était immense pour libérer le peuple de la tutelle des écoles confessionnelles. Certaines mesures importantes furent appliquées telle la fermeture des orphelinats où les enfants étaient particulièrement maltraités. Ces enfants étaient maintenant mélangés avec leurs camarades dans les écoles de village nouvellement créées. Beaucoup suivaient les principes de l’école moderne du pédagogue libertaire Francisco Ferrer. Etta Federn a eu sa part obscure dans ce travail et elle l’a accomplie avec détermination, sur le terrain, sans trainer dans les couloirs des ministères, dans les antichambres de la célébrité.

mujereslibres Fin 1937, elle quitte à regrets son poste à Blanes. L’influence des militants communistes est croissante et elle ne supporte pas la surveillance dont elle fait l’objet ainsi que les autres militants de la CNT.  Elle revient à Barcelone, où elle se sent moins isolée et plus en sécurité, afin de poursuivre ses activités éducatives et militantes. Son fils aîné Hans est au front ; il combat contre les fascistes, au côté des Républicains. Il est lieutenant. En 1938, Etta rédige un livre, intitulé  » Mujeres de las Revoluciones « , qui est édité par Mujeres Libres. Il s’agit de la biographie d’une douzaine de femmes militantes révolutionnaires (Emma Goldman, Inga Nalbandian, Madame Roland, Lily Braun, Mrs. Pankhurst, Angelica Balabanoff, Rosa Luxemburg, Charlotte Corday, Ellen Key, Vera Figner, Isadora Duncan et Alexandra Kollantai). Ce livre est réédité en Allemagne en 1997 sous le titre  » Revolutionär auf ihre Art « .

version allemande Mais la situation s’aggrave. Les Républicains perdent du terrain. Barcelone est bombardée quotidiennement et cela devient de plus en plus difficile d’y résider. Il faut fuir à nouveau le fascisme. En avril 1938, Etta Federn se réfugie à Paris, mais le répit n’y sera que de courte durée. Par chance, en septembre 1939, la famille échappe aux convocations qui entrainent l’internement par le police de tous les ressortissants étrangers, quel que soit le motif pour lequel ils ont demandé l’asile politique à la France. Deux années à peine depuis la fuite de Barcelone et le bruit des bottes nazies se fait entendre sur les Champs Elysées. Nouveau déménagement, à Lyon cette fois, en zone non-occupée, mais elle doit se cacher dans un couvent proche de la ville où elle restera basée jusqu’en 1945. Malgré son courage et sa combattivité, Etta est au bout de ses forces, épuisée par l’énergie qu’il lui faut dépenser pour assurer sa survie. Elle trouve cependant la force de rentrer dans la Résistance qu’elle aide par divers travaux de traduction, de rédaction, de distribution et de liaison entre les petits groupes de militants éparpillés. Elle va payer un lourd tribut à la guerre. Elle y laisse le peu de santé qu’il lui reste et elle perd son fils aîné Hans. Celui-ci s’est engagé dans le maquis du Vercors et meurt, lors de combats à Charavines, en août 1944. L’écrivain suédois Stig Dagerman écrit un texte en mémoire de cette disparition :  » à la mémoire du capitaine Jean « . Cet hommage est publié en suédois, puis en français dans un recueil d’œuvres de Dagerman intitulé « Printemps français ».

L’ autre fils d’Etta, Michael, combat au côté des partisans dans les Pyrénées et survit à la guerre. Les éléments biographiques dont on dispose sur Michael sont encore plus réduits que ceux concernant Hans !
Etta Federn, à bout de souffle, revient à Paris. Elle traverse ses dernières années dans la plus extrême pauvreté. Le sacrifice de son aîné lui a valu d’obtenir la nationalité française, ainsi qu’une pension symbolique. Elle meurt en 1951. Les sources divergent quant à la date exacte de sa disparition : 9 mai ou 29 septembre. C’est dire l’état d’isolement dans lequel elle se trouve. Elle laisse, dans ses archives, une traduction inédite des balades tziganes de Garcia Lorca, l’un de ses auteurs préférés. Sa vie exemplaire est la source d’inspiration du personnage de deux romans suédois : l’un de son ami Stig Dagerman, l’autre de Arne Fosberg. Je suis admiratif devant le parcours accompli par cette femme et la constance remarquable par rapport à ses idées et à ses principes dont elle a fait preuve au cours de son existence. Ils sont nombreux, ces femmes et ces hommes, qui ont traversé la première moitié du vingtième siècle, victimes directes ou indirectes du Nazisme, du Fascisme ou du Stalinisme. J’ai déjà évoqué le destin de quelques uns et de quelques unes d’entre eux et je compte bien poursuivre cet inventaire parfois difficile. A ce propos, et en guise de conclusion, je vous invite à aller lire la chronique que mon amie internaute Zoë a consacré à Elizabeth Eidenbenz et à la maternité d’Elne dans les Pyrénées en 1939…

