21septembre2020

Bas les masques !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

« On ne va quand même pas foutre l’économie en l’air pour épargner quelques années à des vieux qui – de toute manière – n’attendent que de crever ! »
Cet éminent point de vue, on l’avait vu surgir lors des débats d’opinion sur le confinement en mars-avril, mais pour dire vrai, il n’était encore que balbutiant.
Maintenant il est difficile de ne pas l’entendre tant les médias dominants et certains réseaux sociaux lui servent de caisse de résonance.
Logique puisqu’au début de la contamination, on avait du mal à discerner quels étaient les groupes sociaux et les tranches d’âge « à risque ». Le virus allait-il avoir la grossièreté de tuer des personnes riches et utiles, ou allait-il se contenter, comme le pensaient des crétins congénitaux comme Johnson, Trump, Bolsonaro et quelques autres, de faire le ménage parmi les cas sociaux, les « sans-dents », les assistés qui nous « coûtent un pognon de dingue » ? Dans le doute, des gouvernements comme celui de notre bel hexagone, ont décidé de prendre un ensemble de mesures prophylactiques qui se sont révélées plutôt efficaces dans un premier temps, malgré l’absence totale de préparation à cette opération : absence de masques, de tests, de protocoles précis…

Les profits des opérateurs intermédiaires ont quelque peu vacillé pendant ce printemps silencieux ; heureusement pas le montant des plus grosses fortunes mondiales qui ont su croître et embellir malgré (ou grâce à) la tempête.
Nos vastes communicants ont pu alors pérorer avec mépris sur les courbes catastrophiques des voisins incompétents. Dans une France passablement secouée par les mouvements sociaux, les mesures de confinement ont par ailleurs eu le mérite de museler avec efficacité les contestataires en tout genre. Bénéfice conséquent pour un gouvernement passablement fragilisé. Il a suffi d’endormir la vigilance populaire (ce qui n’est jamais bien difficile) en émettant des brassées de vœux pieux qui ne coûtent pas cher et convainquent les plus crédules que même les plus cyniques de nos cheffaillons peuvent être touchés par la rédemption. Vous alliez voir ce que vous alliez voir : le capitalisme allait se moraliser, allait faire peau neuve et œuvrer avec ferveur au bonheur universel.

Je ferai remarquer aux crétins qui propagent l’opinion notée au début de ce billet que l’on ne sait toujours pas grand-chose sur cette sinistre maladie qui se propage parmi nous. Certes, plus de vieux meurent que de jeunes, mais parmi les trentenaires, quarantenaires, cinquantenaires… qui l’ont chopé, certains souffrent toujours de séquelles graves que nos statistiques officielles ignorent consciencieusement. Il faut dire que les séquelles sont toujours plus difficiles à mesurer que les alignements de cadavres… Faute de gibier dans les Ehpad, il se pourrait bien que la petite bête s’adapte à de nouvelles catégories d’âge et augmente ses ravages mortifères. Hypothèse à ne pas prendre à la légère…

Je ferai aussi remarquer aux mêmes crétins que parmi les « vieux » disparus, il y a de belles personnes dont on n’entendra plus parler, dont la vie a été pourtant plus porteuse de sens pour l’humanité que celle des golden boys (and girls) qui ne palpitent qu’au rythme des courbes du CAC 40. Un jour, on commémorera tous ces anonymes et on fera l’inventaire de tout ce qu’ont perdu non seulement les familles mais aussi la société dans son ensemble. Il y a des propos que j’ai lus au sujet de cette épidémie, qui me font regretter que ce sinistre virus n’ait pas la capacité de choisir ses victimes selon mes critères, et je reconnais qu’il y a des morts qui m’ont moins fait pleurer que d’autres… Il me plait parfois, dans les moments de hargne, d’imaginer une pandémie qui ne se propagerait que parmi les individus dont la capacité de nuisance à l’encontre de la société est supérieure à la normale. Les pertes seraient numériquement moins importantes, et les gains pour l’environnement et la planète seraient indubitablement significatifs. Enfin, je vais m’arrêter là dans ce propos, ne voulant pas passer pour plus barbare que les monstres qui sont aux manettes dans un certain nombre d’administrations, d’entreprises ou d’états !

Je pense en tout cas qu’il y a une politique sanitaire commune à adopter, au sein d’un même pays et surtout au sein d’une même communauté de pays : l’on n’en prend pas le chemin. Je viens de lire un bilan de la situation sur l’état du Kérala en Inde – je le connais un tout petit peu – et  ce bilan montre que les solutions à apporter à la crise sont nombreuses et certaines sont plus pertinentes que d’autres.

Allez, je m’arrête et je publie. Tant pis pour les illustrations, elles seront de retour dans une prochaine chronique. Je me contenterai d’une illustration sonore (en privé) : allez hop, un p’tit John Prine !

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3septembre2020

Baguenaudage

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Le potager ou la cabane des écrivains ?

Depuis le confinement printanier, baguenauder est à la fois l’une de mes activités et de mes expressions favorites. Quand je ne sais pas exactement ce que je vais faire… je baguenaude, dans la maison ou dans le jardin, à la recherche d’un objet, d’une idée, d’une intuition qui va m’interpeller. Ainsi va la vie au milieu des feuilles qui m’entourent. Que fais-tu ? me demande ma compagne. Je baguenaude, je baguenaude… Ah ! me dit-elle, consciente du fait que je n’ai guère plus d’informations à lui donner… C’est bien ! Par contre, je ne baguenaude qu’à pied. Il ne m’est jamais venu à l’idée d’utiliser ce mot lorsque je prends le vélo ou la voiture. Conduire n’est pas vraiment un plaisir, pour moi, sauf dans des circonstances exceptionnelles (genre petite route touristique). Je note que le dictionnaire donne le verbe « batifoler » comme synonyme pour « baguenauder », mais ce verbe-là me fait penser à gambader, courir, et évoque plus pour moi les roulades dans l’herbe ou la course du chien fou après la baballe. J’ai un peu passé l’âge !

Otava Yo un groupe de St Pétersbourg

On peut sans problème baguenauder en musique. Je joue de l’accordéon diato. Ce n’est pas l’instrument idéal à promener, mais surtout je n’en joue guère ces derniers temps, en raison d’un problème d’épaule qui me rend difficile l’extension du bras gauche, et, sans soufflet ouvert à fond, ma boîte à sons ne grince plus avec autant de vigueur et d’allégresse que les années passées. Alors j’écoute la musique des autres et je me régale avec de belles découvertes proches ou lointaines. Tournent en boucle en ce moment, le groupe néo-folk pyrénéen « trio baladins », la chanteuse US Rhiannon Giddens, les musiciens russes de l’ensemble « Otava Yo » ou l’extraordinaire chorale  Chypriote « Amalmagation Choir ». Ajoutez à cela quelques CD plus anciens restant toujours sur le haut de la pile : Sébastien Bertrand, Eric Frasiak, Mandolin Orange, le regretté John Prine… Ce ne sont pourtant pas ces musiciens-là que j’écoute en baguenaudant. Mes voisins les plus proches sont musiciens et de temps à autre, j’entends guitare, hang ou trombone qui résonnent dans la cour ou dans le parc. Grâce à eux, il m’arrive parfois de baguenauder sur fond musical. Jamais de baladeur par contre ; je n’aime pas les écouteurs car je déteste être coupé de mon environnement.