NDA – Cette chronique doit beaucoup (mais pas seulement !) à l’article paru en anglais sur Libcom.org, rédigé par Nick Heath. Parmi les sources utilisées en complément pour ma recherche, mujeres sin fontera, en espagnol, et anarco ephemerides, en catalan. Ces divers sites m’ont fourni une partie des illustrations utilisées. A cette liste il faut ajouter également Anarquista ER-FL, dictionnaire de militantes et de militants centré surtout sur les photos, les dessins et les articles de presse. Toutes les adresses utiles figurent dans la liste permanente que vous pouvez consulter dans l’index du blog. J’aurais souhaité développer certains points de cette trop courte biographie, et ajouter des précisions quant à l’action du « capitaine Jean » dans le maquis du Vercors et les conditions de sa mort à Charavines, en Isère, mais je n’ai trouvé aucune information solide sur ces questions. Si quelqu’un a la possibilité de me fournir des indications complémentaires, je les accepterai avec plaisir !

stig dagerman Post Scriptum (7 octobre) – Je viens de terminer la lecture de l’hommage de Stig Dagerman « au capitaine Jean ». Cela m’amène à procéder à quelques rectifications dans le texte ci-dessus concernant Hans Federn. Hans a combattu au sein de l’armée républicaine jusqu’aux derniers jours de la Résistance et a été enfermé pendant quelques temps dans les camps de concentration obligeamment offerts aux réfugiés espagnols. Pour échapper à l’enfermement, il a accepté de rejoindre la légion étrangère en Afrique du Nord. Il est ensuite rentré en France (date inconnue) et a rejoint les rangs de la Résistance, à Lyon, non loin du lieu où résidait sa mère. Il est devenu chef d’un réseau de Résistants sous le pseudonyme de Capitaine Jean, puis de Jean Portal. C’est au cours d’une mission pour ce réseau qu’il a été abattu par les Allemands, sans doute à Charavines. Dagerman ne mentionne pas son passage dans le maquis du Vercors, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas été. Un court extrait du texte magnifique de l’écrivain suédois : « … une stèle a été élevée à l’endroit où il est tombé et, maires, sous-préfets et curés en tête, toute la région est venue lui rendre hommage sous les traits de celui que, dans une certaine mesure, il avait décidé d’être : le loyal défenseur d’une liberté évidente. Mais on lui rendait surtout hommage sous les traits de quelqu’un qu’il ne voulait pas être : l’un des nombreux héros de son pays, tombés au combat. Mort pour la patrie. »

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30septembre2014

bric à blog automnal et éclectique

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Bouffe

salades charbinoises Un bilan intéressant de la bio en France sur Reporterre : « L’agriculture bio décolle et s’installe dans les habitudes des Français. » Le titre résume assez bien l’article. En tout cas, il y a du chemin à faire si l’on veut rattraper notre retard sur les pays « en pointe »… Avant de se retrouver dans la queue du peloton, ces dernières années, la France occupait le haut du podium. Mais ça, c’était il y a une quarantaine d’années. Depuis, les lobbies agro-industriels ont bien travaillé ! La conversion du traditionnel vers le bio est un casse-tête assez risqué et beaucoup d’agriculteurs hésitent à franchir le pas. Du côté de l’agriculture bio, ce sont les « Yakas » qui font des ravages. Trop de croyances (parfois farfelues), trop de certitudes, et parfois un brin de mépris à l’égard du restant de la profession n’encouragent pas les reconversions. Je reviendrai sur ce sujet.

© Toshiba

© Toshiba

La Société Toshiba, au Japon, s’occupe activement de nos lendemains qui chantent et a lancé la construction d’une « usine à légumes » dans la banlieue de Tokyo. L’idée géniale de ce projet : produire des salades à la pelle sans ne plus tenir compte d’aucun élément naturel… Il n’y aura plus ni saison, ni terre, ni insectes, ni lumière naturelle. Tout sera artificiel… Avec un peu de chance, si l’ordinateur régule comme il faut les besoins nutritifs, la température et l’hygrométrie, plus besoin de pesticides. Formidable non ? Reste plus qu’à cloner en grande série les humains qui vont vivre avec. L’avenir est follement excitant si ces prédictions technocratiques se réalisent. Altermonde publie l’article du Canard enchaîné à ce sujet. D’autres medias en ont parlé sans donner beaucoup plus de précisions. L’intérêt d’un tel projet (selon ses promoteurs) ; il y en a plusieurs : continuer par exemple à produire de la nourriture en zone radioactive ou ne plus dépendre des aléas climatiques… J’ajouterais aussi continuer à bétonner de plus en plus de terres agricoles. Bien entendu la concurrence se bat sur le même créneau. D’ici quelques années on aura le choix, non pas entre Saupiquet et William Saurin, mais entre Sony, Toshiba, Bayer ou Microsoft ! Le terrorisme du futur ? Introduire des rats mutants dans un tel environnement.

thon-blanc  »Que cache votre boite de thon ?  » Question et réponse sur le site de Greenpeace. Le boycott étant l’une des armes économiques les plus efficaces dont nous disposons, n’hésitons pas à l’utiliser… Le problème n°1 c’est de faire passer l’information. Le problème n°2 c’est que le secteur alimentation devient de plus en plus souvent le parent pauvre dans le budget des personnes qui sont obligées de compter pièce à pièce. Or les marques qui respectent des critères de pêche corrects, sont trop souvent les plus chères du marché. La solution, comme pour la viande de porc ou d’autres produits dont l’origine doit être soigneusement contrôlée : diviser la consommation par deux !

Guerre

solidaires kurdes Comme je le faisais remarquer dans une chronique antérieure et néanmoins récente, ça pète tous azimuts, à la grande joie des marchands de canon. Sale temps pour les Kurdes de Syrie par exemple, coincés entre le jeu politique particulièrement trouble du gouvernement turc, le soutien remarquablement mou de la « coalition internationale » et la volonté d’extermination caractérisée des excités sanguinaires qui se prétendent porteurs des valeurs d’un Coran dont ils ont une lecture bien singulière. Vu de la position très confortable de l’observateur extérieur, on a bien l’impression que les « alliés » de ce peuple kurde qui lutte depuis des années pour son indépendance, ont une forte envie de laisser les illuminés massacrer tranquillement… quitte à dénoncer plus tard le martyr des uns et la barbarie des autres. Erdogan champion de l’hypocrisie, ce n’est pas la première fois que l’on s’en aperçoit. Dans le Kurdistan syrien, autour de la ville de Kobané, aujourd’hui menacée, la population expérimentait un projet confédéral démocratique, prônant le respect des minorités ethniques et religieuses et l’égalité entre hommes et femmes. Cette orientation nettement révolutionnaire inquiète au plus haut point le gouvernement turc ; quant aux Etatsuniens, ils voient rarement d’un bon œil les révolutions qu’ils ne téléguident pas… Quant aux médias de par cheu nous, ils ignorent purement et simplement la dimension politique du problème, fascinés qu’ils sont par les préparatifs de croisade religieuse… Des infos à glaner sur le site actukurde.fr (article de Maxime Azadi). Une large fraction de l’extrême gauche turque se mobilise pour contrer l’offensive de « l’état islamique ».
Heureusement que l’Arabie Saoudite est notre allié indéfectible. Dans ce pays, 22 personnes ont été exécutées par décapitation au mois d’août. J’irai ailleurs pour mes prochaines randonnées…

Religion

erreur-404-not-found Le site « Athéisme.org » entre en hibernation après dix-huit années à produire une critique totale de toutes les religions. Le texte fourni en justification de cette attitude est très intéressant, à la fois concis et percutant. Je ne vais pas m’amuser à le paraphraser et je préfère vous donner le lien pour que vous le consultiez si les questions religieuses vous préoccupent. Il a le mérite de soulever un double problème bien réel… Je suis persuadé que la question de l’athéisme reste parfaitement actuelle, même si elle est délicate à traiter, en raison de son instrumentalisation par une fraction de l’extrême-droite.

Du même tabac, si l’on peut dire, une infographie troublante publiée en français par Slate, sur la profonde humanité des religions. Quels sont les cas dans lesquels les grands textes religieux pleins d’amour considèrent que votre attitude désobligeante mérite la peine de mort ? Ils sont nombreux, exception faite pour le bouddhisme, plus modéré semble-t-il. Méfiez-vous du terrain sexuel qui est passablement miné. Il ne fait pas bon commettre le pêché d’adultère qui peut causer votre mort par lapidation chez les Islamistes, ou vous transformer en aliment pour chiens chez les Hindouistes. Les chrétiens quant à eux sont moins directifs mais penchent quand même pour la peine capitale. Heureusement, selon les religions, l’application à la lettre des ordres divins n’est pas toujours à l’ordre du jour… Voici le lien pour consulter cette passionnante étude : « un guide de la colère divine « .