Le tome 1 d’un cycle prometteur

Si la chaleur ou la fatigue m’indisposent trop, mon errance se termine dans un fauteuil confortable, un livre à la main. Je peux réduire difficilement six mois de lecture intensive à une liste de titres, mais je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques clés de mes bonheurs livresques récents. Des titres légers (mais qui font du bien par où ils passent) comme « Mamma Maria » de Serena Giuliano ou « Et je danse aussi », le petit bijou de Anne Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat (avec sa suite « Oh happy days ») ; des plats plus épicés comme « l’amant de Patagonie » d’Isabelle Autissier ou « Ecotopia » d’Ernest Callenbach ; des vitamines en barre avec « Changer la vie, changer le monde » de Murray Bookchin ou « La science, la paix, la liberté » d’Aldous Huxley…  Au détour de l’une de mes pérégrinations, j’ai aussi savouré le début du cycle du « Royaume de Pierre d’Angle » de Pascale Quiviger dans la catégorie que les éditeurs français nomment (sans doute par méconnaissance de la langue française) « Fantasy pour Young adults ». Rien qu’avec les titres cités dans ce paragraphe j’aurais pu faire une chronique complète, mais que voulez-vous, quand on baguenaude, on n’est pas toujours très sérieux. Comme je n’ai plus trop peur de rabâcher, j’y reviendrai peut-être. Allez, si, je me lâche sans attendre et j’ajoute le titre du dernier ouvrage lu, et qui mérite le temps que je lui ai consacré : « On dirait que l’aube n’arrivera jamais » de ce grand écrivain italien qu’est Paolo Rumiz. J’en extrais cette brève citation :

«La quarantaine va finir et moi, j’ai déjà peur du monde. Peur de sortir, peur que rien n’ait changé. Peur que les gens, au lieu de ralentir, n’accélèrent ultérieurement pour rattraper le temps perdu. Peur que tout reste comme avant, ou soit même pire. Mais si nous ne changeons pas de peau, à quoi aura servi tout ceci ?»

Au mois de Mai c’était vert !

Chose étonnante, je trouve souvent l’errance dans le jardin plus stressante que la lecture ou l’écoute musicale. Malgré les nombreux conseils d’amis chers (et de chères amies – excusez moi mais les règles de l’écriture inclusive me fatiguent), et bien que je fasse des efforts pour tenir compte de leurs remarques, j’ai toujours du mal à explorer les environs de la maison, sans rapporter de mes divagations une liste rallongée de travaux que j’aurais dû, ou que je devrais, faire. Je me rappelle la phrase de l’une de nos stagiaires : « Tu habites dans un endroit merveilleux et tu n’en profites pas ! ». Le problème est que « cet endroit merveilleux » donne un travail fou et que je suis de plus en plus conscient de nos limites. Au printemps, la végétation pousse très vite, histoire de me bousculer ; pendant l’été, c’est la canicule qui nous a posé de nombreux problèmes et la liste des arbustes et des fleurs qui hurlent « j’ai soif », me vrille les oreilles.

L’une des haltes du « chemin des bancs »

Heureusement, pendant les deux mois de confitourment, mon bricoleur de fils a créé tout un tas de structures en bois qui favorisent la méditation et le détachement spirituel des souffrances vulgaires de ce bas monde végétal. Ces ustensiles divers ont pour nom : banc, fauteuil, table de piquenique, chaises… Un chemin de croix un peu particulier se met en place dans notre parc et permet, au fil des stations, de tester le confort d’un siège et de s’appesantir sur la quiétude du lieu. Pour dire vrai, il faut quand même faire abstraction de l’affreuse chorale des coqs d’un élevage voisin. Seul le trombone de notre ami Laurent semble les décourager un peu de faire leurs incessantes vocalises.

Ces aménagements donnent la possibilité de conjuguer, agréablement, les divers éléments intellectuels de l’itinérance baguenaudienne. Certains visiteurs (et visiteuses) profitent de ces éléments de confort pour dessiner un peu ou tout simplement se détendre. J’aime que ce lieu que nous avons créé profite à d’autres que nous. La richesse nait aussi du partage.

L’ancien champs de maïs devenu forêt

Chose étonnante, surtout pour moi qui suis un adepte des voyages, le virus mal embouché m’a plutôt poussé à un repli à l’intérieur de nos frontières et, depuis mars et notre retour du Luberon, j’ai un peu du mal à inverser la tendance. Il faut dire que le monde extérieur, avec ses masques, ses distanciations sociales et toutes ses simagrées, à plutôt tendance à me repousser plutôt qu’à m’inviter à l’exploration. Mes arbres n’ont pas la majesté des sapins de Douglas géants découverts sur le plateau de Millevaches, mais ils proposent déjà un ombrage conséquent et de magnifiques jeux de lumière à travers leur feuillage. Il va bien falloir que l’on se décide à remplacer la baguenaude tranquille par quelques itinéraires de randonnées pédestres un peu plus fatigantes, certes, mais un peu plus motivantes aussi. Merci, Monsieur Covid, de nous lâcher un peu les baskets la saison prochaine ! Je n’arrive pas à me brancher sérieusement sur une escapade automnale. Comme il paraît qu’un lecteur averti en vaut deux, j’ai quand même pris la précaution de doubler ma réserve de livres à lire. Des fois que le virus s’attaquerait encore aux librairies.

Elle a « de la gueule » la p’tite maison de notre ami Laurent

Cela fait plusieurs années que je baguenaude intensivement. Mais je constate que mes promenades se rallongent et que mon indécision va croissante. Ainsi va la vie : il m’est plus facile de travailler à mi-temps et il est rare qu’une fois sieste et errance terminées, je me lance dans un projet qui n’a pas été soigneusement balisé dans la matinée. Passé 15 h, je veux bien changer le monde mais il faut qu’il coopère un peu ! Il commence à y avoir un décalage sérieux entre ma phase « projets » et ma phase « exécution ». Après le dos, mon arthrose galopante atteindrait-elle le cerveau ?

Bon, vous la trouverez peut-être un peu brouillon cette chronique… C’est logique puisqu’elle-même baguenaude ! Et pour conclure ? Eh bien de baguenauder à baguenaudier, il n’y a qu’un pas, mais ce pas je l’ai déjà franchi alors je n’y reviendrai pas…

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25août2020

Un porte savon métallique made in China

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

 Le genre d’article que l’on achète sans trop se poser de questions, parce que c’est pratique et que cela évite les courses poursuites dans le lavabo ou sur le carrelage de la salle de bains après une savonnette humide. Pour une raison que j’ignore, cet objet futile du quotidien m’interpelle pendant ma dernière séance de brossage de dents. Ma première réflexion est géographique : encore un truc arrivé, avec des centaines de milliers de ses copains, dans un container qui vient de faire une bonne dizaine de milliers de kilomètres à travers l’Océan. Phénomène trop commun malheureusement, même si on essaie de le combattre en achetant le plus local possible. Encore faut-il que ce produit, comme des milliers d’autres, soit toujours fabriqué à une distance raisonnable. Pas forcément les moyens de le remplacer par un confrère de production artisanale réalisée en laiton bio dans les Cévennes… Je veux bien essayer avec des tiges de bambou, mais pour fabriquer un aspirateur, ce sera plus dur.

 Une seconde réflexion vient bousculer la première. Cet objet, bien fabriqué, apparemment résistant, coûte une dizaine d’euro sans doute. J’essaie d’imaginer le processus de fabrication qui permet de le produire en série avec un coût de l’ordre de un euro ou moins, compte tenu de la marge des intermédiaires qui se succèdent dans son circuit de commercialisation. Sur le dessus, il y a une grille fine avec des tiges soudées. Il est évident que la soudure n’est pas réalisée, point par point, à la main, par un ouvrier aussi qualifié que patient. Mais alors, comment est-ce fait ? J’avoue que je n’en sais rien. De la même façon, je ne sais absolument rien au sujet de la fabrication d’un millier ou plus d’objets, petits ou grands, qui m’environnent. Je réalise que cet état de fait, lié au processus d’industrialisation qui s’est mis en place depuis un siècle et demi et qui a permis la surconsommation de masse, est devenu commun, et qu’il est, d’une certaine manière, totalement aliénant. Lorsque l’on ne sait pas comment un objet est fabriqué, il est d’autant plus difficile de le réparer. Donc tout le processus de circulation de la marchandise nous échappe, et ce n’est pas le concept de recyclage que l’on met en place actuellement qui peut compenser notre manque total de savoirs dans ce domaine.