Pour compléter ce programme de réjouissances ou plutôt pour conclure, je vous invite à vous reporter à l’excellente analyse de Patrick Mignard sur le blog « Fédérer et Libérer ». Le texte s’intitule  » L’enfer et le paradis  » et traite, entre autres de la barbarie et de sa relation dans l’histoire avec les religions monothéistes.

Prison

free_hammondOn parle un peu (mais pas beaucoup) des personnalités jugées encombrantes par l’Oncle Sam, des gens comme Bradley Manning ou Edward Snowden. Le cas de Jeremy Hammond, bien que rentrant lui aussi dans la catégorie « vigies de la démocratie », est passé carrément sous silence par les médias occidentaux. Cela fait plus d’une année que ce méchant pirate informatique, informateur du réseau Wikileaks, croupit dans les prisons américaines. Et ce n’est pas terminé puisqu’il a été condamné à dix ans de prison pour s’être attaqué à quelques bastions du renseignement américain. Je suis autant amnésique que les autres et c’est un petit tour sur un site maintenant en sommeil, « l’atelier médias libres », qui a rafraichi ma mémoire. J’ai relu avec plaisir la déclaration devant les juges de ce jeune militant d’autant qu’elle est traduite dans la langue que je pratique le mieux. On trouve dans ses propos l’expression d’idées auxquelles j’adhère volontiers… Un petit avant-goût :  « Les actes de désobéissance civile et d’action directe pour lesquels je suis condamné aujourd’hui sont en accord avec les principes de communauté et d’égalité qui guident ma vie. J’ai piraté des dizaines de sociétés de haut niveau et des institutions gouvernementales, comprenant très clairement que ce que je faisais était contraire à la loi, et que mes actions pourraient m’envoyer dans une prison fédérale. Mais je sentais que j’avais l’obligation d’utiliser mes compétences pour dénoncer et lutter contre cette injustice, et de mettre en lumière la vérité. »
Je regrette qu’il n’y ait plus de nouvelles publications depuis presque un an sur l’atelier médias libres. Le sujet est important et mérite toute notre attention. A défaut, voici l’adresse d’un site de soutien à Jeremy Hammond, créé par ses amis, histoire d’avoir des infos plus récentes.

Géographie et Géopolitique

Patrick Geddes Je suis déjà allé une fois ou deux sur le site « visionscarto ». Cette fois j’y suis retourné un peu plus longuement pour lire un texte sur « Patrick Geddes, le géographe anarchiste qui inventait la nation écossaise « . Patrick Geddes était un compagnon d’Elisée Reclus dans son aventure géographique. Il fréquenta aussi un autre géographe anarchiste, Pierre Kropotkine. C’était un sacré bonhomme et je pense qu’il mérite largement une chronique plus détaillée dans ce blog. J’y songe sérieusement ! Patrick Geddes était l’un de ces savants « touche à tout » comme je les apprécie (genre Humboldt par exemple dont j’ai eu l’occasion de parler dans un lointain passé). S’il est célèbre pour ses travaux d’aménagement urbain, et pour son approche novatrice de l’idée de progrès social et économique, l’homme s’intéressait également à la biologie, à l’anthropologie et à la sociologie. Ses biographes rappellent qu’il a été fortement influencé dans sa jeunesse par la lecture de « l’histoire d’un ruisseau » d’Elisée Reclus. Les deux chercheurs avaient le souci commun d’élaborer un globe terrestre de grande dimension qui permette de donner une représentation la plus précise possible de notre planète. L’objectif était de présenter ce maxi globe lors de l’exposition universelle de 1900. Leur démarche échoua faute de financements suffisants. Selon ces trois géographes (Geddes, Kropotkine, Reclus) l’aménagement des ensembles urbains devait être totalement revu : de nouveaux quartiers devaient être aménagés dans la banlieue des villes, beaucoup plus verts, bénéficiant de tous les équipements facilitant la socialisation et le partage de la culture. Leur approche de la géographie était en premier lieu sociale. On peut consulter aussi avec profit l’étude de Frederico Ferretti sur la revue M@ppemonde n°108.

musee mappemondes vienne Un grand merci à Clopin qui me transmet le lien suivant. Il s’agit d’une page web présentant vingt-deux cartes surprenantes… Et c’est vrai ! J’ai passé un moment à les examiner, les unes après les autres. Soit il s’agit du thème choisi qui est surprenant. Soit il s’agit du résultat obtenu auquel on ne s’attendait pas du tout… Cela va de la géolocalisation des plus grosses fortunes aux Etats-Unis à l’âge moyen de la population par pays, en passant par la place qu’occupe un être humain dans notre coin de l’univers, joliment baptisé Laniakea… Bref, une mine d’infos ! Certes c’est très centré sur les Etats-Unis, mais on n’est pas obligé d’être grognon… J’en profite pour illustrer ce paragraphe avec une photographie que nous avons prise lors de notre visite du Musée des globes terrestres à Vienne, en Autriche ; un grand moment de plaisir ! L’un des murs de la maison est maintenant orné d’un grand planisphère sur lequel nous avons fait figurer, à l’aide de petits drapeaux, l’origine géographique de tous les voyageurs apprentis jardiniers que nous hébergeons depuis trois années. Une belle façon de voyager aussi…

addenda (1/10/14)

A peine bouclé et publié que je découvre deux nouveaux textes passionnants à vous proposer… Plutôt que d’attendre un mois ou plus, je préfère vous proposer les liens tout de suite. « Comment on a interdit aux enfants de marcher » sur le site Terraeco… Etude passionnante… Prenez la peine de lire jusqu’au bout. Braves petits, ils iront en vélo électrique dans les salles de musculation d’ici quelques années ! Je pourrais ajouter à cet étude le fait qu’il y a déjà quelques années de cela j’avais remarqué que plus de la moitié des enfants de dix ans que j’avais en classe confiaient leur cartable à papa-maman à la sortie de l’école. Quand ils ne le faisaient pas, c’est l’adulte qui leur proposait…

Sur le blog de Floréal un très bon billet sur le communautarisme, complétant ce que j’ai dit dans les paragraphes « guerre » et « religion ». Le texte a été écrit il y a une quinzaine d’années par Jean-Victor Verlinde et il n’a pas pris une ride depuis (malheureusement…). Inutile que je paraphrase l’auteur. Lisez et dites-nous ce que vous en pensez. Cela me rappelle de belles discussions avec un copain plutôt routard dans les années 70/80. A cette époque, il me disait avoir vu des paysages et des monuments, sur les routes du Pakistan, de l’Afghanistan, et d’ailleurs, que l’on ne verra plus jamais… Ce ne sont point les outrages du temps qui sont coupables, mais l’imbécilité de l’homme lorsqu’il se cache derrière un drapeau et/ou un uniforme.

 

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23septembre2014

« Les indignés » : un groupe anarchiste à Vienne (Isère) à la fin du XIXème siècle

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; tranches de vie locale.

Je laisse l’introduction de cette chronique aux bons soins d’Elisée Reclus :

Reclus« Je pourrais vous citer la petite ville du monde où, toutes proportions gardées, les anarchistes constituent le groupe le plus considérable et le plus sérieux. Le nom ne fait rien à l’affaire, et je ne le dirai pas parce que les circonstances économiques peuvent faire passer demain la prééminence à quelque autre cité. Ce qui importe c’est de savoir le pourquoi de cet état de choses. Or dans la ville dont je vous parle vivent plusieurs ouvriers intelligents et studieux qui ont eu la chance d’être jetés en prison, comme révolutionnaires, et d’y avoir passé plusieurs années. En rentrant dans la vie civile, après avir consacré leur temps de captivité à l’étude et à la discussion sérieuse, ces ouvriers ont eu une autre chance, celle de trouver un travail suffisamment rémunéré qui leur assurait à la fois le pain et le loisir nécessaire pour le travail intellectuel. L’industrie prospère dans cette ville ; en outre elle est organisée de façon à laisser l’ouvrier maître de son propre établi ; l’abrutissante usine avec sa discipline féroce et son inepte division du travail ne l’a pas encore asservi. Ainsi toutes les conditions heureuses sont réunies pour donner une valeur très haute à ce groupe d’amis : intelligence, étude, alternance régulière du travail et du loisir, liberté personnelle. Les résultats ont été merveilleux. Impossible de voir et d’entendre ces apôtres sans comprendre qu’un nouveau monde se prépare, conforme à un nouvel idéal. » (lettre écrite par Reclus en juin 1888 à Renard professeur à l’Académie de Lausanne) »