 Un petit voyage dans le temps – deux siècles en arrière par exemple – permet de réfléchir un peu plus à cette problématique. J’avoue que, à ce stade, j’ai posé ma brosse à dents (avant même de me questionner sur la manière dont cet objet quotidien est assemblé) et quitté la salle de bains… Dans nos campagnes et dans nos cités, il y a deux cents ans, tous les objets utilisés par la ménagère, l’artisan ou le cultivateur, sont fabriqués de manière assez simple, dans un environnement proche. Certes il y a des échanges entre les provinces et les états, mais les objets qui circulent sont des objets que l’on sait fabriquer sur place. Ce sont des raisons économiques qui sont à la base de ces échanges, ou bien la volonté de certains commerçants de s’enrichir plus rapidement. Des outils en acier peuvent provenir d’une région produisant de l’acier et voyager sous forme de produits finis, parce qu’ils sont transformés sur place par des artisans plus ou moins spécialisés et compétents. Mais ceci n’est pas la règle générale. Le plus proche est généralement le moins onéreux. Le fabricant est installé dans le même village, dans le même quartier ou en tout cas dans la même ville. On a accès à son atelier et l’on peut voir comment il travaille. Le spectacle du forgeron martelant le métal incandescent à sa guise pour en tirer des formes plus ou moins complexes est un spectacle courant et l’on n’a pas besoin de s’acquitter du droit d’entrée à un parc d’attraction thématique pour admirer son savoir-faire. Cette fabrication métallurgique, à la pièce, disparait au XIXème siècle avec la généralisation des forges industrielles.

 De nos jours, la plupart des objets familiers sont produits de façon automatisée sur des sites industriels lointains et les occasions de s’informer sur la manière dont ils sont fabriqués sont rares. Si l’on connaît le moindre détail sur la vie des léopards des neiges, des scorpions ou des poissons clowns, on n’a guère l’occasion de voir des documentaires détaillés sur les productions industrielles. Il y a quelques années déjà, on a commencé à dénoncer l’absence de liens entre les consommateurs citadins et la nourriture qu’ils consommaient. Je me rappelle que l’on s’amusait ou que l’on s’alarmait de voir les enfants répondre que le lait venait d’une brique dans un supermarché, ou ne connaître qu’un nombre très limité de denrées, en particulier des légumes. Sorti des pommes de terre, des carottes et parfois des épinards, certains participants des « journées du goût » à l’école ignoraient totalement l’existence des artichauts, des blettes, des navets ou des betteraves, et n’acceptaient de goûter ces produits bizarres destinés aux Martiens qu’avec réticence. Cette tendance s’est peut-être un peu inversée, mais je n’en suis pas si sûr.

Nous voilà en tout cas victimes du même genre d’aliénation concernant les produits manufacturés, que ce soit dans le domaine de l’agroalimentaire ou celui plus général des industries chimiques, métallurgiques ou plastiques. Je ne souhaite pas revenir au temps du charron, du boisselier ou de l’étameur, mais je souhaiterais que l’on ait plus d’information sur les chaînes de fabrication et de montage des appareils ménagers par exemple, et que l’on soit informé aussi, par la même occasion, sur les conditions de travail délirantes des gens à qui nous déléguons la fabrication de tous ces objets qui assurent notre confort au quotidien.

 J’ai trouvé une bonne prolongation à cette réflexion dans les ouvrages de William Morris, philosophe anglais du début du XIXème (eh oui !), en particulier sur la confrontation du monde de l’artisanat et de celui de l’industrie. J’ai lu « l’âge de l’ersatz » de cet auteur, et je m’apprête à lire « L’art et l’artisanat ». Cette réflexion est prolongée un siècle plus tard, dans le petit ouvrage de Simone Weil « Allons-nous vers la révolution prolétarienne », dans lequel elle s’interroge sur le parallèle entre le passage du travail artisanal (plus ou moins industrialisé mais faisant appel à une main d’œuvre qualifiée) au travail à la chaîne, et la baisse de conscience révolutionnaire du prolétariat des années 30. Je me doute que nombre d’auteurs contemporains ont tenté ce genre d’analyse, mais j’aime parfois retrouver dans les ouvrages anciens, l’ébauche d’une analyse des problèmes dans lesquels nous sommes à présent plongés jusqu’à l’asphyxie.

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16août2020

La méthode A, B, C, D, E de la Feuille Charbinoise

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

 Alors que notre distingué ministre de la santé, Olivier Véran (originaire du même département que moi – j’ai honte), vous a proposé triomphalement la méthode ABCD (Abbé Cédez !) pour se joindre à la croisade contre l’infâme virus masqué (mais non couillon c’est pas le virus qui est masqué, c’est toi). La Feuille Charbinoise, soucieuse du bien-être et de la santé du public va plus loin en vous proposant la méthode ADCD + E. Il s’agit là d’un protocole sérieux, à ne pas confondre avec celui proposé par une bande d’enfoirés moqueurs qui ont baptisé leur procédure charlatanesque W, X, Y, Z… Compte-tenu des lettres choisies, on sent bien qu’il s’agit là d’un commando irresponsable de joueurs de scrabble bien capables d’aider à la propagation d’un virus compte double, ou pire, compte triple.

Que mettons-nous de tangible derrière les lettres magiques que nous avons décidé de mettre en valeur ? Eh bien voici ce que cachent ces initiales habilement choisies…

• Aaaaah ! C’est dégueulasse !
• Beeh ! Vous allez quand même pas me contaminer avec vos glaviots !
• C’est dingue un malotru pareil !
• Dégagez votre sale trogne de mon chemin sinon je cogne…
• Euh pardon M’sieur l’agent, je ne vous avais pas reconnu.

 Ou alors (plus ésotérique et donc difficile à appréhender pour le plouc de base)

• A  bracadabra
• B outez ces gueux non masqués hors de mon cheu moi
• C ul terreux si t’as des C ouilles, mets ton C asque
• D ébile profond qui D éambule D ans nos ruelles sans son préservatif
• E stime toi heureux que ton E rreur n’ait pas de conséquences fatales.

Le défaut de la version 2 est d’être plus élitiste. Des mots tels que « bracadabra », gueux », « terreux », « déambule », « fatale » nécessiteront certainement l’emploi de Gogol translatte.

Alors on bosse sur une version 3 en Alexandrins (pour ceux qui ont treize masques mais un seul pif). La canicule favorisant l’élévation de l’esprit, ça pourrait donner un truc comme :

• Ah ça ira ça ira ça ira, poil au bras
• Bortez votre masque sinon gare aux matraques
• Cessez de nous faire chier avec vos conneries
• Monsieur Docteur Véran m’avez tout l’air d’un gland
• En marche vers la sortie et plus vite que ça !

 en prime :

• Foutons tous ces cons dehors
• Guignols de tous bords vous nous pompez la covid
• Honte à vous qui ânonniez que les masques étaient inutiles et qui bastonnez maintenant ceux qui ont décidé de faire plus confiance à leur bon sens qu’aux braiments de leur ministre !

En conclusion :

Dis le ministre, là, t’as pas l’impression de nous prendre pour des cons ? Note bien, à ta décharge, que tu ne serais pas le premier !

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12août2020

Tout va très bien, Madame la … (au choix !)