Vienne2  Je pourrais laisser le soin aux lecteurs de déterminer le nom de la ville dont parle le célèbre géographe anarchiste… Je ne le ferai pas ; d’une part, la réponse est donnée dans le titre de la chronique ; d’autre part les indices fournis dans la lettre ne sont pas suffisants pour deviner la réponse. Il est intéressant par contre de donner quelques justifications au choix de cette grosse bourgade industrielle de l’Isère pour une courte plongée dans le mouvement anarchiste à la fin du XIXème siècle. Régionalisme sans doute puisque mes racines sont iséroises, mais pas seulement. La taille de la ville ainsi que la composition sociologique de sa population sont intéressantes. Le sujet n’est pas trop vaste et peut être abordé de façon synthétique au format plutôt restreint d’une chronique. La ville permet de se faire une idée assez représentative de l’influence du mouvement anarchiste en province, à l’époque où le gouvernement républicain tente de le criminaliser par tous les moyens. C’est l’époque aussi où les anars tentent de galvaniser les masses en multipliant les actes violents : attentats, tentatives d’assassinat vont devenir monnaie courante (surtout après 1890). Une partie des théoriciens du mouvement est convaincue qu’il faut montrer l’exemple au peuple et que du nuage des explosions jaillira un monde meilleur. Erreur tactique due sans doute à une impatience et à un optimisme exagérés sur l’imminence du changement révolutionnaire… Les militants tendent le cou à la guillotine et la répression de toute cette agitation est sanglante… Mais à Vienne, pendant la décennie 1880/90, nous sommes encore loin des Princes, des ministres et des riches banquiers. Le quotidien de la population, c’est avant tout d’arriver à survivre et l’ennemi numéro 1 c’est le riche, le patron, l’exploiteur. Dans les usines de tissage qui dominent le paysage industriel local, les conditions de travail sont dures ; les salaires sont réduits à la portion congrue (la vision de Reclus me parait un peu… optimiste !) Nous revenons presque un siècle et demi en arrière, mais déjà, à cette époque là, le profit des actionnaires passe avant tout !

fichiers-de-police D’après les fichiers de renseignement de la police – dont le sérieux ne saurait être mis en doute (!) – le mouvement anarchiste est particulièrement actif sur Vienne. Reclus n’est pas le seul à émettre cette opinion ! Plusieurs groupes vont coexister ou se succéder, suivant les circonstances, pendant la décade 1880-1890. Le groupe des « indignés » est l’un des plus virulents, et, du coup, l’un de ceux sur lesquels la police est la mieux renseignée. Il y a aussi « les Insurgés », « La Révolte », « les Insoumis », plus tard « les Cerises ». L’affinité joue un grand rôle dans la formation des groupes ; il s’agit rarement de divergences entre les uns et les autres mais plutôt d’un regroupement géographique. Les groupes de province ne semblent guère concernés par les désaccords idéologiques et tactiques qui surviennent à Paris entre différents mouvements et personnalités. Le groupe « les Indignés » comprend une vingtaine de membres actifs en 1882. La majorité d’entre-eux sont ouvriers ou ouvrières dans les usines de la ville, avec une forte implantation dans le tissage. Ce nombre correspond au noyau permanent du groupe et ne tient pas compte des sympathisants. De 1882 à 1890, année où a lieu la grande manifestation du 1er mai (dont j’ai déjà parlé dans une autre chronique), les effectifs et l’influence du groupe sont croissants. Cette progression est due en particulier au travail de propagande intense réalisé par le camarade Pierre Martin, grand ami d’Elisée Reclus (il fait partie de ces « plusieurs ouvriers intelligents et studieux » auxquels le savant fait allusion). Le groupe de Vienne possède de nombreux contacts avec des militants dans d’autres villes, un peu partout en France, mais aussi à Genève (la Suisse a servi de refuge à de nombreux militants lors de la répression qui a suivi les différentes « Communes » de 1871). En 1881, Pierre Martin est délégué au congrès de Londres pour la reconstitution de l’Association Internationale des Travailleurs. Au congrès de Genève de 1882, le groupe envoie deux représentants.

Proces_66_juge Les échanges sont fréquents entre Vienne et Lyon. Nombreux sont les militants qui transitent de ville en ville, au gré des poursuites judiciaires par exemple, pour brouiller les cartes. Saint Etienne et Le Creusot, autres centres industriels régionaux, sont également des pôles d’attraction importants. L’engagement politique ou syndical se paie cher auprès des employeurs et les listes noires circulent dans les milieux patronaux. Quant à la police et à la justice, elles sont aux ordres ! En janvier 1883, à Lyon,  a lieu le célèbre procès des 66 intenté contre les anarchistes. Le motif de comparution des 66 prévenus est simple : être des militants déclarés de la première Internationale ouvrière, l’A.I.T., association considérée comme « hors la loi » par la législation française. Toutes les « personnalités » du mouvement présentes à Lyon ou dans sa région comparaissent au banc des accusés. Le gouvernement veut « casser » l’agitation révolutionnaire qui se développe. A côté de célébrités comme Pierre Kropotkine sont aussi condamnés des militants moins connus comme Pierre Martin ou Michel Sala du groupe de Vienne. Les condamnations sont lourdes ; quatre ou cinq ans de prison pour les meneurs ; de 6 mois à 3 années de prison pour ceux qui sont considérés comme simples adhérents aux idées criminelles. Certaines peines sont réduites en appel. Ces condamnations n’ont que peu d’effet sur le développement du mouvement sur Lyon et la région. L’activité des « Indignés » va croissante. Il faut dire que les motifs de revendications sont nombreux, tant la situation sociale se dégrade. Sur Vienne, les militants multiplient les interventions : contre l’armée, contre les élections…, mais aussi appels à la grève dans les usines et les ateliers…