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

 Covid, canicule, dengue, incendies… Notre humanité bien innocente est agressée de toute part ! Quelle injustice ! D’autant que promis, juré, si je mens Macron va en enfer… On a tout compris depuis quelques mois : tous nos dirigeants ont viré écolos, révolutionnaires, bouddhistes et ont installé les bouquins du gentil Pierre Rahbi sur leur table de nuit, juste en dessous du portrait de la gentille Greta et du gentil petit Nicolas (celui qui s’était égaré au gouvernement après avoir tiré un mauvais tarot sur le site de Boursorama). On l’a dit et redit, promis et béni : rien ne sera plus jamais comme avant. Comme l’a si bien fait remarquer Ruffin dans l’une de ses dernières vidéos, on a recommencé à faire des exonérations de charges aux entreprises les plus polluantes, mais ce sont les exonérations d’après, pas celles d’avant. C’est une différence colossale… Excellente vidéo qui m’a bien fait rigoler par ailleurs. Grâce aux divers avantages fiscaux, ces sociétés de bienfaisance pourront renforcer leur staff des ressources humaines afin de dresser les listes complètes des futurs licenciés. Les gros actionnaires pourront créer des emplois de substitution : pour porter les lourdes mallettes de biftons en Suisse ou aux Marquises, il faut de gros bras musclés. Quoique, mon bon monsieur, tout cela est de plus en plus virtuel. Je suis l’un des derniers à cacher un billet de dix euros dans le tiroir de mes chaussettes. (*)

 Revenons à des considérations sérieuses et de haut niveau. Je vous dois bien ça. Alors voilà comment je vois la situation…
Si la Nature était un rien intelligente, elle aurait pu faire un geste en arrêtant de dévaster la banquise, de faire monter mes salades et de cramer la Sibérie (lieu où j’envisageais d’aller me rafraîchir le fondement, avant que je prenne conscience du côté profondément égoïste et nuisible des déplacements en avion). Elle aurait pu aussi marquer une pause dans la pandémie et rapatrier chauves souris et pangolins dans les quelques branches d’arbre que laissent encore en paix les planteurs de palmiers en Indonésie. Tant qu’à faire cette Nature bordélique aurait pu aussi laisser un peu plus d’eau dans la nappe d’eau qui alimente ma source. Vu l’état des précipitations, nous avons été obligé d’enlever le doseur de la bouteille de pastis pour le placer sur la carafe d’eau… Nature ingrate face à l’immense générosité de l’homo sapiens qui se décide enfin à en reconnaître l’existence. La preuve, selon une étude récente des sociétés autoroutières (bien placées dans le hit-parade des promoteurs du développement du râble – de lapin) près des deux-tiers des automobilistes ne jettent plus leurs ordures par les fenêtres. Je regrette que cette information ait été présentée de manière négative par les médias assoiffés de marronniers : dire « qu’un tiers des automobilistes jettent leur merde par la fenêtre » c’est profondément négatif. De même, si une rave party attire une dizaine de milliers de fêtards dans le parc naturel des Cévennes, ce n’est pas pour écouter de la musique, mais pour communier avec les arbres de la forêt cévenole.

 Bref, il va falloir construire le monde de demain, celui qu’on appelle pompeusement « le monde d’après » sans l’aide ni la compassion de la Nature. L’homme seul face à l’âpreté de l’existence. Le pire c’est que plus on ne fait aucun effort, et moins la situation s’améliore… Vous voyez où je veux en venir ! Trêve de persiflage. Je reconnais me comporter comme un mauvais écolo, puisque c’est clair – Croncron l’a dit – il y a une bonne écologie, support du CAC 40 et de la déforestation raisonnée, et une mauvaise, irresponsable, qui ne veut rien qu’à nous punir et à nous rendre malheureux. La seule chose que la chaleur estivale a réussi à différer c’est la méga crise économique qui va tomber sur le coin de la gueule de ceux qui croyaient qu’on allait changer d’orientation et repartir dans la bonne direction : celle d’une meilleure répartition du travail, de l’argent et du bonheur. En 2008 on aurait bien voulu, mais on n’a pas pu, à cause de la CRISE. Ce n’était pas possible de laisser tout le monde dans le train du progrès (comme ils disent) alors Dieu (ou plutôt les dieux puisqu’ils sont plusieurs – tous plus amour les uns que les autres) a choisi la minuscule cohorte que l’on pouvait laisser s’empiffrer à volonté. Eh bien, je crains qu’en 2020, malgré les gesticulations des mauvais écologistes, il ne soit pas possible d’améliorer les conditions de travail des gens les plus utiles et souvent les plus précaires aussi. Ce n’est pas de la mauvaiseté de la part des habitués du forum de Davos, c’est à cause du pangolin, ouin ouin. Heureusement que comme pour les gueules cassées de 14/18 il reste les médailles en carton pâte, les défilés et les remerciements des zofficiels-les-larmes-aux-yeux. Devront s’en contenter.

 Bref citoyens conscients (et amis lecteurs de ce blog ainsi que de quelques autres – c’est la même chose), il n’y a plus à tergiverser ! Va falloir prendre notre futur en mains, sans attendre l’aide du Pangolin, de la ministre de l’écologie ou du rabbin du coin. Ce que nous ne sauverons pas avec nos petites mains, les acquis que nous ne réussirons pas à protéger en gueulant « au voleur », c’est clair, ce n’est pas demain qu’on pourra les retrouver d’occasion chez Emmaüs. Comme on disait en 68 : « nous voulons tout et tout de suite ! » et surtout plus de vaines attentes, de débats stériles et de pinaillages idéologiques. Je veux, je prends, je fais et, surtout, pas tout seul ! Comme le fait si bien remarquer Murray Bookchin dans ses ouvrages majeurs : l’écologie ce n’est pas se contempler le nombril après l’avoir badigeonné d’essence de Niaouli. L’écologie elle est sociale, politique, libertaire même, sinon elle n’est rien. Euh, en fait, je ne crois pas qu’il ait dit ça comme ça. Et puis, je n’ai rien contre l’essence de Niaouli !

Notes : (*) Au cas où un con malintentionné envisagerait de faire avec mes chaussettes comme avec ma tondeuse, ceci est une cake niouse exclusive

 

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9août2020

Coucou qui c’est ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Humeur du jour.

Ça fait des mois que le clavier me démange… Mais vous savez comment c’est ! On s’habitue malheureusement à ne pas écrire ou à trouver désuets les quelques enchaînements de mots qu’on arrive à aligner à l’écran. Plus les automatismes disparaissent, plus les barrières se font nombreuses. Pas vraiment de l’autocensure, mais plutôt du « bofisme ». Et puis… j’ai reçu un p’tit message, très poétique, très encourageant, sur la boîte du blog. Il s’est posé comme la graine sur un terreau fertile. Va-t-il germer et donner une nouvelle plante ? L’avenir le dira… En tout cas, merci Marie Alice !

Les événements récents (sur lesquels je ne m’étendrai pas… pour l’instant) ont fourni à nos gouvernants un nouveau prétexte pour s’immiscer dans notre espace privé et essayer de brider un peu plus le champ des idées sur lesquelles nous pouvons encore réfléchir, avec l’illusion d’être encore un peu maître de nos vies. Chaque pouce de liberté conquis par le système va demander de plus en plus d’efforts pour être reconquis. Les partisans du fichage, du traçage, de la pensée formatée sont à la fête. Trop nombreux sont aussi ceux qui confondent révolte et révolution, et s’imaginent libres parce qu’ils confondent bon sens et libération prématurée des comportements. Pendant qu’ils font les guignols en jouant avec le droit à la santé qui est notre droit à tous, ils ne se rendent même pas compte qu’on leur pose des menottes de plus en plus serrées… Aude Vidal a écrit un très bon papier là-dessus dans son blog « écologie politique ». Ça s’intitule « Rébellitude ou anarchisme ? Une histoire d’eau » et ça envoie une bonne claque dans la tronche. Merci Aude. Derrière toutes ces attitudes croquignolesques domine un manque de respect pour les autres qui n’est – pour sûr – pas l’une des composantes de l’éthique libertaire.