Ane-Elu Plusieurs campagnes sont engagées pour prôner l’abstention lors des élections. En 1884, un dénommé Bardin, militant du groupe déjà fiché par la police, se présente comme candidat et appelle ses futurs électeurs à ne pas voter pour lui ! Lors des Législatives en octobre 1885, « les Indignés » font parler d’eux dans la presse régionale ainsi que dans les chaumières. Une grande affiche s’étale un peu partout sur les murs de la ville. Le texte a été relevé par l’un des journalistes du « journal de Vienne et de l’Isère » : « Paysans, ne vous nommez plus de maîtres, ne votez plus pour ces menteurs, faites le vide autour de ces candidats trompeurs de la confiance populaire, conservez votre activité d’homme et votre énergie morale pour faire ce qu’ont déjà fait vos pères, il y aura bientôt cent ans: la RÉVOLUTION et la BATAILLE contre ceux qui sont riches, la RÉVOLTE contre ceux qui exploitent. — Proclamons bien haut : la terre à celui qui la travaille , la machine à celui qui la conduit ». Bien que la majorité des militants soient issus du milieu ouvrier, et que le groupe n’ait – semble-t-il – pas d’implantation en milieu rural, l’affiche s’adresse également aux paysans. En juin 1887, même combat : cette fois ce sont plus de cinq mille manifestes anti-électoraux qui sont distribués à la population.

Ce sont les grèves et manifestations du premier mai 1890 qui vont correspondre à l’apogée de la célébrité des « Indignés » sur Vienne. Je ne vous conterai point en détail le déroulement de cette journée glorieuse puisque je l’ai déjà fait longuement par ailleurs. Le patronat et le pouvoir politique sont bien conscients de la gravité de la situation, puisque les militants anarchistes étant impliqués dans l’organisation ou ayant participé à cette journée d’action vont être à nouveau lourdement sanctionnés par la justice. Le procès a lieu le 8 août à Grenoble. Dix-huit inculpés comparaissent devant la cour, hommes et femmes, âgés de 16 à 42 ans, presque tous et toutes ouvriers et ouvrières dans le tissage.  D’autres ont eu la bonne idée de quitter Vienne au plus vite avec armes et bagages ; c’est le cas de Bardin qui va se réfugier à Londres pendant cinq années. Toussaint Bordat a préféré déménager à Paris, puis à Narbonne, avec sa compagne. Les condamnations prononcées sont lourdes encore une fois. On ne fait pas de cadeaux aux anarchistes ! Un cas par exemple : Jean-Pierre Buisson ; il a été arrêté le jour même de la manifestation et il est inculpé « d’excitation au meurtre à l’encontre d’un commissaire de police ». Il est jugé « coupable » et condamné à un an de prison et cinq ans d’interdiction de séjour.

attentat-Caserio-340x395Ce procès a de lourdes conséquences pour le groupe des Indignés qui va disparaître progressivement du paysage politique viennois. Les militants les plus actifs sont en fuite ou en prison… Cette fois, le gouvernement a frappé au bon endroit ! L’agitation va se poursuivre au cours de l’année 1891, puis s’étioler peu à peu. La moyenne d’âge des militants devient plus élevée : la plupart dépassent la quarantaine d’années et le renouvellement par le bas ne se produit pas ou presque. « Les indignés » vieillissent ! La décennie 1890 va être aussi caractérisée par un changement d’orientation tactique. Nombreux sont les militants qui se lancent dans la propagande par le fait : les attentats se multiplient sous toutes les formes. A Lyon, en 1894, l’assassinat du Président Carnot va rendre la position des anarchistes encore plus inconfortable dans la région. La répression se fait de plus en plus féroce. Les « lois scélérates » vont mettre le mouvement à genou pour quelques années, et les anarchistes vont temporairement perdre la place qu’ils occupaient au sein du mouvement ouvrier. Une partie de ceux qui sont en désaccord avec les nouvelles méthodes d’action individuelle changent d’orientation politique et viennent grossir les rangs des Guesdistes et se lancer dans le parlementarisme. C’est le cas d’Alexandre Orcelin par exemple qui va rallier les rangs des socialistes et devenir correspondant à Vienne du journal « Le peuple ». Cela ne l’empêche pas, en août 1890 de prendre la parole lors d’un grand meeting à Grenoble pour soutenir ses camarades anarchistes emprisonnés.