 J’avoue que l’un des effets de la pandémie a été de développer un peu plus mon côté parano, quand je vois tout ce que l’état policier orwellien qui progresse à pas de velours peut tirer des gadgets avec lesquels nous jouons au quotidien. Certes, il y a un contrôle qui se fait à notre insu et parfois contre notre volonté : je pense aux réseaux de caméras qui quadrillent nos espaces urbains (mais aussi ruraux – c’était l’argument choc pour les dernières municipales chez nous) ; mais il y a aussi des informations que nous livrons aux traqueurs potentiels avec le sourire aux lèvres : connexions internet, téléphonie mobile, réseaux sociaux, cartes bancaires, cartes de fidélité… etc… Chaque empreinte que nous laissons dans nos déplacements ne fournit que des indices bien innocents, mais la capacité de croisement des fichiers, de recoupement des données, est devenue de plus en plus courante. Les cris d’effroi de la C.N.I.L. n’impressionnent plus guère nos gouvernants qui prennent prétexte de « leurs luttes d’intérêt général » pour autoriser tout et n’importe quoi. Pour me protéger des gauchistes, des terroristes et des virus, Monsieur BigData se fait de plus en plus insidieux. On se créait des petits frissons dans le dos il y a une décennie, en imaginant ce que pouvait donner le cumul des infos que nous pouvons donner sur nous même à travers les différents réseaux sociaux. La dimension du jeu a changé et les réseaux d’espionnage se sont multipliés… Parmi ces nouveaux amis de la liberté, les objets connectés et les compteurs « intelligents », qui sont beaucoup plus indiscrets que ce que nous croyons. Il n’y a pas que sur la Toile que l’on laisse de belles empreintes. Notre bon ami Gogol est capable de vous rappeler qu’en 2013 vous avez acheté une paire de chaussettes sur un site danois, et que vous n’y êtes retourné que deux fois depuis. Ça ne vous gêne pas ? Moi si, même si je sais qu’à l’heure actuelle, acheter des chaussettes rouges n’est pas encore considéré comme un délit.

 Alors ? Parano et réfractaire à toute technologie ? Sans doute pas encore (difficile d’ailleurs !) mais de plus en plus méfiant… A l’heure où l’on parle de réduire le nombre de distributeurs de billets, je prends un malin plaisir à payer mes courses en espèces : ça me plait certains jours que mon banquier ne connaisse pas la liste exacte de mes fournisseurs. Essayez de passer deux ou trois jours de vacances dans le trou du cul du monde sans que ni votre banquier, ni la police, ni Madame Michu ne soient au courant. Ce n’est pas si facile que ça. De surcroit, comme je ne focalise pas vraiment là-dessus, je suis certain qu’il y aura une faille dans le système infaillible que je vais essayer d’élaborer.  Alors, s’il vous plait, ne nous laissons pas égorger comme des agneaux. Il paraît qu’une fois dans le dernier couloir, il est difficile de faire demi-tour. Intéressons-nous aux utopies ! Je viens de lire un très bon bouquin intitulé « Ecotopia », écrit par un certain Ernest Callenbach et publié chez « rue de l’échiquier ». Ça se passe aux Etats, dans les années 80, en plein brouillard de pollution physique et mentale ; trois Etats de la côte Ouest ont fait sécession (Oregon, Californie, Washington). Ils ont changé de voilure et suivent le vent de l’écologie de manière plutôt sympa… Il est grand temps que vous le lisiez ce livre : il a été publié en 1975 aux Etats-Unis et il a fallu plus de 40 ans pour qu’il soit traduit dans la langue de Molière et de Macron. Ça date un peu, parfois, mais pas tant que ça : intéressez-vous à l’actualité, à Portland par exemple, et vous verrez que ça bouge, loin, très loin de chez nous ! Ça bouge encore en 2020. Même masqué, on peut manifester.

A part ça, nos arbres ? Eh bien ils poussent, même s’ils ont de plus en plus soif chaque année à la même période. La photo, c’est triché : elle a été prise au mois de mai en pleine crise de verdure !

 

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31mars2020

Le grand bal mortifère des cyniques

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Questions de santé.

Une petite dose de libéralisme par ci…
Une bonne dose de mortalité virale par là…
Une grosse dose de libéralisme par ci…

Panique en Grande Bretagne. Avant même le passage à la phase critique de la pandémie Covid 19, 40 000 infirmières et 10 000 médecins manquent à l’appel. Un grand merci de la population aux derniers gouvernements conservateurs (et partisans acharnés du néo libéralisme). La santé publique ça coûte cher et ça ne rapporte pas assez aux actionnaires. C’était plus amusant de jouer au poker sur le fameux Brexit.
Mortalité dramatique en Italie. Résultat d’une bonne dizaine d’années de politique d’austérité, les équipements (en particulier les lits en réanimation) sont insuffisants. Les souris ont bouffé le parmesan. Les places dans les hôpitaux publics, même dans le Nord sur-développé, manquent cruellement. Appelée à la rescousse, l’Union Européenne, en grande partie à l’origine des mesures drastiques d’austérité, se vautre dans les déclarations de solidarité guère suivies d’effet. Je ferme une frontière, puis je l’ouvre « sur dérogation », comme l’Autriche lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle manque de personnel de santé pour s’occuper des personnes âgées…
L’Allemagne, plus raisonnable peut-être dans l’application de la politique commune de massacre des services publiques, plus riche aussi, tire relativement mieux son épingle du jeu. Les capacités en réanimation sont quatre fois supérieures à celles de l’Italie, le double de celles de la France. Lundi 30, le nombre de cas déclarés est élevé (plus qu’en France) la mortalité est cinq fois inférieure.

Et la France dans tout ce mic-mac, me diras-tu, cher lecteur venu d’une autre planète ? On ne fait pas mieux, et même pire que chez certains voisins. Même notre traditionnelle « ligne bleue des Vosges » et notre « savoir faire hexagonal sans pareil » ne jouent plus leur rôle. Notre Jupiter omniscient a beau gesticuler, tel un moulin à vent, pour masquer la tragédie ; rien n’y fait. La seule chose qui apparait clairement c’est l’amateurisme complet de l’équipe dirigeante. C’est l’improvisation permanente, les mesures prises avec un temps de retard, les déclarations mensongères… Nous voyons à l’œuvre un gouvernement dont les membres, tout droit issus des écoles de commerce, sont plus aptes à faire du boniment et à ranger un tiroir caisse, qu’à gérer une crise majeure ne figurant pas dans leur formatage initial. Nous payons aussi, lourdement, les pots cassés d’une politique de démolition des services publics encore renforcée par les élucubrations droitières de la politique macronienne. Plus d’un an que les personnels de santé protestent, manifestent et dénoncent les conditions infernales dans lesquelles ils travaillent. Une seule réponse du gouvernement : des balles caoutchouc et des mesures concrètes contre les régimes de retraite de ces soi-disant privilégiés ; pour finir, l’annonce d’une distribution prochaine de peanuts et de médailles en toc. Se rendant bien compte (mais un peu tard) que même la majorité de la population n’arrive plus à avaler la potion amère de l’austérité, nos dirigeants cherchent maintenant à rapiécer au plus vite les blouses blanches déchirées. « Il nous faut un nouveau capitalisme » professe sans rire ce bon vieux Bruno Lemaire…

Admirez cette belle carte des fermetures de lits, en France, seulement sur deux années… Ce document « gauchiste » provient du Figaro.

Quelques exemples pour appuyer mon propos ? Disparus des stocks les masques dont on aurait bien besoin pour protéger la population… absents des rayonnages, les tests de dépistage, les vêtements de protection, les gants et tout le toutim… Plus d’usine française pour fabriquer ce matériel. Plus aucune production locale de molécules pour les médicaments de base, plus de chaines de production pour les masques, les appareils respiratoires, les blouses de protection, les bouteilles d’oxygène. La dernière usine textile fabriquant des masques a été vendue aux Etatsuniens et fermée il y a deux ans. La dernière usine proposant des bouteilles d’oxygène a fermé elle aussi. Il se trouve que les locaux sont encore opérationnels, en attente d’un repreneur qui ne se présente pas ; les ouvriers proposent une reprise de la fabrication, après nationalisation, mais on ne les écoute pas. Alors on fait appel à nos amis chinois… et à la charité publique. L’hôpital de Dijon demande des bénévoles pour coudre des blouses dont il fournit le patron ; même démarche pour les masques un peu partout en France ; les cagnottes participatives pour soutenir l’effort de nos « héros » les soignants se multiplient. Jupiter pendant ce temps, parle de charters pour alimenter notre pays depuis les stocks chinois, mais, dans un même temps, bloque la distribution des protections élémentaires aux personnels en contact avec le public qui en ont un besoin criant. La confiance dans les déclarations du gouvernement est à un niveau si bas que les personnels soignants demandent la publication des commandes françaises à l’étranger pour être rassurés sur le fait qu’elles existent bel et bien et ne sont pas qu’un effet d’annonce. Les médecins, en première ligne, meurent ; quant aux malades, on en promène quelques uns en TGV avec force images médiatiques.

Le seul mot qui me vient aux lèvres c’est « pitoyable » et le seul sentiment que j’ai envie d’exprimer c’est « colère » !

Nous voilà confinés – décision sans doute raisonnable mais quelque peu tardive, derrière laquelle se profile, dans tous les pays qui l’appliquent à la lettre, la volonté de renforcer encore plus la surveillance des citoyens y compris en temps de « paix » intérieure. On pourrait pinailler sur la validité de certaines de ces mesures, ou discutailler sur l’application des sanctions. J’espère que ce gouvernement d’épiciers trouvera un bon usage à tout cet argent collecté, impôt supplémentaire, une fois de plus, pour pénaliser les plus démunis, les moins dégourdis et surtout ceux qui n’ont guère de refuges en temps de guerre sociale. Voter ne présente aucun risque (du moins avant les élections) alors que faire du jogging est une menace publique tout comme se rendre une fois par jour à la boulangerie. Laisser les uniformes apprécier à leur guise ce qui constitue un danger ou n’en constitue pas risque d’ouvrir la porte à un nombre conséquents d’abus… et de comportements discriminatoires. Mais que voulez-vous mon bon Monsieur, on ne fait pas d’omelette patriotique sans casser quelques œufs particuliers. La peur qui rôde est aussi l’occasion de voir remonter à la surface le comportement vichyssois de certains de nos compatriotes ; une petite lettre anonyme par ci, une petite dénonciation par là, ça soulage énormément. Ne jamais oublier ce que disait Emilie Carles dans « la soupe aux herbes sauvages » : à la Libération en 1945, nombre de nos concitoyens se sont contentés de remplacer le portrait de Pétain par celui de De Gaulle… Dans tout immeuble se cachent un ou plusieurs justiciers masqués qui n’hésiteront pas, sans péril puisqu’ils n’ont pas d’honneur, à signaler le danger que représentent les sans-abris, les homosexuels, les noirs, ou, pourquoi pas, les personnels soignants. « Méfiez-vous de la petite dame du deuxième ; elle travaille dans un EHPAD et côtoie chaque jour des personnes contaminées. L’applaudir sur son balcon c’est bien, la croiser dans l’escalier ou, pire, dans l’ascenseur, c’est une situation inadmissible ».

Face à la crise, notre Jupiter décrète. Un petit 49.3 pour appliquer la démolition des retraites. Une batterie de mesures digne du « Guiness Book » pour le bien-être public. Notre premier ministre en avait presque des larmes de fierté lorsqu’il a fait son annonce : jamais un conseil des ministres de la Vème République n’avait accompli un tel exploit ! Les décrets sont en tout cas une solution commode pour agir, soi-disant, pour le bien de tous. Les mesures « temporaires » prises depuis quelques jours, seront-elles annulées, comme le déclarent nos dirigeants, lorsque le péril sera écarté ? D’autant que les « périls » passés, présents et futurs ne manquent pas. Un « péril » en chasse un autre : terrorisme, grogne sociale, crise écologique… Ce n’est plus une vie que d’être un Macron de la République. Jamais moyen de poser la cape du superhéros justicier. Il faut reconnaître, pour faire preuve d’objectivité, qu’il y a un domaine qui fonctionne bien chez nous : c’est celui de la répression. Rassurons ceux qui dorment sur un matelas de billets : nulle pénurie d’armes et de munitions n’est à craindre pour éborgner, asphyxier, blesser, la population récalcitrante. Le bilan absolument effarant de la répression contre les Gilets Jaunes en témoigne. Dommage que le mouvement social n’en ait pas profité pour constituer un stock de masques respiratoires. Pendant des semaines, l’atmosphère de certaines grandes villes a été rendu irrespirable par les largages inconsidérés de tonnes et de tonnes de gaz. On eut apprécié la même capacité chez nos ministres de l’intérieur et de la santé à stocker les masques respiratoires que les balles en caoutchouc pour éborgner. Faisons comme nos médias zofficiels : évitons les sujets qui fâchent et dénonçons l’absence totale de démocratie chez les autres. Quels tyrans ces Orban, Erdogan, Poutine… et les autres !

La solution adoptée, la seule possible ? Je vous propose simplement ces quelques lignes relevées sur le site de France Inter à propos de la situation du Portugal : «Moins d’austérité, moins de coupes claires dans la santé publique, un pays mieux préparé. Ce qui autorise d’ailleurs Lisbonne à faire preuve de générosité : le 28 mars, Lisbonne a décidé de régulariser tous les migrants qui ont déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance.» Le 30, dans l’après midi, on relève environ 6400 cas de Covid 19 confirmés au Portugal, contre 85 000 en Espagne.

La boucle est bouclée avec le sous-titre de cet article. Je m’arrête là. Je ne voudrais pas que cette colère justifiée ne fasse trop monter ma pression artérielle, et ne me transforme en « sujet à risque ». D’autant que je rentre dans une tranche d’âge qui ne fera pas de moi une personne à soigner en priorité. Alors calmos. Je ne m’étale pas sur mon confinement personnel. Je fais partie des petits bourgeois bienheureux qui disposent de place pour patienter, d’une bibliothèque conséquente et d’un jardin pour calmer leurs nerfs. J’assume ! Bon courage à tous les autres ! Pardonnez-moi cette conclusion égoïste. Je vous assure : je n’ai pas mauvais fond.

addenda n*1 – 3 avril : (source, journal « La Montagne ») Un nouvel espoir vient de s’envoler pour les salariés de Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme). Alors que l’usine pourrait préserver la France d’une pénurie de bouteilles d’oxygène, le ministre de l’Economie vient d’écarter l’hypothèse d’une nationalisation du site. Une déception pour le député André Chassaigne. C’est une déception de plus dans le triste feuilleton que vivent les salariés de Luxfer depuis le 26 novembre 2018 et la fermeture de l’usine basée à Gerzat (Puy-de-Dôme). Ces dernières semaines, une nouvelle lueur s’était allumée avec l’espoir de relocaliser en France la fabrication de bouteilles d’oxygène. La nationalisation du site devenait donc une piste notamment défendue par le député André Chassaigne. Un fin de non-recevoir notifiée ce jeudi matin L’élu du Puy-de-Dôme ne cache pas sa déception. Car ce jeudi 2 avril, durant la visioconférence organisée par le Premier ministre avec les dirigeants de partis et les présidents de groupe, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a répondu par une fin de non-recevoir à la demande de nationalisation de l’entreprise Luxfer de Gerzat.

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19janvier2020

Ras-le-bol des « voisins vigilants »

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Elles fleurissent de partout sur les piliers de portail des maisons dans les lotissements voisins ces affreuses plaquettes jaunes « voisins vigilants ». Elles nous hérissent le poil. Elles sont parfois accompagnées d’un autre texte charmant : « si nous n’appelons pas la police, notre voisin s’en chargera ». Prochaine étape : clôtures, barbelés et miradors accompagnés de la création d’une milice privée ? Dommage qu’une bonne part de leurs utilisateurs n’imaginent même pas tout ce qui se cache derrière… du moins nous l’espérons.

Notre choix de vie est quelque peu différent alors nous avons créé notre propre « étiquetage ». A voir sur la photo ci-dessous. Tous droits de reproduction autorisés. Quand on n’aura plus de café, on offrira un verre d’eau de source. Quand aux chats, on leur a demandé de ne pas être trop agressifs et de se limiter à un comportement d’intimidation.