arrestation mouvementee Intéressons-nous un peu plus en détail à ces hommes et ces femmes qui se battus pour faire connaître leurs idées. Des hommes certes – j’en ai déjà mentionné un bon nombre dans ce billet – mais des femmes aussi en proportion non négligeable si l’on en juge d’après les rapports des indicateurs de police. Il y a par exemple Fanny Martin, la compagne de Pierre, l’emprisonné perpétuel. Mais il y a aussi Marie Huguet (24 ans), Jeanne Tavernier (16 ans), Jeanne Béal (19 ans), que l’on va retrouver au tribunal à Grenoble ; Françoise Oriol, Marie-Louise Gagelin, Adrienne Fustier, Rosalie Chastan… femmes en colère qui prennent une part déterminante à la manifestation du premier mai 1890 en entrainant leurs collègues ouvrières à débrayer et à manifester. Ne pas oublier aussi, histoire de remettre les événements bien en place, que le discours de Louise Michel, lors du meeting organisé avant la journée fatidique, a sans doute donné toute son ampleur à la journée d’action ! Certaines de ces militantes ont pour compagnon un homme du groupe ; pour d’autres, l’engagement est individuel. Elles ne figurent pas dans les dictionnaires et les bases de données car leur passage sous les couleurs de l’anarchie a été trop bref ou trop discret. Police et Justice les traitent avec le plus profond mépris : créatures de mauvaise vie se contentant de suivre leur compagnon dans la débauche. Leur action, comme celle de beaucoup d’autres militants anonymes a pourtant eu une grande importance !

palais d'injustice Il y a d’autres personnages pittoresques dans le groupe des Indignés :  Fagès, Tennevin, Bordat… méritent qu’on leur consacre quelques lignes !
Victor Fagès, ancien militaire de carrière, blessé lors du conflit de 1870-71. Il est en partie infirme, ce qui ne l’empêche pas de gagner sa vie en travaillant dans l’industrie drapière à Vienne. Pendant la décennie 1880-1890 il est un des piliers du mouvement dans la cité ouvrière. Il est étroitement surveillé par la police qui le considère comme particulièrement dangereux. En 1882 cet agitateur convaincu lance une souscription pour offrir un « révolver d’honneur » à un ouvrier de Roanne qui a tiré sur son patron au cours d’une grève…
Tennevin, comptable originaire de la région parisienne, n’était pas présent le jour de la manifestation, mais il est accusé par le Président du tribunal d’avoir « mis le feu aux poudres » par ses discours enflammés. Sa plaidoirie consiste en un long exposé des théories anarchistes, avant qu’il ne rétorque au Juge : « Si j’avais l’influence que me prête l’accusation, il y a longtemps que la vieille société aurait vécu !»
Toussaint Bordat est un « vieux de la vieille » ; il est de tous les combats à partir de 1878… ce qui explique sans doute le fait qu’il déménage à la cloche de bois après les événements du premier mai. Comme Martin, il a été impliqué dans le procès des 66. Son éloquence en a impressionné plus d’un. Un journal de Vienne, « le Moniteur », commente ainsi sa plaidoirie devant le tribunal : « Si nous ne partageons pas leurs opinions, admirons le caractère de ces hommes que la loi vient de frapper. [...] Quelle éloquence que celle de Bordat ! ». Après divers démêlés avec la justice lyonnaise, il se réfugie à Vienne où il ouvre une petite librairie en octobre 1887. Il essaie de lancer un journal local, « la Lanterne », mais la tentative échoue. Il reste fidèle à ses idées libertaires jusqu’à la fin de sa vie.

anarchiste contre republique Après cette décennie mouvementée et une période d’accalmie, le mouvement libertaire a connu d’autres développements par la suite sur Vienne, et surtout Lyon et sa région. Ce bref historique d’un groupe très actif de 1880 à 1890 sur une petite ville a cependant le mérite de montrer l’influence des idées libertaires sur le mouvement ouvrier d’une petite ville de province. Plus le milieu étudié est réduit, plus grande est la visibilité des événements qui s’y déroulent…

NDLR – Des erreurs sont possibles dans cette chronique, notamment des confusions au niveau des prénoms qui ne sont pas toujours identiques d’une référence à une autre. Les changements d’identité ou l’usage des pseudonymes étant relativement courants, les indicateurs se trompent parfois !
Parmi les principales sources documentaires utilisées, je citerai « Le dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Maitron) » – « Le mouvement anarchiste de 1870 à nos jours », document rédigé par Anne Leo Zevaes – « Les anarchistes contre la République » de Vivien Bouhey.

Je n’ai pu malheureusement consulter la thèse de Madame Reynaud-Paligot, « une décennie parmi les anarchistes viennois », qui fait référence sur le sujet.

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