 

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8janvier2020

Faites pour le mieux en 2020

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Pardonnez-moi de ne pas souhaiter une « bonne année » collective et consensuelle comme cela se fait couramment. Je ne suis pas assez compatissant pour cela. J’espère bien, par exemple, que certains de nos édiles sont En Marche vers les poubelles de l’histoire. Je ne vais pas les encourager à poursuivre la casse sociale et la destruction des libertés individuelles qu’ils mettent en œuvre actuellement. Ma discrimination ne s’arrête pas là – et vous comprendrez j’espère – pourquoi j’ai attendu la fin des auto-célébrations consternantes, pour mettre mon grain de poivre dans l’histoire. Ma hargne dépasse largement le cadre étriqué de l’Hexagone. Comme le dit si bien le blogueur Claude Guillon, « Tout ce que j’aime… Ils l’auront bientôt détruit ». Tout ce qui nous entoure, y compris l’air que nous respirons, devra bientôt obéir aux règles de la marchandisation globale que nos clowns multinationaux considèrent comme le plus bel aboutissement possible (ou le moindre mal pour les plus modérés d’entre eux) pour notre société humaine. Combien de temps encore avant que l’on ne remplace la formule d’usage « Comment vas-tu ? » par « Combien vaux-tu ? », je me le demande. Je pense que cela se fait déjà à mots couverts. Je crois encore à la capacité de résistance de l’humain qui sommeille dans nos cœurs. Mais beaucoup comparent la situation de la grande masse de nos concitoyens à celle de la grenouille que l’on place dans une gamelle d’eau froide que l’on réchauffe peu à peu. Tant qu’on a encore quelques bons jeux sur la télé-église, on se fout des incendies dans l’autre hémisphère, des revendications, et des violences policières au coin de la rue..

Certains font le choix d’une résistance strictement individuelle au rouleau compresseur qui se rapproche de nous. Ils pensent que quelque nouvelle croyance mirobolante, que la pratique de techniques d’apaisement ou que la fuite en avant vers des contrées lointaines et présentées comme idylliques sur les brochures d’agence, vont leur permettre d’échapper à l’anéantissement prévisible. Je ne partage par leur point de vue ; je pense que seules l’entraide, la création de lien social, la volonté commune de résister, permettront d’aller de l’avant. Pas d’îlots libertaires possibles s’ils ne se rassemblent pas en réseau et ne font pas le lien avec les luttes sociales. Pas d’émancipation possible sans abandon des œillères, et intérêt porté aux combats voisins de ceux qu’on mène dans sa boulangerie autogérée, son champ de carottes bios, ou sa cellule monacale. Seule la lutte collective, les échanges, les débats peuvent permettre de sauver nos individualités rebelles. Je ne dis pas que ces combats sont inutiles, tout simplement parce qu’ils permettent d’expérimenter de nouveaux modes de vie ; ils ne constituent qu’une base pour les combats en cours et à venir.

Alors voilà, ceci dit en préambule, j’accouche de mon propos du jour et je vous souhaite une belle et bonne année de révolte, de conquête, d’amitié, d’amour et de belles découvertes aux quatre points cardinaux. Les belles images ayant le don de faire rêver, je vous en offre une… de bon cœur.

Photo maison « K »

 

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18novembre2019

Des livres dans lesquels j’ai trouvé du grain à moudre…

Posté par Paul dans la catégorie : l'alambic culturel; mes lectures.

C’est donc l’automne. Les feuilles tombent et la pluie et la neige aussi, c’est de saison ; les chroniques reviennent. La fréquence, je n’en sais trop rien. Les travaux extérieurs ralentissent sérieusement et cela me libère du temps, pour lire, beaucoup, pour écrire, un peu… Je vous propose une chronique lecture, en deux volets. Le premier, plutôt axé politique et écologie ; le second plutôt romans, même si chronologiquement, mes découvertes se mélangent un peu. Il m’arrive assez souvent de lire en parallèle un essai et un roman. Nous avons fait aussi un très beau voyage dans les Pouilles et dans les Abruzzes, mais ceci est une autre histoire qu’Oncle Paul vous contera aussi s’il est d’humeur. L’épisode du soulèvement populaire dans le Matese l’a fort intéressé.

 Belle découverte ces dernières semaines, avec le livre « Comment je suis devenue anarchiste » d’Isabelle Attard, coédition « Reporterre » & « Le Seuil ». Surprise d’autant plus importante que j’avais abordé cet ouvrage avec pas mal de réticences, en partie à cause de ma déception après avoir lu l’essai de Fred Vargas, « L’humanité en péril ».  Isabelle Attard a frappé à la bonne porte en évoquant la difficulté qu’il y a, dans le parler commun, à utiliser le terme « anarchiste » que les pouvoirs de droite comme de gauche ont réussi a trainer suffisamment dans la boue pour que son emploi dans une « discussion sérieuse » devienne problématique. Isabelle Attard, ex-députée EELV, s’en revendique et c’est tant mieux. Peut-être arrêtera-t-on enfin de tourner autour du pot et appellera-t-on « chat noir » ce qui en porte la couleur… Personnellement, j’aime bien le qualificatif « libertaire », mais celui-ci prête parfois à confusion, notamment avec son voisin linguistique « libertarien ». Les deux ont aussi peu de points communs que possible, à mes yeux… Alors, va pour anarchiste, même si Mme Michu est encore un peu effrayée par l’ombre du drapeau noir.

Beaucoup de bonnes choses dans le livre d’Isabelle Attard ; une belle synthèse par exemple des idées libertaires et de la façon dont elles ont été mises en pratique. Rien de nouveau, certes… Des choses que les « vieux de la vieille » du drapeau noir ont déjà lu et relu, mais présentées de façon telle qu’elles soient accessibles à ceux qui veulent bien prendre la peine de débrancher TF1, BFM, le Nouvel Obs… et autres médias de propagande, prendre la peine d’ôter les boules de cire que les marchands de sommeil leur ont mises dans les oreilles. Non, les anarchistes ne sont pas des terroristes, mais des gens qui ont des idées positives sur l’avenir du monde et qui ont payé le prix du sang pour essayer de les mettre en pratique face aux oppresseurs de toute origine. Non les anarchistes ne sont pas des assoiffés d’hémoglobine, des voyous ou des bandits comme l’ont proclamé d’une voix unanime les suppots du capital, privé ou étatique… Plongez-vous dans l’histoire des luttes ouvrières depuis un siècle ou deux et vous trouverez, comme j’en ai trouvé, un terreau fertile pour les fleurs que nous devons à tout prix faire pousser dans les années à venir. (Pff !… quand je pense qu’en lisant des phrases pareilles chez les autres, j’ai envie de changer de chaîne…). Je vous invite à lire, histoire de ne pas faire de copier-coller indigeste, les quelques lignes que j’ai déjà écrites, sur ce livre, sur le site de « Reporterre » ou celui du réseau « Babelio ». Je ne voudrais pas donner l’impression de radoter ! Pour conclure, temporairement, une petite citation s’impose ; celle-ci est extraite du paragraphe « Emanciper la personne par l’éducation ». Elle énonce des principes et des idées auxquelles, ancien pédago Freinet, je ne peux que souscrire :

Plus j’avance dans mes lectures, plus j’approfondis l’étude de la philosophie anarchiste et de ce qu’elle a apporté à l’humanité, plus je prends conscience de sa capacité à nous aider à construire une autre société. Cette société radicalement différente de celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui dans nos pays occidentaux, dont l’économie est fondée, depuis plus de deux siècles, sur le capitalisme et l’individualisme. Pour parvenir à la naissance d’hommes et de femmes libres et égaux, il faut du temps. Un temps pour l’éducation, la formation, le développement d’un esprit critique et un temps pour la solidarité, le travail collectif. Et enfin, il faut prendre, lorsque cela est nécessaire, le temps de l’action, qu’il s’agisse de la désobéissance civile ou d’action directe. Pour vivre dans une société sans dieu ni maître, l’éducation est primordiale. Mais il ne s’agit pas de modeler le cerveau des futurs militants anarchistes comme dans des écoles d’endoctrinement politique ou militaire. Bien au contraire, l’objectif est de développer le questionnement, l’autonomie, l’esprit critique des futurs citoyens.

 Bravo à François Ruffin pour son dernier bouquin, « il est où le bonheur« . Je partage avec lui son analyse lucide et remarquable de l’écologie politique. Du côté des solutions proposées à la crise planétaire, j’adhère un peu moins à sa vision « parlementariste ». Mais bon, il est député aussi et c’est normal qu’il pense que cela sert à quelque chose. Par contre, je me demande ce qu’il fait encore dans la charrette insoumise avec un cocher aussi politicard et versatile que Mélenchon (au sujet de ce personnage, on peut relire ce qu’écrit Fabrice Nicolino dans son blog « planète sans visa » – j’adhère). Vivement que tous ces anciens trotskistes OCI relookés soient à la retraite ! Il ne lui reste plus qu’une sage décision à prendre, la même que sa collègue parlementaire Isabelle Attard : aller voir ailleurs, si l’on ne peut pas construire autre chose qu’une énième arche de Noë politicienne avec un « leader massimo » potentiel au gouvernail. On a vu ce que ce genre de tentative donnait en Grèce, en Espagne ou au Venezuela.  Ruffin devrait lire ou relire Bookchin, Kropotkine et Reclus. Heureusement, je ne m’arrête plus aux étiquettes et aux drapeaux et je trouve ce qu’il raconte sacrément en prise sur la réalité. Comparez son raisonnement avec la tentative malheureuse de plaidoyer pour l’écologie de la grande Fred Vargas (que j’estime beaucoup). On est certainement dans le même bateau, mais on n’occupe ni le même pont, ni la même cabine que les maîtres actuels du monde. Arrêtons les discours bisounours ; le colibri est un oiseau sympathique mais face à l’ampleur du désastre en cours et à venir, nous avons besoin de solutions plus radicales. Contrairement à ce que laissent penser les discours consensuels des environnementaliste, la lutte des classes est toujours bien présente et l’écologie ne présente qu’un intérêt limité si on ne prend pas la peine de lui accoler l’étiquette sociale (ou pourquoi pas « libertaire » ?!). Parmi les belles phrases notées dans cet ouvrage, celles-ci :

Car, en face, le pouvoir mène une offensive. Certes ils se convertissent en série, d’un Premier ministre lobbyiste d’Areva qui fait sa « rentrée en vert » à un président qui n’en disait rien dans son programme et qui assure aujourd’hui avec des trémolos : « j’ai changé ». Mais en même temps qu’ils s’en saisissent, en même temps, ils vident l’écologie de sa dissidence, la rendent inoffensive, remplissent ce signifiant d’insignifiance. Ils en font un mot creux, une petite chose étriquée, défensive, des mesurettes technico-fiscalistes, mais sans toucher à l’ordre, à l’ordre social, à l’ordre économique. Et même, je préviens, je prédis, je le devine : ils en feront une camisole de plus pour l’ordre. C’est sous-entendu, déjà, parfois : « vous revendiquez ? Vous osez ? Alors que la planète est à sauver ? Alors que nous devons affronter ce gigantesque danger ? » Ils feront passer, bientôt, l’exigence de justice pour un égoïsme. L’écologie se dégrade, dans leur bouche, en une nouvelle « escroquerie intellectuelle », une hypocrisie permettant de « reporter à plus tard toute volonté redistributive ». Et mieux, toujours mieux : au cri de « Tous ensemble », ils veulent nous faire embrasser nos tyrans.

Pour finir, il y a des propos que j’aurais aimé lire dans le bouquin de Ruffin, des choses que j’ai trouvées dans l’ouvrage d’Isabelle Attard. Je ne les ai pas croisées. Il y a aussi un credo en l’action parlementaire qui s’affiche à certains moments ; je ne le partage pas et je suis convaincu que les élections à répétition, telles qu’elles se déroulent actuellement, soient une perte de temps pour les combats multiples que nous avons à mener. Cela fait plus d’un siècle que les Anars le répètent et sur ce point, comme sur celui du virage pris, dès le début, par la Révolution russe, ils ont raison. Passons… Malgré ces quelques reproches, je trouve qu’il y a dans ce livre une énergie bienfaisante, un optimisme dynamisant, que nous serions bien obtus de bouder. Alors, la prochaine fois peut-être, le prochain livre ? Encore un pas de côté François ! En tout cas, le chemin suivi me parait le bon. Plus de pouvoir de décision à chacun, moins d’espérance en un quelconque sauveur suprême comme le proclame dans l’un de ses couplets, une certaine chanson intitulée « l’Internationale ». Quant aux anarchistes dont il est fort peu question dans cet ouvrage, il est vrai « qu’il n’y en a pas un sur cent, mais pourtant ils existent », comme nous dit Léo Ferré. Tant mieux. Cela fait un certain temps que je marche et je suis – il faut le dire – fatigué… D’autres compagnons.onnes de route sont les bienvenu.e.s.

 J’ai bien aimé aussi « L’égologie – écologie, individualisme et course au bonheur » écrit par Aude Vidal et que j’ai lu un peu plus anciennement. Les thèses mises en avant rejoignent celles de François Ruffin mais l’auteure concentre son attention sur ce courant de la pensée écologiste très axée sur le « développement personnel »… Tous ces gens (et ils sont nombreux) considérant qu’avant de changer le monde il faut se changer soi-même… Ce sont, par exemple, les disciples d’un Matthieu Ricard, qui propose de longues méditations aux banquiers pour qu’ils prennent conscience des méfaits de leur matérialisme et du pouvoir malfaisant de l’argent roi… Je caricature un peu (selon mon habitude) et le raisonnement d’Aude Vidal est plus subtil que le mien ! Faire ses achats dans une AMAP c’est bien (je le fais), privilégier le local, certes, manger bio (pourquoi pas), cultiver son potager, vivre en habitat partagé… Et après ? Devant la difficulté de conduire des luttes collectives d’une certaine ampleur, c’est difficile de donner à tous ces choix une dimension sociale, alors beaucoup se réfugient dans des solutions individualistes, sans s’apercevoir que ce qu’ils font c’est s’adapter à ce que la logique libérale attend d’eux. Face à la régression générale, la tentation est forte de faire l’autruche et de se réfugier dans les profondeurs de son nombril. Bien souvent, même le colibri en profite pour rester dans son nid douillet plutôt que de jouer au Canadair. Quant aux patrons des multinationales (du moins les plus intelligents ou ceux qui ont besoin de conserver leur personnel quelques années), ils sont prêts à accorder une séance de méditation quotidienne, histoire d’apporter un peu de bien-être aux employés qu’ils pressent comme des citrons. Les mouvements citoyens restent des fétus de paille s’ils n’articulent pas leurs luttes avec celles menées sur d’autres fronts. Seule l’ampleur d’un mouvement peut donner à réfléchir au pouvoir en place. Comme le fait remarquer François Ruffin, sans l’ampleur du mouvement social qui s’est développé dans les rues (grèves, manifestations) il est probable que le Front Populaire mis en place par les élections de 1936 n’aurait apporté au peuple que quelques réformes anecdotiques.

J’aurais aimé chroniquer aussi le dernier livre de David Dufresne, « Dernière sommation », mais je n’en suis pour l’instant qu’aux premières pages et je remets le compte-rendu à plus tard.

A part cela, le jour de la publication de cette chronique correspond à quelques jours près au douzième anniversaire de ce blog. Ce n’est pas parce que le tenancier de ce bastringue s’accorde parfois de longs congés de convenance que la bestiole est morte et enterrée. Voyons si l’agitation sera brève et futile ou un peu plus soutenue que ces derniers mois ! L’avenir le dira. Bon vent !

 

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